January 2022

Présidentielles 2022 : quel avenir pour le patrimoine des territoires ?

Bandeau6

bandeaufinale5

OU VOUS POUVEZ TÉLÉCHARGER NOTRE BULLETIN D'ADHÉSION ICI

upgo
La
campagne électorale bat son plein, et chacun dévoile son programme en faveur de l’avenir des français. Pouvoir d’achat, sécurité, écologie, éducation, immigration sont les « fers de lance » de cette campagne.

AVENIRPHOTO-1
Il est un sujet moins sensible, mais somme toute important, qui n’émerge que peu des discours : le patrimoine. Pourtant, présider la France, c’est présider le patrimoine, car la France est Patrimoine.

Chaque commune, même la plus modeste, porte en son sein un témoin de notre histoire collective. Le patrimoine est notre ADN, un marqueur fort de notre identité. Nous ne parlons pas ici de Versailles, de la Tour Eiffel, de Chambord ou de Notre-Dame qui font la fierté de tous et pour lesquels tous les gouvernements auront toujours un regard attentif et bienveillant.

Nous parlons ici des clochers de nos campagnes, de nos fours à pain, de nos maisons à pans de bois, de nos petits châteaux… Ceux que nous pourrions définir comme « les petits, les obscurs, les sans grades », parce qu’ils ne bénéficient pas de protection au titre des monuments historiques.

AVENIRPHOTO-2
S’ils ne sont pas des fleurons du patrimoine national, ils ont cependant tous une valeur ou un intérêt local. Oublier ce « petit patrimoine », c’est oublier la France des territoires.

Les touristes du monde entier, qui représentent une manne économique pour notre pays, ne viennent pas visiter uniquement Versailles ou Paris. Ils viennent également visiter nos belles provinces, parce qu’ils apprécient la diversité de nos paysages, de notre architecture, de notre gastronomie, de nos traditions de nos savoir-faire…

La question qui se pose aujourd’hui est : viendront-ils toujours lorsqu’ils n’auront pour seul spectacle que des zones pavillonnaires avec des maisons à toits plats à la place d’un château XIXe et de son parc, des parkings à la place de gracieux presbytères, ou des champs d’éoliennes qui défigurent tout sur leur passage ? La réponse est aisée : ils iront ailleurs.

Au-delà de l’aspect financier émanant du tourisme, il faut également souligner qu’à l’heure où l’écologie est au cœur de toutes les préoccupations, un chantier de démolition est tout sauf écologique, car ces chantiers produisent des tonnes de déchets. Certes, on nous expliquera que ceux-ci sont triés et valorisés, mais il suffit de se rendre sur un chantier de démolition pour constater que seulement une infime partie fait l’objet d’un traitement particulier. Soyons lucides, la démolition « propre » n’existe pas.

AVENIRPHOTO-3
Depuis quelques années, on invite les français à trier leurs déchets. On les invite également à donner une seconde vie à leurs objets, à réparer ou à céder plutôt que de jeter, parce que c’est plus écologique. Alors pourquoi le patrimoine n’aurait pas droit à ce genre de « faveur » ? « Réparer » le patrimoine, plutôt que le détruire pour assouvir l’appétit des promoteurs immobilier, serait un geste fort pour la planète et un geste fort pour ses habitants.

Certains argumenteront en mettant en avant l’aspect économique. Certes, parfois une réhabilitation est plus coûteuse, mais elle permet d’inscrire un édifice dans la durée, alors que la pérennité d’une construction moderne est contestable. Il suffit de regarder les constructions réalisées il y a une vingtaine d’année pour constater que beaucoup d’entre-elles sont déjà en fin de vie.

N’oublions pas que les réhabilitations sont aussi source d’emploi pour des milliers d’artisans et d’artisans d’art. À l’heure où le « Made in France » est au cœur des préoccupations, il serait judicieux de ne pas priver des milliers de professionnels, ambassadeurs du savoir-faire français, de travail, au prétexte qu’on préfère démolir que « soigner ». Oui, le patrimoine se soigne. Hélas, la principale maladie dont il souffre, est le déni. Et seul le bon sens pourra éradiquer ce mal. Comment un pays qui méprise son passé, peut-il envisager l’avenir ?

AVENIRPHOTO-4
Cette question, nous sommes nombreux à nous la poser et nous espérons que l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle y répondront avant que nous nous rendions aux urnes.

Quoi qu’il en soit nous savons déjà que toutes les mesures qui ont été mises en place ces dix dernières années ne sont absolument pas adaptées.

Tout d’abord, parce que le Ministère de la Culture n’est pas en mesure de se préoccuper de tous les sujets et que, la plupart du temps, le patrimoine est le grand oublié des Ministres de la Culture. Mais peut-ont pour autant les blâmer ? Trop de sujets à traiter et pas assez de temps pour mener sérieusement leurs missions. Le temps moyen d’exercice d’un ministre de la culture est de 18 mois. Comment en 18 mois peut-on réfléchir, se poser les bonnes questions, afin d’obtenir les bonnes réponses ?

Depuis longtemps nous pensons que la création d’un secrétariat d’état au patrimoine pourrait considérablement faire avancer la cause. Jusqu’alors, on peut dire que le Ministère de la Culture est un ministère « fourre-tout » et la tâche est trop grande pour un seul Ministre.

AVENIRPHOTO-5
Nous pensons également que les idées reçues et l’éternelle phrase « on a toujours fait comme ça »,sont mauvaises conseillères. Il est grand temps de réformer et d’inventer la sauvegarde du patrimoine de demain.

À chaque fois que le patrimoine est mis en avant, on nous répond : budget, argent.

Or, depuis huit ans, Urgences Patrimoine n’a eu de cesse de démontrer que l’argent n’est pas toujours la solution aux problèmes. Certes il faut des sommes colossales pour restaurer, entretenir et valoriser, mais il faut simplement du bon sens pour sauver.


Victor Hugo dans sa « Guerre aux démolisseurs » écrivait :

Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait. Qu'on la fasse. Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d'un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à d'ignobles spéculateurs que leur intérêt imbécile aveugle sur leur honneur ; misérables hommes, et si imbéciles qu'ils ne comprennent pas qu'ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire, c'est dépasser son droit.

Ne serait-il pas temps de mettre en place des lois qui permettraient d’arrêter les mutilations faites au patrimoine ? Chaque jour, ce sont des dizaines d’édifices qui disparaissent dans l’indifférence générale des pouvoirs publics.

Nos inquiétudes, quant à l’avenir du patrimoine lors des cinq prochaines années, se justifient, entre autres, par l’absence de réaction de l’ensemble des candidats à cette élection, lors de la destruction de la chapelle Saint-Joseph à Lille, il y a un an jour pour jour. Nous avions pourtant sollicité l’ensemble de la classe politique qui aurait pu se mobiliser contre cette démolition injustifiée de ce grand édifice lillois. Mais à part le bruit assourdissant des pelleteuses, nous n’avons entendu personne et nous avons assisté impuissants à un « patrimonicide » de plus.

AVENIRPHOTO-6
À qui donc pourrions-nous faire confiance, nous, les défenseurs du patrimoine ? À l’heure où l’on demande aux citoyens de se mobiliser et d’agir, quel sera l’avenir de leur engagement face à des dirigeants s’ils restent sourds et aveugles ?

Le patrimoine ne fait pas de politique, car le patrimoine est un bien commun. Il appartient à chacun d’entre nous et nous ne voulons pas que le patrimoine soit « l’otage » d’un parti plutôt que d’un autre. Nous souhaitons seulement que celle ou celui qui gouvernera la France lors du prochain mandat, soit soucieux de la préservation de cette histoire collective qui fait notre fierté et qui participe au rayonnement de notre pays.

Nous espérons donc avoir des réponses concrètes à travers des programmes concrets, qui offriront au patrimoine des perspectives d’avenir différentes que celles du déni et de la destruction.

Vive le patrimoine, vive la France !

Alexandra Sobczak-Romanski
Présidente d’Urgences Patrimoine

Nous contacter : urgences.patrimoine@gmail.com
bandeaufinale5

vreresdon
mecenesb
Crédits photographiques : Urgences Patrimoine

Saint-Maixent-l’École : Saint Christophe libéré, délivré et bientôt sauvé

Bandeau6

bandeaufinale5

OU VOUS POUVEZ TÉLÉCHARGER NOTRE BULLETIN D'ADHÉSION ICI

upgo
Depuis
un peu plus d’un an, la « boucherie » de Saint-Maixent-l’École a été au cœur de toutes les préoccupations de l’ADANE et de sa présidente Marie-Claude Bakkal-Lagarde. Après un bras de fer épique avec la commune, la persévérance a payé. Le cadenas qui empêchait l’accès a été enlevé et l’édifice médiéval va pouvoir s’inscrire dans l’avenir, sous le regard bienveillant de Saint Christophe.

LIBÉRÉEPHOTO-1
Résumé des six derniers mois :

À Saint-Maixent-l’École dans les Deux-Sèvres, au cours de l’été 2021, le projet de démolition de deux maisons situées aux 9-11 rue Anatole France, dans le périmètre protégé de l’abbatiale, inaugure une bien inquiétante période. Les maisons adjacentes, dont une à colombages, risquent de souffrir de la destruction des façades en pierre de taille du XIXᵉ siècle et des trépidations des engins de chantier.

Est-ce bien sérieux de vouloir créer des logements en béton, quel qu’en soit le prix, d’une durée de vie maximale de 40 ans ?

Mais, fin septembre, un miracle se produit. Il consiste en la découverte d’une peinture murale représentant le Christ enfant sauveur du monde, sur les épaules de Saint Christophe. C’est le rayon de lumière au bout du tunnel, celui qui nous guide et nous conduit à œuvrer pour ce patrimoine exceptionnel. L’œuvre est datée du XVᵉ siècle et authentifiée par Mme Sabine de Freitas. Elle intervient à la demande d’Urgences Patrimoine. Nous informons La DRAC de la découverte et deux ingénieurs se déplacent pour voir les lieux. Tous reconnaissent que le sauvetage relève d’une prise en charge en milieu très sensible. Le « risque d’effondrement » est particulièrement élevé.

LIBÉRÉEPHOTO-2
En effet, exposé aux intempéries depuis des années, le mur qui porte la peinture est extrêmement fragile. Mais c’est aussi tout l’ensemble du bâti environnant qui est déstabilisé. Mi-octobre, le propriétaire accorde à l’ADANE le droit d’intervenir pour la protéger et sécuriser cet espace. Néanmoins ce n’est pas l’idée du Maire qui interdit toute action. Aucune négociation n’est possible. La mairie cadenasse les lieux.

Mi-novembre, contre vent et marée, l’association ayant rassemblé ses économies en réorientant ses investissements, signe le compromis d’achat du lieu. Cependant, le risque de la préemption plane toujours sur la transaction.

La présidente de l’ADANE, qui a reçu différents soutiens dont celui d’Urgences patrimoine, est convoquée pour expliquer son projet devant la commission d’urbanisme le 13 décembre. Elle s’y rend accompagnée par un juriste de Vieilles Maisons Française et du voisin du n° 13. Passionné des vieilles pierres, il a aussi sauvé sa maison à colombage en l’achetant alors qu’elle était frappée d’un arrêté de péril. Après un exposé exposant le point de vue, chacun pose ses questions, les réponses éclairent la faisabilité dans un délai raisonnable. Il est possible de cristalliser l’écrin, de refaire les toitures et de sécuriser cet ensemble.

LIBÉRÉEPHOTO-3
Les journées passent et toujours rien. Durant la semaine suivant Noël, des pluies diluviennes s’abattent. Des bruissements se font entendre du côté de la peinture. Nul ne peut aller voir ce qui s’y passe. Le cadenas municipal est toujours là. La présidente écrit le vibrant appel de Saint Christophe. Et le matin du 31 décembre, bonne nouvelle, le cadenas de l’élu a été retiré.

Trois tempêtes de plus et des morceaux d’enduits se sont détachés. Ils sont précautionneusement collectés.

Sur les conseils avisés, le projet d’abri de la peinture prêt depuis mi-octobre va être réalisé. Celle-ci au premier étage d’un bâtiment dont ne subsiste qu’un mur de 3 niveaux et un moignon de parement perpendiculaire nécessite la réalisation d’une plateforme. Elle sera posée dessus.

Le jour de l’an passe et, dès le 2 janvier 2022, les matériaux achetés, deux adhérents de l’ADANE, ensuite rejoints par quelques adhérents des Maisons Paysannes de France commencent à construire la plateforme.

Bien que la signature ne soit pas encore ratifiée, les bénévoles apportent leurs outils et retroussent leurs manches. Les lierres sont peu à peu supprimés et certaines zones sont désencombrées des gravats des toitures, etc.

LIBÉRÉEPHOTO-4-jpeg
La pluie reprend. Elle rend le terrain glissant. En ruisselant sur les murs de terre, elle accroît le danger. Certains jours, il vaut mieux ne pas approcher des murs et, les jours plus favorables, il convient d’être plusieurs et attentif, au cas où il faudrait donner alerter les secours.

La construction de la plateforme à peine achevée, un nouvel épisode pluvieux s’annonce. La météo donne l’alerte. À 17 heures, chacun rentre chez lui. Dès 19 h,eures la nuit qui s’annonce du 8 au 9 janvier 2022 est dantesque. Le voisin du n° 13 surveille les bruits de pluie, le souffle des bourrasques et le murmure des bris d’enduits le fait frémir. Soudain, un grondement plus sourd le met en émoi. Sortant en pleine nuit dans sa cour, il ne voit rien de particulier chez lui. L’événement se déroule de l’autre côté du bâti mitoyen, au niveau de la peinture murale.

Le jour se lève, la pluie s’affaiblie. Avec l’arrivée d’un proche, les deux passionnés se rendent sur place pour voir. Là c’est la stupéfaction ! Un nouvel effondrement du résidu de mur s’est écroulé sur le bout de la plateforme.

LIBÉRÉEPHOTO-5-
Mais il faut croire que Saint Christophe et le Christ veillent. Si la protection avait été élaborée comme initialement prévue, elle aurait pu être préjudiciable. Au chevet de ce patrimoine, chaque jour invite à redoubler de prudence. Mais que de temps perdu ! Il était possible d’œuvrer dans les bonnes conditions automnales.

La fin de l’hiver n'est pas pour demain.

bandeaufinale5

vreresdon

mecenesb

Crédits photographiques : ADANE

Valençay : Jackpot pour le grand, pelleteuse pour le petit

Bandeau6

bandeaufinale5

OU VOUS POUVEZ TÉLÉCHARGER NOTRE BULLETIN D'ADHÉSION ICI

upgo
Alors
que nous avons appris il y a quelques semaines, que le sublime Château de Valençay allait bénéficier de 300.000 euros de dotation du Loto du patrimoine pour la restauration de son théâtre (lire l’article de La Nouvelle République ICI),nous apprenons aujourd’hui la démolition prochaine d’un petit édifice, certes très modeste, mais pourtant marqueur fort de la commune.

TACOTPHOTO-2
Nous nous réjouissons bien évidemment pour le château, fleuron du patrimoine national, mais, à travers cet article, nous souhaitons illustrer ce que nous répétons sans cesse, à savoir l’intérêt pour les grands, le déni pour les petits.

TACOTPHOTO-1
Certes, les milliers de touristes qui viennent dans cette superbe commune pour visiter la demeure de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ne viendront pas visiter l’humble « Arrêt du Tacot », c’est une évidence, mais ce petit édifice est pourtant à son niveau un élément fort du patrimoine local, notamment du fait de son architecture de briques, peu utilisées dans la région.

Abandonné depuis les années 80, suite au décès de ses derniers propriétaires, la commune vient de le condamner, car il est jugé trop vétuste et désormais dangereux.

Cela, nous l’entendons bien, et nous comprenons la décision du maire qui doit assurer la sécurité de ses administrés. Sauf qu’il existe une solution pour satisfaire tout le monde, sans dépenser d’argent public (une démolition a un coût ). Cette solution est la cession du bien à l’euro symbolique. Nous avons sauvé la maison médiévale d’Orpierre (Hautes-Alpes) grâce à ce procédé et plus récemment, l’imposant Château de Westhove (Pas-de-Calais), sans parler de « notre » chapelle de Vrères (Deux-Sèvres) qu’Urgences Patrimoine va restaurer gracieusement pour la sauver des pelleteuses.

TACOTPHOTO-3
Nous allons dès demain contacter la commune, afin de proposer de prendre en charge l’édifice dans le cadre de notre dispositif « PPA » (un Patrimoine, un Projet, un Avenir), en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Nous sommes convaincus qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, et comme le disait Talleyrand , « on ne croit qu'en ceux qui croient en eux » et en ce qui concerne « L’Arrêt du Tacot », nous croyons être en mesure de lui offrir un avenir.

Vive le « petit » patrimoine des territoires !

Pour plus de détails, voici le lien de l’article de La Nouvelle République, grâce auquel, nous avons été alertés ICI.
bandeaufinale5

vreresdon

mecenesb

Crédits photographiques : La Nouvelle République