SECONDE VIE
Février 2020


L'église Saint-Nicaise de Rouen (76) : histoire d'une renaissance


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La Gazette du Patrimoine : Pierre-Marie Soulat, vous êtes l’heureux lauréat du projet « Rouen réinvente son patrimoine » pour l’église Saint-Nicaise. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de candidater pour un tel projet ?

Pierre-Marie Soulat : Très heureux lauréats en effet ! Nous sommes contents et soulagés pour le lieu, que la Mairie de Rouen ait fait le choix pragmatique mais néanmoins innovant de la jeunesse, de l’artisanat et des nouveaux modèles économiques face à la prédation classique et navrante des promoteurs…Nous tenions à les saluer et à les remercier pour cela, Saint-Nicaise échappant ainsi à une privatisation pure et simple. Pour ce qui est de la candidature en elle-même, c’est le fruit d’une rencontre personnelle, d’une réflexion collective entre associés de la brasserie, puis de beaucoup de travail pour voir si le rêve pouvait rentrer dans le réel ou s’il lui échapperait.

La Gazette du Patrimoine : Mais au fait, qui êtes-vous Pierre-Marie ? Quel parcours avez-vous suivi pour arriver jusqu’à cette idée de brasserie dans une église ?

Pierre-Marie Soulat : Comme diraient nos amis anglais, c’est une « long short story » ! Pour résumer sommairement, j’ai 26 ans et j’ai passé les 24 premières années de ma vie dans le Val d’Oise. Ma famille a des origines majoritairement bretonnes et normandes, d’où une sensibilité forte pour les espaces nordiques & atlantiques comme les Iles britanniques et la Scandinavie. Passionné d’histoire mais également attiré par l’univers entrepreneurial ou l’innovation sous toutes ses formes, j’ai cherché à mettre un peu de tout cela dans mon parcours académique et personnel. Après un Bac ES et une prépa littéraire, j’ai ainsi validé un premier master recherche en Histoire à la Sorbonne avant de faire un master Centrale-ESSEC spécialisé en entrepreneuriat. J’ai également passé pas mal de temps dans les Flandres, en Écosse et en Irlande, m’imprégnant de la culture de l’estaminet et du pub, tout en découvrant la richesse des bières et autres whiskys. Dès avant la fin de mes études, j’ai ainsi vu dans ces deux domaines, un moyen d’allier toutes mes envies, expertises et compétences. Ensuite, c’est allé vite et lentement à la fois : dépôt de la marque Ragnar il y a 4 ans, premier associé il y a 2 ans, déménagement en Normandie il y a 1 an, local au Houlme il y 9 mois et obtention du dossier Saint-Nicaise il y a 2 mois.

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La Gazette du Patrimoine : Vous êtes très jeune. N’avez-vous pas eu peur que votre jeunesse soit un handicap à la fois pour mener à terme ce projet et pour être retenu parmi des candidats plus expérimentés ?

Pierre-Marie Soulat : Je pense qu’il y a aujourd’hui une foi dans la jeunesse et dans sa capacité à sortir des sentiers battus pour trouver des solutions réalistes à des problèmes jusque-là insolubles C’est vrai pour de nombreux combats de notre temps, l’écologie en premier lieu. Ma sensibilité fait que mon combat à moi, ce sont les racines. Or, pour remporter ce combat, je ne suis pas resté longtemps seul. Je suis allé chercher les expertises et forces qui me manquaient pour que mon jeune âge ne soit plus un sujet. Être crédibles était un prérequis avant tout dépôt de candidature. Nous nous sommes donnés les moyens de l’être et le résultat fut au rendez-vous.

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La Gazette du Patrimoine : Quel a été votre secret pour convaincre les investisseurs de vous suivre dans cette aventure ?

Pierre-Marie Soulat : Probablement de leur montrer que patrimoine et rentabilité pouvaient aller de pair ! Montrer qu’un lieu historique peut être un écrin pour un grand produit ou un service de qualité. Démontrer qu’il vaut mieux mettre plusieurs millions dans une TPE artisanale engagée sur un lieu fort et qui va créer de la valeur locale multiforme (produits, emplois, attractivité), que de mettre la même somme dans une startup métropolitaine sans racines qui va partir Outre-Atlantique dès les premiers succès engrangés. Nous sommes à contre-courant de cette tendance et nous le revendiquons. Nous demandons des investissements importants c’est vrai, mais ils financent des ingrédients, des machines, des lieux et des emplois qui ne sont pas délocalisables. Ainsi, la valeur part du territoire et revient de manière enrichie au territoire. C’est un discours que les acteurs économiques publics et privés sont désormais capables d’entendre, mais également de soutenir. Reste le pragmatisme et le réalisme du projet économique proposé, fruit de 18 mois de travail d’une équipe pluridisciplinaire allié à l’expertise croisée d’une quarantaine d’entreprises référentes.

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La Gazette du Patrimoine : À propos d’investisseurs, à combien se monte le coût total de ce projet ? Et pouvez-vous nous donner des détails quant aux moyens de financement.

Pierre-Marie Soulat : L’ensemble du plan de sauvetage, de restauration et de réhabilitation du site se chiffre à 8 millions d’euros. Nous avions initialement tablé sur une enveloppe un peu moins élevée, mais nous voulons redonner 200 ans d’espérance de vie au lieu, et lui donner les moyens de son ambition. C’est également une question de viabilité économique et de sécurité. Sur cette somme importante, 4,5 millions vont directement au lieu, à ses vitraux magnifiques, à sa dentelle de béton et de pierre ainsi qu’à son mobilier religieux. Les 3,5 autres millions seront consacrés à l’aménagement productif et de loisir du site. Se trouveront ainsi pris en compte dans ce montant, les travaux de paysagisme du jardin et du parvis, les installations lumineuses de la façade et de l’intérieur, nos cuves de production (1,2 millions d’euros) mais aussi la création de deux bâtiments dans le jardin, d’un restaurant de 40 couverts, d’un bar, d’un atelier de brassage, d’une boutique ainsi que d’un vestiaire. Sur l’ensemble de ces postes, nous espérons atteindre un mix financier de 70% de fonds privés et de 30% de fonds publics, essentiellement en avances remboursables.

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La Gazette du Patrimoine : Quels ont été vos arguments pour obtenir le soutien des défenseurs du patrimoine de la ville, notamment celui de l’association « La Boise de Saint-Nicaise », qui était très soucieuse de l’avenir de cet édifice.

Pierre-Marie Soulat : Probablement notre sincérité et notre attachement spontané au lieu et à son devenir. Au fond, nous souhaitions voir le lieu sauvé et ré-ouvert, étant en cela prêts à voir notre projet perdre si un meilleur était envisageable. La Boise était dans le même état d’esprit. Nous avons ainsi pu rapidement trouver un terrain d’entente et nous mettre collectivement au travail. Les discussions furent menées avec beaucoup de respect par rapport aux travaux et aux sensibilités de chacun. L’alliance entre l’associatif et l’entrepreneurial s’est donc faite sous les meilleurs auspices et avec un souci de transparence mutuelle de tous les instants.

La Gazette du Patrimoine : Pourquoi avoir fait le choix de Saint-Nicaise plutôt qu’une autre église proposée à la reprise par la ville de Rouen ?

Pierre-Marie Soulat : Ce choix ne se posait pour ainsi dire pas. Bien qu’ayant déjà vu les autres églises de Rouen – y compris les autres abandonnées – c’est Saint-Nicaise qui m’a littéralement soufflé, au détour d’une rue et alors que je cherchais mon futur logement rouennais. Elle n’était pas prévue et elle s’est pourtant imposée comme une évidence. Son esthétique, son emplacement et son histoire s’accordent parfaitement avec notre entreprise, au point d’avoir en commun la figure de Ragnar, passé piller les reliques de Saint-Nicaise et de Saint-Ouen en 841 lors de sa remontée vers Paris. On retrouve également une ligne très rigide et minérale, deux éléments qui structurent nos étiquettes, nos bouteilles et notre marque. De là, il y a eu pour ainsi dire un appel de la part du lieu et nous l’avons entendu. Sur certains points, ce n’est pas du tout rationnel comme penchant.

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La Gazette du Patrimoine : Quand vous êtes rentré pour la première fois dans cette église, qu’avez-vous ressenti et comment avez-vous su que c’était elle et pas une autre ?

Pierre-Marie Soulat : Votre question personnifie beaucoup le lieu – à la manière d’une rencontre amoureuse – et je vais vous répondre en continuant sur ce ton que je trouve très à propos. Ainsi et après l’étonnement et la fascination dégagés par son allure chimérique, mes premiers pas dans Saint-Nicaise furent mêlés de crainte et d’excitation. J’appréhendais la lumière, l’état général du site mais également les émotions que j’allais ressentir. Hésitation ? Inquiétude ? Extase ? Rien de tout cela mais plutôt le sentiment profond que j’allais avoir une forte et belle histoire avec ce lieu. Après la première visite et surtout après la deuxième qui aurait pu être la dernière, une puissante et nette évidence est apparue, de celle qui vous fait dire que telle personne est faite pour vous et pas une autre. C’est ce que j’ai ressenti avec Saint-Nicaise et aujourd’hui, cela prend tout son sens, à quelques semaines de récupérer les clés de ce site magique.

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La Gazette du Patrimoine : Aux personnes qui crient au scandale de voir une église transformée en brasserie et en bar que répondez-vous ?

Pierre-Marie Soulat : Que je comprends profondément leurs craintes, mais que je les invite à se renseigner le plus possible sur ce que nous allons faire dans Saint-Nicaise et comment nous allons le faire. Il ne faut pas rester sur l’idée que le lieu va devenir un bar géant. Ce ne sera pas le cas. Il faut vraiment et sincèrement voir l’amplitude de ce que nous allons y proposer. Saint-Nicaise va redevenir un lieu de rencontres, de relations, d’émerveillement, de convivialité et de découverte là où elle était encore, il y a peu, un bâtiment abandonné et en sursis. C’est ce changement hautement qualitatif qu’il faut voir, un changement qui permet au lieu de continuer d’exister et de redevenir peut-être un jour un lieu de culte. Cependant à l’heure actuelle, force est de constater que les églises sont vides, que les désacralisations s’accélèrent et que les fidèles peinent à trouver les moyens humains et financiers pour conserver leurs clochers…C’est regrettable mais cela invite à innover. À mes yeux, la survie du bâtiment et le témoignage de pierre qu’il représente prime sur ses futurs usages, dès lors que ceux-ci sont décents. L’autre option – la destruction – n’est tout simplement pas raisonnable bien que certaines personnes – dont on se demande si elles aiment vraiment le patrimoine… – nous aient dit que leur préférence allait vers cette solution radicale. De la confiance, une certaine hauteur de vue et la possibilité d’envisager une reconversion innovante et respectueuse, voilà ce dans quoi nous les invitons à croire.

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La Gazette du Patrimoine : Reste-t-il dans l’église des statues, des tableaux, des éléments architecturaux dédiés au culte, comme par exemple les fonds baptismaux ou les autels et, si oui, qu’allez-vous en faire ?

Pierre-Marie Soulat : Il reste en effet de nombreux objets – une cinquantaine – dont ceux que vous avez cité. Depuis le début du projet, nous avons pensé à créer un espace muséal ouvert en journée. Il accueillera les collections du lieu à travers un itinéraire retraçant 1400 ans d’histoire. Dans une ambiance tamisée façon Quai Branly, les visiteurs de passage ou les Rouennais pourront ainsi explorer l’histoire d’un lieu atypique mais également celui d’un quartier et d’une ville dont Saint-Nicaise a su incarner et traverser toutes les affres et splendeurs. Pour les plus jeunes, une expérience en réalité virtuelle est également prévue pour retracer de manière dynamique les changements architecturaux du site mais également l’extension de la ville de Rouen aux alentours. Avec ce musée intégré au lieu et ouvert à tous, nous espérons pouvoir conserver un maximum d’objets cultuels et partager avec le visiteur, notre attachement et notre compréhension du site.

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La Gazette du Patrimoine : L’orgue est également un élément remarquable de cet édifice, quel est son avenir ?

Pierre-Marie Soulat : Vous touchez là à la partie la plus sensible du dossier à savoir le déménagement de l’orgue Rochesson de son emplacement actuel pour une destination à cette heure inconnue. En lien étroit avec la Boise, nous espérons voir l’orgue transféré à la Chapelle Corneille toute proche. Sinon, il ira sans doute à la paroisse du Saint-Esprit à Paris qui a par le passé proposé d’accueillir l’instrument. Pour des questions d’acoustique modifiée et d’usage de l’espace de l’orgue à des fins de restauration, nous ne pouvions raisonnablement conserver le Rochesson…Le coût de sa restauration – 600 000 euros – rendait également son intégration au dossier de candidature problématique aux yeux de potentiels investisseurs. 8% du budget du site pour un orgue dans une ville qui en compte déjà beaucoup, ce n’était pas audible en termes de priorité tout simplement. Nous voudrions cependant conserver l’harmonium de chœur pour l’installer à l’emplacement actuel de l’orgue principal. Cela permettra aux élèves du conservatoire tout proche de venir en jouer en journée et sur demande.

La Gazette du Patrimoine : Maintenant que vous avez remporté avec succès cet appel à projet, combien de temps va-t-il vous falloir pour démarrer votre activité ?

Pierre-Marie Soulat : Des quatre églises ouvertes à projet, Saint-Nicaise est sans conteste la plus belle mais elle est surtout la plus complexe à sauver. Des fragilités du béton et de la pierre en passant par les aménagements que nous allons installer dans le lieu, c’est un chantier de 2 à 3 ans qui s’ouvre devant nous. Au sein de cette période, les 12 prochains mois seront ceux de la collecte des financements publics et privés, des expertises approfondies, des échanges avec les instances patrimoniales et religieuses…, etc. Le chantier en tant que tel devrait donc commencer en décembre 2020 et courir jusqu’à l’inauguration de mars 2023. En parallèle, nous brasserons et commercialiserons nos produits depuis notre site du Houlme. Nous pouvons donc nous permettre d’attendre que les travaux soient menés à leur terme et de la meilleure manière possible surtout.

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La Gazette du Patrimoine : À plus ou moins court terme, envisagez-vous de reproduire ce modèle dans un autre édifice ?

Pierre-Marie Soulat : À titre privé, je ne veux pas trop m’avancer car l’envie de sauver des morceaux de notre patrimoine sera toujours là assurément. Pour ce qui est de Ragnar, je ne peux que vous partager le fait que l’église-brasserie de Haarlem aux Pays-Bas vient d’acquérir une autre église en péril pour la transformer en distillerie. Près de 10 ans après leur premier sauvetage réussi, c’est fantastique qu’ils arrivent à relancer une telle aventure ! Toutefois, je ne pense pas que Ragnar ait cette vocation. Saint-Nicaise est un coup de foudre et ne pourrait souffrir la comparaison avec un autre site. Nous sommes en revanche enclin à soutenir toutes les démarches en Normandie et ailleurs en France qui souhaiteraient sauver par l’artisanat de nouveaux lieux historiques.

La Gazette du Patrimoine : Quel est votre vision de la sauvegarde du patrimoine ?

Pierre-Marie Soulat : C’est une vision non-conservatiste paradoxalement. En tout cas, pas systématiquement conservatiste. On a une vision trop figée des lieux et ça finit par les desservir car nous ne savons plus comment les intégrer dans notre quotidien…C’est oublier en cela que tous furent habités, servant au travail ou aux loisirs. Ma conviction c’est que nous sauverons notre patrimoine en acceptant que ces lieux retrouvent des fonctions autres que strictement muséales ou pieuses. Ça peut donner des sites parfaitement gérés et préservés comme l’ancienne chocolaterie Meunier de Noisiel avec Nestlé ou le Palais Bénédictine de Fécamp avec Bacardi. Dans le respect, osons donc un peu plus et inspirons-nous des modèles français et étrangers qui marchent. C’est ce que nous allons essayer de faire et d’illustrer du mieux possible avec notre chantier à Saint-Nicaise.
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La Gazette du Patrimoine : Mais d’ailleurs, le patrimoine, vous êtes « tombé dedans » tout petit, ou est-ce juste une opportunité que vous avez saisie ?

Pierre-Marie Soulat : L’Histoire m’a forgé et m’a nourri dans énormément de dimensions et ce depuis mon plus jeune âge. C’est un domaine qui irrigue littéralement ma vie, qui me donne une grande force et j’ose le dire, une vraie cohérence dans ce que j’essaie d’accomplir. L’Histoire est un juge implacable dont beaucoup de gens se moquent aujourd’hui. Ce n’est pas mon cas, ni celui de mes associés. Dans le cas de Saint-Nicaise et loin de la logique de « coup spéculatif », nous nous sentons dépositaires de ce lieu. Cela nous oblige, nous élève et nous contraint. Nous ressentions déjà ce sentiment en reprenant la figure historique de Ragnar comme fil rouge de notre brasserie. C’est d’autant plus fort à présent, Saint-Nicaise ayant une incroyable incarnation dans la pierre, le verre et le béton. À mes yeux, le patrimoine se présente ainsi comme l’évocation dans la matière de l’intangibilité de l’Histoire, sorte de rappel que nous ne sommes que de passage. Malgré mes 26 printemps, je crois beaucoup en la fragilité de l’existence. Autant passer une partie de cette dernière à nous inscrire hors du Temps, aux côtés de ceux qui nous ont précédé, et qui nous ont légué des trésors qui ne demandent qu’à être sauvés.

La Gazette du Patrimoine : Parmi les quatre églises proposées l’église Saint-Paul n’a retenu l’attention d’aucun candidat. Comme vous êtes un jeune créatif plein d’idées, vous n’en auriez pas une pour elle ?

Pierre-Marie Soulat : Pour tout vous dire, Saint-Paul nous avait été proposé dès avant l’appel à projet. Mais comme dit plus haut, le coup de cœur avait été pour Saint-Nicaise et pour nulle autre. Ceci étant dit et en prenant en compte sa situation géographique problématique, nous avons eu 2 idées pour cet édifice : la première est un centre d’hébergement des SDF de la métropole rouennaise, la seconde une auberge de jeunesse. Ces deux projets ont l’avantage de rappeler qu’une église est un lieu d’accueil des plus fragiles. Au côté de Saint-Pierre-du-Chatel orientée luxe, de Sainte-Croix-des-Pelletiers tournée vers le travail 2.0 et de Saint-Nicaise structurée autour de l’artisanat, Saint-Paul pourrait incarner un usage social dont Rouen a également besoin. Reste à trouver les entrepreneurs et associations capables d’endosser les importantes charges et responsabilités inhérentes ce type de lieu et de projet.

Lien du site  https://www.brasserieragnar.com

Crédits photographiques : Maxime Jouet, Caroline Bazin & Éléonore Déchin. 


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La Gazette du Patrimoine a tenu à recueillir l’avis de l’Association « La Boise de Saint Nicaise », association qui depuis des années lutte pour la conservation de l’édifice, et qui a soutenu le projet de Pierre-Marie Soulat. Voici donc les raisons pour lesquelles elle a accueilli favorablement cette idée de réhabilitation.


Pourquoi nous soutenons le projet des brasseurs Ragnar ? Ce sont les seuls porteurs de projet qui ont fait un pas vers nous, encouragés par une connaissance commune qui suivait déjà notre association et connaissait le projet que nous portions tout autant que notre combat sincère et désintéressé (à titre personnel j'entends) pour le sauvetage de cette église. Nous nous sommes très vite compris et entendus avec Pierre-Marie Soulat et Benoît Rousset, tant les affinités étaient évidentes, pour fusionner les deux projets. Il a été co-construit sur le plan patrimonial avec la Boise, association référente, dans le respect de la riche histoire des lieux et du quartier, et d'un environnement sociologique et économique complexe ; ses porteurs sont les seuls à avoir travaillé en bonne entente avec les associations locales de défense du patrimoine. Ils sont également les seuls à avoir communiqué sur la nature de leur projet, alors que des promoteurs immobiliers étaient en lice, avec un risque de destruction totale ou partielle d'un édifice inscrit MH.

Le projet Ragnar répond en tout point au cahier des charges général de l'appel à projets lancé par la Ville de Rouen sur quatre églises, dont l'église Saint-Nicaise ; il va bien au-delà des exigences du cahier des charges spécifique à l'église Saint-Nicaise, notoirement lacunaire au plan patrimonial (bien que la DRAC l'ait cosigné...), alors qu'il s'agit d'une des églises les plus richement dotées de la commune.

Il conserve l'essentiel du patrimoine mobilier et immobilier, et des vestiges extérieurs que nous avons signalés à ses porteurs, et non content de les conserver, il leur redonne une seconde vie. Seul l'orgue de tribune doit se trouver un lieu d'accueil dans lequel il pourra s'épanouir sans perdre son harmonie (c'est la mission la plus urgente de la Boise actuellement).

Multi-lieu modulable, ouvert aux riverains et, plus largement, aux Rouennais et aux touristes, l'Église-Brasserie™ accueillerait aussi un espace muséal dont nous sommes d'ores et déjà en train de poser les bases, dans l'hypothèse où ce projet serait retenu, avec la réunion des musées métropolitains, de façon à y exposer les trésors restaurés de Saint-Nicaise, présents sur place ou stockés dans les réserves, ainsi que toute pièce aidant à mieux se figurer l'histoire de ce quartier ouvrier médiéval où se confectionnait le drap de Rouen.

Toute l'installation productive de la brasserie proprement dite est réversible et ne nécessite aucune altération du bâti.

Le projet Ragnar empêche une privatisation et une dénaturation des lieux. Les brasseurs, loin de s'envisager à tout prix comme propriétaires, ont proposé à la Ville la solution du bail emphytéotique, de façon à laisser une chance au maintien de l'église dans le domaine public.

Le projet Ragnar intègre une salle des associations dans l'annexe discrète qu'il a imaginé à l'emplacement de l'actuel presbytère et agrandit le jardin qui l'entoure en préservant les arbres et les vestiges funéraires et architecturaux qui s'y trouvent. Jardin accessible à tous en journée.

Le modèle économique est inédit : il réserve 10 % du profit réalisé sur la vente de chaque bière Ragnar en Normandie ou ailleurs dans un premier temps, à l'entretien de l'église et au remboursement des aides publiques à la restauration, dans un second temps au soutien à la restauration d'autres édifices normands.   

Enfin, non seulement le projet Ragnar opte pour une restauration d'excellence en y mettant le prix, mais encore ne craint pas de voir évoluer les protections sur l'édifice, et souhaite même leur renforcement pour que l'église Saint-Nicaise soit le point de départ d'un renouveau du rapport au patrimoine dans une Ville qui n'y voit qu'un encombrement, alors que l'on vient du monde entier pour visiter ses églises.

Pour conclure : il est plébiscité dans le quartier et très attendu. L'engouement est Trans partisan. Il est aussi soutenu nationalement par les grandes associations et fédérations de défense du patrimoine que nous avons mobilisé et qui ont pris conscience du caractère emblématique de cette opération, comme du caractère exceptionnel de la réponse que les brasseurs apportent.

Nota : pour information, mais je pense que Pierre-Marie Soulat vous l'avait déjà dit, les projets de reconversion retenus pour 3 des 4 églises en lice ont été soumis au vote lors du conseil municipal qui s'est tenu le 29 janvier (avant-hier). Ils ont tous été adoptés à l'unanimité. 


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Brève histoire de l’église et du quartier Saint-Nicaise

VIIe siècle
Édification, sur ordre de saint Ouen, d’une chapelle destinée à abriter les reliques de saint Nicaise, premier évêque de Neustrie, martyrisé à Gasny (Eure).

XIIIe siècle
Vers 1240 : urbanisation réfléchie du quartier Saint-Nicaise sur des terrains appartenant à l’abbaye de Saint-Ouen, qui garde un droit de patronage et en nomme les prêtres. Création de quatre îlots séparés à angle droit par les rues Saint-Nicaise et Orbe-Bourg-l’Abbé, encadrés au nord par la rue de la Roche et au sud par la rue de la Prison (future rue de l’Amitié), à l’ouest par les rues Coignebert et Abbé-de-l’Épée, à l’est par les rues Poisson (future rue des Requis) et Tousée (future Pomme d’Or). Le centre du dispositif est l’église Saint-Nicaise, mentionnée pour la première fois en 1241. Une telle organisation sur une croisée de rues n’a pas d’antécédents en France. Toutes les rues susmentionnées ont une largeur uniforme d’un peu plus de 6 mètres (20 pieds) en moyenne, sauf la rue Orbe, qui était large de 10 mètres (probable espace de marché) entre les rues Abbé-de-l’Épée et Tousée. Les parcelles sont également large de 20 pieds et la hauteur maximale des maisons (voir les plus anciennes actuelles) est de 20 pieds. Un système d’adduction d’eau est réalisé, alimentant plusieurs puits. La paroisse, siège des activités de draperie, se situe encore « juxta Rothomagum » (à côté de Rouen), en dehors de l’enceinte. Elle est souvent confondue avec le bourg l’Abbé tout proche.

XIVe siècle
1346 : la paroisse Saint-Nicaise est englobée dans la nouvelle enceinte.

1360-1414
: les bas-côtés de la nef de l’église Saint-Nicaise sont reconstruits, avec des fenêtres au nord de style flamboyant et au sud de style rayonnant.

XIVe-XVe siècle
Le quartier Saint-Nicaise abrite un enclos spécial réservé aux « marqueux », un corps spécialisé dans le marquage des maisons frappées par la peste.

Fin du XVe siècles
Réalisation du lectionnaire de Saint-Nicaise. Riche donation du curé de Montville Cornille du Désert à la fabrique de l’église.

XVIe siècle
16 mars 1518 : le clocher de l’église Saint-Nicaise, alors placé à la croisée du transept, est renversé par un ouragan.

1558 : achèvement de la reconstruction du chœur en style gothique flamboyant par le maître maçon Jean Chaillou. Les sacristies sont elles aussi reconstruites dans le même style. La vitrerie est la dernière de cette qualité à Rouen. Si la nef avait pu être refaite dans la foulée, l’église Saint-Nicaise eût fait jeu égal, en élégance et en splendeur, avec l’église Saint-Maclou.

1562 : l’église est saccagée par les protestants. La paroisse n’a pas les moyens de poursuivre les travaux d’embellissement engagés.

1593
: ouverture du collège des jésuites dans l’hôtel du Maulévrier, alors situé dans la paroisse Saint-Godard.

Fin du XVIe siècle
Publication du plus ancien texte en langage purinique, l’argot du quartier Saint-Nicaise, le Dialogue recreatif fait a sainct Nigaize par deux bons compagnons normans drapiers sur la reiouissanche de la paix.

XVIIe siècle
1603 : construction d’un petit clocher en charpente sur la dernière travée au bas du collatéral nord de l’église Saint-Nicaise. Érection de la grande croix du cimetière.

1611-1624 : construction du monastère des Minimes, rue Bourg-l’Abbé.

1615 : début de la construction de la chapelle du collège des jésuites avec des pierres provenant de la démolition du château Gaillard.

1625-1642, puis 1653 : publication de la Muse normande de David Ferrand en langage purinique.

Juillet 1630 : destruction, pour cause de concurrence déloyale, du chargement d’une nef anglaise dans le port de Rouen par les habitants du quartier Saint-Nicaise.

1631 : réalisation, sur souscription, des grandes orgues de l’église Saint-Nicaise par le célèbre facteur Crespin Carlier. La surface du cimetière paroissial, qui s’étend au nord et au sud de l’église, est grignotée par la construction de plusieurs maisons dont les loyers enrichissent la fabrique.

1632 : affaire de la destruction de la boise de Saint-Nicaise. Émeutes urbaines.

1643 : le chanoine Paris, archidiacre de la cathédrale de Rouen, incite les Sœurs de Saint-Joseph, dont le but est de pourvoir à l’instruction et à l’éducation des jeunes filles d’honnête famille, à s’installer rue Poisson.

1658 : réalisation du maître-autel de l’église Saint-Nicaise par Étienne Mazeline, dont la famille de sculpteurs œuvrera à Versailles.

1680: fondation du séminaire Saint-Nicaise, dit Petit séminaire. Le Grand séminaire, séminaire archiépiscopal Saint-Vivien, avait été fondé en 1656.

XVIIIe siècle
Dans le quartier Saint-Nicaise, alors un des plus populeux de Rouen, vivent et exercent toiliers, tisserands et badestamiers (fabricants de bas en coton). Au début XVIIIe siècle, le séminaire diocésain s’installe rue Poisson, en face de l’église Saint-Nicaise.

1704 : achèvement de la chapelle du collège des jésuites.

1762 : le collège des jésuites devient collège royal.

Révolution : l’église et le séminaire Saint-Nicaise sont fermés.

1791 : la communauté Saint-Joseph est supprimée. - 1792 : le monastère des Minimes est fermé.

XIXe siècle
1802 : réouverture au culte de l’église Saint-Nicaise. Les Bénédictines du Saint- Sacrement viennent s’installer dans l’ancien monastère des Minimes.

1805 : réouverture du séminaire Saint-Nicaise.

1820 : les Sœurs de Saint-Joseph reviennent en leur couvent et y demeureront jusqu’en 1890.

1829 : l’église Saint-Nicaise redevient paroissiale.

1834 : l’abbé Prévost devient curé de Saint-Nicaise. Il fait repeindre l’intérieur de l’église, installer une horloge et ériger un calvaire qui, à la Fête-Dieu, sert de décor à une féerie. Sa bibliothèque est ouverte à tous.

1850 : l’abbé Prévost aide les Petites Sœurs des Pauvres à s’installer à Rouen.

1854 : mort de l’abbé Prévost, qui fut pour sa paroisse une manière d’abbé Pierre. Avant de mourir, il lègue sa bibliothèque au séminaire. Il est enterré dans le cimetière paroissial.

Seconde moitié du XIXe siècle
Disparition progressive du cimetière paroissial au sud de l’église et construction de l’actuel presbytère au nord.

1872 : le lycée impérial devient lycée Corneille.

1874 : à l’occasion d’une restauration de la voûte du chœur, la polychromie Renaissance est révélée. Les voûtains originels étaient peints aux armes de France, d’azur constellé de fleurs de lys, comme ceux de la chapelle basse de la Sainte- Chapelle, à Paris.

Fin du XIXe siècle
Le chanoine Lamy, curé de l’église Saint-Nicaise depuis 1889, fonde la confrérie de Saint-Antoine de Padoue. L’église Saint-Nicaise va devenir un lieu de pèlerinage en l’honneur de ce saint.

XXe siècle
1905 : le séminaire Saint-Nicaise ferme définitivement. Les Sœurs de Saint-Joseph sont rétablies.

Années 1920 : la maîtrise Sainte-Cécile de Saint-Nicaise devient rapidement la meilleure maîtrise de Rouen sous le ministère du chanoine Descrout, curé de l’église Saint-Nicaise. Elle figure parmi les ensembles vocaux pionniers dans la résurrection des répertoires baroque et pré-baroque.

1920 : l’école primaire supérieure des garçons s’installe rue Poisson, dans les locaux de l’ancien séminaire.

1928
: restauration des grandes orgues de l’église Saint-Nicaise par Louis-Eugène Rochesson.

Juin 1931 : lors d’un concert exceptionnel dans le cadre d’une exposition d’art religieux, la maîtrise Sainte-Cécile interprète des œuvres, rarement jouées jusque-là, de Henry du Mont, Hoffhaimer, Gaspard Corrète et Couperin.

Dans la nuit du 9 au 10 mars 1934 : un incendie dû à un court-circuit ravage l’église. La nef médiévale y laisse toute sa charpente. Le petit clocher s’effondre. Les grandes orgues sont annihilées. Des vitraux des XVe , XVIe et XIXe siècles, peu de pièces en réchappent. Les tableaux des XVIe et XVIIe siècles sont réduits en cendre, ainsi que le mobilier, la chaire du XVIIe siècle et les stalles du XVIIIe siècle, sculptées par Gabriel Rivière. La municipalité décide de reconstruire l’église des pauvres de Rouen et d’y mettre les moyens, en pleine crise économique et révolution sociale (Front Populaire). Le projet-manifeste des architectes Pierre Chirol et Émile Gaillard est retenu. Le chœur flamboyant sera conservé. La nef sera relevée dans un style art déco figuratif et réalisée en béton armé par l’entreprise Lanfry. Les nouveaux vitraux sont signés Max Ingrand, maître verrier parisien. La nef, prouesse architecturale et technique pour l’époque, monte à 35 mètres et le clocher, lui, s’élance à près de 60 mètres. 4 cloches, dont la plus grave, de 8 tonnes (un sol), n’est qu’un ton au-dessus de la Jeanne d’Arc de la cathédrale, y sont placées, fondues par la maison Causard, sise à Colmar. Leurs sonneries, d’une pureté de timbre remarquable, sont complétées par un carillon Westminster de 4 tinterelles.

Octobre 1940 : un centre d’accueil pour le STO est aménagé dans les locaux de l’école primaire supérieure.

13 octobre 1940 : Monseigneur Petit de Juleville, archevêque de Rouen, en présence des autorités civiles et d’une foule considérable, bénit la nouvelle église. La maîtrise Sainte-Cécile de Saint-Nicaise, dirigée par le chanoine Descrout, curé de l’église, interprète du Palestrina pour l’occasion.

1941 : l’école primaire supérieure devient un collège.

Décembre 1941 : organisation d’une exposition anti-maçonnique au 79 rue Orbe, dans une ancienne loge.

17 août 1942 : le haut de la rue de la Cage est atteint par des bombes larguées lors d’un raid américain diurne expérimental.

5 septembre 1942 : l’îlot situé à l’angle nord de la rue Louis Ricard et de la rue Bourg-l’Abbé, à deux pas de la chapelle Corneille, est pulvérisé par un chapelet de bombes qui emporte aussi les derniers vestiges du Petit-Porche de l’ancienne abbaye de Saint-Ouen.

Nuit du 14 au 15 janvier 1943 : 155 juifs rouennais sont rassemblés par la police française dans le centre d’accueil de la rue Poisson, avant leur déportation.

Libération : la rue Poisson est rebaptisée rue des Requis. Quoique surpeuplé, le quartier Saint-Nicaise, comme les autres quartiers Est, accueille une grande partie des sinistrés de guerre.

1957 : inauguration des nouvelles orgues de l’église Saint-Nicaise, commencées par Rochesson et achevées par la maison Beucher-Debierre.

1960-1961 : le collège Fontenelle devient un collège-lycée, avec une section arts et métiers.

1962 : André Hunebelle tourne Les Mystères de Paris, plus gros succès français de l’année, dans le quartier Saint-Nicaise, seul ensemble urbain assez bien conservé pour rappeler le vieux Paris d’Eugène Sue.

Années 1970 : destruction de tout le quartier bas Saint-Nicaise (îlot B). Début de la gentrification de l’un des derniers quartiers populaires de l’hypercentre rouennais. Construction des immeubles de l’Hôtel de Ville, ensemble de HLM vite reconverti en résidence.

1972-1973 : le collège-lycée redevient un collège, mais mixte.

1981 : inscription de l’église Saint-Nicaise, de ses vitraux et de certaines pièces de mobilier à l’inventaire supplémentaire du patrimoine.

1989 : le facteur Philippe Hartmann achève la restauration des grandes orgues et de l’orgue de chœur, œuvre de Rochesson.

Années 1990 : l’église est partiellement fermée pour raison de sécurité. Elle sert de dépôt municipal pour des vitraux non encore remontés de l’abbatiale Saint-Ouen et de l’église Saint-Maclou.

XXIe siècle
Début des années 2000 : les cloches se taisent et l’église est entièrement fermée.

2008 : Régis Martin, architecte en chef des monuments historiques, réalise une étude sanitaire sur l’ensemble de l’édifice, qui évalue à 2 600 000 euros le montant des travaux de restauration.

2012 : l’église Saint-Nicaise est exécrée par Monseigneur Descubes, archevêque de Rouen.

2015 : fin de la distribution des repas chauds aux indigents par l’association des Repas chauds Saint-Marc, jusque-là tolérée dans la sacristie. Le processus de désaffectation est lancé par la municipalité de Rouen. Les lieux, mal entretenus et mal sécurisés, sont régulièrement squattés. Quoique désacralisée, l’ex-église conserve tout le mobilier et les accessoires du culte, ses reliquaires (avec les reliques de saint Nicaise) et une partie des archives paroissiales. Les grandes orgues sont vandalisées. Une première alerte est lancée par un riverain sur Mediapart, alors que circulent des rumeurs de mise en vente.

Mai-juin 2016 : occupation et réouverture de l’église Saint-Nicaise et de son presbytère par des militants de Nuit Debout, institués en « Commune Saint- Nicaise ». Les « Communards », constatant le délabrement des lieux, mettent des verrous aux portes et commencent à restaurer le presbytère, avant d’être délogés par la police le 6 juin. Tous les accès de l’église et du presbytère sont bâclés ou murés à la va-vite. L’association La Boise de Saint-Nicaise est créée dans la foulée par des riverains et des amoureux du patrimoine rouennais. Une palissade métallique hideuse est érigée peu après au-dessus le mur du presbytère.

Septembre 2016 : l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon, dans une conférence à Neoma-business school, signale son intérêt pour l’église Saint-Nicaise.

Début 2017 : l’impécuniosité de la municipalité empêche toute forme d’intervention sur un édifice fragilisé qui mérite un classement.

Fin janvier 2017 : une réunion technique se tient à la mairie de Rouen sur le cas Saint-Nicaise, à l’issue de laquelle il est décidé de lancer une étude sur la démolition du clocher, qui impliquerait la démolition du presbytère, à l’emplacement duquel serait implantée la grue de démolition.

Samedi 25 mars 2017 : les associations La Boise de Saint-Nicaise et Fil Vert commencent à verdir les abords de l’église. Des jardinières sont implantées.

5 - 31 mars 2017 : la mairie de Rouen, n’attendant pas les résultats de l’étude qu’elle a elle-même lancée, dépose un permis de démolir visant le presbytère de l’église Saint- Nicaise et une petite dépendance paroissiale.

10 avril 2017 : La Boise adresse une lettre ouverte à Jean-Jacques Aillagon pour l’alerter sur les desseins contradictoires de la municipalité.

6 juillet 2017 : La Boise lance une pétition adressée au directeur de cabinet du maire de Rouen et réclamant le sauvetage du presbytère, de son jardin et de l’église Saint- Nicaise.

25 septembre 2017 : Régis Martin réalise à la demande de la mairie une expertise du clocher de l’église Saint-Nicaise, à l’occasion du remplacement des pare-gravois.
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Sources : P. V., Notice sur la vie et les œuvres de M. l’abbé Prévost, Rouen, Fleury, 1854 ; Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure, t. IV, 1876-1878 ; Bulletin des AMR, octobre 1988-septembre 1989 ; site Rouen-Histoire de Jacques Tanguy ; Loïc Vadelorge, Rouen sous la IIIe République, Politiques et pratiques culturelles, Presses universitaires de Rennes, « Histoire », 2005.