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Christophe Guillouet, délégué départemental d’Urgences Patrimoine ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois, afin de sauver l’ancienne crèche de la démolition. Ce « petit patrimoine Â» remarquable de la ville devait être sacrifié au profit de la construction d’une résidence pour séniors.



Nous ne sommes pas les seuls à nous inquiéter du sort de l’édifice, puisque deux soutiens et non des moindres, ont adressé un courrier à notre délégué.



Monseigneur le comte de Paris et Monsieur le Président du Conseil Départemental d’Eure-et-Loir, soutiennent désormais notre action contre cette démolition infondée.




Message de notre délégué :



« Urgences Patrimoine remercie chaleureusement le comte de Paris et le Président du Conseil Départemental pour leur courrier et leur soutien à notre engagement pour le petit patrimoine de Dreux. Cela fait chaud au cÅ“ur ! Comme quoi, il y a des personnalités et des élus de premier plan qui sont sensibles à ces questions. Espérons que la municipalité de Dreux saura en tenir compte. Â»



Il semblerait que d’ores et déjà notre mobilisation ne soit pas vaine, puisque dans un petit article de la presse locale, Monsieur le Maire se dit prêt à renoncer à la démolition de l’édifice.




Un de nos brillants membres de la Commission Nationale de Sauvegarde du Patrimoine Funéraire, Éric Sergent, s’était intéressé au Château de la Rochepot et avait même écrit à la Direction Régionale des Affaires Culturelles il y a quelques temps pour les alerter. Il a accepté de rédiger cet article afin de nous éclairer un peu plus sur l’intérêt de sauver le mobilier de ce malheureux édifice, otage d’une procédure judiciaire.



Eric Sergent est diplômé de Sciences Po Lyon et d'un master 2 en histoire de l'art de l'Université Lumière Lyon 2. Il est actuellement doctorant en histoire de l’art du XIXe siècle à l’Université Lumière Lyon 2 (LARHRA-UMR5190) et prépare une thèse de doctorat consacrée à l’art funéraire de la seconde moitié du XIXe siècle à Paris, Lyon et Dijon. Ses recherches portent de manière générale sur l’histoire de la sculpture et du monument public au XIXe siècle, en lien avec l’histoire des mémoires et l’histoire culturelle. Il est l’auteur d’une monographie consacrée au statuaire Paul Gasq (2018) et a publié deux ouvrages intitulés 1870-1871, souvenirs d’une défaite (2020) et Â« Passants, ne les oubliez pas Â» La mémoire de la guerre de 1870-1871 en pays nuiton (2021) aux Éditions Universitaires de Dijon.



Le château de la Rochepot est sans aucun doute l’un des fleurons du patrimoine du sud de la Côte-d’Or et, plus largement, du patrimoine bourguignon.




Son origine remonte à 1180, mais c’est au début du XIIIe siècle que le château fut érigé sur le promontoire rocheux où il trône actuellement. La famille Pot posséda le château entre 1403 et 1493, Régnier Pot transmettant le domaine à son fils Jacques, qui lui-même le transmit à son propre fils, Philippe, dont le célèbre tombeau est conservé au musée du Louvre. Les Pot y firent d’importants travaux, au premier rang desquels l’érection de la grande tour ronde au nord-est. Le château fut également la propriété de Pierre Legoux de la Berchère, premier président du parlement de Bourgogne, à partir de 1645.



Au XVIIIe siècle, le château de la Rochepot connaît bien des vicissitudes. Vendu dans les années 1740, le château est mis sous scellé en 1792 et vendu comme bien national en 1799, le mobilier ayant été déjà dispersé en 1798. Le nouveau propriétaire entreprend alors la démolition de l’édifice pour en vendre les matériaux…



Si de nombreux malheurs s’abattent sur l’édifice au XIXe siècle, il est acquis par Mme Carnot, épouse du Président de la République, et offert à son fils Sadi Carnot pour le nouvel an 1894. Fasciné par ces ruines, il s’attela immédiatement à leur restauration, ou pour mieux dire à leur reconstruction, intégrale, Å“uvre titanesque qu’il confia à l’architecte Charles Suisse à partir de 1897. A la mort de l’architecte en 1906, Henri Chabeuf affirma que ce qui fut « naguère un décor de ruines décharnées Â» était devenu « le Pierrefonds de la Bourgogne Â» (1), grâce à la volonté de Sadi Carnot et aux compétences de Charles Suisse.




Le mobilier qui doit être mis en vente ce dimanche 10 octobre 2021 est indissociable de cette restitution architecturale du début du XXe siècle, et constitue une source majeure pour comprendre l’histoire de ce château. Parmi les dizaines de lots, il convient de souligner l’intérêt des modèles en plâtre par Schanosky qui préparent les sculptures de la chapelle ou de la chambre de Sadi Carnot, ainsi que le modèle du haut-relief aux armes de la famille Pot, sculpté au-dessus de la grande porte du château. La statue en plâtre du Président Sadi Carnot, par Mathurin Moreau, modèle pour la statue de marbre du monument de la place de la République à Dijon, est une œuvre importante de l’histoire de la statuaire publique dijonnaise de la fin du XIXe siècle. Ces modèles en plâtre, pièces fragiles et rares s’il en est, sont précieuses pour l’histoire de la sculpture et de l’ornementation. Enfin, les nombreuses pièces du mobilier de style néogothique, livré par le menuisier Daudon-Girard ou la maison Schanosky, entre 1902 et 1913, ou encore les remarquables cadeaux offerts par la dernière impératrice de Chine, Tseu-Hi, au Président Sadi Carnot, alors ministre des Travaux publics, présentent un intérêt majeur pour la sauvegarde du patrimoine de ce bâtiment. Le château de la Rochepot, vidé de son mobilier du XIXe et du début du XXe siècle, perdra une partie de son âme. Cet ensemble de meubles et d’objets d’art fonctionne avec l’architecture restituée par Charles Suisse. Il convient enfin de rappeler, comme l’indique la description des lots, qu’un certain nombre de pièces sont classées au titre des monuments historiques, preuve de leur intérêt historique, patrimonial ou esthétique majeur.



Il est évident que la procédure judiciaire ne peut et ne doit être contestée. En revanche, le vente du mobilier classé et historique du château semble particulièrement dommageable pour l’histoire du lieu, et pour son avenir en tant que site touristique et patrimonial, qui fut l’un des premiers de Bourgogne lorsqu’il ouvrait encore ses portes au public.





La Gazette Drouot annonçait, au printemps dernier, qu’« une vente aux enchères du mobilier non classé, voire de l’édifice, serait envisagée Â». Cela ne laissait pas présager une telle issue. Terminons ce court plaidoyer en reprenant l’appel que formulait déjà La Gazette, en avril 2021 :



Une acquisition par le Département ou la Région serait la bienvenue, mais l’essentiel reste que son futur propriétaire le rouvre au public, afin qu’il continue à raconter la longue histoire contenue dans ses pierres. (2)



Sauvé de la ruine par les Carnot au tournant des XIXe et XXe siècles, il serait fort dommageable que le château de La Rochepot ne soit vidé de son mobilier et amené à revivre quelques-unes des heures les plus tristes de son histoire.



Les informations historiques de cet article sont extraites de : Laurent Saccaro, Le goût du Moyen Âge en Bourgogne. La Rochepot et les châteaux néogothiques (1820-1940), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2016 (en particulier Partie III, « Le château de la Rochepot, histoire et architecture Â», p. 125-214).



NOTES


(1) Henri Chabeuf, « Notice nécrologique de Charles Suisse Â», Mémoire de la Commission des antiquités du département de la Côte-d’Or, t. 15, 1906-1909, p. XCIII-XCIV.


(2) Anne Doridou-Heim, « La Rochepot, le château au bois-dormant Â», La Gazette Drouot, 8 avril 2021, en ligne ici.

Sans mauvais jeu de mots on peut dire que l’éolien a le vent en poupe et c’est sans doute pour calmer la tempête qui gronde un peu partout sur le territoire que Barbara Pompili, notre Ministre de la Transition Écologique, a annoncé 10 « pâles Â» mesures, ou plutôt des « mesurettes Â». Elle serait Ministre de la mer, on dirait qu’elle veut « noyer le poisson Â», mais sa fonction l’oriente plutôt vers un brassage d’air tel, qu’il pourrait bien faire tourner encore plus vite ces horribles moulins du diable !


Rendre l’éolien plus « acceptable Â» : que peut-on tirer des « 10 mesures pour un développement maîtrisé et responsable de l’éolien Â» dévoilées par le ministère de l'écologie ?



RIEN



Ayant senti que le débat autour du déploiement de l’éolien empruntait un virage trop passionné pour être contenu, le ministère de la transition écologique vient de s’engager sur Â« 10 mesures pour un développement maîtrisé et responsable de l’éolien Â» qui suscitent d’ores et déjà bien des critiques.



Et pour cause : la lecture de ces propositions révèle qu’il s’agit soit de vÅ“ux pieux, soit de non-actions, soit de véritables nouvelles condamnations à venir sur nos territoires.


Ceux qui ont le privilège (ou le malheur) de connaître les nombreuses insincérités qui gouvernent l’industrie de l’éolien sauront déjouer ces pièges. Voici, pour ma part, ce que je peux en retirer …



1. « Instruction donnée aux préfets d’appliquer le plus haut niveau d’exigence sur la compatibilité des projets éoliens avec les enjeux environnementaux locaux Â» : le ministère commence très fort avec une mesure qu’il a déjà trahie, plus d’une fois, et à nouveau il y a peu.



Au soutien de cette proposition, le manifeste du ministère vante des cas récents de refus « vertueux Â», qu’il érige en exemples à suivre. Parmi eux, on trouve celui du projet éolien de Saulnot, en Haute-Saône, qui s’est soldé par un rejet préfectoral motivé par une covisibilité depuis la chapelle de Ronchamp et … la proximité d’un nid de cigogne noire.



Dans le même temps, il y a à peine une semaine, le ministère a annoncé avoir saisi le Conseil d'État contre la décision de la cour administrative d’appel de Nantes rendue sur le projet tourangeau de Vou – La-Chapelle-Blanche-Saint-Martin, celle-ci ayant annulé l’autorisation du préfet en retenant, selon une motivation de très grande qualité, que le projet était incompatible avec l’installation à proximité … d’un nid de cigognes noires.



Voilà qui permet d’ores et déjà de se faire une idée de la capacité du ministère à respecter sa propre ligne de conduite.



2. « Instruction aux préfets de réaliser une cartographie des zones propices au développement de l’éolien (premiers résultats en novembre 2021) Â» : en somme, l’idée est d’officialiser une nouvelle inégalité entre territoires à travers une cartographie qui créera dans les régions identifiées une présomption de compatibilité paysagère. Chaque promoteur pourra ainsi justifier son projet devant le préfet et devant le juge au nom de ce tout nouveau postulat.



Je peine à identifier en quoi ce mécanisme rendrait l’éolien plus acceptable aux yeux de ceux qui le subissent, si ce n’est en l’imposant avec encore plus de force.



Cette mesure, au demeurant, n’est pas nouvelle : l’instruction a d’ores et déjà été donnée aux préfets en mai 2021. Elle leur impose en outre, pour maintenir la pression, d’ Â« adresser, chaque année, un compte rendu du volume d’autorisations en cours d’instruction, délivrées, rejetées et refusées (et le motif principal de ce refus). »



Adieu la Thiérache, le Tonnerrois, le Fenouillèdes et la Margeride ; adieu Oléron, Tatihou, Belle-ÃŽle et Noirmoutier ; nous vous avons connu belles, désormais nous nous battrons pour ne pas avoir à raconter à nos petits-enfants combien vous l’étiez.



3. « Création d’un médiateur de l’éolien Â» : et celui-ci d’être nommé a priori dans les jours qui suivent. On ne pourra que veiller aux garanties d’impartialité qui assortiront cette désignation …



4. « Excavation complète des fondations et recyclage obligatoire lors des démantèlements Â» : sur ce point, deux remarques.



Premièrement, il n’existe aucune garantie derrière l'excavation, qui laisse croire à tort qu’on fera place nette en laissant les lieux comme on les aura trouvés. On n’oubliera pas que cette excavation sera de toute façon nécessaire en cas de repowering, les fondations du parc obsolète n'étant pas assez importantes pour accueillir la génération de méga-aérogénérateurs qui lui succèdera.



Deuxièmement, c’est une belle chose que d’obliger au recyclage. Encore faudrait-il savoir comment recycler.



5. « Bridage sonore en cas de dépassement des seuils autorisés Â» : c’est la non-proposition par excellence. À partir du moment où il appartient au ressort même de chaque étude d’impact de proposer des mesures de réduction des nuisances acoustiques qui auront été identifiées, en amont comme en aval, je ne vois pas bien ce que cette mesure vient apporter de nouveau.



Il aurait été plus acceptable, pour « maîtriser Â» le développement de l’éolien, de corriger l’exception réglementaire qui favorise l'industrie éolienne et lui permet un double-degré de dépassement des seuils tout en gommant les impacts acoustiques réels des mesures faites lors des études d’impact.



Rappelons que l’article R. 1334-32 du code de la santé publique limite en principe à 30 décibels pondérés [dB(A)] le seuil à partir duquel une émergence sonore devient excessive. Or, l’arrêté du 26 août 2011, qui règlemente l’industrie éolienne, prévoit un seuil distinct fixé à 35 dB(A), ce qui signifie concrètement un triplement de l’intensité sonore par-rapport aux 30 dB(A) prévus par le code.



En outre, ce dépassement s’autorise des tolérances, à savoir 3 dB(A) en période nocturne (de 22h à 7h) et 5 dB(A) en période diurne (de 7h à 22h). Et s’ajoute à ces tolérances un terme correctif qui autorise à rajouter entre 1 et 3 dB(A) en fonction de la durée cumulée d’apparition d’une émergence.



Rappelons aussi que pour mesurer les risques de nuisances acoustiques, les promoteurs éoliens sont soumis à une norme spécifique, la norme NF S 31-114, qui est actée par l’arrêté du 26 août 2011 mais n’a jamais été homologuée du fait des trop nombreuses critiques qui ont été émises à son sujet, par l’AFNOR comme par la Direction générale de la prévention des risques (DGPR).



Et pour cause : plutôt que de permettre le relevé des bruits ponctuels générés par le passage des pales, la norme NF S 31-114 raisonne par moyennes et lisse ainsi ces dépassements sur une médiane qui doit rester en-dessous des seuils autorisés. Autant dire qu’il n’existe rien de mieux pour gommer la réalité de l’impact sonore causé par une éolienne en fonctionnement.


Échauffour appréciera …



6. « Réduction de l’impact lumineux Â» : on peut dire merci ! L'effet « Roissy-Charles-de-Gaulle Â» sera atténué (mais pas supprimé, ne nous emballons-pas), après avoir brisé le cadre de vie rural de dizaines de milliers d’aspirants.



7. « Consultation obligatoire du maire avant le lancement d’un projet Â» : comprendre : si le maire critique le projet, il faut l'écouter et lui répondre. Mais c’est tout. C’est le propre d’une obligation strictement formelle, motivée par une conception façadiste de la démocratie. En réalité, tout se passera donc comme jusqu’à présent : le dernier mot reviendra à l’État, qu’importe le refus de la population locale, des instances saisies, du commissaire enquêteur â€¦ et désormais des édiles.



8. « Mise en place de comités régionaux de l’énergie Â» : « Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission Â» (Georges Clemenceau).



9. « Soutien au développement des projets citoyens Â» : c’est une confortable position rhétorique. Comment oser s’opposer à un projet porté par le peuple lui-même ?


D’abord, ne nous faisons pas d’illusion : les projets éoliens n’ont de « citoyen Â» qu’une participation très minoritaire qui, si elle n’existerait pas, ne changerait quasiment rien à leur économie.



Ensuite, ce n’est pas parce qu’un projet est « citoyen Â» qu’il est nécessairement respectueux de l’environnement. Les curieux pourront s’enquérir du projet en cours d’enquête publique en pleine forêt de Basse-Joux, une sapinière du Jura considérée comme l’une des plus belles de son genre, en plein cÅ“ur de multiples zones protégées, au péril de plusieurs sources qui alimentent en eau les communes environnantes, et tant qu’à faire, au beau milieu de territoires de chasse du milan royal.



10. « Création d’un fonds de sauvegarde du patrimoine naturel et culturel Â» : voilà comment institutionnaliser le chantage. L'église du village sera en pleine covisibilité, jugée « relative Â» par un préfet ou une cour, mais au moins, on aura financé la restauration de sa charpente.



Dans le même temps, alors qu’on essayera tant bien que mal de dissimuler les données de mortalité avifaunistique qui in fine dévoileront un charnier de milans, faucons, cigognes et puffins, on subventionnera volontiers quelque association qui se serait donné pour but de protéger ces mêmes espèces.



C’est tout le principe de l’économie des mesures ERC (Éviter, Réduire, Compenser) telle qu’elle est perçue par la promotion éolienne … et désormais officiellement cautionnée par le ministère de la transition écologique.



Théodore Catry

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