April 2021

Oissel : avenir toujours incertain pour le Manoir de la chapelle

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Il y a quelques mois, alors que nous étions au cœur du combat pour sauver la chapelle Saint-Joseph, nous avions relayé brièvement les inquiétudes du « Comité citoyen de sauvegarde du patrimoine et de l’environnement d’Oissel et des Boucles de Seine », quant à l’avenir compromis d’un site patrimonial remarquable par le contournement Est de Rouen.

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Nous revenons aujourd’hui sur cette affaire en relayant le cri d’alarme l’Alexis Deloum.

Attaché au patrimoine et à l’histoire de sa ville d’enfance, Alexis Deloum a des racines normandes par son arrière-grand-père, arrivé à Oissel dans les années 1920.Il a appris que la seule richesse était le partage. Partage passant par une prise de conscience du monde et d’autrui, par l’intermédiaire de l’écoute, base essentielle pour saisir les représentations de chacun qui in fine permettent de s’entendre sur des décisions qui limitent « le pire », sous l’égide du respect de la dignité des êtres.

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Le Manoir de la Chapelle reste menacé de destruction par le projet d’autoroute A13/A28, dit de contournement Est de Rouen. Ce projet a été déclaré d’utilité publique, suite au Décret du 14 novembre 2017 et, contre lequel, l’unique recours a été rejeté par le Conseil d’Etat le 19 novembre 2020.

Nous avons espoir que ce projet de promotion autoroutière avorte. Il est le reliquat d’une logique simpliste, où l’accélération de la destruction de notre environnement n’a plus de limites, et au même moment qu’une crise sanitaire broie nos imaginaires.

En reprenant la terminologie de l’enquête d’utilité publique, le projet a un gain faible et un préjudice fort.

Les bénéfices de ce projet seront, pour une bonne part, financiers, mais ils resteraient très limités compte tenu de la conjoncture actuelle. Ils bénéficieront à des entités privées, alors qu’une majorité de l’investissement vient de fonds publics.

Les risques seront majeurs, en particulier sur l’environnement et les ressources naturelles. En effet, le Manoir est très proche d’un captage d’eau potable (dit de la Chapelle), une des ressources en eau la plus importante de la Métropole de Rouen (pouvant engloutir près de 75 000 m3 d’eau par jour, soit la consommation de 150 000 habitants), et par une zone Natura 2000, dont une bonne part est située à Oissel englobant les berges et les îles de la Seine. Cette zone contient déjà près d’un tiers des espèces végétales invasives de la Haute-Normandie qui nuisent à la biodiversité ; le projet rendra cette zone naturelle protégée non viable à cet endroit.

Il est certain que la création d’un viaduc finira d’enfermer la ville d’Oissel sur elle-même. Elle se retrouvera littéralement encerclée par des voies autoroutières : la A13 au Sud et cette bretelle d’autoroute du Nord jusqu’à l’Ouest. Seul le côté Est y échappe, car heureusement bordé par la Seine.

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C’est un cri d’alarme.

Depuis l’époque des Coutumes de Normandie, au Moyen-Âge, jusqu’à la première moitié du XXème siècle, il était normal de réemployer tous les matériaux et de rationaliser les ressources (en eau, en bois, en terre). Il n’y avait pas de déchets, pas de remblais ; la vie était locale et on se devait de faire place nette. Sans un équilibre global de nos échanges inter-individuels avec la nature, l’impact sera toujours fort.

Lors de l’enquête publique, le patrimoine et l’histoire n’ont pas été considérés sérieusement.

Pourtant, le patrimoine est aussi constitutif de notre environnement. Il permet de nous relier symboliquement à lui. Il s’apparenterait plutôt à un réseau de reliques, qui sont autant de repères, marquant une frontière entre mythe et réalité. Il est important de les préserver, pour créer de la perspective entre l’homme et son environnement, une chose cruciale aujourd’hui.

Comment pouvons-nous nous orienter si l’on décide d’effacer nos traces ? Comment comprendre sans avoir accès à notre environnement physique ? Est-il réalisable d’éduquer de manière seulement subjective dans un cadre fictionnel ?

L’étude de ce site nous a ouvert les yeux, sur ce qu’était Oissel à travers les âges.

Au XXème siècle, Oissel est restée une cité ouvrière lointaine, située au sud de Rouen, et bien cachée par une vaste Forêt. Au XIXème siècle, cette ville était connue pour son bon air, où l’on allait à la plage, et on y venait de loin. C’était une ville active sur le plan de l’emploi et de l’industrie, avec de nombreuses briqueteries, filatures, draperies et autres verreries, etc. Cette industrie bénéficiait d’abord aux localités, et la plupart des habitants en vivaient.

Ces quelques qualités ont été altérées avec le temps, surtout après la seconde guerre mondiale — Oissel devenant une énième banlieue, parfois morose, où l’industrie autrefois florissante est devenue agonisante. Aujourd’hui, la ville est fragmentée, son passé industriel est réduit en poussière et converti en désert impropre à la vie.

C’est le cas de l’ancienne filature de la cotonnière d’Oissel, dont les grandes façades en briques rouges lui donnaient des airs de château. Mais ce site a été exploité par plusieurs sociétés de produits chimiques, qui se sont succédées. Ils ont ravagé la zone et déversé leur fange dans les cours d’eau durant des dizaines d’années. Aujourd’hu,i le site a été pulvérisé, car non rentable, et les résidus ont pu servir de remblais. Il est à l’heure actuelle extrêmement pollué, comme beaucoup d’autres grands sites aux alentours, qui ont été convertis en sites d'industrie chimique au cours de la deuxième moitié du XXème siècle.

Ces anciennes usines, qui ont fait d’elle une ville honnie, sont aussi atomisées à coup de pelleteuses, pour voir fleurir des cubes de béton. Pourtant, on aurait pu honorer les personnes qui y ont tant trimé. Mais peut-être est-ce trop de décence ? Ainsi, ce passé, récent et encore vif, est étouffé.

Néanmoins, la volonté affichée par la collectivité semble aller dans le bon sens, notamment en tentant d’aménager les espaces publics, pour que la vie y soit agréable. De ce fait, nous gardons espoir.

Cela n’est malheureusement pas le cas pour le Manoir de la Chapelle, protégé au titre des Monuments Historiques depuis 1946. Il est peu connu des Osseliens. En effet rien n’indique son existence.

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Auparavant, ce lieu était situé à l’entrée de la ville, entouré de vastes prairies et au bord de la forêt du Rouvray ; aujourd’hui il est coincé entre plusieurs industries, une carrière de sable alluvionnaire, une zone d’enfouissement de remblais, ou de friches industrielles polluées. Le lieu semble invisible comme s’il n’a jamais été.

En quelques semaines, nous avons parcouru de nombreuses d’archives, nous permettant de comprendre son origine, et d’en apprendre plus sur les personnes qui y ont vécues, et dont certaines ont joué un rôle important dans l’histoire de France.

Nous avons fait des avancées notables sur l’histoire de ce lieu, et nous avons essayé de comprendre comment ce site a évolué au cours des 1000 dernières années.

Histoire

La position géographique du manoir de la Chapelle n’est pas un hasard. Il pourrait s’agir d’un lieu de passage stratégique, et cela, peut-être depuis la préhistoire.

Il est situé à l’opposé des falaises de la Seine sur l’autre rive, là où se trouvent, dans deux gorges, les hameaux de Saint-Adrien et du Port Saint-Ouen. Entre ces deux villages, dans l’axe opposé à la Chapelle, l’on trouve les vestiges de la plus ancienne grotte ornée d’Europe continentale, datée de 12 000 ans : la Grotte du Cheval de Gouy (Figure 1).
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Nous savons que de nombreuses reliques gallo-romaines ont été découvertes aux abords des routes longeant la Seine de cette région du Sud de Rouen (Rothomagus).

C’est au cours du XIXe, que quelques fouilles ont permis de mettre à jour des artefacts, des sarcophages, et des constructions gallo-romaines, dans cette région. Ces découvertes ont été faites à proximité des voies de passages, qui étaient héritières d’anciennes voies romaines ; allant de Saint-Sever à Elbeuf, en passant par Saint-Étienne-du-Rouvray près du lieu-dit des Quatre-Mares (aujourd’hui un centre de triage ferroviaire), à Oissel près du Château du Castelier et de l’église Saint-Martin, à Orival, et jusqu’à l’Oppidum gallo-romain d’Orival situé à proximité du Château Fouet (construit par Richard Cœur de Lion au XIIème siècle).

Il est accepté que les Vikings établirent un camp et un fort sur l’ile d’Oscellum (Oissel) entre 858 et 861. Il s'agissait d'une base arrière pour leurs raids vers Paris. Les écrits de Saint-Bertin (d’une période allant de 741 à 882) rapportent la présence supposée, sur cette ile, du mythique Björn Côtes-de-fer qui aurait fait construire la forteresse en 858.

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Oissel fut un lieu de justice au temps des ducs de Normandie. Trois résidences ducales, dont le Manoir d'Oissel, étaient situées sur la rive gauche autour de Rouen, et « une seule résidence ducale est attestée sur la rive droite, celle de Sainte-Vaubourg ».

Guillaume le Conquérant a rendu la justice plusieurs fois à Oissel. En 1082, il y a tenu le Concile d’Oissel en juin, et un plaid dans une prairie au mois de septembre.

Henri Ier de Beauclerc (1068-1135), duc de Normandie et roi d'Angleterre, fut présent à Oissel en décembre 1108 et en juillet 1129. En 1115, il demanda au seigneur Rolland d’Oissel de lui fournir une chambre et un logement pour son majordome (ou bouteiller). (« H.Rex Anglie […] Sciatis me reddidisse et concessisse Rollando de Oissel terram suam de Oissel »).

Il s’agit du Manoir royal d’Oissel.

Selon un acte de septembre 1150, Henri II de Plantagenet, duc de Normandie et roi d'Angleterre, accorda des privilèges et injonctions aux bourgeois de Rouen, notamment qu'ils ne pouvaient « paraitre en justice hors de Rouen, si ce n'est devant le duc de Normandie, et cela en deux endroits seulement, à Sainte-Vaubourg et à Oissel ». Tandis, que Jean Sans Terre créa un droit de banlieue autour de Rouen, s'étendant de Sainte-Vaubourg à Oissel au XIIIème siècle.

Il est compréhensibles que ces lieux de justice, hors des grandes villes, devaient se trouver proches de grandes voies de transport.

Dans la Normandie féodale, dans ses Coutumes, le respect des Forêts et des Eaux était primordial. Elles étaient au cœur des échanges entre les hommes, se faisant malheureusement par des liens d’allégeances.

Ces Coutumes permettaient de rationaliser les ressources sur des temps longs. Il existait une politique de reboisement perpétuelle, de surveillance des cours d’eau avec un contrôle drastique de la pêche. Cette approche sensible de l’environnement a perduré longtemps, bien après la fin du Moyen Age. Mais lors du dernier siècle, la logique des temps courts a pris le pas, et a sapé toute perspective. La valeur intrinsèque des choses a été remplacée par une maximisation du profit contenu en celles-ci. C’est une idéologie destructrice, dont seul l’homme a le secret.

Les terres de la Chapelle étaient au carrefour de voies d’échanges maritimes et terrestres, fréquemment empruntées pour le transport des marchandises, et pouvant être les témoins d'anciens chemins royaux ou ducaux (via regia ou cheminum domini regis).

La première voie de communication est portuaire. Le Port de l’abbaye de Saint-Ouen communiquait avec Oissel au XIème siècle ou plus tôt. Un acte de 1066, rapporte qu’Osbern d'Eschetoth (Aubert d’Ectot) « [donna] à l'abbaye de Saint-Ouen dix acres de près, un trait de pêche et les pêcheries en aval d'Oissel ». Cet acte est signé par Guillaume duc de Normandie et la comtesse Mathilde.

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La première mention du Port d’Oissel est celle d’une charte normande de 1228, la voie publique (via publica) allant du Port d’Oissel à Pont-de-l’Arche : « jurta viam publicam per quam itur de Portu de Oissel ad Pontem Arche ».

Plus tard, l’Eau du Roi, sous la juridiction de la Vicomté de l’Eau de Rouen, était bornée par le « bac de Saint-Adrien [qui] appartenait au Roi », et par la Bouille (correspondant au Bout). Tandis que le bac de Port-Saint-Ouen « dépendait du fief de l'Eau des religieux de Saint-Ouen » et allait jusqu’aux gords d’Orival.

Le passage entre Port-Saint-Ouen et Oissel était d’intérêt régional, il concernait le trafic de la rive gauche, provenant de Rouen ou d’Elbeuf vers Paris. C’est le lieu de convergence des chemins du roi de la rive gauche (Figure 3). Depuis le faubourg Saint-Sever, le trafic terrestre passait par la chaussée de Sotteville pour atteindre La Chapelle, c’est là qu'il franchit le fleuve jusqu'au Port-Saint-Ouen. A cette époque le passage rive droite était impraticable pour le transport, et était soumis aux aléas des crues de la Seine. Ce n’est qu’au XVIIème siècle qu’un service régulier de bateaux voituriers entre Rouen et Port Saint Ouen a permis d’éviter le passage par la Chapelle.

Jean Rondeaux de Setry, en 1774, décrit cette même situation, précisant qu’il s’agit de la route des Rois venant de Paris, et décrit la topographie des lieux proches de la Chapelle :

« […] l’isle de Oissel, […] il y en a une Grande très éloignée de la terre ferme vis-à-vis de l’extrémité de la paroisse vers le Port Saint Ouen qui porte depuis longtemps les noms des fermiers qui la cultivent et y habitent trouvent les fondations dans quelques édifices, un vieillard du pays qui était propriétaire d’une petite partie de cette ile m’a même affirmé souvent qu’il tenait de ses pères que c’était là la véritable ancienne Ile de Oissel mais aucuns titres … ce qu’il avançait, quoique qu’on ne remarque plus aucunes traces de bâtiments ni de fortifications. […] Le voisinage de la forêt du Rouvray qui descendait autrefois du coté de Rouen jusqu’à la prairie […]. C’était dans cette forêt voisine de leur capitale que nos Ducs se plairaient le plus souvent à chasser il y a encore vis-à-vis de Saint-Etienne une Mare nommée la Mare au Duc, qui était dit on leur rendez-vous ordinaire […]. Presque toutes les terres qui sont entre Saint Etienne et Quatremares faisaient alors partie [du] chemin de Rouen, passait même à une des extrémités. Ce chemin [de Rouen] qui dans ces temps était celui de Paris quand on prenait la route de Bas par le Pont de l’Arche et Vernon, c’était aussi celui que prenaient ordinairement nos Rois quand ils faisaient leurs entrées dans notre ville pour arriver avec plus de Majesté en passant par le Port. Le bas des cotes Saint-Adrien et Belbeuf était alors impraticable, il n’y avait de ce côté qu’un hallage difficile pour les bateaux, c’était au Port-Saint-Ouen qu’on traversait la rivière. »

Les terres de la Chapelle, à cheval entre Saint-Etienne et Oissel, formaient une grande prairie. D’ailleurs, le fief de la Chapelle a été appelé autrefois la Mare du pré ou encore la Chapelle du Pré. Cela renforce l’hypothèse de la présence de la résidence ducale de Guillaume le Conquérant dans les environs de la Chapelle, ayant tenu un plaid dans une prairie.

Dans l’ouvrage sur l’Histoire de Saint-Etienne du Rouvray, Jean Rondeaux, rapporte la mention de chemin public (ou via publica) et celle de chemin du roi passant par cette ville. Il décrit plusieurs chartes du XIIème siècle reprenant ce terme de via publica dans leurs abornements. Il rapporte un acte de 1285, qu’il aurait obtenu de « Jean, dit Bonnet » (il s’agirait de Jean Camus de Saint-Bonnet, seigneur de la Chapelle au XVIème siècle) en citant seulement les quelques mots : « " Quiminium domini regis " : le chemin du roi ».

La dénomination particulière de cheminum domini regis ou chemin du roi est apparue dans le droit anglo-normand du XIème siècle. Ces chemins correspondaient au tracé d’anciennes via publica (voie publique romaine). On pouvait y tenir la justice lors de plaids de queminage ou cheminage à l'époque ducale. Dans un acte de juin 1251, pour une vente dans la paroisse de Sotteville, de Eustache d'Orival à Nicolas de Pont de l'Arche (chanoine de Lisieux), il est question d'un chemin royal dit chemin d’Oissel allant de Pont de l’Arche, jusqu’aux terres de Johan de Houlgate (seigneur de Sotteville).

Enfin, un dernier élément finit par nous convaincre que la Chapelle est aussi l’endroit le plus probable du Manoir royal d’Oissel (Figure 3). Il s’agit de la mention de geôle ou parc du roy notre sire, qui est retrouvée sur des archives du XVème siècle. Un extrait des comptes de la Vicomté de Rouen de 1432 est rapporté ainsi :

« Domaine fieffé sergenterie de Grand-Couronne. Recette : d'une maison et manoir nommés la prison et Parc du Roi notre Sire avec les appartenances d’icelle et d’un jardin proche ledit manoir sur la paroisse d’Oissel par les hoirs de Raoul Poullain ».

Dans un autre acte de la Vicomté de Rouen, pour la Sergenterie de Couronne en 1600 :

« De la veuve et heritiers de deffunt Pierre Giel pour une place appelée la geôle au parc du roy nostre sire contenant une acre environ, assise en la paroisse d'Oissel à lui de nouveau fieffée par messeigneurs des comptes du terme de Pasques 1488 à présent le sieur Saint-Bonnet à cause de sa femme représentant les hoirs du dit deffunt Giel ».

Il s’agit là de Jean (III) Camus de Saint Bonnet (1557 – 1619), qui fut nommé Capitaine général des chasses du Baillage de Rouen, conseiller privé du roi Henri IV et intendant de ses finances, puis Trésorier Général de France et des coffres de sa majesté. Il hérita de la seigneurie de la Chapelle par sa femme, Marie de Contes dite dame de la Chapelle.

Entre le XIIIème siècle et la période de la Renaissance, c’est l’abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp qui fut en possession des terres de la Chapelle, nommé le Fief d’Oissel de l’abbaye de Fécamp, dépendant de la haute justice de la baronnie de Saint-Gervais-lès-Rouen.

Le fief d’Oissel avait été remis à Rolland d’Oissel au XIIème siècle. Une partie de ces terres d’Oissel et le patronage de la paroisse qu’il tenait comme un fief, ont été vendues au Chapitre de Notre-Dame de Rouen. Sa descendance hérita de ses charges, puis le seigneur Faucon par sa femme au XIIIème siècle, avec le devoir de préparer le manoir pour le roi quand il y viendrait, perdurant depuis Henri de Beauclerc ; une charge qui semble unique dans la banlieue de la rive gauche de Rouen.

Au XVIème siècle, cette terre de la Chapelle, qui ne portait pas ce nom lorsqu’elle faisait partie du fief de l’abbaye de Fécamp, fut partagée entre d’une part, Clément Gontren, seigneur du Catelier, devenant le nouveau seigneur d’Oissel, et d’autre part, Pierre de Contes, devenant le seigneur de ce nouveau fief de la Chapelle.
Pierre de Contes, le père de l’épouse de Jean (III) Camus de Saint-Bonnet, fut le premier seigneur de la Chapelle vers 1550. Il fut d’abord capitaine ordinaire des vaisseaux du roi François II, de la Marine du Ponant, puis en devient lieutenant général.

L'abbé Albert Anthiaume parle d'un « Planisphère de 1566 », comme une « magnifique carte en parchemin, non coloriée, […] conservée aux archives du Ministère des Affaires étrangères à Paris », œuvre de Guillaume le Testu, célèbre cartographe et navigateur Normand du XVIème siècle, et adressée à « Pierre de Coutes, seigneur de la Chapelle » (Figure 4).

Sur cette carte nous retrouvons le blason sculpté sur le Puits du jardin de la Chapelle, confirmant nos propos (Figure 4).

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Jean (III) Camus, de Saint-Bonnet, s'était rendu proche d'Henri IV, après avoir combattu la Ligue pendant les Guerres de Religions : « il tint le parti du roi et commanda une petite place forte de Normandie », et contribuant « pour une bonne part à ménager la défection de certains ligueurs qui livra Louviers au roi en 1591 ».

A la fin des Guerres de Religion, le principal conseiller d'Henri IV, Maximilien de Béthune, Duc de Sully, a séjourné au Manoir de la Chapelle, propriété du « Sieur de Saint-Bonnet », avant de se rendre au Fort Sainte-Catherine pour traiter des conditions de la remise de la ville de Rouen au roi Henri IV avec le ligueur André-Baptiste Brancas de Villars (en janvier 1594).

La famille Camus était très proche du pouvoir.

Un autre membre de la famille Camus, de la branche Pontcarré, Geoffroy Camus, fut nommé conseiller d'État par Catherine de Médicis (1587), puis comme Président du Parlement de Provence. Il travailla directement à la conversion d'Henri IV, et participa à la défection de la Ligue. Il fit parti de la délégation chargée de conférer au nom de ce prince avec les mandataires de Mayenne et des Etats de la Ligue. Henri IV le désigna pour faire partie du conseil de Régence. Son fils, Nicolas (I) Camus seigneur de Pontcarré, fut nommé secrétaire des commandements des filles d'Henri IV, puis sous-doyen au parlement de Paris en 1645. Une autre figure reconnue est Jean-Baptiste-Elis Camus, maire de Paris (anciennement Prévot des Marchands) de 1758 à 1754 (Figure 4). Ou encore Geoffroy Macé Camus, Premier Président du Parlement de Normandie, et il fut un membre fondateur de l'Académie des Sciences de Rouen. Lors des travaux de modifications du Palais de Justice de Rouen en 1881, une plaque commémorative de pose de la première pierre datée du 14 juillet 1739, au nom de " Messire Geoffroy Macé Camus de Pont-Carré " a été retrouvée.

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Ainsi, Jean Camus de Saint-Bonnet, aurait permis à Henri III, roi de Navarre (futur Henri IV), de défendre ses positions en Normandie.

Son fils Jean-Pierre Camus (1584-1652), est une des figures les plus illustre de cette famille. Il fut nommé évêque de Belley par Henri IV à l'âge de 24 ans et ordonné par son ami François de Sales, saint patron des journalistes et écrivains. Il a participé à la fondation d’ordres religieux, notamment avec Louise Marillac et Saint-Vincent de Paul. Il a été vicaire général de Notre-Dame de Rouen.

Il fut un écrivain reconnu et prolifique (35 romans et 265 volumes) du XVIIème siècle, écrivant d’abord des écrits philosophiques sur le thème du scepticisme, et se disait admirateur de Montaigne (La force de l'imagination de Montaigne : Camus, Malebranche, Pascal. Par Richard Scholar en 2002 / L'essay sceptique de Jean-Pierre Camus. Par André Pessel en 2008).

Dans un de ses textes, il écrit avoir passé son enfance dans un château en Normandie sur les bords de la Seine.
Il est un des principaux représentants du roman de style Baroque de la première moitié du XVIIème siècle. Il a réalisé de nombreux textes moralistes faisant l'apologie du catholicisme dans une période de Contre-Réforme. Son œuvre est très étudiée, en particulier pour ses écrits prosélytes sur " l'Humanisme Dévot ", thématique aussi défendue par François de Sales. De par ses positions, il s’était directement opposé au cardinal Richelieu, ainsi qu’à Louis XIV.

Ces connaissances sur l'histoire de cette famille Camus de Saint-Bonnet amènent à comprendre la dimension unique de ce site de la Renaissance.

Architecture 

Le manoir fut construit à la Renaissance, soit vers le XVIème siècle. Il semble que l’architecture du site sous cette forme, notamment pour l’ancien Parc serait à attribuer à Jacques Androuet du Cerceau. Le Parc a été rasé en 1987, lors de l’agrandissement de l’usine. Les bâtiments ont tous été restaurés en 1987, par un architecte du patrimoine et l’entreprise Lanfry, ils sont aujourd’hui tous fonctionnels (Voir les Photographies en annexe).

Ainsi :
il est certain que la partie la plus remarquable du site est le vestige de la Grotte Renaissance attenant au manoir, unique exemple en Normandie ;
son Portail du XVIème (un des quatre en Normandie de ce type et de cette époque) flanqué d'une tour quasiment unique pour sa "Protection de fenêtre" de type débordante ;

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Le Manoir en lui-même qui est également à dater du XVIe, ce qui nous a été confirmé par l’architecte qui a restauré le site en 1987 (cet élément reste inconnu de la DRAC qui le date du XIXe dans la base Mérimée du fait d'un parement datant de la fin du XIXe). En effet, la structure des murs à la cave semble correspondre avec un Manoir de plus petite taille. L'organisation des éléments de charpente semblent correspondre avec cette structure. Ainsi la toiture, qui était à 2 pans, aurait été modernisée au XIXe en passant à 4 pans. Sur une carte postale ancienne nous voyons aussi l'ancienne tour octogonale à la face nord du manoir, celle-ci a été détruite entre 1924 et 1932, selon les photographies aériennes.

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Nous avons constaté que le Puits est aujourd'hui, et de depuis la restauration de 1987, à son emplacement d'origine (comme décrit sur les documents de propriété du XIIème siècle), et il est de nouveau fonctionnel depuis cette date.

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Pour terminer, nous pensons qu’une expertise de qualité de la part des services décentralisés du ministère de la culture devrait être engagée, afin que l’ensemble du site soit protégé dans son intégralité. Nous craignons que sans cela, le site soit de nouveau négligé, malgré une loi censée le protéger.

Le département de la Seine-Maritime nous a répondu récemment que le projet sera mené en accord avec les préconisations de la DRAC et avançant que le tracé permet de "conserver dans son contexte [le puits] avec une partie des bâtiments". Pourtant, dans la lettre du ministère de la Culture du 11 janvier 2016, le cabinet ne s'opposait pas à l'expropriation, mais il souhaitait préserver au mieux le Puits et les abords. La portée de cet avis est de maintenir le Puits "dans son contexte". Cet avis est un point important de notre argumentaire initial, puisque l'enquête publique en a déformé son contenu, en évoquant une prétendue obligation de déplacer le Puits classé. Il en va de même pour la prétendue absence de fonctionnalité du Puits, qui en réalité, en ayant retrouvé son emplacement d'origine, est fonctionnel depuis la restauration de 1987. Toutefois, cet avis illustre aussi la méconnaissance du site par le ministère qui le décrit en ces termes : "l'édifice en pierre comportant des baies arrondies et une tour mitoyenne, seuls vestiges subsistants du manoir du XVIe siècle".


Galerie photographique :

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Blog
Pétition
Notre précédent article sur ce sujet ICI.


Crédits photographiques : J. Lasnier

Alençon : bienvenue au « Bunker Basilique Hôtel »

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Un an après « l’affaire » des maisons à pans de bois, la ville d’Alençon fait à nouveau parler d’elle avec un projet des plus surréalistes. Nous avons été alertés par la Société des Amis du Vieil Alençon et, une fois encore, nous serons à leurs côtés pour lutter contre cette atteinte au patrimoine.

Nous nous étonnons que le permis ne soit affiché que maintenant, alors qu’il a été délivré en 2019. Sans doute que le « cocktail » Covid/élections municipales a légèrement différé le projet. Nous attendons avec impatience de lire l’avis conforme délivré par l’ABF, car avons du mal à comprendre comment et sur quels critères un tel avis a pu être délivré dans un secteur protégé.

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Le Président de la Société des Amis du Vieil Alençon nous fait un résumé de la situation :

« Alençon est désormais un Site Patrimonial Remarquable (SPR). Mais ce titre a dû être délivré en passant sous silence le projet de Maison Médicale, portée par la Société Publique Locale (SPL). Ce projet de construction doit voir le jour juste au chevet de la basilique Notre-Dame et de la Maison d’Ozé, un hôtel particulier remontant au XIVe siècle, dans le périmètre de ces deux Monuments Historiques, et en co-visibilité directe avec eux (sans compter le périmètre du Pavillon Henri II et la co-visibilité avec l’église Saint-Pierre, autre MH un peu plus distant mais bien en face).

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Les Alençonnais ont constaté ces derniers jours l’apparition à l’entrée du Parc de la Providence d’un panneau présentant un bunker de 333 m²… avec un permis de construire accordé en juillet 2019.

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Les habitants se sont habitués à des points de vue privilégiés sur ces monuments, suite à la disparition d’un immeuble des années 1920, et à des aménagements paysagers de qualité dans ce secteur. Il faut dire que cela tranche avec 50 ans de maltraitance de ce quartier, sans vraiment de pression immobilière mais avec la volonté assumée de faire de la place pour les voitures, et un peu pour le marché hebdomadaire. Justement, on a tremblé une première fois voici un an, sous l’ancienne municipalité, avec la présentation d’un projet de silo à voitures rue de la Poterne.

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Mais ce « bunker », personne ne l’a jamais évoqué publiquement.

On va donc bétonner au chevet de la basilique Notre-Dame. Le projet est conçu par l’étude Ziegler. Les toits terrasses vont s’imposer au milieu des couvertures de tuiles et d’ardoises. En soi, il n’y a rien d’illogique à remettre du bâti là où il y en avait. Mais pourquoi une telle distorsion dans les proportions et les matériaux ? Sans faire de pastiche, il est possible de lier cette extension à l’existant. Pourquoi minéraliser à ce point cette entrée de parc alors que désormais, nous avons besoin d’ombrer et de faire baisser les températures ? Pourquoi choisir les locaux les plus petits pour ce projet alors qu’un vaste immeuble voisin, longeant la rue Becquembois, reste sans affectation ?

L’esthétique du projet est d’autant plus surprenante pour les riverains habitués à des exigences sur le rendu de leurs projets. Le cahier des charges pour la Maison d’Accueil Louis et Zélie, rue Etoupée, a été drastique (enduits, huisseries, etc.). Le contrôle a été tout autant serré pour la réhabilitation de l’immeuble abritant les studios RCF, donnant dans ce même parc face à ce futur bunker. Alors pourquoi cette rupture dans l’égalité, véritable source de désordre dans les esprits ?

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La défiguration des abords de la basilique Notre-Dame se poursuit donc. Après la place de la Magdeleine, qui n’a toujours pas été ré-adoptée, tant elle est vide et standardisée et son chevet est attaqué. Depuis un an, la vieille Société des Amis du Vieil Alençon (SAVA) a été refondée, suite au dossier des maisons à pans de bois de la rue du Château. Précisément, ce type de projet entre dans le cadre de ses préoccupations. Si l’association souhaite engager le dialogue avec le maître d'ouvrage, il est difficilement imaginable maintenant, avec l’effet de surprise de cet affichage tardif, que cela amène à une correction du projet.

Elle se réserve donc la possibilité d’un recours aux côtés d’Urgences Patrimoine et d’autres associations locales de défense du cadre de vie. »

J.-D. Desforges,
 Président de la Société des Amis du Vieil Alençon


Urgences Patrimoine a d’ores et déjà sollicité son avocat, Maître Théodore Catry, voici son avis :

« Cette autorisation interpelle, compte tenu du double-niveau de protection dont est censé bénéficier le secteur, que ce soit au titre du document local d’urbanisme dont l’ambition est de préserver les perspectives du tissu bâti historique dans le centre ancien, mais aussi du fait de l’intégration du terrain dans le périmètre des abords des monuments historiques. Si l’un et l’autre ne privent pas en théorie de la faculté de construire, on ne peut entériner de tels projets sans porter une attention scrupuleuse à la qualité architecturale du secteur et à son intérêt historique. L’avis favorable délivré par l’ABF méritera une attention très particulière. »

Maître Théodore Catry
Avocat en Droit public, de l’urbanisme et de l’environnement.
Theodore.catry@gmail.com

Nous devrions en savoir plus dans les prochains jours, nous ne manquerons pas de vous informer.


Crédits photographiques : Société des Amis du Vieil Alençon

Gisors : jouez patrimoine avec « Arcadius Game » !

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Comme nous aimons les initiatives à destination des jeunes publics, nous ne pouvions que présenter ce dispositif mis en place par la ville de Gisors et qui permet de faire découvrir le riche patrimoine de la commune aux scolaires, en particulier son célèbre château, à travers une application numérique.

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Une façon de rendre accessible le patrimoine au plus grand nombre. C’est Anne Puech d’Alissac, adjointe au maire en charge du patrimoine qui nous présente « Arcadius Game ». 

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Née à Bourges, ville chargée d’histoire, Anne Puech d’Alissac s’installe comme antiquaire dans le Vexin Français après avoir suivi des cours d’histoire de l’art à l’école du Louvre. Après plus de 10 ans d’activités, elle change de région. Le Vexin Normand remplace le Vexin Français et Gisors est son nouvel eldorado. Très impliquée dans la vie locale, elle intègre l’équipe municipale en 2020 où elle met son savoir-faire et son enthousiasme au service du très riche patrimoine d’une ville de 12000 habitants, qui ne compte pas moins de 5 monuments classés Monuments Historiques. Restaurer, entretenir et valoriser sont au cœur de ses priorités. Un bel exemple à suivre !

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Prenez un château, ajoutez des histoires et saupoudrez de jeux. Bienvenue au château de Gisors ! L’association TEN (Tourisme Eure Numérique) portée par le programme LEADER (programme européen visant à dynamiser des projets ruraux innovants et fédérateurs), la Région Normandie, la Communauté de communes du Vexin Normand et la ville de Gisors ont pu développer l’année dernière une 1ère application gratuite « Arcadius game » à télécharger sur Apple Store ou Play Store, pour les touristes et les habitants de Gisors.

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Une 2ème application numérique gratuite vient de voir le jour à destination, cette fois-ci, des scolaires de la maternelle au CM2. Apprendre en s’amusant, un merveilleux concept ! Ce mode de visite ludique et pédagogique en partenariat avec Seyrawyn (concept ludo-educatif basé sur le médiéval fantastique) et de deux institutrices pour garantir les niveaux pédagogiques de chaque cycle, permettra de découvrir ou redécouvrir le château de Gisors, forteresse médiévale du XIIe siècle.

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Par groupes de 5 ou 6, s’identifiant à un personnage tel le magicien, le chevalier, le druide, le troubadour, etc, les enfants munis de tablettes répondront chacun leur tour à une question selon leur niveau, après avoir localisé plusieurs sites dans l’enceinte du château (donjon, tour du Prisonnier, tour du Gouverneur, porte des Champs, caves). Chaque équipe doit trouver une lettre et les assembler afin de trouver un mot mystère.
Une belle sortie en extérieur pour les scolaires tout en leur permettant de découvrir le patrimoine historique !

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Les tablettes paramétrées sont à retirer à l’office de tourisme de Gisors. Un grand merci à Jean-Baptiste Bec concepteur et président de l’association TEN  pour son dynamisme et son implication, à tous les acteurs locaux ainsi qu’à l’Europe pour le programme LEADER sans qui le projet n’aurait pas vu le jour.

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D’autres projets d’applications numériques sur le Patrimoine Historique de Gisors ainsi que des parcours sur le territoire sont en cours de réalisation. Patience !


Crédits photographiques: portrait : Anne Puech d’Alissac ; photos 1-2-6 : Ville de Gisors ; photos 3-4-5 : Arcadius game

Martinique : fin de 200 ans d’histoire pour « l’Habitation Union »

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Nous avons eu connaissance des faits, hélas bien trop tard. Bientôt les pelleteuses viendront dévorer cet édifice construit au début du XIXe siècle, certes non protégé au titre des Monuments Historiques, mais dont la valeur patrimoniale était pourtant incontestable.

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L'Habitation Union est une habitation sucrière située à Sainte-Marie en Martinique. L'habitation se situe à 1, 5 kilomètre du bourg de Sainte-Marie. Elle est référencée à l’inventaire général, accessible par ce lien ICI

Il s'agit à l’origine d'un ensemble de terres, au relief accidenté, aujourd'hui constitué de grandes surfaces plantées en canne et de lotissements depuis les années 50. La plupart des anciens bâtiments sont en ruines, hormis la maison principale qui date du début du XIXème siècle — et qui était encore récemment habitée —, l'écurie (certainement anciennement purgerie) et une ancienne case dont subsiste le soubassement. Les ruines de la sucrerie, des cases à bagasse, de la salle des machines, de la digue ont été intégrées dans des constructions privées datant du dernier quart du XXe siècle. Une occupation amérindienne est aussi attestée dans la zone : des objets amérindiens provenant de l'Habitation Union sont conservés au National Museum of the American Indian (Washington), et tout près de l'habitation se trouve le site amérindien de La Salle (ou Lassalle) [sources: Sébastien Perrot-Minnot/Eveha]

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La maison de maitre de l’habitation située aujourd’hui sur un terrain d’environ 5000 m² va disparaître, ainsi que deux dépendances. Elle a fait l’objet d’une cession à promoteur pour la construction en vente en l’état de futur achèvement (VEFA) de 52 logements destinés à être acquis par un bailleur social.

Le permis de construire a été délivré par la Ville, sans aucun souci de la valeur patrimoniale et archéologique du lieu. L’habitation n’étant pas inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques, la Direction des Affaires Culturelles n’a pas été saisie du projet, ni pour la protection patrimoniale, ni pour les fouilles archéologiques (alors que des vestiges amérindiens y sont sans doute présents).

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C’est donc une nouvelle partie de l’histoire précolombienne et coloniale de la Martinique, histoire certes douloureuse, mais témoignage indispensable, qui va disparaître. C’est aussi un patrimoine bâti essentiel, au-delà de sa valeur historique et mémorielle, pour le développement touristique de la Martinique, auquel on porte une nouvelle fois atteinte.

Ni les associations locales qui se sont mobilisées sur le sujet, ni les services de l’Etat, n’ont donc pu arrêter ce projet qui met en avant l’activité économique du BTP et le besoin de logements sociaux (sur un territoire qui perd pourtant près de 4000 habitants chaque année et où la vacance et la désertification des centres bourgs atteignent des niveaux records).

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Il est sans doute trop tard pour faire stopper ce chantier comme en témoignent les photos que nous avons pu recueillir, mais si au moins ce nouveau cas dramatique de destruction patrimoniale pouvait servir d’exemple et contribuer à mettre fin à l’abandon de la mémoire collective en Martinique, l’Habitation Union n’aurait pas disparu pour rien !

Consulter la notice de l’inventaire général ICI.


Crédits photographiques: La Gazette du Patrimoine. Photos 3 et 4 : Sébastien Perrot-Minnot/Eveha

Démolition programmée au pied de la Basilique de Saint-Maximin

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Il n’y a pas que le mistral qui souffle dans le département du Var. Un vent de contestation s’est levé récemment, après la décision du maire, M. Alain Decanis, de faire démolir un bâtiment datant du début du XIXe siècle, afin de faire construire en lieu et place un immeuble de quatre étages. Nous leur donnons la parole:

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L’opposition municipale, les associations occupantes de l’édifice et les riverains sont fermement opposés à ce projet qui doit voir le jour au pied de la Basilique-Couvent Royal de Saint-Maximin, joyau du patrimoine local et national, puisque celle-ci est classée Monument Historique depuis 1840 — 3ème tombeau de la chrétienté, elle abrite les reliques de Marie-Madeleine.

Les faits

La MJA (Maison de la jeunesse et des associations) – Son histoire

Le bâtiment, situé sur l'actuel boulevard Rey, apparaît sur le plan cadastral de 1811. Il est offert gracieusement à la commune par M. Rey en 1860 et on y installe une école communale dirigée par les Frères maristes.

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Le bâtiment, qui se situe juste derrière la Basilique et le Couvent Royal (cf. photo), est divisé en trois parties : école des garçons, école des filles et salle d'asile. Peu après la loi du 1er juin 1878 sur les ressources affectées à la construction des bâtiments scolaires et sur la caisse pour la construction des écoles, la municipalité de Saint-Maximin décide de lancer des travaux de réparation des écoles communales.

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En 1904, la commune fait l'acquisition de la maison Planque pour y installer l'école communale de garçons et décharger le bâtiment du boulevard Rey devenu trop étroit. Dans les années 1930, les locaux nécessitent diverses réparations.

Le bâtiment sera une crèche, puis la MJA (maison de la jeunesse et des associations).
 
Les Saint-Maximinois sont très attachés à ce patrimoine car depuis 160 ans les plus anciens y ont été instruits, d’autres y ont fait leurs premiers pas, certains y ont joué et enfin nombreux sont ceux qui ont créé leurs associations.

La MJA menacée aujourd’hui

Mr Decanis, maire depuis juin 2020, a mis en oeuvre très discrètement la vente de la MJA à un promoteur Marseillais qui va raser le bâtiment et y construire des logements à R+3 à deux pas de la Basilique et du Couvent Royal, ce qui va détériorer la qualité de vie du quartier et l’ensemble du patrimoine.

Nous avons appris il y a une semaine que le conseil municipal du mercredi 14 Avril avait pour objectif de voter la désaffectation et le déclassement de la MJA en vue de sa cession (délibérations ci-joint).

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Et c’est bien cela qui s’est produit malgré la remise d’une pétition avec plus de 800 signatures contre le projet et la demande de report de vote.

Le maire n’a rien voulu savoir, ni débattre avec les élus d’opposition présents, en leur coupant brutalement la parole sans doute déstabilisée par le fait de rendre publics plusieurs éléments suspects dans le projet de vente, notamment le fait que Monsieur Joël Canapa se retrouverait négociateur de cette vente avec une juteuse commission.

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Le maire a donc fait valider cette délibération par sa majorité qui a décidé le déclassement par anticipation du domaine public communal de la parcelle cadastrée AN644 (parcelle de la MJA) et autorise à signer la promesse de vente puis la vente de ces biens pour un montant de 2 300 000€ au bénéfice de la société UNICIL (11, rue Armény 13006 Marseille).

Voici une simulation de projet non contractuelle puisque la municipalité a refusé de communiquer les plans et les études du futur immeuble, mais cela donne une idée de ce qu’il pourrait y avoir désormais au pied de la Basilique.

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Plus de 800 signatures ont été réunies en quelques jours parmi les habitants de la ville pour s’opposer à ce projet. Nous vous remercions de bien vouloir la signer à votre tour : ICI.

Collectif « Sauvegarde Quartier MJA -BASILIQUE »

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Bien évidemment, Urgences Patrimoine a répondu présente à l’appel du collectif. Notre avocat, Maître Théodore Catry, travaille d’ores et déjà sur le sujet.

Voici son premier avis à la lecture des faits :

« Après examen du dossier, j'observe au moins quatre points qui me font sérieusement douter de la légalité du projet.

Premièrement, le bâtiment menacé se situe en zone UA du Plan local d'urbanisme (PLU) de la commune. Le règlement applicable à ce secteur impose un principe d'harmonie avec les immeubles avoisinants ainsi qu'avec le paysage et la "tenue générale de l'agglomération".

Deuxièmement, les règles générales du PLU comportent un article dédié à la protection et la valorisation des perspectives sur la basilique, qui exige une bonne intégration architecturale et paysagère de tout projet à proximité du monument. 

Troisièmement, le bâtiment qui abrite la MJA est situé dans le périmètre des abords des monuments historiques (qui s'étend par principe sur un rayon de 500 mètres autour de chaque monument), et ce à plus d'un titre puisque sont inscrits et/ou classés la basilique, son baptistère, son couvent, l'hôtel de ville et depuis 2019 la Tour de l'horloge située place Martin Bidouré.

Et, quatrièmement, le code de l'urbanisme protège lui aussi l'intégrité du patrimoine, que ce soit en matière de démolition (article L. 421-6) ou de permis de construire (article R. 111-27).

Le projet ne manque donc pas de frapper lorsqu'on sait que le rapport de présentation du PLU de Saint-Maximin qualifie la basilique de "l'un des éléments les plus identitaires et remarquables pour la commune" !

Mon conseil : les riverains doivent surveiller la délivrance du permis, sachant qu'il est possible d'en demander l'annulation devant le tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter du premier jour de son affichage sur le terrain. Il sera également très important d'obtenir une copie complète du dossier de permis.

Attention : tout le monde n'est cependant pas recevable à agir. Seuls peuvent saisir le juge :

- les voisins immédiats ou très proches du projet
- les associations locales de protection du patrimoine et du cadre de vie dont les statuts datent d'au moins 1 an avant le dépôt de la demande de permis.

L'introduction d'un référé est également possible si les pelleteuses menacent malgré le recours. »


Théodore Catry
Avocat en Droit public, de l’urbanisme et de l’environnement.
Theodore.catry@gmail.com


Crédits photographiques : Collectif « Sauvegarde Quartier MJA -BASILIQUE »

Votez pour le projet de Wimereux au Grand Prix « Pèlerin du Patrimoine »

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Soutien à la restauration du Chemin de Croix de Wimereux par un Vote Populaire.

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Nos églises cachent souvent de belles surprises ! Et les amateurs d'art peuvent s'émouvoir devant des statues, des fresques, des tapisseries, des tableaux, des mosaïques, des vitraux, des cadrans solaires...

A Wimereux, sur la Côte d’Opale, ce sont des bas-reliefs représentant le Chemin de Croix en 14 tableaux de Claude Gruer (1957) que l'Association des Amis de l'Eglise de l'Immaculée Conception (AEICW) a décidé de promouvoir en participant au concours lancé par le journal Le Pèlerin.

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Ce concours encourage les communes, paroisses et associations à entretenir et valoriser leur patrimoine local. Forte de l'entente qui règne à Wimereux entre ces trois entités, l'association a déposé un dossier de candidature intitulé : Restauration du Chemin de Croix de Claude GRUER (Eglise de l'Immaculée Conception de Wimereux).

Parmi les critères de sélection figure le soutien populaire. Si vous voulez soutenir ce projet, il vous suffit de voter en ligne en cliquant sur ce lien ICI.

Ensuite il faut compléter les informations demandées : Titre du projet (à copier-coller ou recopier intégralement) : Restauration du Chemin de Croix de Claude GRUER- Eglise de l'Immaculée Conception de Wimereux - Nom / Prénom - Adresse mail.

C'est extrêmement rapide et simple. Le nombre de votes obtenus influencera favorablement le jury qui se réunira le 5 mai.

L’artiste : Claude GRUER (1923-2013)

Claude GRUER, était sculpteur à Solesmes (Sarthe). Il fut compagnon de l’ivoirier Fernand PY, et disciple d’Henri CHARLIER, un des plus importants artistes chrétiens de l’entre-deux-guerres. Sa femme, Marie-Madeleine, était responsable de la polychromie de leurs créations. Ils ont ainsi fait œuvre commune pendant près de 70 ans.

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Né à Paris, et ayant grandi à Tours, Claude GRUER est arrivé à Solesmes en 1943 à l’âge de 20 ans. Il y a rencontré Raymond DUBOIS, dont il est devenu l’élève. En 1946, il a épousé Marie-Madeleine BARBET qui suivait aussi les cours de sculpture de Raymond DUBOIS, après avoir fréquenté à Paris l’atelier du peintre Maurice DENIS.

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Claude GRUER fréquentait les moines artistes de l’abbaye de Solesmes avec lesquels il mena à bien la restauration de l’église paroissiale. Il s’est ainsi fait un nom dans le monde de l’art religieux. Le curé de WIMEREUX, R.P. Henry DELPIERRE, également très proche des moines de Solesmes, a donc sollicité sa contribution à la restauration visionnaire de l’église de l’Immaculée Conception, entre 1954 et 1968. C’est pour répondre à cette demande qu’il réalisa Le chemin de croix.

Ses œuvres ...

Les quatorze stations du Chemin de Croix de Gruer sont sculptées dans de la terre, cuites, puis polychromées par son épouse. L’artiste y offre un parcours liturgique original qui séduit les regards et suscite l’émotion.

Claude GRUER a également réalisé des œuvres profanes avec des architectes, pour des villes comme LISIEUX ou ANGERS.

Lorsqu’une commande était passée à Claude GRUER, il s’imprégnait totalement du sujet, avec lecture de textes, réflexion, méditation, concertation avec le commanditaire, et avec son épouse : « J’ai besoin de m’investir complètement pour illustrer les textes auxquels j’adhère ». Un dessin était ensuite réalisé, reproduit grandeur nature, en utilisant un quadrillage. La sculpture était directement appliquée sur des panneaux en isorel renforcés par des porte-plaques et tenue par des pointes. Le travail se faisait à la verticale. Techniquement, Claude GRUER utilisait de la glaise mélangée à de la chamotte (brique cuite concassée en grains plus ou moins fins), ce qui donnait à ses réalisations cet aspect granité. Il appliquait la méthode de la « taille directe », technique acquise lors de sa formation. La sculpture terminée, venait ensuite le passage obligé au four électrique pour une cuisson à 1200°.

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C’était alors qu’intervenait Marie-Madeleine GRUER. L’œuvre sortait du four comme un biscuit presque blanc, et elle appliquait alors la peinture à l’huile, puis une « patine » faite d’huile de lin et de terre de Sienne, estompée, pour donner tout son relief à la sculpture. Elle apportait ainsi toute sa sensibilité dans le choix des couleurs et des nuances en harmonie parfaite avec l’environnement dans lequel l’œuvre était destinée à prendre place. « Chercheur en couleurs », comme elle se qualifiait, elle donnait comme une seconde naissance aux créations de son mari. C’était un travail de couple, dans la complicité et la concertation, chacun restant maître de sa propre inspiration.

Ce Chemin de Croix était conçu par les artistes comme une bande dessinée, cet art nouveau destiné à faciliter la compréhension au plus grand nombre. Il reflète à la fois l’harmonie du couple et leur profond désir de communiquer leur foi.

Un projet qui s’inscrit dans une ambition locale plus large.

La charmante station balnéaire de Wimereux naît il y a plus de 150 ans de la conjonction de trois éléments : le chemin de fer, les bains de mer et l’hygiénisme. La construction de l’église précède puis accompagne l’essor de la commune et elle est l’une des premières en France – sinon la première - à choisir de se placer sous le vocable d’Immaculée Conception dont le dogme venait d’être promulgué par Pie IX en 1854. C’est sous ce nom que, le 25 mars 1858, la Vierge elle-même s’était présentée à Bernadette Soubirous à la grotte de Massabielle, à Lourdes, en lui disant en Gascon : « Que soy era immaculada councepciou » (« Je suis l’immaculée Conception »)

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Elle est également l’une des rares églises à devoir son architecture et ses œuvres à la succession de prêtres bâtisseurs et artistes, qui se sont succédé à son chevet pour effacer les stigmates de la guerre, des intempéries et du temps qui passe.

Ce sont aujourd’hui les citoyens de la ville, les touristes du Grand Site des Deux Caps, les amateurs d’art ou de musique, autant que les fidèles, qui se mobilisent pour restaurer cet édifice.

L’Association des Amis de l’Eglise de l’Immaculée Conception a été créée en 2013 pour soutenir la mairie dans ses efforts de restauration. Elle regroupe près de 200 membres et a mobilisé plus de 450 donateurs qui ont déjà contribué à la réalisation d’une première tranche de travaux avec la couverture en ardoises de l’édifice. (Pour soutenir financièrement l’action de l’AEICW : un seul clic ICI ).

Cette première étape a permis aussi de mettre à l’abri les œuvres situées à l’intérieur, œuvres qui nécessitent également souvent une restauration. Le chemin de croix de Claude GRUER, qui fait l’objet de notre projet, est l’une d’entre elles.

Pour récupérer des fonds, l’association organise régulièrement des animations. C’est ainsi qu’elle a déjà accueilli une trentaine de concerts, une centaine de visites guidées et plus de 50 conférences qui ont toujours attiré un large public. Elle dispose également d’un site élargissant encore son audience au-delà de la commune et même de nos frontières.

Un chemin de croix qui mène vers bien d’autres chemins !

Un chemin vers le Portugal : c’est ainsi que cette année, une paroisse portugaise (Nossa Senhora do Monte de Caparica - Diocèse de Setúbal - Portugal), séduite par Le chemin de croix de Claude Gruer, a demandé l’autorisation d’utiliser la présentation virtuelle que nous en avons faite sur notre site pour sa prière du Vendredi Saint.

Un chemin vers la littérature : les photos du chemin de Croix de Claude Gruer ont été publiées par l’auteur (aux Ed. Normand, 1976) avec les poèmes-méditations « Le Chemin de la Croix », de Paul Claudel. Cette œuvre magnifique a été rédigées par cet écrivain à son retour en France en 1911, après un long séjour en Chine. Ce « Chemin de la Croix » de Paul Claudel fut interprété par de grands artistes :  entre autres par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, ou plus récemment, Michael Lonsdale.

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Il est donc possible de parcourir physiquement et virtuellement ce chemin de croix en découvrant le poème que chaque station a inspiré au célèbre auteur.

Un chemin vers une vie de complicité de couple et de soutien mutuel : toute l’œuvre de Claude Gruer est en fait le résultat d’un travail mené avec la complicité de son épouse, Marie-Madeleine. Avec leurs sept enfants (tous nés à Solesmes), la maison était remplie de musique, chacun avec son instrument ou sa voix. Jérôme, leur petit dernier, porteur de handicap, les entraînera dans une autre aventure que, toute leur vie, ils mèneront de front avec leur création artistique…

Un chemin de solidarité : enfin, autant que son œuvre, l’AEICW est fière de mettre à l’honneur un artiste de notre temps, dont la vie sociale, au-delà de son talent artistique, témoigne d’un engagement permanent au service des autres. Claude et Marie Madeleine GRUER ont beaucoup fait avancer l’accueil pour les personnes handicapées : ils ont veillé à ce qu’il existe des structures adaptées au maintien des enfants auprès de leurs familles. Ils ont créé en 1971 ce qui est devenu aujourd’hui l’IME de Solesmes.

En résumé, ce simple chemin de croix nous entraîne bien loin sur d’autres chemins…


N’oubliez pas, pour faire gagner ce projet , cliquez ICI, en indiquant : Restauration du Chemin de Croix de Claude GRUER- Eglise de l'Immaculée Conception de Wimereux


Crédits photographiques : Christine Bazireau-Franck Weens

Le Château de Brisis condamné ?

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Encore une histoire ubuesque où le patrimoine est pris en otage par une poignée de riverains qui interdisent son accès par le seul chemin existant. Situé dans le Gard, cet édifice du XIIe siècle risque de disparaître si les autorités compétentes ne réagissent pas très vite.

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Rappel des faits :

Depuis 2018, les riverains directs au château ont illégalement bloqué le passage. Il n’est plus possible de se rendre jusqu'à l'édifice. Le sous-préfet d'Alès Jean Rampon, en présence de Patrick Malavieille, vice-président du Département, attaché à la culture et au patrimoine, leur ont expressément demandé de libérer l’accès, mais hélas sans succès.

Privé d'accès depuis plusieurs années, illégalement bouché par un grillage, des échanges doivent se faire pour résoudre cette situation aberrante.

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Le Comité citoyen de soutien aux amis du château de Brisis regroupe celles et ceux qui souhaitent soutenir leurs actions pour sauver cet édifice Monument Historique du XIIe siècle et qui est en grand danger.

Afin d’obliger les autorités à faire respecter le droit d’accès à une propriété protégée au titre des Monuments historiques dans le seul but de la sauver, le comité compte de vos signatures pour sauver ce patrimoine historique.

Signer la pétition ICI.

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Urgences Patrimoine soutien cette action de sauvegarde et mettra tout en œuvre pour que cette triste affaire trouve un dénouement heureux dans les plus brefs délais.

Nous vous rappelons qu’il est inutile de payer au moment de signer comme la plateforme de pétitions vous invite à le faire. En revanche, tous les partages après signature sont les bienvenus.

« Le Patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons. »



Crédits photographiques : Amis du Château de Brisis

Normandie : un incendie ravage l’église de Romilly-La-Puthenay

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C’est à 6 heures ce matin que l’alerte a été donnée dans ce petit village du département de l’Eure.

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Pour le moment, on ignore les circonstances de l’incendie, mais les dégâts sont considérables. L’édifice contenait notamment un riche retable en bois sculpté et une vierge à l’enfant remarquable. Les chances que ces éléments aient échappées aux flammes sont infimes.

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Les réactions de personnalités locales ne se sont pas faites attendre, dont celle de Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer et ancien président du Conseil Départemental de l’Eure, qui évoque déjà la reconstruction de l’édifice. Le Sénateur Hervé Maurey et l’Architecte des Bâtiments de France, France Poulain, se sont rendus sur place pour faire un constat des dégâts.

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Mais la plus touchante des réactions est celle de Monsieur Jérôme Pasco, Maire de Conches, commune voisine de celle du drame :

« Cette nuit, à quelques pas du pays de Conches, l’Église de Romilly-La-Puthenaye a été ravagée par les flammes. Si l’origine du sinistre est encore inconnue, je veux témoigner toute mon amitié et toute ma solidarité au Maire, à tous les élus de ce village, aux habitants, à celles et ceux qui sont meurtris par ce drame.

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Les Églises dans nos communes sont notre histoire d’hier, notre patrimoine d’aujourd’hui et à Romilly sans doute plus qu’ailleurs ce matin, nos fiertés de demain!

Merci aux pompiers de Conches et leurs collègues des centres alentours de leur intervention. Bon courage à toutes et tous!

L’église de Romilly a et aura un avenir, n’en doutez pas ! »


Merci Monsieur le Maire pour vos mots. Oui, les églises de nos communes sont notre Histoire d’hier, notre patrimoine d’aujourd’hui et nos fiertés de demain.

Une pensée pour tous les habitants de la commune de Romilly-La-Puthenay qui doivent être profondément meurtris.

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Nous mettons en garde nos lecteurs de faire très attention aux sollicitations financières qui pourraient faire suite à ce drame.

Tant que le maire de la commune et les instances concernées n’ont donnés aucune directive, ne donnez pas d’argent. Certaines personnes peu scrupuleuses, profitent de l’état de sidération que provoque ce genre de catastrophe patrimoniale, pour lancer des cagnottes qui ne servent pas forcément la cause. Donc soyez vigilants. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant.


Crédits photographiques : Jérome Pasco

La Chapelle Saint-Joseph et la Maison Berwieller à l’Assemblée Nationale: Bachelot est hors-sujet.

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C’est la députée des Alpes-Maritimes, Madame Laurence Trastour-Isnart qui a interpelé la ministre de la culture, Madame Roselyne Bachelot, au sujet des démolitions du patrimoine Français.

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Sa question avait été publiée au Journal Officiel le 12 janvier 2021. La ministre a fait connaître sa réponse le 13 avril, soit trois mois et une démolition plus tard, puisqu’entre temps « notre » chapelle Saint-Joseph est tombée. Ce qui en premier lieu prouve bien que le patrimoine est tout sauf un sujet de premier plan, puisqu’il faut trois mois pour obtenir une réponse à une question.
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Enfin, une réponse : pas vraiment. Car Madame Bachelot botte en touche, en faisant certes une longue description des faits, notamment pour la Chapelle, mais ouvre son parapluie en mettant en avant l’intérêt de l’État pour les Monuments Historiques.

Or la question posée était bien plus générale. Il s’agissait bien d’une interrogation liée aux démolitions du patrimoine français et non sur les mesures d’accompagnement de la sauvegarde des Monuments Historiques. Aussi nous demandons-nous ce que viennent faire le plan de relance et le loto dans une réponse concernant les démolitions.

Là où nous sommes d’accord, c’est qu’il est impossible de protéger au titre des Monuments Historiques l’ensemble du patrimoine des territoires, car une protection induit des aides financières de l’État et il lui serait totalement impossible de tout financer.

En revanche, il serait peut-être temps de trouver un compromis pour protéger certains édifices de la démolition sans pour autant être obligé de « passer à la caisse ».

Se réfugier sans cesse derrière la sacro-sainte appellation « Monument Historique » finit par autoriser sans impunité le « patrimonicide » auquel nous assistons impuissants. Car il ne se passe pas un jour, sans que nous soyons alertés d’un projet de démolition quelque part en France. Souvent, la réponse des « démolisseurs » est la même : l’édifice n’était pas classé, donc n’avait aucun intérêt.

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Peut-être n’avait-il aucun intérêt sur le plan national, mais localement, inscrit dans un ensemble architectural cohérent il en avait forcément. C’est ce que nous avions essayé de démontrer pour la chapelle Saint-Joseph, puisqu’elle faisait écho au Palais Rameau situé juste en face, réalisé par le même architecte, mais qui lui, avait « la chance » d’être classé.

Bien évidemment, cet argument n’a pas retenu l’attention du ministère de la culture qui a considéré la chapelle comme « non remarquable ». Non remarquable ? Pourtant n’oublions pas que plus de 100 universitaires et professionnels du patrimoine avaient signé une tribune pour plaider la cause de Saint-Joseph et avaient démontré son indiscutable intérêt architectural. Lire l’article ICI.

Profitons de cet article pour rappeler les propos de Madame Martine Aubry, Maire de Lille et grande amie de Madame Bachelot : « Les experts ont donné leur accord pour que l’édifice soit démoli, donc personne de peut contester cet accord. » En fait, quand Madame Aubry parle d’expert, elle fait référence à la seule architecte des Bâtiments de France qui a délivré un avis conforme au projet de démolition. C’est donc sur l’avis d’une seule et même personne que 130 d’histoire locale ont été anéantis en quelques jours.

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Peut-être serait-il judicieux, de ne pas se contenter de l’avis d’une seule personne lorsqu’il s’agit de démolir ? Car « l’extermination » du patrimoine des territoires ne peut dépendre d’un avis régalien motivé parfois par des raisons qui nous échappent.

Cependant, tous les ABF ne se rendent pas complices de cette « tabula rasa » actuelle, car dans le cas de la maison de la Maison Berweiller à Sierck-les-Bains, c’est en grande partie grâce à l’avis de l’ABF et du soutien de la DRAC que l’édifice va sans doute s’inscrire dans l’avenir.

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Au passage, il est important de rappeler qu’Urgences Patrimoine est à l’origine de la mobilisation en faveur de la Maison Berweiller et que, sans cette alerte, elle serait déjà probablement démolie. Cette alerte aura permis une forte mobilisation locale et l’appui de l’ensemble des associations nationales de sauvegarde du patrimoine.

Une parenthèse à ce sujet : les choses avancent doucement à Sierck-Les-Bains, mais désormais, la DRAC et la commune font cavaliers seuls au mépris de l’association locale qui n’a pourtant jamais ménagé ses efforts. Encore une fois, le simple citoyen, aussi engagé soit-il, doit laisser place « aux experts » sans broncher, même quand la genèse de l’action de sauvegarde est de sa propre initiative. (Nous publierons prochainement un article complet sur l’avancée de cette affaire, c’est édifiant.)

Toujours est-il que nous aimerions bien entendre un jour Madame la ministre de la culture s’exprimer sur l’avenir du « petit patrimoine des territoires », celui qui ne bénéficie d’aucune protection et qui est la première victime de la promotion immobilière, qui, au nom de la modernité emporte avec elle des centaines de témoins de notre histoire collective dans l’indifférence générale.

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Nous nous permettons de rappeler à Madame la ministre, qu’il n’y a pas de grand ou de petit patrimoine. Il y a LE patrimoine.

La photographie suivante prise au milieu des gravats encore fumants de Saint-Joseph résume parfaitement la situation : on brasse beaucoup d’air autour de cet épineux sujet, mais aucune mesure concrète n’est prise. Si c’est juste à cause d’un manque d’idées, nous avons un grand nombre de propositions de lois qui résoudraient bien des problèmes et qui ne coûteraient pas cher à l’État. Mais dans les « hautes sphères » on se garde bien d’écouter la voix d’une association citoyenne.

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En tout cas, nous profitons de cet article pour remercier Madame Laurence Trastour-Isnart d’avoir posé cette question à Madame Bachelot, car il est rare qu’un parlementaire s’intéresse à cette cause. C’est d’ailleurs en raison de ce manque d’intérêt que nous avions publié une annonce sur Le Bon Coin, afin de trouver un parlementaire courageux qui porterait la voix du patrimoine, au moment où nous tentions tout pour sauver la chapelle. Certes, c’était un trait d’humour dans le fracas d’un dur combat, mais en tous les cas Madame s’est exécutée et elle a bien porté la voix de Saint-Joseph à l’Assemblée. Il aura fallu trois mois et la démolition de la chapelle pour que Madame la ministre de la culture réponde… à côté.

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Enfin, Madame Bachelot aurait pu rajouter pour étayer ses propos concernant toutes les procédures qu’Urgences Patrimoine a intenté pour sauver la chapelle Saint-Joseph, que l’État nous a condamné à payer 1000 euros pour avoir eu l’outrecuidance de défendre ce que nous estimions être un élément du patrimoine national, ce qui a suscité l’indignation générale, à commencer par Stéphane Bern, le Monsieur Patrimoine d’Emmanuel Macron, très présent et nous l’en remercions lors de ce combat.

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Télécharger le PDF de l’Assemblée ICI.


Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine/ Urgences Patrimoine ; Maison Berweiler : Stéphane Hassler

Château Joseph Avet : les tribulations d’un château en attente d’une renaissance

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De style néogothique du XIXe siècle, ce château a été construit vers 1858 par l’architecte Camille Ruphy, le maître d’ouvrage étant Joseph Avet. Thônain d’origine, aîné d’une famille de six enfants. Il part à l’âge de trente-sept ans en Louisiane, pour y faire fortune dans le commerce des épices. Il va y rester trente-cinq ans, après y avoir épousé en 1848 Madame Athénaïs Malot Louise Letellier, qu’il viendra présenter à Thônes lors d’une fête de retour en 1859.

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La première destination de ce château était à l’origine d’en faire une résidence confortable pour les vieux jours du couple. Mais, rapidement, le château va être légué à la municipalité pour y accueillir différentes activités au fil du temps : asile, maternité et EHPAD vont occuper ces lieux jusqu’à leur abandon dans les années 1990.

Alors qu’il est encore propriété municipale, notre équipe de passionnés s’est prise d’amour pour ce patrimoine local et nous nous sommes donnés pour mission de le sauver d’une destruction certaine. Pour se faire, nous avons constitué une association de sauvegarde du patrimoine : C.A.S.T.E.L (Château Abandonné, Sauve Ton Édifice Local), dans le but développer une communauté qui soit force de propositions et d’actions autour de cette sauvegarde.

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Quel avenir pour le château Joseph Avet ?

L’objectif est de restaurer au maximum le caractère originel du bâtiment avec, notamment, la restitution de ses jacobines et de son toit mansardé, présents à l’origine de la construction tel que Joseph Avet l’avait imaginé. Les éléments patrimoniaux intérieurs du XIXe siècle (tels que les piliers en fonte ou la porte monumentale en noyer par exemple) seront rénovés et valorisés. Quelques meubles uniques d’époque, marqués de l’ancre de Joseph Avet, symbole de l’Espérance, pourraient également retrouver leur cadre d’origine après restauration. La parcelle sur laquelle se trouve le château serait aménagée en espaces verts, et les parkings végétalisés. Il est avant tout impératif de procéder à la sécurisation du château et à sa protection contre les intempéries.

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Rejoindre l’association

Consciente que ce projet ne pourra prendre vie sans soutiens, l’association CASTEL est aujourd’hui à la recherche de moyens humains et matériels. Nous souhaitons mettre en place une équipe de bénévole dynamique et volontaire, locale et nationale, désireuse de participer à la sauvegarde du château Joseph Avet ! À cette date l’équipe de l’association est composée de 12 personnes.

Aujourd’hui pour continuer la mise en place de ce projet, nous avons besoin de compétences dans différents domaines : droit des sociétés et des contrats, relation presse, relation partenariat, recherche de subventions et mécènes, gestion administrative, relation bénévolat, gestion du bénévolat.

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Nous sommes convaincus qu’une équipe de bénévoles, amoureux du patrimoine, dynamique et volontaire peut faire bouger les choses, mais nous savons aussi que seuls nous ne pourrons pas mener à bien ce projet de sauvegarde.

Aujourd’hui nous avons donc besoin de votre aide, que ce soit sous forme de don ou en mettant vos compétences au service de la sauvegarde du Château Joseph Avet.

Pour en savoir plus sur ce projet, prenez contact :
www.domaine-ja.com
chateau.avet@gmail.com


Crédits photographiques : Sébastien Montémont

Cassel : la lente agonie de « La Frégate », ancienne demeure du Général Vandamme

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Qui ne s’est attristé en passant devant le château du général Vandamme à Cassel (Nord), laissé à l’abandon depuis des dizaines d’années ?

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La demeure d’un personnage historique

Né à Cassel en 1770, Dominique Vandamme a manifesté très tôt un indéniable talent militaire. À peine sorti de l’adolescence, il s’engage dans les troupes coloniales en Martinique comme simple soldat. Il adopte avec enthousiasme les idées nouvelles de la Révolution, parfois jusqu’à l’excès. Revenu dans le Nord, il est chargé de créer la Compagnie franche du Mont Cassel, dont il devient le capitaine. C’est la campagne de l’Armée du Nord de 1793 qui le révèle : sa participation à la victoire d’Hondschoote lui vaut sa nomination au grade de général de brigade à l’âge de 22 ans. Il continue à s’illustrer dans les campagnes de la Révolution, puis du Consulat et de l’Empire.

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C’est un général redouté de l’ennemi sur les champs de bataille. Ses actions d’éclat et sa fidélité sans faille à Napoléon auraient dû lui valoir un bâton de maréchal bien mérité … mais son caractère difficile, sa réputation de pilleur et sa captivité à la suite de son échec à Kulm contre un ennemi quatre fois supérieur en nombre l’en écartent. Sa valeur est cependant reconnue : Grand Aigle de la Légion d’honneur, Comte d’Unsebourg, Pair de France, son nom est gravé sur le pilier Nord de l’Arc de Triomphe de Paris.

Cette glorieuse carrière militaire ne doit cependant pas cacher d’autres aspects de sa personnalité. Ayant reçu en récompense la concession de terres inondées en Zélande, il les assèche en créant trois polders qui, aujourd’hui encore, portent le nom d’Austerlitz, de son épouse Sophia et de son fils Diomède.

Mais le principal motif de sa fierté reste sans conteste le château qu’il a bâti dans sa ville natale. Il y a consacré le meilleur de lui-même et n’a cessé d’embellir jusqu’à sa mort en 1830.

Un ensemble remarquable

Oui vraiment, La Frégate n’est pas un château comme les autres ! Après avoir acheté en 1793 ce bien national confisqué à un ecclésiastique, le général Vandamme transforme largement cette maison bourgeoise en un château digne de ses ambitions. En 1810 il y ajoute un étage comportant des fenêtres en forme de hublots et des extrémités arrondies qui lui donnent l’aspect d’un navire. Un belvédère situé sur la proue permet d’apercevoir les côtes de l’Angleterre par beau temps. Ces particularités, uniques parmi les constructions de l’époque, lui a valu son nom de La Frégate. Du côté sud, Un péristyle à quatre colonnes surmonté d’un fronton orné de l’aigle impériale lui apporte élégance et majesté. Le décor intérieur n’est pas en reste : les décors magnifiques en stucs et boiseries ont largement motivé le classement du château comme Monument historique. Enfin, comment ne pas se souvenir des témoignages émerveillés des visiteurs de son parc dessiné à l’anglaise, offrant des perspectives étonnantes sur la plaine flamande et jusqu’à la côte de la mer du Nord.

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Un patrimoine voué à disparaître ?

Il y a encore quelques temps la situation du bâtiment était critique : il faut malheureusement parler maintenant d’état de péril !

C’est sur ce constat, et pour éviter un naufrage prévisible qu’est née une association : le Cercle Impérial de Flandre.

Il y a urgence !

Si rien n’est fait, le château subira des dommages irrattrapables et sera en position de perdre sa qualité de Monument Historique classé. Les promoteurs n’attendent que cela pour récupérer un terrain merveilleusement situé, qui serait « enfin » débarrassé de toute protection patrimoniale. Depuis la mise en vente du château en 2017, l’association a activement recherché une solution de sauvegarde et de mise en valeur.

La logique aurait voulu qu’une collectivité locale s’empare d’une magnifique opportunité de développement touristique et de valorisation du patrimoine, mais aucune n’a voulu se lancer. Certaines n’ont même pas jugé utile de répondre au dossier qui leur avait été envoyé.

En l’absence de toute autre solution acceptable, il ne restait à l’association qu’à s’engager directement dans une opération de la dernière chance pour faire revivre La Frégate.

Et pour cela, il faut commencer par l’acheter ou trouver un acquéreur décidé à se lancer dans une restauration exigeante et à ouvrir le site au public.

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Une situation bloquée

Aucune aide publique ou privée n’existe pour aider à l’acquisition d’un monument historique, même en vue de le restaurer, même quand c’est l’ultime solution pour le sauver.

Alors, pourquoi ne pas briguer l’appui de Stéphane Bern ou l’aide d’autres fondations ? C’est ce qui a été fait. Stéphane Bern, qui est venu à plusieurs reprises sur place à l’occasion de l’élection de Cassel Village préféré des Français 2018, a clairement manifesté sa volonté d’aider à sauver le château, mais sa réponse est la même que celle de tous les organismes et fondations contactés : il est impossible d’aider financièrement une association qui n’est pas propriétaire ou n’a pas reçu un mandat particulier de celui-ci. C’est la raison du refus de notre candidature au Loto du Patrimoine : Il faut non seulement un projet qui se tienne (ce qui est le cas) mais aussi un propriétaire qui s’engage.

Voilà donc l’association investie par la force des choses d’une mission d’intérêt général, et qui se trouve en devoir de se substituer à des instances dont c’est la compétence (rappelons que le monument est classé Monument Historique). Et ce, sans aucune aide.

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Tirant la conclusion que si rien n’était fait, le château allait disparaître, et constatant que les propriétaires-vendeurs n’étaient pas décidés à faire des travaux de conservation, le Cercle impérial de Flandre a décidé de lancer une souscription auprès du public pour acquérir le château et recherche des mécènes pour mener à bien son projet d’ouverture au public, avec au terme de la réhabilitation la création d’un musée au rez-de-chaussée, d’un centre d’interprétation historique permettant l’organisation de nombreux évènements culturels, pédagogiques et touristiques.

Les bonnes volontés locales se sont mobilisées mais ne suffisent pas, il faut maintenant nous élargir et passer au niveau national : l’enjeu patrimonial le justifie.

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Le Cercle Impérial de Flandre

Le Cercle Impérial de Flandre est une association loi 1901 qui a été créée pour sauver le château du général Vandamme à Cassel (Nord). Les statuts définissent ainsi les objectifs :

  • étudier et faire connaître la vie et l’œuvre du général Dominique Vandamme ainsi que la période allant de la Révolution française au second Empire;
  • encourager, coordonner, soutenir tous les efforts visant à ce but ;
  • constituer un fonds documentaire et muséal ;
  • œuvrer à la préservation, la sauvegarde et la restauration d’objets, mobiliers, bâtiments et monuments intéressant la période sus-définie ;
  • acquérir et/ou louer, et/ou exploiter des biens immobilier ou mobiliers en rapport avec les buts de l’association ou contribuant à son action.

En plus de son action pour sauver le château, le Cercle Impérial de Flandre développe un programme culturel avec des conférences, des spectacles, concerts, visites, … et un programme en cours d’organisation pour la célébration du 250e anniversaire de la naissance du général Vandamme.

Plus d’informations :
Site du Cercle Impérial de Flandre www.c-i-f.fr
Courriel : info@c-i-f.fr
Souscription :
via le site http://www.c-i-f.fr/pages/souscription-chateau-vandamme/souscrire.html


Crédits photographiques : Dominique Morel

Massacre à la tronçonneuse en Pays de Caux

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Cela pourrait être le titre d’un film d’horreur. Il l’est pour certains amoureux du patrimoine normand et, en particulier, du patrimoine naturel. En revanche, pour d’autres, il ne s’agit aucunement d’un massacre, mais d’un acte prémédité pour permettre la construction de quelques « jolis » pavillons, comme nous les aimons tant.

Patrimoine remarquable ou pas, certains sont prêts à tout pour servir leurs intérêts. Mais, c’est vrai, que vaut une quarantaine de hêtres centenaires par rapport à un projet immobilier ? Rien.

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Tellement rien, qu’ils ont été abattus, visiblement sans la moindre autorisation, alors qu’ils figuraient dans le PLU de la commune. Pour le moment, le maire ne semble pas disposé à dresser un procès-verbal d’infraction au contrevenant, mais nous espérons sincèrement qu’il le fera prochainement. À l’heure où tout le monde fait de l’écologie son cheval de bataille en général, et de la « reforestation » en particulier, il serait de bon ton de punir ceux qui détruisent ce que la nature nous a offert.

C’est une de nos adhérentes qui a donné l’alerte et qui nous a permis de recueillir le témoignage de cet enfant du pays, qui n’en revient toujours pas.

Ludovic Lefèvre à 39 ans, il est jardinier de profession. Il est originaire de Normandie, plus exactement d'Autretot, un petit village cauchois de 1300 âmes, village de son enfance où ses parents résident toujours.

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« Ce village se caractérise par son fleurissement, ainsi que par son paysage typique du Pays de Caux, en particulier à cause de grands alignements d'arbres plantés sur des talus, essentiellement des hêtres. Ce sont nos « clos masures* », un patrimoine naturel unique au monde (Demande d'inscription à l'UNESCO).

Mais voilà ce paysage aujourd'hui est en grand danger de disparition principalement à cause de l'urbanisme galopant dans nos villages, et la modernisation du milieu agricole.

Le vendredi 2 avril comme je le fais régulièrement, je vais rendre visite à mes parents. Connaissant parfaitement le paysage de mon village, je me dis « quelque chose cloche ».  Afin d’être sûr de moi je me déplace jusqu'à l'endroit. Encore une fois, ce fut le même constat : des arbres remarquables de 150 ans, voire plus, ont été massacrés et bien entendu sans autorisation.

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Pourtant cet alignement d'arbres était inscrit au PLU et protégé par l’article L350.3 du code de l'environnement. J'apprends que ce terrain doit devenir constructible pour faire « pousser » quelques pavillons. Ça valait bien la peine de tuer une quarantaine d’arbres.

Je contacte le journal local, le
Paris Normandie. Mon interview a lieu le samedi après- midi et le journaliste contacte le maire qui, embarrassé de la tournure de l’événement, dit qu’il est furieux face à cet abattage illégal.

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L'article sort dans la presse le lundi de pâques. J'espérais que l'élu prenne ses responsabilités pour faire un exemple de cette affaire, afin de mettre un terme à ces écocides, mais hélas une nouvelle fois on m'explique que Monsieur le Maire ne déposera pas plainte. Pour la seule et unique raison que, par le passé, ses prédécesseurs ont déjà déposé plainte pour le même type d'infraction, mais que la justice a toujours classé ce genre d’affaire sans suite.

Bien sûr j'ai du mal à croire à ces explications. Encore une fois, les contrevenants sont impunis et tout le monde laisse faire. Quant à nos élus, ils préfèrent fermer les yeux !

J'en appelle aux citoyens amoureux de la nature et du patrimoine pour dénoncer ces massacres. »

Ludovic Lefèvre  

* Le Clos-Masure, un patrimoine unique. L'agencement des arbres qui entourent les fermes fait actuellement l'objet d'une étude en vue d'une candidature à l'UNESCO. L’objectif est de sauvegarder ce patrimoine unique au monde. Les clos-masures disparaissent en effet petit à petit sous le coup de la modernisation de l’agriculture et de l’évolution des modes de vie. Ils sont souvent restructurés : talus aplanis, arbres abattus, mares comblées ou perdent leur vocation agricole. La reconnaissance des clos-masures par l'UNESCO favoriserait la sauvegarde de ce patrimoine fragile et méconnu. [Source : Normandie Tourisme]



Crédits photographiques: Ludovic Lefèvre

Ils s’engagent à nos côtés pour Westhove


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La mission que la municipalité de Blendecques nous a confiée afin d’assurer l’avenir du château, en trouvant un acquéreur qui saura lui rendre sa superbe, n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Mais si nous l’avons acceptée c’est que nous y croyons.

Nous sommes persuadés que, malgré les travaux considérables qui seront nécessaires à la résurrection de l’édifice, nous trouverons celui qui saura écrire la suite de l’histoire du château de Westhove.

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Comme nous l’écrivions dans notre précédent article, nous aurions préféré que ce projet de réhabilitation soit porté par une collectivité, mais les chances de ce côté-là sont infimes ; donc c’est plutôt du privé que viendra la solution.

Nous avons reçu plus d’une vingtaine de demandes de renseignements depuis le jour où nous avons proposé la vente de l’édifice pour un euro symbolique. Parmi ces demandes, il y a celles de ceux qui ne se rendent absolument pas compte de l’investissement colossal qui sera nécessaire. Donner un euro pour être propriétaire d’un monument historique est un rêve pour beaucoup d’entre nous, mais afin de ne pas transformer le rêve en cauchemar, il faut savoir raison garder. Nous savons que nous ferons beaucoup de déçus, mais ce qui nous importe, c’est l’avenir du château.

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Comme nous ne disposons pas d’une documentation très importante, à part l’étude très complète de la DRAC mais qui hélas a été réalisée il y a dix ans, il a fallu faire appel à notre réseau. Grâce au Photographe Guillaume Duprey, nous avons désormais une série de clichés de qualité, qui permettent de donner une idée de l’état actuel de l’intérieur de l’édifice et qui nous seront précieuses à titre de mémoire.

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Autre soutien précieux, celle de l’association French Baroudeur, spécialisée dans la promotion filmée du patrimoine des territoires, ainsi que dans sa numérisation.

Malgré une météo cataclysmique, Bertrand Viaud, le président de l’association, a pu réaliser des photographies par drone et des vidéos que nous ne manquerons pas de diffuser prochainement.

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Nous tenions à remercier tous ceux qui se mobilisent bénévolement à nos côtés pour nous aider au mieux à sauver ce précieux édifice. Urgences Patrimoine n’ayant pas les moyens de s’offrir ce genre de prestation, il est toujours agréable de constater qu’il y a encore des personnes désintéressées dans l’univers impitoyable de la sauvegarde du patrimoine, alors que beaucoup en ont fait un vrai business, sans vraiment se préoccuper de l’avenir du patrimoine en tant que tel. N’hésitez pas à consulter les sites internet de nos généreux intervenant et ainsi découvrir leur travail.

Nous continuons notre inlassable quête afin trouver notre acquéreur providentiel et nous ne manquerons pas de faire état de l’avancement de nos investigations patrimoniales.

N’hésitez pas à nous contacter par mail pour toute question relative à cette vente à 1 euro.

Nous rappelons qu’il est inutile de contacter la mairie directement comme certains l’ont fait et que nous sommes les seuls chargés de l’affaire : urgences.patrimoine@gmail.com

Lire notre précédent article sur le même sujet ICI.

Découvrir le travail de French Baroudeur : https://french-baroudeur.com

Découvrir le travail de Guillaume Duprey : https://www.delprophoto.fr



Crédits photographiques : photos 1-2-5 : https://french-baroudeur.com ; photos 3-4 : Guillaume Duprey

Sombre avenir pour la sucrerie de Georges Lish


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Encore un patrimoine industriel menacé de démolition dans les Hauts-de-France. L’association de sauvegarde du patrimoine de Ham (RESPECTH) nous a alerté afin de ne pas passer sous silence ce projet, qui priverait le pays hamois d’un témoin remarquable de son histoire.

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Cette démolition annoncée est d’autant plus consternante qu’a lieu en ce moment même dans la région, la très belle opération « Le printemps de l’Art Déco », visant à promouvoir l’architecture de cette période à travers la mise en valeur de nombreux édifices.

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Appel à soutien de l’association RESPECTH :

« Il y a un siècle se construisait à Eppeville ce qui allait longtemps être la plus grande sucrerie d’Europe dans l’esprit Art-Déco de l’architecte renommé Georges Lisch. 100 ans après, sa démolition est programmée par le groupe allemand Südzucker propriétaire du site depuis 2001.Nous nous opposons à la destruction de ce patrimoine historique, architectural et humain du pays hamois. Une concertation des différents partenaires potentiels pourra ensuite sereinement envisager les solutions de la sauvegarde et du devenir du site. Par anticipation et en toute confiance dans son avenir, la sucrerie de Georges Lisch vous remercie de votre aide.

Si vous souhaitez participer, commenter et signer la pétition que sa sauvegarde nécessite, voici le lien ICI.

Vous pourrez bien sûr aussi le partager avec ceux que vous savez proches de nos patrimoines communs. Nous vous rappelons qu’il est inutile de payer au moment de signer, comme la plateforme vous invite à le faire. »

RespectHueusement vôtre

http://www.respecth.fr/

Historique de la Sucrerie d’Eppeville

La Grande Guerre ayant détruit la quasi-totalité des sucreries de la région, M. Emile Tabary, ancien directeur de la sucrerie de Flavy-le-Martel (à 10km de Ham) veut reconstruire sur de nouvelles bases. L’industrie étant éparpillée, il veut tirer parti des circonstances pour la concentrer et ainsi obtenir de meilleurs résultats. M. Tabary voit grand… très grand ! Avec l’aide de M. Edmé Sommier, raffineur parisien et de M. Boivin, il réussit à mettre au point un projet de regroupement des dommages de guerre en obtenant l’accord de 14 sucreries et râperies détruites : Eppeville, Matigny, Monchy-Lagache, Athies, Mons-en-chaussée, Péronne, Ercheu, Moyencourt, Villers St Christophe, Flavy-le-Martel, Montescourt-Lizerolles, Seraucourt-le-Grand, Lesdins et Courcelles. L’emplacement de la nouvelle usine est choisi : Eppeville. En effet, étant donné l’importance du tonnage de betteraves à travailler, il faut que la sucrerie soit desservie par le fer (ligne Amiens-Tergnier), la route (la RN 30) et l’eau (le canal de la Somme). C’est ainsi que la C.N.S R. (Compagnie Nouvelle de Sucreries Réunies) voit le jour le 13 juin 1919. L’usine est construite de 1919 à 1922 et la distillerie en 1922. Plus de 160 entreprises se côtoient sur le chantier! Jamais, à cette époque, on n’avait vu une fabrique de sucre de cette taille ! Ne fut-elle pas, un temps, la première d’Europe et la cinquième du monde !

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L’architecte en charge du projet est Georges Lisch (1869-1960) qui travaillait à l’époque à la restauration du château de Vaux-le Vicomte pour le compte d’Edmé Sommier. La façade principale de l’usine s’inspire de la première gare ferroviaire du Havre. Dans un esprit décoratif « art déco ». Georges Lisch l’orne de motifs de briques en écaille qui riment avec la forme de l’ensemble en arc de cercle. Une vaste ouverture centrale est surmontée de l’inscription en céramique « FABRIQUE DE SUCRE ».

L’ensemble urbain et industriel constitué par la C.N.S.R. représente un exemple très abouti d’habitat social. L’architecte conçoit un vaste programme dont le dénominateur commun est l’appareillage en brique (pour les édifices de production et d’administration) et le style régionaliste. Aux côtés de l’usine, des bureaux, des services (cantine, infirmerie...), de la résidence du directeur traitée en véritable manoir, est édifiée la cité-jardin « les Chalets » pour les contremaîtres. Cette dernière, inspirée des réalisations anglo-saxonnes, forme un quartier verdoyant de 26 maisons jumelles, entourées chacune d’un jardin de 14 ares, desservi par quatre rues et doté d’un terrain de sport.

La première campagne sucrière est effectuée en 1923. En 1931 est créé un atelier de semoulerie et d’empaquetage.

Il n’y a pas eu de campagne en 1940 à la suite de graves dommages de guerre, ni en 1944 en raison de nouvelles destructions importantes. C’est seulement en 1947 qu’Eppeville retrouve son activité d’avant-guerre.

En 1968, la C.N.S.R. se regroupe avec des actifs sucriers (Bouchon et Pajot, Saint-Louis et Etrepagny) pour devenir « Générale Sucrière », se plaçant au deuxième rang des entreprises sucrières françaises et au cinquième rang de celles de l’Europe des neuf.

En 1970, un atelier de déshydratation de pulpe de betteraves est implanté.

En 1975, une imprimerie-emballages est créée.

En 1988, Générale Sucrière change à nouveau de nom et devient Saint-Louis Sucre.

Enfin, en 2001, Saint-Louis Sucre est racheté par le groupe coopératif allemand Südzucker, numéro un du secteur sucrier en Europe.

En 2019, Südzucker annonce la fermeture du site. Le 8 février 2020, la production s’arrête mettant fin à une histoire centenaire.

Une bien triste nouvelle qui n’a pas manqué de jeter la stupeur et la consternation chez les 132 salariés de l’usine mais aussi chez les producteurs, les saisonniers, les commerçants de l’agglomération hamoise…et de susciter une très grande émotion dans la population de la région parmi laquelle les nombreux retraités de la sucrerie.

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Citons quelques chiffres afin de mieux appréhender l’importance et le rayonnement de cette industrie, fleuron de notre territoire : en 1955, l’ensemble des installations comportait plus de 1000 m de quais d’expédition par camions et wagons et un port fluvial important doté de grues et de portiques roulants où accostaient plus de 1000 péniches par an. Cet équipement considérable permettait d’assurer un trafic égal à celui du port de Boulogne-sur-Mer avec près de 1.200.000 tonnes manutentionnées par an !

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En 1981, l’usine se plaçait encore au deuxième rang des entreprises sucrières françaises et au cinquième rang de celles d’Europe des neufs. Sa surface emblavée était de l’ordre de 20.000 hectares et la production journalière de sucre de 1500 tonnes. Son effectif était de 712 permanents et de 295 saisonniers.

En 2012, la surface ensemencée était de 15.900 hectares (67% dans l’Aisne, 23% dans la Somme, 10% dans l’Oise). 1200 «  Planteurs » venant d’un rayon moyen de 30 km approvisionnaient l’usine. En campagne, la quantité journalière de betteraves travaillées était d’environ 16.000 tonnes et la production journalière de sucre de 2000 tonnes. En post-campagne (travail non plus de betteraves mais de sirops en surplus), la production journalière de sucre était de 1900 tonnes. La distillerie produisait, de son côté, environ 2.500 hl d’alcool par jour, à partir de jus de betteraves et de mélasses (résidu sucré de fabrication). Quant au conditionnement, il avait emballé, toute l’année, le sucre de l’usine soit environ 80.000 tonnes (sucre cristallisé, semoule, glace, morceaux...). Et l’atelier de déshydratation avait fourni 62.000 tonnes de pellets.

François Cassel Ham
Editorialiste et rédacteur en chef, jusqu’en 2000, du Journal de Ham.
Journaliste-historien.


Crédits photographiques : photos 1-3-4 :RESPECHT ; photo 2 : Région Hauts de France

L’avenir de l’enseignement des langues régionales devant l’Assemblée Nationale


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Le 8 avril 2021 risque d’être une date importante pour l’avenir de l’enseignement de nos langues régionales. Le débat n’est pas nouveau, et il serait peut-être temps d’y mettre un terme. Si vous avez un moment, n’hésitez pas à parcourir quelques pages de ce livre écrit en 1925 ICI.

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Quand certains y voient un risque de séparatisme, d’autres défendent haut et fort ce patrimoine immatériel de nos territoires. C’est le cas du député Paul Molac, rapporteur de la proposition de loi qui permettra sans doute de donner un avenir à ce marqueur fort de notre identité. En espérant que l’Assemblée se prononcera favorablement lors de cet examen en seconde lecture.

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En attendant, voici l’introduction du rapport de l’Assemblée Nationale :

Près d’un an après l’examen et l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, en février 2020, de la proposition loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, le texte a également été examiné et adopté en première lecture par le Sénat le 10 décembre 2020. Il est, aujourd’hui, soumis à l’examen en deuxième lecture de l’Assemblée nationale.

Les débats tenus au Sénat ont témoigné du consensus et de l’accord profond entre les deux chambres du Parlement sur ce sujet sensible et particulièrement important, tant à l’échelle de chacun de nos territoires qu’à celle de la Nation et de l’Europe.

Le texte soumis au Sénat comportait sept articles (1er, 2, 2 bis, 8, 9, 11 et 12), qui tous ont été adoptés conformes, dans la rédaction issue des travaux de l’Assemblée nationale. Six articles avaient été supprimés à l’Assemblée, dont un seul, l’article 3, a été rétabli, dans une forme proche de celle issue de la proposition de loi initiale. En outre, le Sénat a adopté trois articles additionnels (2 ter, 2 quater et 2 quinquies), qui rejoignent parfaitement les positions du rapporteur et s’inscrivent pleinement dans l’esprit et l’ambition du texte.

C’est pourquoi le rapporteur souhaite que l’Assemblée nationale adopte, en deuxième lecture, un texte identique à celui voté par le Sénat pour les quatre articles restant en discussion : il ne présentera donc pas d’amendement ni ne donnera d’avis favorable à ceux qui pourraient être déposés.

Il s’agit, en effet, de garantir l’adoption aussi rapide que possible d’un texte qui permet de grandes avancées pour la promotion et la protection des langues régionales, non pas seulement aux plans symbolique et politique – comme au travers de la reconnaissance des biens présentant un intérêt majeur pour la connaissance des langues régionales parmi les trésors nationaux – mais également de manière très concrète et pratique – comme au travers de l’autorisation de l’utilisation des signes diacritiques dans les actes d’état civil, de l’enseignement des langues régionales sur l’horaire scolaire normal, ou encore de l’extension du forfait scolaire.

L’entrée en vigueur de ces dispositions assurera un cadre favorable au développement des langues régionales qui constituent une véritable richesse pour le patrimoine national et doivent faire l’objet d’une protection et d’un soutien à la hauteur des bienfaits qu’elles assurent et des menaces d’extinction auxquelles elles sont confrontées.


Lire le rapport dans son intégralité ICI.


Crédits photographiques :
Photo 1 : livreenligne.fr
Photo 2 : Photo archives Bertrand Le Bagousse)

La seconde vie de l’ancien Hôpital de Fécamp


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On reproche souvent aux défenseurs du patrimoine de faire passer les pierres avant les hommes. Pourtant, depuis la nuit des temps, c’est bien dans et avec la pierre que l’homme a écrit son histoire. Nous sommes heureux de constater, à l’heure où l’on « bétonnise » à tout va, que des réhabilitations intelligentes permettent d’offrir un avenir au patrimoine des territoires.

La réhabilitation de l’ancien hôpital de Fécamp est un bel exemple. Désormais, l’édifice accueillera le siège de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) et d’aides-soignants (IFAS). Certaines parties de l’édifice ont été fortement modernisées, ce qui déplaira sans doute aux « puristes », mais n’oublions pas que le patrimoine n’a pas forcément vocation à rester figé, le principal étant que l’âme des lieux soit préservée.

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Après avoir passé une jeunesse entre Paris et l’Afrique, Anne Tranchard a posé ses valises en Normandie où elle a toujours eu à cœur de mettre l’attractivité et le patrimoine de sa région d’adoption en avant. D’une part, en restaurant deux vieilles demeures dans la région de Fécamp avec son époux et, d’autre part, en s’investissant, bénévolement et professionnellement, dans des actions d’attractivité de son territoire.

Un peu d’histoire

L’Hôpital de Fécamp a été créé entre les XIe et le XIIe siècles à l’initiative des moines bénédictins installés dans l’abbaye de Fécamp, selon les principes d’hospitalité et d’aide dictés par la règle de Saint Benoît. De cette époque ne subsiste aujourd’hui que la Chapelle gothique située sur la rivière, et qui est encore en attente de restauration.

En 1695, Louis XIV ordonne, par charte royale, l’établissement d’un hôpital en ville de Fécamp. Un siècle plus tard, c’est la Communauté des Religieuses Bénédictines Hospitalières (fondée en 1721) qui s’y installe, et ce jusqu’en 1974.

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Par la suite, le lieu a été modifié et agrandi pour devenir un hôpital civil à la fin du XVIIe siècle, avant d’être finalement reconstruit entre 1846 et 1849 (grâce aux dons de Madame de Giverville), et étendu dans les années 1880. C’est donc de cette période que date la majorité des bâtiments conservés.

Une seconde vie pour l’hôpital Saint-Antoine

En 2007, le site a été abandonné au profit d’une structure hospitalière plus moderne et plus pratique construite sur les hauteurs de la ville. C’est pourquoi une partie des locaux du quartier Saint-Nicolas, rebaptisée « Espace Henri Dunant » a servi, depuis, d’espace d’accueil pour les associations.

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Finalement après plus de deux ans de travaux, les bâtiments de l’ancien hôpital ont été magnifiquement restaurés par près de 15 entreprises fécampoises et normandes et ils accueillent désormais le siège de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) et d’aides-soignants (IFAS) de Fécamp.

L’inauguration du site a eu lieu le 11 mars dernier en présence notamment d’Hervé Morin, président de la Région Normandie (ayant financé ce chantier de 8 millions d’euros) et de Marie-Agnés Poussier-Winsback, vice-présidente de la Région et maire de Fécamp.

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Cette réhabilitation va permettre à plus de 200 élèves de bénéficier d’un site remarquable, pourvu de six salles de classes modulables, de pôles d’enseignement, d’un laboratoire ainsi que d’un amphithéâtre de 120 places aménagé dans l’ancienne chapelle.

Une belle renaissance pour un lieu chargé de plus de mille ans d’histoire qui, nous l’espérons, pourra servir d’exemple à bien d’autres sites d’importance historique, patrimoniale et culturelle.


Crédits photographiques :
Photo 1 ch-fecamp.fr.
Photos 2 et 3 : Anne Tranchant

Illiers-Combray : la Maison de Tante Léonie obtient un secours alors que le méthaniseur risque de voir le jour


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La nouvelle a réjoui grand nombre d’amoureux du patrimoine, et pour cause. Alors qu’à Illiers-Combray on s’apprête à fêter le 150e anniversaire de la naissance de Marcel Proust, c’est la célèbre maison de Tante Léonie qui a été retenue pour être l’un des édifices emblématiques de l’édition 2021 du Loto du Patrimoine. Nous sommes les premiers à être heureux de ce choix, mais nous sommes tout de même surpris de constater que le projet du méthaniseur à trois cuves ait été validé par la préfecture.

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Méthaniseur qui doit voir le jour non loin de cette maison chère aux amis de Proust, avec tout ce que cela pourra entraîner de désagréments. Alors, pendant que certains fêtent la manne providentielle du Loto, d’autres poursuivent leur combat sans relâche et portent l’affaire devant les tribunaux. Un méthaniseur oui, mais pas sur ces terres patrimoniales, à quelques mètres seulement de certaines habitations du lieu-dit « Les Dauffrais ».

Nous laissons la parole au collectif qui se bat depuis des mois pour la préservation du patrimoine et de l’environnement de la commune, dans l’indifférence générale des pouvoirs publics.

« Fêtons dignement le 150e anniversaire de la naissance de Marcel Proust en empêchant la construction de cette usine de méthanisation sur la commune d'Illiers-Combray, au centre de ce paysage, lieux de mémoire intimement et fondamentalement liés à la Recherche du Temps Perdu, là où « le côté de Méséglise avec ses lilas, ses aubépines, ses bluets, ses coquelicots, ses pommiers, le côté de Guermantes avec sa rivière à têtards, ses nymphéas et ses boutons d’or, ont constitué à tout jamais pour moi la figure des pays où j’aimerais vivre. » (Du côté de chez Swann)

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Le permis de construire et le dossier ICPE ont été accordés : l'usine de méthanisation à 3 cuves va défigurer ce paysage entre « le côté de Guermantes et le côté de Swann ».

Les bleuets et coquelicots seront éradiqués par les nitrates répandus dans les champs, les aubépines seront arrachées pour laisser passer les semi-remorques, la rivière à têtards se transformera en cimetière à têtards et à poissons, les nymphéas ne seront qu'un souvenir, les pommiers donneront des pommes au goût d’œufs pourris, et ce pays où ses habitants aimaient vivre deviendra le pays qu'ils fuiront.

Mais
NON, cela n'arrivera pas, car nous sommes toujours là !

Et
NOUS ATTAQUONS les décisions.

Mais comme vous le savez, les frais de justice sont élevés et nous avons besoin d'un soutien financier.

Alors,
AIDEZ-NOUS, s'il vous plaît !

Pour que ces lieux « souvenir d'une certaine image » ne deviennent pas le symbole des regrets d'un paysage défiguré... ».


Association de Défense de l’Environnement des Riverains de la Thironne

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Soutenu par Urgences Patrimoine, La Gazette du Patrimoine et le CNVM, Collectif National Vigilance Méthanisation.

Facebook : « Non au méthaniseur au Pays du Combray de Proust »

Mail : bienvivreauxdrauffrais@gmail.com


Crédits photographiques : Association de Défense de l’Environnement des Riverains de la Thironne