L'art et la manière
Mai 2020


Marie-Dominique Bayle
Entrez dans la lumière de L'Atelier du Vitrail Léman


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La Gazette du Patrimoine : Le vitrail, une histoire de famille ou un hasard ?

Marie-Dominique Bayle : Histoire de famille ? Non, pas de verrier chez mes ascendants, pour autant que je sache. Je suis la première de ma famille à travailler le verre plat coloré, le vitrail, et vraisemblablement la dernière, mes enfants ayant choisi d’autres chemins. Hasard ? Allez savoir ! J’ai grandi baignée dans les domaines artistiques les plus variés : beaux-arts, musique, artisanat, et pléthore d’entrepreneurs…

La Gazette du Patrimoine : Quel a été votre parcours avant la création de votre atelier ?

Marie-Dominique Bayle : Tout d’abord une rencontre qui a fait naître de nombreuses interrogations en moi : à la faveur d’une exposition parisienne j’ai croisé la route d’un peintre-verrier. Issue de la peinture sur toile, j’ai été littéralement sidérée par la beauté de la translucidité, et troublée du peu que j’en ai compris… Évidemment il a fallu que j’aille plus loin. Durant les années suivantes, j’ai emprunté un long chemin de formations « loisir », puis professionnelle, auprès de verriers prestigieux de Paris et de Chartres.

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La Gazette du Patrimoine : Qu’est-ce qui a motivé sa création il y a dix ans ?

Marie-Dominique Bayle : C’est tout d’abord le besoin d’autonomie, l’appel de la création et un rythme particulier qui ne trouve pas son compte dans une organisation classique. Même si le travail de petites mains d’atelier représente une expérience enrichissante, le besoin d’expression et de liberté est impérieux. Des années plus tard je ne regrette rien de mes choix et des orientations empruntées. Je vis tout ça sereinement avec un plaisir renouvelé tous les matins quand je pousse la porte de l’atelier et que je ne sais pas ce que la journée va m’apporter.

La Gazette du Patrimoine : Qui sont vos clients ?

Marie-Dominique Bayle : A peu près tout le monde car le vitrail est partout de nos jours. Du vitrail religieux au vitrail civil, du trait « Moyen-Age » au trait « contemporain », le Vitrail avec un grand V est présent chez les particuliers, sur les quais de stations de métro, dans les restaurants, les monuments du patrimoine, les hôpitaux, les crèches, les Ehpad, les mairies … au service du décor personnalisé et sur mesure. Et j’en fait même des meubles, les mobiluminaires (si vous voulez en savoir davantage, allez visiter mon site internet ).

La Gazette du Patrimoine : On imagine que tous les maîtres verriers sont à Chartres. Le fait d’être en Savoie est plutôt un atout ou un handicap ?

Marie-Dominique Bayle : Les artisans d’art du Vitrail sont peu nombreux, le nombre d’ateliers diminue au fil des ans. Il s’agit bien là d’un métier d’art rare. D’après la Chambre Syndicale Nationale du Vitrail, « la population « vitrailliste» est, à la fin de 2004, d’environ un millier de personnes travaillant (à 10 % près) dans 450 entreprises »… et cela ne s’est pas arrangé depuis !
La Haute-Savoie, pour ma part, est un choix murement réfléchi. Après la région parisienne que je n’appréciais pas au point d’imaginer y rester, j’aurais aimé m’installer dans le Larzac, où, avec tout le respect que je dois à ce magnifique territoire, je n’aurais vraisemblablement pas pu travailler. On ne va pas se mentir, mon métier est une activité de niche comme beaucoup d’autres métiers d’Art. Il m’a semblé plus simple d’être visible en Haute-Savoie qu’ailleurs, département dynamique et économiquement attractif, voisin de la Suisse, équipé d’autoroutes vers le nord et le sud, d’un aéroport international à Genève, et où la nature et le calme sont à portée de main…

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La Gazette du Patrimoine : Si vous étiez obligée de choisir entre restauration et création, vers quelle activité orienteriez-vous votre choix et pourquoi ?

Marie-Dominique Bayle : J’imagine qu’avec les années j’orienterai contrainte et forcée mes activités vers la création en principal ; cependant il ne s’agira pas d’un choix mais de la prise en compte « des ans l'irréparable outrage » !

La Gazette du Patrimoine : Quelle est d’après-vous la plus belle création qui vous a été donnée de réaliser ?

Marie-Dominique Bayle : Elles me transportent toutes et en même temps je ne suis complètement satisfaite d’aucune ! Peut-être parce que le chemin est plus beau que l’objectif, l’expérimentation, l’intuition, l’incertitude sont porteuses de plus d’émotions que l’œuvre finale.

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La Gazette du Patrimoine : Et quelle fut votre plus belle restauration ?

Marie-Dominique Bayle : Ma réponse va vous paraitre surement d’une banalité affligeante : toutes ! Quelle que soit l’ampleur d’une restauration, c’est le retour vers le passé qui est passionnant, quel est l’atelier créateur de ce vitrail, quelle année de création, quels sont les traits de l’époque, existe-t-il des archives, les éventuelles restaurations précédentes, quel est le contexte de cet ouvrage/de cet édifice/de sa création, quel message …?

La Gazette du Patrimoine : Quelle est la principale qualité qu’il faut avoir pour exercer votre métier ?

Marie-Dominique Bayle : A la croisée de l’art et de la technique je dirais : patience, rigueur et précision. Ha ! Zut ça fait 3 !

La Gazette du Patrimoine : Quel est le plus beau souvenir depuis le début de votre carrière ?

Marie-Dominique Bayle : La remise des clés de mon atelier à Ville-la-Grand par Monsieur le Maire à l’époque !

La Gazette du Patrimoine : Et quel est le pire ?

Marie-Dominique Bayle : Il y en a plusieurs… les expos durant lesquelles on ne rencontre personne sont de grands moments de solitude !

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La Gazette du Patrimoine : Vous organisez des stages dans votre atelier. Que viennent chercher les personnes qui y participent (simple curiosité, apprentissage d’un savoir, découverte…) ?

Marie-Dominique Bayle : Il y a 2 grands types de formation, et donc deux publics, aux motivations différentes : la formation loisir et la formation professionnelle visant un diplôme de l’Education Nationale. Pour le loisir, il s’agit d’adultes, majoritairement de femmes, pas très loin de la quarantaine principalement. Public de curieux éphémères sur le mode découverte, désireux de pouvoir décoder le vitrail, ou un public en recherche d’un hobby sur le moyen ou long terme — des retraités par exemple, souhaitant apprendre une technique d’expression rare. J’assure le passage des savoir-faire moi-même, en présentiel, à l’atelier qui est un lieu d’exposition permanente, un lieu de production de pièces uniques et de restauration du patrimoine ainsi qu’un lieu de formation. Pas de calendrier de formation loisir ici. S’il y a de la lumière et une table libre, l’atelier est accessible aux élèves.

Concernant la formation professionnelle, l’investissement personnel du stagiaire, le rythme, l’objectif sont différents ; il s’agit d’hommes ou de femmes plus jeunes, parfois dès 25 ans, idéalement issus d’une formation initiale arts appliqués/histoire de l’art/autre métier d’art… mais pas que, prêts à s’investir pendant pratiquement 1 année à 300 % dans la préparation du C.A.P. Arts et techniques du verre, option vitrail, à la croisée de l’Art et de la technique. Il ne peut s’agir que d’un public hyper motivé et pas maladroit de ses mains, de préférence avec des bases de dessin idéalement ! En effet, passeur de savoir depuis de nombreuses années (Education Nationale, puis en direct à l’atelier), je suis impliquée dans la formation de la relève ; c’est pourquoi depuis mon arrivée en Haute-Savoie, l’Atelier Vitrail du Léman est également un centre de formation. A ce jour l’Atelier Vitrail du Léman est référencé dans la banque de données des organismes de formation dite « Datadock », gage de crédibilité aussi bien pour les financeurs que pour les bénéficiaires de formation.


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La Gazette du Patrimoine : Nous traversons une période inédite qui éprouve tout le monde, et en particulier les indépendants. Comment vivez-vous cette période ? Vos chantiers et donc votre avenir sont-ils impactés ?

Marie-Dominique Bayle : De nature optimiste, pour l’instant je ne m’affole… pas encore. Le temps de réalisation d’une création ou d’une restauration peut être long, ponctué d’éventuelles validations de la part du client, attente de réapprovisionnement de la part de fournisseur(s), séchage du mastic... De ce fait, les commandes des vitraux mis en œuvre en ce moment à l’atelier ont été signées il y a plusieurs mois. Reste à savoir si l’activité va reprendre pour assurer une nécessaire continuité. La période de mai à septembre est — en principe —une période favorable au passage des commandes… Espérons que les clients seront au rendez-vous.

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La Gazette du Patrimoine : Pensez-vous qu’il va y avoir une répercussion sur vos chantiers à venir ?

Marie-Dominique Bayle : Je ne sais pas. Cela n’entamera pas mon enthousiasme de toute façon. J’ai l’habitude des difficultés, rien n’est simple dans les métiers d’Art !

La Gazette du Patrimoine : Aux jeunes qui voudraient exercer ce métier, quels seraient vos premiers conseils (ou mises en garde) ?

Marie-Dominique Bayle : Viser l’excellence avec créativité et une volonté sans faille.

La Gazette du Patrimoine : Dans 20 ans, vous vous imaginez comment ?

Marie-Dominique Bayle : Attendez voir… 59 + 20 …Aïe aïe aïe … Flétrie !

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Liens utiles

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1-3 rue du commerce,
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74100 Ville-la-Grand
Téléphones : 09 83 38 85 34 – 06 20 66 62 70

Atelier Vitrail du Léman
Marie-Dominique Bayle, maître-verrier
Création de vitraux et décors verriers (pièces uniques, mini-séries)
Restauration du patrimoine
Formation loisir et professionnelle (datadockée)
Vitrail traditionnel et ancestral au plomb – Vitrail au cuivre dit Tiffany
Peinture sur verre
Vitrail à la dalle de verre et béton/plâtre – Thermoformage/fusing

Crédits photographiques : Marie-Dominique Bayle