Présidentielles 2022 : quel avenir pour le patrimoine des territoires ?

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La
campagne électorale bat son plein, et chacun dévoile son programme en faveur de l’avenir des français. Pouvoir d’achat, sécurité, écologie, éducation, immigration sont les « fers de lance » de cette campagne.

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Il est un sujet moins sensible, mais somme toute important, qui n’émerge que peu des discours : le patrimoine. Pourtant, présider la France, c’est présider le patrimoine, car la France est Patrimoine.

Chaque commune, même la plus modeste, porte en son sein un témoin de notre histoire collective. Le patrimoine est notre ADN, un marqueur fort de notre identité. Nous ne parlons pas ici de Versailles, de la Tour Eiffel, de Chambord ou de Notre-Dame qui font la fierté de tous et pour lesquels tous les gouvernements auront toujours un regard attentif et bienveillant.

Nous parlons ici des clochers de nos campagnes, de nos fours à pain, de nos maisons à pans de bois, de nos petits châteaux… Ceux que nous pourrions définir comme « les petits, les obscurs, les sans grades », parce qu’ils ne bénéficient pas de protection au titre des monuments historiques.

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S’ils ne sont pas des fleurons du patrimoine national, ils ont cependant tous une valeur ou un intérêt local. Oublier ce « petit patrimoine », c’est oublier la France des territoires.

Les touristes du monde entier, qui représentent une manne économique pour notre pays, ne viennent pas visiter uniquement Versailles ou Paris. Ils viennent également visiter nos belles provinces, parce qu’ils apprécient la diversité de nos paysages, de notre architecture, de notre gastronomie, de nos traditions de nos savoir-faire…

La question qui se pose aujourd’hui est : viendront-ils toujours lorsqu’ils n’auront pour seul spectacle que des zones pavillonnaires avec des maisons à toits plats à la place d’un château XIXe et de son parc, des parkings à la place de gracieux presbytères, ou des champs d’éoliennes qui défigurent tout sur leur passage ? La réponse est aisée : ils iront ailleurs.

Au-delà de l’aspect financier émanant du tourisme, il faut également souligner qu’à l’heure où l’écologie est au cœur de toutes les préoccupations, un chantier de démolition est tout sauf écologique, car ces chantiers produisent des tonnes de déchets. Certes, on nous expliquera que ceux-ci sont triés et valorisés, mais il suffit de se rendre sur un chantier de démolition pour constater que seulement une infime partie fait l’objet d’un traitement particulier. Soyons lucides, la démolition « propre » n’existe pas.

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Depuis quelques années, on invite les français à trier leurs déchets. On les invite également à donner une seconde vie à leurs objets, à réparer ou à céder plutôt que de jeter, parce que c’est plus écologique. Alors pourquoi le patrimoine n’aurait pas droit à ce genre de « faveur » ? « Réparer » le patrimoine, plutôt que le détruire pour assouvir l’appétit des promoteurs immobilier, serait un geste fort pour la planète et un geste fort pour ses habitants.

Certains argumenteront en mettant en avant l’aspect économique. Certes, parfois une réhabilitation est plus coûteuse, mais elle permet d’inscrire un édifice dans la durée, alors que la pérennité d’une construction moderne est contestable. Il suffit de regarder les constructions réalisées il y a une vingtaine d’année pour constater que beaucoup d’entre-elles sont déjà en fin de vie.

N’oublions pas que les réhabilitations sont aussi source d’emploi pour des milliers d’artisans et d’artisans d’art. À l’heure où le « Made in France » est au cœur des préoccupations, il serait judicieux de ne pas priver des milliers de professionnels, ambassadeurs du savoir-faire français, de travail, au prétexte qu’on préfère démolir que « soigner ». Oui, le patrimoine se soigne. Hélas, la principale maladie dont il souffre, est le déni. Et seul le bon sens pourra éradiquer ce mal. Comment un pays qui méprise son passé, peut-il envisager l’avenir ?

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Cette question, nous sommes nombreux à nous la poser et nous espérons que l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle y répondront avant que nous nous rendions aux urnes.

Quoi qu’il en soit nous savons déjà que toutes les mesures qui ont été mises en place ces dix dernières années ne sont absolument pas adaptées.

Tout d’abord, parce que le Ministère de la Culture n’est pas en mesure de se préoccuper de tous les sujets et que, la plupart du temps, le patrimoine est le grand oublié des Ministres de la Culture. Mais peut-ont pour autant les blâmer ? Trop de sujets à traiter et pas assez de temps pour mener sérieusement leurs missions. Le temps moyen d’exercice d’un ministre de la culture est de 18 mois. Comment en 18 mois peut-on réfléchir, se poser les bonnes questions, afin d’obtenir les bonnes réponses ?

Depuis longtemps nous pensons que la création d’un secrétariat d’état au patrimoine pourrait considérablement faire avancer la cause. Jusqu’alors, on peut dire que le Ministère de la Culture est un ministère « fourre-tout » et la tâche est trop grande pour un seul Ministre.

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Nous pensons également que les idées reçues et l’éternelle phrase « on a toujours fait comme ça »,sont mauvaises conseillères. Il est grand temps de réformer et d’inventer la sauvegarde du patrimoine de demain.

À chaque fois que le patrimoine est mis en avant, on nous répond : budget, argent.

Or, depuis huit ans, Urgences Patrimoine n’a eu de cesse de démontrer que l’argent n’est pas toujours la solution aux problèmes. Certes il faut des sommes colossales pour restaurer, entretenir et valoriser, mais il faut simplement du bon sens pour sauver.


Victor Hugo dans sa « Guerre aux démolisseurs » écrivait :

Il faut arrêter le marteau qui mutile la face du pays. Une loi suffirait. Qu'on la fasse. Quels que soient les droits de la propriété, la destruction d'un édifice historique et monumental ne doit pas être permise à d'ignobles spéculateurs que leur intérêt imbécile aveugle sur leur honneur ; misérables hommes, et si imbéciles qu'ils ne comprennent pas qu'ils sont des barbares ! Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire, c'est dépasser son droit.

Ne serait-il pas temps de mettre en place des lois qui permettraient d’arrêter les mutilations faites au patrimoine ? Chaque jour, ce sont des dizaines d’édifices qui disparaissent dans l’indifférence générale des pouvoirs publics.

Nos inquiétudes, quant à l’avenir du patrimoine lors des cinq prochaines années, se justifient, entre autres, par l’absence de réaction de l’ensemble des candidats à cette élection, lors de la destruction de la chapelle Saint-Joseph à Lille, il y a un an jour pour jour. Nous avions pourtant sollicité l’ensemble de la classe politique qui aurait pu se mobiliser contre cette démolition injustifiée de ce grand édifice lillois. Mais à part le bruit assourdissant des pelleteuses, nous n’avons entendu personne et nous avons assisté impuissants à un « patrimonicide » de plus.

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À qui donc pourrions-nous faire confiance, nous, les défenseurs du patrimoine ? À l’heure où l’on demande aux citoyens de se mobiliser et d’agir, quel sera l’avenir de leur engagement face à des dirigeants s’ils restent sourds et aveugles ?

Le patrimoine ne fait pas de politique, car le patrimoine est un bien commun. Il appartient à chacun d’entre nous et nous ne voulons pas que le patrimoine soit « l’otage » d’un parti plutôt que d’un autre. Nous souhaitons seulement que celle ou celui qui gouvernera la France lors du prochain mandat, soit soucieux de la préservation de cette histoire collective qui fait notre fierté et qui participe au rayonnement de notre pays.

Nous espérons donc avoir des réponses concrètes à travers des programmes concrets, qui offriront au patrimoine des perspectives d’avenir différentes que celles du déni et de la destruction.

Vive le patrimoine, vive la France !

Alexandra Sobczak-Romanski
Présidente d’Urgences Patrimoine

Nous contacter : urgences.patrimoine@gmail.com
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Crédits photographiques : Urgences Patrimoine

Saint-Maixent-l’École : Saint Christophe libéré, délivré et bientôt sauvé

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Depuis
un peu plus d’un an, la « boucherie » de Saint-Maixent-l’École a été au cœur de toutes les préoccupations de l’ADANE et de sa présidente Marie-Claude Bakkal-Lagarde. Après un bras de fer épique avec la commune, la persévérance a payé. Le cadenas qui empêchait l’accès a été enlevé et l’édifice médiéval va pouvoir s’inscrire dans l’avenir, sous le regard bienveillant de Saint Christophe.

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Résumé des six derniers mois :

À Saint-Maixent-l’École dans les Deux-Sèvres, au cours de l’été 2021, le projet de démolition de deux maisons situées aux 9-11 rue Anatole France, dans le périmètre protégé de l’abbatiale, inaugure une bien inquiétante période. Les maisons adjacentes, dont une à colombages, risquent de souffrir de la destruction des façades en pierre de taille du XIXᵉ siècle et des trépidations des engins de chantier.

Est-ce bien sérieux de vouloir créer des logements en béton, quel qu’en soit le prix, d’une durée de vie maximale de 40 ans ?

Mais, fin septembre, un miracle se produit. Il consiste en la découverte d’une peinture murale représentant le Christ enfant sauveur du monde, sur les épaules de Saint Christophe. C’est le rayon de lumière au bout du tunnel, celui qui nous guide et nous conduit à œuvrer pour ce patrimoine exceptionnel. L’œuvre est datée du XVᵉ siècle et authentifiée par Mme Sabine de Freitas. Elle intervient à la demande d’Urgences Patrimoine. Nous informons La DRAC de la découverte et deux ingénieurs se déplacent pour voir les lieux. Tous reconnaissent que le sauvetage relève d’une prise en charge en milieu très sensible. Le « risque d’effondrement » est particulièrement élevé.

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En effet, exposé aux intempéries depuis des années, le mur qui porte la peinture est extrêmement fragile. Mais c’est aussi tout l’ensemble du bâti environnant qui est déstabilisé. Mi-octobre, le propriétaire accorde à l’ADANE le droit d’intervenir pour la protéger et sécuriser cet espace. Néanmoins ce n’est pas l’idée du Maire qui interdit toute action. Aucune négociation n’est possible. La mairie cadenasse les lieux.

Mi-novembre, contre vent et marée, l’association ayant rassemblé ses économies en réorientant ses investissements, signe le compromis d’achat du lieu. Cependant, le risque de la préemption plane toujours sur la transaction.

La présidente de l’ADANE, qui a reçu différents soutiens dont celui d’Urgences patrimoine, est convoquée pour expliquer son projet devant la commission d’urbanisme le 13 décembre. Elle s’y rend accompagnée par un juriste de Vieilles Maisons Française et du voisin du n° 13. Passionné des vieilles pierres, il a aussi sauvé sa maison à colombage en l’achetant alors qu’elle était frappée d’un arrêté de péril. Après un exposé exposant le point de vue, chacun pose ses questions, les réponses éclairent la faisabilité dans un délai raisonnable. Il est possible de cristalliser l’écrin, de refaire les toitures et de sécuriser cet ensemble.

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Les journées passent et toujours rien. Durant la semaine suivant Noël, des pluies diluviennes s’abattent. Des bruissements se font entendre du côté de la peinture. Nul ne peut aller voir ce qui s’y passe. Le cadenas municipal est toujours là. La présidente écrit le vibrant appel de Saint Christophe. Et le matin du 31 décembre, bonne nouvelle, le cadenas de l’élu a été retiré.

Trois tempêtes de plus et des morceaux d’enduits se sont détachés. Ils sont précautionneusement collectés.

Sur les conseils avisés, le projet d’abri de la peinture prêt depuis mi-octobre va être réalisé. Celle-ci au premier étage d’un bâtiment dont ne subsiste qu’un mur de 3 niveaux et un moignon de parement perpendiculaire nécessite la réalisation d’une plateforme. Elle sera posée dessus.

Le jour de l’an passe et, dès le 2 janvier 2022, les matériaux achetés, deux adhérents de l’ADANE, ensuite rejoints par quelques adhérents des Maisons Paysannes de France commencent à construire la plateforme.

Bien que la signature ne soit pas encore ratifiée, les bénévoles apportent leurs outils et retroussent leurs manches. Les lierres sont peu à peu supprimés et certaines zones sont désencombrées des gravats des toitures, etc.

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La pluie reprend. Elle rend le terrain glissant. En ruisselant sur les murs de terre, elle accroît le danger. Certains jours, il vaut mieux ne pas approcher des murs et, les jours plus favorables, il convient d’être plusieurs et attentif, au cas où il faudrait donner alerter les secours.

La construction de la plateforme à peine achevée, un nouvel épisode pluvieux s’annonce. La météo donne l’alerte. À 17 heures, chacun rentre chez lui. Dès 19 h,eures la nuit qui s’annonce du 8 au 9 janvier 2022 est dantesque. Le voisin du n° 13 surveille les bruits de pluie, le souffle des bourrasques et le murmure des bris d’enduits le fait frémir. Soudain, un grondement plus sourd le met en émoi. Sortant en pleine nuit dans sa cour, il ne voit rien de particulier chez lui. L’événement se déroule de l’autre côté du bâti mitoyen, au niveau de la peinture murale.

Le jour se lève, la pluie s’affaiblie. Avec l’arrivée d’un proche, les deux passionnés se rendent sur place pour voir. Là c’est la stupéfaction ! Un nouvel effondrement du résidu de mur s’est écroulé sur le bout de la plateforme.

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Mais il faut croire que Saint Christophe et le Christ veillent. Si la protection avait été élaborée comme initialement prévue, elle aurait pu être préjudiciable. Au chevet de ce patrimoine, chaque jour invite à redoubler de prudence. Mais que de temps perdu ! Il était possible d’œuvrer dans les bonnes conditions automnales.

La fin de l’hiver n'est pas pour demain.

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Crédits photographiques : ADANE

Valençay : Jackpot pour le grand, pelleteuse pour le petit

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Alors
que nous avons appris il y a quelques semaines, que le sublime Château de Valençay allait bénéficier de 300.000 euros de dotation du Loto du patrimoine pour la restauration de son théâtre (lire l’article de La Nouvelle République ICI),nous apprenons aujourd’hui la démolition prochaine d’un petit édifice, certes très modeste, mais pourtant marqueur fort de la commune.

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Nous nous réjouissons bien évidemment pour le château, fleuron du patrimoine national, mais, à travers cet article, nous souhaitons illustrer ce que nous répétons sans cesse, à savoir l’intérêt pour les grands, le déni pour les petits.

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Certes, les milliers de touristes qui viennent dans cette superbe commune pour visiter la demeure de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord ne viendront pas visiter l’humble « Arrêt du Tacot », c’est une évidence, mais ce petit édifice est pourtant à son niveau un élément fort du patrimoine local, notamment du fait de son architecture de briques, peu utilisées dans la région.

Abandonné depuis les années 80, suite au décès de ses derniers propriétaires, la commune vient de le condamner, car il est jugé trop vétuste et désormais dangereux.

Cela, nous l’entendons bien, et nous comprenons la décision du maire qui doit assurer la sécurité de ses administrés. Sauf qu’il existe une solution pour satisfaire tout le monde, sans dépenser d’argent public (une démolition a un coût ). Cette solution est la cession du bien à l’euro symbolique. Nous avons sauvé la maison médiévale d’Orpierre (Hautes-Alpes) grâce à ce procédé et plus récemment, l’imposant Château de Westhove (Pas-de-Calais), sans parler de « notre » chapelle de Vrères (Deux-Sèvres) qu’Urgences Patrimoine va restaurer gracieusement pour la sauver des pelleteuses.

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Nous allons dès demain contacter la commune, afin de proposer de prendre en charge l’édifice dans le cadre de notre dispositif « PPA » (un Patrimoine, un Projet, un Avenir), en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Nous sommes convaincus qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, et comme le disait Talleyrand , « on ne croit qu'en ceux qui croient en eux » et en ce qui concerne « L’Arrêt du Tacot », nous croyons être en mesure de lui offrir un avenir.

Vive le « petit » patrimoine des territoires !

Pour plus de détails, voici le lien de l’article de La Nouvelle République, grâce auquel, nous avons été alertés ICI.
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Crédits photographiques : La Nouvelle République


Dreux : Action cœur de Ville et France Relance au service de la défiguration du territoire

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Merci
à Christophe Guillouet, notre délégué Urgences Patrimoine d’Eure-et-Loir pour cet état des lieux pour le moins édifiant.

Une fois encore, les financements perçus dans le cadre du programme « Action Coeur de Ville » sont utilisés de façon contestables. Ce dispositif qui partait d’une bonne intention de la part de l’État, devient l’acteur principal des démolitions et des défigurations en tout genre. Et maintenant, le plan « France Relance » lui emboîte le pas…

A Dreux, l'Etrange Noël de Monsieur Rotrou

Alors que les travaux de la place Rotrou étaient à l'arrêt depuis des semaines, quelle n'a pas été la surprise des habitants de notre belle ville de Dreux, de découvrir récemment en son centre un grand panneau sur lequel on peut lire « France Relance - L'Etat investit ici pour votre avenir ».

Ce sera donc le décor des riverains et des commerçants du quartier pour ces fêtes de fin d'année, eux dont le quotidien était déjà depuis des mois rythmé par une circulation et un stationnement devenus totalement anarchiques. La pose de cet immonde panneau couronne en effet une année marquée par le lancement de travaux qui risquent de gravement dénaturer cette jolie place du centre historique (voir notre article de juillet dernier dans ces colonnes), le tout dans une précipitation, un amateurisme et une opacité défiant l'imagination. Après avoir manifestement dû se résoudre à revoir sa copie face aux nombreux problèmes posés par un projet particulièrement mal ficelé, la municipalité a interrompu les travaux fin juillet laissant les habitants dans l'incertitude et le chaos. Malgré les sollicitations répétées des riverains et des commerçants, l'équipe municipale reste totalement silencieuse quant à ses projets. Un tel autisme venant d'élus qui prônent pourtant une politique municipale « participative » et « inclusive » laisse pantois !

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(La place Rotrou à Dreux, épicentre de la relance et du « monde d'après ».)

Ce panneau est aussi le symbole d'une bien curieuse utilisation de l'argent public, mais à Dreux on commence à avoir l'habitude... Rappelons que le centre-ville avait fait l'objet d'un marquage au sol particulièrement disgracieux financé par le programme national « Action coeur de ville ». Mises en place il y a deux ans et soi-disant destinées à disparaître "avec les pluies", ces lignes peintes ont finalement été retirées à la disqueuse cet été, laissant des traces sans doute indélébiles sur le revêtement des rues de la vieille ville.

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(« Action coeur de ville » programme national de 5 milliards d'euros financé par le contribuable: des effets concrets et durables à Dreux.)

Le dispositif « France relance » participe donc, quant à lui, au financement de la requalification de cette place. Rappelons que « France relance » est en grande partie financé par le « plan de relance européen » et que ce dernier consiste en un ensemble de prêts et de subventions d'un montant de 40 milliards d'euros, mais qui à l'arrivée devraient en coûter au contribuable français environ 80! Autant dire qu'il pèsera lourdement sur les générations futures et pour des investissements dont la pertinence est souvent très contestable. A l'échelon local, on en a ici un exemple frappant avec un aménagement qui n'avait rien d'urgent (la place avait déjà été « relookée » en 2009 - plutôt mal, il est vrai) et qui devrait coûter environ 1,3 million d'euros. 1,3 million, c'est à peu près la somme qui permettrait de sauver l'ancienne crèche municipale laissée à l'abandon depuis des années et que la mairie envisage de démolir. (voir notre article de mai dernier dans ces colonnes)

Lors du conseil municipal du 14 décembre dernier, le Maire de Dreux a présenté le budget 2022 comme celui d'un « bon père de famille ». S'agissant de l'argent du contribuable, Dreux nous paraît plutôt être un enfant capricieux et dépensier. Urgences Patrimoine reste toutefois disposée à rencontrer les élus pour discuter de ces dossiers et contribuer à trouver des solutions. Le premier adjoint n'a-t-il pas déclaré dans L'Echo Républicain du 18 septembre dernier être « à l'écoute »? Il faut maintenant le montrer. La balle est dans votre camp, Monsieur le Maire!

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Crédits photographiques : Christophe Grillouet

Aunay : après la sidération, place à l’action

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Dans
la nuit du mardi 7 au mercredi 8 décembre 2021, le discret et élégant château d’Aunay-les-Bois a brûlé.

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Ce spectaculaire sinistre a été suivi en direct par la presse. Il n’est pas question ici de revenir sur un récit maintes fois relaté, mais pour faire un état des lieux des premières actions envisagées par Jean-David Desforges qui souhaite s’engager pour la sauvegarde de cet édifice qui lui est familier.

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Jean-David Desforges est archéologue du bâti, avec de multiples interventions à son actif sur des restaurations de Monuments Historiques ornais et des chantiers d’archéologie préventive, dont une intervention à Aunay dans le cadre d’une mission d’inventaire et de valorisation du patrimoine.

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Aunay, Phénix de ces bois 

Ce qui m’intéresse, c’est l’après, et ce que je peux faire. Comment un archéologue du bâti, qui par ailleurs connaît bien l’édifice, peut réagir face à un tel événement ? Je vais droit au fait, rejoignant Steve de Romanet, fils du propriétaire, avec cette formule prononcée avec une belle énergie : « On est choqué, mais pas à terre ! » De là, proposer un bénévolat de compétence pour la suite est une évidence : archéologie, recherche documentaire, assistance à maîtrise d’ouvrage, mise à disposition de réseau, promotion du chantier et du site. Les pistes sont nombreuses, d’autant que j’ai engrangé de la matière et une amorce d’étude sous le coude.

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Premier réflexe : plonger dans les archives photographiques qui remontent aux années 1990. Celles-ci sont dans ce service…, celles-là ici… Les dernières, c’est juste à la veille de la crise sanitaire... Le fonds s’avère d’autant plus précieux que je constate que les médias ne publient aucune image d’Aunay avant l’incendie ! Comment les exploiter ? Les techniques ont beaucoup évoluées en 25 ans. On déformait alors des tirages papiers à la photocopieuse pour réaliser des élévations plus ou moins précises, ou on assemblait les photos pour obtenir des vues en œil de poisson…, un moyen d’avoir des vues d’ensemble très détaillées. L’informatique et la photographie numérique offrent maintenant des possibilités d’orthophotograhie, de modèles 3 D.

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Donc, dimanche 12 décembre, j’ai réalisé une couverture photographique de l’extérieur du château. L’air est encore chaud, et l’appareil le capture au-dessus des ruines d’Aunay (je n’aurai jamais imaginé écrire cette phrase…). Charpentes et solivages sont amoncelés sur les sols, avec les gravats des cheminées, de la couverture… des centaines de mètres carrés d’ardoise. Les gouttières pendent en tous sens ou se dressent encore quand les charpentes ont disparu. Le château a des allures d’usine. Les volets sont partiellement consumés. Des braises se raniment avec le vent. Des flammes reprennent. Des matériaux tombent, ponctuant la séance de relevés photos. Je ne sais pas encore que ce sont les caves qui commencent à céder sous le poids accumulé. Dans le silence, je fais le tour à distance de sécurité de cette immense cheminée qui craque. Parfois un tir de chasseur ou un moteur lointain arrachent l’observateur à cette vision hypnotique.
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Le temps est aussi changeant, et me permet des prises de vues un peu plus esthétiques. En fin de journée, je rejoins Steve de Romanet. Il me raconte que lors de la première discussion avec l’Architecte des Bâtiments de France évoquant sur le site une reconstruction à l’identique du château… deux cheminées s’effondrent, entraînant les murs internes. Mauvais présage ? Le scénario se dessine dans nos échanges. Ce qui reste vertical devra être étayé après refroidissement et déblaiement, les cheminées frettées, les baies étançonnées. Certaines parties devront être démontées. Le travail devra se faire à la nacelle, par sécurité.

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Ce sinistre est l’occasion aussi d’appréhender la vie de ce monument. Deux majestueux pignons se dressent encore à l’intérieur : ce sont les murs du logis du XVe siècle, ou peut-être plus ancien. Enveloppé par le château de la fin du XVIe siècle, il n’était plus perceptible que par les habitants et les connaisseurs. Maintenant, il est à nu… en espérant qu’il tienne. Aunay, c’est au moins mille ans d’histoire. En contre-bas, on voit la motte castrale, puis à mi-pente, sur un replat, une enceinte fossoyée qui n’est pas sans évoquer le site d’une maison forte, puis là, en bord de plateau, sous les décombres, le château dont on est sûr qu’il se dresse ici au moins depuis le XIVe siècle.
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Les étapes à franchir pour sauver Aunay sont nombreuses, mais cela peut se faire. Cette opération mettra en œuvre les dimensions humaines propres et multiples à ce monument, qu’elles soient passées, présentes, à venir. Alors que la chaleur se dégage encore d’Aunay, je me rends compte que ce château, bien que sinistré ou parce qu’il est sinistré, joue toujours son rôle de patrimoine commun : il nous amène à créer des liens. Dans les semaines à venir, une association dédiée à la reconstruction du château d’Aunay naîtra. D’autres bénévolats de compétence s’ajouteront à ceux déjà engagés, j’en suis sûr !

Jean-David Desforges

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Crédits photographiques :Crédits photographiques : Jean-David Desforges