Le Mesnil-Esnard (76): bravo aux élus qui s’engagent pour l’avenir et la transmission du patrimoine de leur commune

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Quand une commune se mobilise pour la sauvegarde de ses œuvres, nous sommes toujours heureux de mettre en avant son initiative, d’autant plus heureux que, concernant les œuvres de la commune du Mesnil-Esnard (76), le projet se fera en partenariat avec Urgences Patrimoine.

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C’est Monsieur Xavier Jean, premier adjoint au Maire qui a souhaité lancer cette grande opération de sauvegarde du patrimoine local. Nous disons « grande », car ce ne sont pas moins de six tableaux qui doivent être restaurés.

Afin d’alléger un peu la facture de la commune, Urgences Patrimoine prendra en charge la restauration de deux œuvres via le dispositif « Un Geste à l’Édifice ». Nous proposerons également aux entreprises de parrainer un tableau dans le cadre de notre opération « Solidarité Patrimoine ». Enfin, une souscription publique complètera l’ensemble de nos actons, en espérant que nombreux seront ceux qui participeront et permettront ainsi d’offrir un avenir à ces œuvres.

Nous avons interrogé Monsieur Xavier Jean au sujet de ce projet d’envergure qu’il porte avec passion et détermination.

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La famille de Monsieur Jean est arrivée sur la commune du Mesnil-Esnard en 1935 et il est né en 1952 à Mesnil-Esnard. Il est marié, père de 5 enfants et grand-père de 14 petits enfants. Il est issu d’une famille croyante et pratiquante. Mr JEAN a été enfant de cœur pendant 14 ans aux côtés de l’abbé Catois. Il a effectué sa scolarité à l’école primaire NAZARETH à Mesnil-Esnard et le secondaire à l’école Join-Lambert à Rouen. Il possède un diplôme d’ingénieur Agronome. Après 17 ans passé sur une exploitation agricole avec son frère et suite à la perte d’une grande parcelle de terre de 40 hectares, il a fait le choix de travailler dans une banque. En 1994, il a créé sa propre entreprise dans le domaine de la finance, entreprise que son fils a repris à son départ en retraite, il y a 3 ans. Il est le 1er adjoint au Maire de la commune.

La Gazette du Patrimoine — Pouvez-vous nous présenter votre commune ?

Xavier Jean — Elégante commune résidentielle située aux portes de Rouen, Le Mesnil-Esnard offre, sur le plateau dominant la vallée de la Seine, l’image d’un harmonieux paysage urbain organisé de part et d’autre de la route de Paris et se fondant progressivement dans la campagne alentour. Village rural, il est devenu une ville dont le centre primitif, organisé autour de l’Eglise Notre-Dame, s’est déplacé depuis le percement de la route de Paris au XVIIIe siècle. Afin de répondre à la croissance démographique amorcée au milieu du XXe siècle, des logements, des maisons individuelles pour la plupart, ont été édifiées. Elles confèrent au Mesnil-Esnard son caractère résidentiel. La commune du Mesnil-Esnard compte aujourd’hui 8 271 habitants (chiffre officiel dernier recensement INSEE 2018)

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La Gazette du Patrimoine — Pour quelle raison avez-vous souhaité faire restaurer ces œuvres ?

Xavier Jean — En juillet 2016, l’église Notre-Dame a été infestée par un champignon lignivore, la Mérule occasionnant de nombreux dégâts au niveau d’un des piliers, des murs, de la charpente et sous le plancher en bois. Pour effectuer ces travaux, l’église a été vidée de son contenu et notamment de 6 œuvres d’arts dont 1 tableau datant du XVIIe siècle (La Vierge à l’enfant), 2 tableaux du XVIIIe siècle (L’Annonciation et Marie-Madeleine pénitente) et 3 tableaux du XIXe siècle (La Sainte Famille, L'Assomption de la Vierge et Le Sacré-Cœur).

Ces tableaux ont été expertisé par Mr PILLET, commissaire-priseur à Lyons-la Forêt qui a fait une estimation entre 6 000.00 € et 7 000.00 € pour le plus cher d’entre eux. La commune a donc souhaité restaurer ces tableaux car, d’une part, ces derniers sont en mauvais état (déchirure, encrassage...) et nécessitent une restauration et, d’autre part, elle est très attachée à son patrimoine, précieux témoin de l’histoire locale.

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La Gazette du Patrimoine — Ce projet est-il bien accueilli par les habitants ?

Xavier Jean — Oui, les habitants de la commune, et notamment les « Vieux Mesnillais » ainsi que les personnes âgées, ont accueilli favorablement notre démarche. Ils sont également soucieux du patrimoine de leur commune qui se doit d’être transmis de générations en générations.

La Gazette du Patrimoine — Pourquoi d’après-vous est-il important de donner un avenir à ce patrimoine ?

Xavier Jean — Les communes sont les premières propriétaires de biens immobiliers et mobiliers et elles doivent, malgré les difficultés de financement qu’elles rencontrent, donner un avenir à leur patrimoine. Ce patrimoine peut-être un facteur de cohésion locale, un lieu de mémoire et surtout le patrimoine peut être garant du lien social entre les générations.

La Gazette du Patrimoine — Qu’évoque pour vous le mot « patrimoine » ?

Xavier Jean — Le mot « patrimoine » évoque un ensemble existant, hérité du passé, constitué de biens mobiliers, matériels ou immobiliers et que l’on se doit de conserver, valoriser, augmenter et de transmettre aux générations futures.

La Gazette du Patrimoine — Que diriez-vous aux élus pour les convaincre de ne pas abandonner, et surtout de ne pas détruire le patrimoine de leur commune ?

Xavier Jean — Même si j’ose espérer que les élus ont pleinement conscience que le patrimoine communal est un facteur de cohésion sociale et qu’il constitue un élément de transmission entre les générations. Celui-ci est également un facteur d’attractivité pour l’économie locale, car bon nombre de professions peuvent être concernées par les chantiers de restauration. Il peut également avoir un rôle important pour le dynamisme d’une commune et offrir aux habitants un cadre de vie de qualité.

La Gazette du Patrimoine — Pourquoi avoir fait appel à Urgences Patrimoine pour ce projet de sauvegarde ?

Xavier Jean — La collectivité a, dans un premier temps, fait appel à la Direction de la Culture et du Patrimoine, mais nos œuvres n’étant ni inscrites, ni classées aux monuments historiques, cet organisme nous a transmis les coordonnées d’Urgences Patrimoine.

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Ce partenariat nous permet donc de lancer une souscription publique auprès des Mesnillais et des entreprises afin que ces derniers soutiennent la commune dans cette démarche. Nous allons également solliciter des mécènes afin d’obtenir des dons, la restauration totale de ces œuvres avoisinant les 20 000.00 €.

Monsieur Xavier Jean appelle à mobilisation ICI.  

Vous souhaitez contribuer ?

Nous vous invitons à le faire au moyen du bulletin de souscription disponible ICI
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Ou si vous préférez faire un don en ligne, cliquez sur le lien ICI.

Enfin, vous êtes une entreprise et vous souhaitez parrainer une œuvre, contactez-nous par mail : urgences.patrimoine@gmail.com

Après restauration, un tableau des donateurs sera accroché dans l’église en remerciement de leurs contributions.

À propos de notre opération « Un Geste à l’Édifice » : nous avons la chance d’avoir dans notre réseau de grands professionnels du patrimoine qui ont souhaité offrir leur temps et le savoir-faire pour restaurer des œuvres. Cela permet donc aux communes de bénéficier de restaurations gracieuses. Nous précisons que tous nos intervenants sont des artisans reconnus, habitués à travailler sur des œuvres classées. Alors même s’il s’agit d’actes gracieux, nous garantissons leur qualité.

Angélique Demeersseman, dont l’atelier est situé à Arcueil, offrira la restauration de l’Assomption de la Vierge. Découvrir son atelier : http://www.latelierdesanges.net/


Sophie de Joussineau et Osanne Darentière, dont l’atelier se situe dans le XVème arrondissement de Paris, offriront la restauration de « La Sainte Famille ». Découvrir leur atelier : http://atelier-osanne.fr/
https://www.facebook.com/sophierestaurationdetableaux



Crédits photographiques:
photo 1 : Paroisse Saint-Paul / La Gazette du Patrimoine ; photos 2-4-5 : La Gazette du Patrimoine ; photo 3 : Mesnil-Esnard.fr























A Dreux, l'ancienne crèche municipale menacée de destruction: c'est Victor Hugo qu'on assassine!

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Alors que chaque jour on nous parle de valorisation du patrimoine, chaque jour des édifices sont sacrifiés pour des projets plus ou moins douteux . Un nouvel exemple édifiant de « patrimonicide » est annoncé à Dreux avec la démolition d’un « petit » patrimoine remarquable qui pourtant est en parfaite cohérence avec son environnement architectural et qui ne demande qu’à s’inscrire dans l’avenir de la commune. Voici l’alerte lancée par le collectif local qui s’oppose à cette démolition et qui vient de lancer une pétition en ligne que nous vous invitons bien évidemment à signer.

Pétition — Non à la démolition de l'ancienne crèche et au déménagement de St-Martin et V. Hugo

Arrivé par la gare, le promeneur se rendant à pied en centre-ville de Dreux ne peut manquer un édifice de style néo-normand à la vaste toiture visible depuis le boulevard Louis-Terrier qui la surplombe. La construction ne peut non plus manquer d'attirer l'attention du visiteur du musée d'art et d'histoire. Le musée en effet, qui occupe l’ancienne chapelle du pensionnat Saint-Pierre, est situé à quelques mètres à peine de l’imposante bâtisse. L’ancienne crèche municipale, car c’est ainsi qu’on l’appelle communément, fait partie du paysage drouais depuis plus d'un siècle maintenant, mais ce ne sera bientôt peut-être plus le cas. En effet, le maire nouvellement élu en 2020 vient d'en annoncer la destruction, suscitant émotion et incompréhension chez nombre de drouais.

L’édifice, il est vrai, n’est ni classé, ni inscrit et on peut légitimement discuter de son intérêt artistique (soulignons toutefois que le style néo-normand n’est pas particulièrement présent à Dreux, en dehors de quelques élégantes villas du boulevard Dubois). Il est difficile en revanche de mettre en doute son intérêt historique. En effet, la bâtisse fait partie de l’héritage de Maurice Viollette (1870-1960), maire de Dreux de 1908 à 1959 et figure marquante de l'histoire récente de la ville. Radical-socialiste, il a été ministre du ravitaillement pendant la Grande Guerre, gouverneur d’Algérie de 1925 à 1927 et par la suite ministre d’Etat sous le Front Populaire (1936-1938). On lui doit notamment, avec Léon Blum, le projet de loi « Blum-Viollette » qui visait à donner la nationalité française et le droit de vote aux élites musulmanes d'Algérie. Rejeté par les colons, le projet a été finalement abandonné mais inspirera en grande partie l’ordonnance du 7 mars 1944 du général de Gaulle.

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Georges Beauniée (1874-1943) : crèche municipale de Dreux (1916) (mai 2021)

La crèche municipale (1916) a été l’une des premières constructions importantes de l'architecte Georges Bauniée (1874-1943) à Dreux. Ce dernier épaulera par la suite André Sarrut (1901-1973) dans d’autres réalisations marquantes de l’ère Viollette, comme le sanatorium (1929-1958), l’école Ferdinand Buisson et la cité-jardin des Rochelles (1931-1936). Ces ensembles, certes là encore non protégés, ont tout de même retenu l’attention du Ministère de la Culture qui les a labellisés « architecture contemporaine remarquable » en 2014 et 2016. Ils constituent des témoignages significatifs du socialisme municipal du premier XXe siècle tel qu’il a pu se décliner à Dreux. La crèche, après avoir accueilli des blessés du front pendant la Grande Guerre, a vu grandir plusieurs générations de petits drouais dont certains en gardent encore aujourd’hui un souvenir ému.

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Maurice Viollette (1870-1960), maire de Dreux de 1908 à 1959.

Une rénovation à 1,5 millions d'euros

L'affaire n'est pas nouvelle. L'hypothèse de détruire cette crèche a en effet émergé il y a une bonne dizaine d’années, au moment où la construction d’un centre commercial sur ce site avait été envisagée. Ce dernier projet a été par la suite abandonné, sans que la menace sur le devenir de la crèche ne soit levée. Il faut concéder qu’une réhabilitation demanderait un budget important, principalement en raison du très mauvais état de la charpente et la toiture. Selon la mairie, une rénovation de l'édifice coûterait aujourd'hui environ 1,5 millions d'euros, somme qu'elle annonce préférer investir dans d'autres projets « patrimoniaux ». 1,5 millions d'euros, c'est bien sûr un investissement conséquent, mais qui ne paraît pas forcément beaucoup plus hasardeux et risqué que les 11 millions d’euros et les 100 000 euros de déficit annuel (!) annoncés pour le très coûteux futur centre de loisirs « Otium ».

Un EHPAD pour « redynamiser » le centre-ville

Mais quel est aujourd’hui au juste le projet de la mairie ? Il s’agit en lieu et place d’y faire construire « une résidence senior haut de gamme afin de densifier le cœur de ville avec une population ayant du pouvoir d’achat ». Si on ne peut guère avoir de doute quant à la rentabilité de l'opération à très court terme, les retombées envisagées à plus long terme paraissent bien incertaines. Surtout, sur un plan plus politique (mais politique et patrimoine sont difficilement dissociables !), le symbole est terrible : nous n'avons bien sûr rien contre les « seniors », mais alors que le pays traverse une des plus graves crises depuis la guerre, aux conséquences économiques et sociales inouïes, on détruit tout de même un lieu marqué par la solidarité nationale, la jeunesse et le service public pour le remplacer par une structure privée destinée aux personnes âgées ! Ajoutons qu'il est également envisagé de déménager l'école Saint-Martin voisine en périphérie. La nouvelle municipalité ne semble donc guère miser sur la famille et la jeunesse pour son centre-ville. Est-ce cela, le « monde d'après » à Dreux ?

Quel dommage, quand on songe au potentiel, bien réel, de l'immeuble ! Son état, certes dégradé, est loin d'être catastrophique. Très bien situés, en plein centre-ville, ses spacieux locaux offrent bien des possibilités (les auteurs de la pétition proposent un « Musée-Centre d’interprétation et de création d’éducation populaire »). Dans bien des cas, il est vrai, le patrimoine pose d'énormes problèmes financiers, notamment aux petites communes, et nous reconnaissons volontiers que donner un avenir au sanatorium, vaste espace aujourd'hui à l’abandon et situé en périphérie, représente un sérieux défi. Cela ne nous paraît être nullement le cas pour la crèche, encore faudrait-il en avoir la volonté politique.

Depuis le boulevard Louis-Terrier, de gauche à droite : l’école Saint-Martin, l’ancienne chapelle du pensionnat Saint-Pierre accueillant aujourd’hui le musée d’art et d’histoire, l’ancienne crèche. (mai 2021)

L’annonce de cette destruction est d'autant plus désolante que par ailleurs, nous le concédons, la nouvelle équipe municipale semble montrer un réel intérêt pour le patrimoine avec un effort financier indéniable (encore qu’il faille plutôt le considérer comme un rattrapage) dont vont bénéficier le beffroi et l'église Saint-Pierre. L'héritage de Maurice Viollette n'est pas oublié avec la restauration annoncée de deux pièces lui ayant appartenu et conservées dans son ancienne maison, ouverte au public lors des journées du patrimoine. Ces décisions vont assurément dans le bon sens (même si le caractère urgent de certaines restaurations mériterait d’être confirmé), mais comment peut-on prétendre sérieusement valoriser le patrimoine de Dreux tout en détruisant un témoignage significatif de son histoire récente ? Une telle décision rendrait la politique municipale illisible et laisserait une tache indélébile sur le mandat du nouveau maire. Plus profondément, ce « deux poids, deux mesures » nous paraît révéler la vision bien étriquée que les élus ont du patrimoine, à Dreux comme ailleurs, une vision muséifiée qui se limiterait aux grands monuments et aux pièces de collection alors qu'il recouvre pour nous une réalité bien plus large. Le patrimoine ce sont aussi ces petits lieux de mémoire, dont on réinvente sans cesse l'usage, et qui témoignent au quotidien de cette mystérieuse sédimentation du temps dont nos existences sont aussi les fruits.

Un déconfinement sous le signe de Victor Hugo

Dans quelques semaines, nous allons célébrer les 200 ans du passage de Victor Hugo (1802-1885) dans la ville. En effet, c'est à Dreux que ce dernier, alors âgé de 19 ans, y avait retrouvé Adèle Foucher (1803-1868) qu'il devait finalement, après quelques péripéties, épouser. Avec le déconfinement, une exposition célébrant cet épisode devrait ouvrir ses portes sous le titre « D’encre et de papier, Hugo en goguette ». Nous nous réjouissons bien évidemment de cet évènement, après plus d’un an de vie culturelle à l’arrêt, mais ne pouvons-nous empêcher de ressentir une certaine amertume en songeant aux plusieurs pamphlets en faveur du patrimoine que Victor Hugo a par la suite écrit, à commencer par le fameux « Guerre aux démolisseurs » de 1832. Ses écrits eurent une influence certaine dans la prise de conscience autour de la question du patrimoine et la mise en place progressive d'une législation visant à le protéger. Connaissant par ailleurs sa forte sensibilité socialiste, on doute fort qu'il eût apprécié cette destruction programmée.

Alors Monsieur le Maire, ne détruisez pas cette crèche et, pour citer le grand Hugo, « de grâce, employez mieux nos millions » !

Aidez-nous en signant la pétition en ligne ICI.


Crédits photographiques : Marie-Claire GROJEAN

Pointe-à-Pitre : démolition annoncée d’un Monument Historique

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Nous avions déjà évoqué ce patrimoine emblématique de Pointe-à-Pitre à plusieurs reprises, avec chaque fois un infime espoir de voir le cinéma-théâtre La Renaissance s’inscrire dans un projet d’avenir. Aujourd’hui, les choses ont l’air de se précipiter et nous allons tout droit vers une démolition de l’édifice, pourtant protégé au titre des Monuments Historiques.

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David Grégoire, Président de l’association Patrimoine Pontois, dresse un bilan de la situation. Bien évidemment, Urgences Patrimoine suivra l’évolution de la situation de très près, car si maintenant, le patrimoine protégé est également en proie aux démolisseurs, nous avons du souci à nous faire.

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David Grégoire à 36 ans, il est pointois et l’un des membres fondateurs de l’association Patrimoine Pointois. Photographe passionné, il aime à relever les détails de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), ville au patrimoine riche et varié, et présenter les photos sur le réseau social instagram (www.instagram.com/ig_pointeapitre ). Il est le coauteur du recueil de témoignages Moun Lapwent (Pointois), Tome 1.

A la suite de la parution, début octobre 2020, d’un appel d’offre passé par le propriétaire de l’ancien cinéma-théâtre La Renaissance, l’association Patrimoine Pointois avait lancé, fin octobre 2020, une pétition ayant pour but de demander aux décideurs, la préservation/réhabilitation de sa façade, inscrite aux monuments historiques, les autres parties inscrites ayant été fortement endommagées par l’incendie du 25 janvier 2020.

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La pétition avait réussi à stopper, un temps, le projet de démolition.

L’étude sanitaire chiffrée effectuée en janvier 2021 a pu être portée à la connaissance des Décideurs — étude indiquant que la façade peut tout à fait, avec renforts et autres techniques, être réhabilitée.

Après plusieurs mois de répit et de rendez-vous avec les autorités compétentes, c’est avec stupeur qu’un nouvel appel d’offre a été publié sur un site internet, en date du mercredi 05 mai 2021.

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Cet appel d’offre mentionne le désamiantage et la démolition de ce monument historique — ce qui nous a étonné, car, en effet, aucun affichage n’est présent encore à ce jour, le vendredi 14 mai 2021, comme ces photos le confirment.

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Lors d’un rendez-vous en janvier 2021, la direction du service de l’Etat chargé du patrimoine s’était étonnée du premier appel d’offre et avait répondu qu’ils auraient le dernier mot par rapport à une éventuelle démolition de ce monument historique. Nous nous étonnons donc de l’existence de ce dernier appel d’offres, dûment abouti et publié sur la place publique sans que les services de l’Etat ne soient visiblement au courant.

Merci de bien vouloir continuer soutenir notre action contre la démolition de La Renaissance en signant cette pétition ICI.

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La Gazette du Patrimoine avait consacré un article très complet à ce sujet l’année dernière. Un article de fond, rédigé par Nathalie Ruffin, Architecte du Patrimoine. Pour tout savoir sur ce sujet, nous vous invitons à le consulter ICI.



Crédits photographiques : Patrimoine Pontois

Non au Bunker Basilique : communiqué de La Société des Amis du Vieil Alençon

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« Plusieurs articles dans les médias font état d’une concertation entre le réseau associatif et la CUA au sujet du PSLA et les propos de M. Pueyo, président de la CUA, sont largement relayés, probablement en raison de sa campagne électorale en tant que conseiller départemental, ainsi que ceux de Mme Chevillon, Architecte des Bâtiments de France (service de l’État).

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Cependant, les associations ne sont plus sollicitées depuis la réunion du 6 mai. Dans la mesure où l’on parle de polémique, où les arguments d’autorité pleuvent, il est nécessaire de revenir sur le point de vue des associations de défense du patrimoine, qui se font le relais de près de 2000 signataires, en ligne et sur le papier, contre l’architecture des deux bâtiments venant s’installer près du PSLA du centre-ville d’Alençon, annexes majoritairement à destination commerciale, dont un possible restaurant.

A l’heure de ce communiqué : Aucune proposition de rendez-vous n’a été faite par la CUA contrairement à ses engagements. Malgré plusieurs demandes, nous n’arrivons pas à obtenir, ni de la part de la CUA, ni de la Ville, ni des huissiers, les constats qui pourraient nous permettre de faire valoir notre droit légitime à un recours gracieux, dans une stratégie évidente de rétention d’informations.

Nous n’avons pas l’intention de nous prêter plus longtemps à une mascarade de concertation inexistante. Jeudi dernier, plusieurs associations ont rencontré le président de la CUA. Les discussions ont été nourries. Les Alençonnais ont eu à l’issue d’un communiqué, préparé avant la réunion par les services de M. Pueyo, l’impression que tout s’était bien passé, que nous sortions d’accord avec des engagements de rendez-vous et de concertation.

Nous sommes à une semaine de cette réunion, et à part ce communiqué et des interventions régulières du président de la CUA dans les médias et sur le terrain, nous pensons que cette concertation n’aura jamais lieu.

Nous sommes dans le rythme d’une campagne électorale, finalement. Les deux bunkers en sont désormais un enjeu. Nous avons vu, comme chacun, que des responsables politiques de tous bords se prononçaient sur le sujet. Nous soulignons que notre action n’est pas politique, que les associations parties prenantes dans cette action de notre vie locale sont apolitiques. De notre côté, nous avons laissé la pétition en ligne, et nous l’avons proposée sur le marché. Version numérique et version papier circulent. Les avis négatifs des Alençonnais s’accumulent mais le projet avance. Cette démarche, comme expliqué à M. Pueyo, est un signe de volonté de discuter, puisque permettant au plus grand nombre de s’exprimer. En attendant, lors de cette réunion, nous avons constaté que le président de la CUA et ses services découvraient l’aspect du projet PSLA.

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Le seul volet à peu près maîtrisé : le budget. Il nous a fallu expliquer ce qu’étaient ces fameuses briques, que les bunkers sont orientés à l’oblique des maisons existantes, qu’ils sont indépendants et seulement reliés par une passerelle au premier étage, que les maisons seront éventrées, et donc qu’il ne s’agit que de façadisme.

Pour essayer de sauver la mise, il nous a été reproché de comparer ces bâtiments à des bunkers, d’être manipulés par l’opposition, d’avoir une simple divergence de goûts. La teneur des propos émanant d’un service de l’État, venu en renfort d’un élu en campagne, va également dans ce sens. Pourtant, nos arguments ne flottent pas dans l’atmosphère. Chacun peut les vérifier car notre source, c’est le permis de construire. Si l’on n’est pas d’accord avec nous, nous attendons, et c’est le minimum, que les réponses se réfèrent également à ce document. Si le projet est réfléchi, comme on nous l’oppose, il est pourtant inexplicable par les acteurs qui lui sont favorables. Ils n’y arrivent pas. Par exemple, la vue utilisée dans la communication de la CUA est déposée par l’architecte dans ce permis de construire. Elle a servi à sa validation politique et administrative. Il n’est pas possible de dire que cette vue induit en erreur les citoyens sans impliquer que toute la chaîne de validation et de contrôle du projet soit aussi dans l’erreur depuis des mois. Rappelons : Les briques, des barres longues jaunes-grises, sans joint, à l'horizontale, et aussi à la verticale en bandeau au ras des toits terrasses, avec du béton brut de décoffrage, effet banché, sur toutes les façades. Les édifices anciens, du XVe au début du XIXe siècle : éventré pour l’un ou décapité pour l’autre, sans restauration digne de ce nom, sans aucune opération archéologique de bâti alors qu’ils vont être irrémédiablement transformés par la mise aux normes exigée par le PSLA. L’emprise et les volumes : destructions des perspectives vers les monuments historiques mais aussi des perspectives créées dans le parc de la Providence.

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La passerelle va buter face à ces bunkers dans un sens, et il ne sera plus possible d’avoir le recul visuel vers Montsort et son clocher dans un autre. Le tracé des anciennes fortifications ?

Zéro prise en compte dans ce projet. L’un des bunkers mord même sur leur tracé dessiné en dalles de granit. On voit poindre l’argument : écho entre l’architecture médiévale militaire et l’architecture militaire du XXe siècle, comme une réchauffée du calamiteux dossier Château de Falaise.

Avons-nous écrit quelque part que les associations demandaient l’édification d’une architecture pastiche en remplacement de ce projet ?

Non, c’est un procès qui ne tient pas. Si nous avons une proposition à faire, c’est dans le sens d’une architecture contemporaine en accord avec le bâti ancien, tant au niveau des plans, des volumes, des hauteurs, des teintes que des matériaux, avec des citations, et une lecture à plusieurs niveaux.

Nous voulons une architecture nouvelle et amicale sur laquelle l’œil s’attarde autant que sur l’ancien tout en permettant un regard vagabond, une architecture que tout le monde puisse regarder en fonction de ses activités, de son temps, de son état d’esprit, de sa culture et non une architecture de juxtapositions, qui tend à faire oublier l’existant et qui ne dit ni qui nous sommes, ni où nous sommes.

Bref : nous voulons une architecture qui puisse devenir le patrimoine de demain. »

Merci de signer la pétition si ce n’est pas encore fait ICI.

La Société des Amis du Vieil Alençon



Crédits photographiques : Société des Amis du Vieil Alençon

Belfort : quel avenir pour le Grand Hôtel du Tonneau d’Or ?

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Le Grand Hôtel du Tonneau d’Or est une institution pour les Belfortains. C’est d’ailleurs une habitante de la ville qui nous a alerté, car elle s’inquiète du devenir de ce patrimoine remarquable. Les informations révélées par la presse locale, il y a quelques mois, n’étaient guère encourageantes et c’est la raison pour laquelle elle a souhaité que nous relancions un peu le débat.

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Si sa destination change, comme certains bruits le font entendre, qu’adviendra-t-il des éléments architecturaux remarquables qui le caractérisent et, surtout, que deviendront les vitraux du célèbre Maître verrier Gruber ?

En attendant d’approfondir le sujet dans un prochain article, un peu d’histoire et quelques informations relatives à l’avenir incertain du Tonneau d’Or que notre contact nous a communiquées :

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A deux pas du centre historique, il a fière allure, avec ses drapeaux et ses balcons fleuris, c’est une image incontournable de Belfort, il fait partie de l’histoire de la ville depuis l’année de son inauguration en 1907... et que dire de ce que l’on découvre en poussant la porte ? Un majestueux escalier, une coupole, de splendides vitraux…Un décor à couper le souffle.

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Un peu d’histoire :

L’hôtel a été ouvert en 1907 par Eugène Garteiser. Il voulait créer un établissement de grand standing de 100 chambres, avec plusieurs salles à manger, dont une pouvant accueillir 200 convives, un escalier monumental, une coupole et des vitraux du maître nancéien Jacques Gruber, celui-là même qui réalisa ceux de la Villa Majorelle.

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Mais Eugène Garteiser a vu trop grand et a dû céder l’hôtel en 1925 au Bisontin Denis Michalland. L’établissement tournait alors avec 42 employés et de nombreuses personnalités y ont séjourné (voir les anecdotes du Tonneau d’Or). M. Michalland, faisant partie d’un important réseau de Résistants, s’est enfui dans le Rhône. L’établissement a été réquisitionné par l’occupant pour servir de « Soldaten Heim ». Les étages abritaient les officiers et le rez-de-chaussée les soldats. Les Michalland ont récupéré leur hôtel après l’arrivée des troupes françaises.

Vendu à l’office HLM en 1961 Le Tonneau d’Or a retrouvé sa grandeur. Des cars entiers de touristes allemands, américains, belges et hollandais y ont dormi, avant de poursuivre leur route vers l’Italie ou la Côte d’Azur.

En 1950, après le décès de Denis Michalland, son épouse Jeanne et son fils Clément ont poursuivi l’activité jusqu’au 16 décembre 1956. Ce jour-là, un violent incendie s’est déclaré dans les étages alors que se déroulait l’arbre de Noël des enfants du personnel de la société Gauthier. Les dégâts furent considérables et l’hôtel a dû fermer.

Clément Michalland a entrepris des travaux et a rouvert. Mais plus rien ne fut comme avant. Il finit par céder l’hôtel à un homme d’affaires de Neuilly-sur-Seine, Isaac Amar. C’est à lui que l’office HLM l’a racheté en 1961 pour y installer son siège. En 1990, l’organisme logeur (qui deviendra Territoire Habitat) l’a cédé à son tour avant d’emménager dans un nouveau siège aux 44 et 46 rue Parant.

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Patrick Zannolfi et son associé Michel-Vincent Viry ont acquis le bâtiment de 4 200 m² pour 15 millions de francs à l’office HLM. Leur ambition était de rendre ses lettres de noblesse au Grand Hôtel du Tonneau d’Or, trente-cinq ans après sa fermeture. Ce fut chose faite et à nouveau les personnalités et les touristes du monde entier y feront une halte ou un séjour. Il sera d’ailleurs répertorié dans les plus prestigieux guides touristiques. A l’heure actuelle il figure toujours sur TripAdvisor.

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L’avenir du Grand Hôtel du Tonneau d’Or est aujourd’hui menacé comme le confirme cet article de
L'Est Républicain publié en octobre 2020 :

Depuis le 16 mars 2020, l’hôtel du 1 rue Général Reiset est fermé, à cause de la crise sanitaire, puis de travaux de rafraîchissement. Il y a quelques jours, la direction a proposé aux salariés une négociation sur une rupture conventionnelle de leur contrat de travail.

Le Grand hôtel du Tonneau d’Or rouvrira-t-il un jour ? La question se fait de plus en plus pressante depuis la fermeture de l’établissement rue Reiset à Belfort, le 16 mars dernier.
Difficultés financières Les causes sont multiples. L’hôtel de 52 chambres est confronté à des difficultés financières. Après plusieurs semaines de fermeture en raison de la crise sanitaire, l’établissement, qui comme bien des hôtels doit faire face à des problèmes de rentabilité, n’a plus de trésorerie. Des charges ont été reportées par l’État mais devront être payées.

Dans le même temps, d’autres factures n’ont pas été réglées malgré plusieurs relances des débiteurs. Il y a nécessité d’apurer les dettes.

Par ailleurs, l’établissement souffre d’un manque d’entretien. « Il n’y a pas eu de gros travaux ces dernières années », confirme un ancien salarié. « Quand j’y travaillais encore, nous avions des plaintes de clients sur le manque d’entretien des chambres. »

Conscient du problème, Patrick Zannolfi, nouveau gestionnaire depuis le mois de juin, a décidé de profiter de l’incertitude ambiante pour rafraîchir et embellir les lieux. À la fin du printemps, il a engagé des travaux dans le hall d’accueil l, du sol au plafond. Une mise aux normes du bâtiment et une rénovation des chambres devaient suivre, dans la perspective d’une réouverture en janvier 2021.

« C’est vrai que l’hôtel a continué de recevoir des demandes de réservation pour des chambres, des séminaires ou des groupes », indique un ancien salarié. « Nous avions des clients qui aimaient y venir pour son cadre et la proximité du centre-ville et de la vieille ville. Nous avons été obligés de refuser leur réservation. »

Mais les travaux se sont arrêtés. Et les salariés ont été conviés à une réunion avec leur patron.

Officiellement pour parler de l’avenir de l’hôtel prestigieux et majestueux. En fait les entretiens individuels visaient à proposer aux employés une rupture conventionnelle de leur contrat de travail.

« On nous a proposé de la signer », indique un ancien salarié. « Quelques collègues ont accepté.

D’autres hésitent ou attendent un éventuel licenciement économique...

Une résidence « Seniors » ? Des appartements 4 étoiles ?... Selon nos informations, le gérant, que nous n’avons pas réussi à joindre, réfléchirait à la possibilité de transformer l’établissement en une résidence « Seniors » ou en appartements standing. « À mon avis l’hôtel va fermer ce qui mettra fin à une aventure commencée le 24 août 1992 », déplore un ancien salarié. « C’est triste pour Belfort, ses habitants et nos clients. »

Des personnalités illustres

Des hôtes prestigieux ont séjourné au Grand Hôtel du Tonneau d’Or. Edmond Miellet ou le général Maxime Weygand étaient des clients assidus. Winston Churchill y a séjourné. Tout comme le Dr Schweitzer, le maréchal de Lattre de Tassigny, la reine Astrid, le sultan du Maroc Moulay Youssef ou Pierre II de Yougoslavie, le roi Baudoin et la Reine Fabiola, le Prince Rainier de Monaco.

Fernandel y a fait quelques caprices de star. Joséphine Baker, Pierre Blanchard, Charles Trenet, Guy Bedos y ont passé quelques nuits. Il y a quelques années, nous y avions rencontré lors de son passage à Belfort Arnaud d’Aunay, descendant de Sébastien Leprestre, Marquis de Vauban, plus connu sous le nom de Maréchal Vauban qui, de sa fenêtre, pouvait contempler l’ouvrage de son illustre ancêtre.

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Une anecdote célèbre du Tonneau d’Or

Bagarre dans la rotonde :

Un des salons particuliers de l’hôtel équipé d’une rotonde et d’une belle verrière a été le théâtre d’une bagarre entre André Tardieu, qui fut président du Conseil, et Edmond Miellet, ministre des Pensions et député du Territoire de Belfort. C’est une conversation passionnée qui a dégénéré en rixe. Tardieu en a perdu ses lorgnons et Miellet sa fameuse jambe de bois.

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Fin de l’histoire ?

Ce serait vraiment dommage que cet établissement perde son âme pour devenir une résidence « senior » ou des appartements en copropriété ... Il pourrait sans doute y avoir d’autres solutions. La proximité de la Suisse, de l’Allemagne, de l’Alsace avec Strasbourg l’Européenne, pourrait ouvrir des perspectives culturelles non négligeables ...Il serait un écrin prestigieux pour des rencontres, séminaires, conférences, expositions, salons etc.… d’autant qu’il dispose aussi d’un restaurant au rez-de-chaussée du bâtiment, également fermé bien entendu, mais il suffirait d’un nouveau chef au fourneaux !... Il pourrait devenir un des plus grands centres d’attraction de tout le Grand Est, et même recevoir des événements internationaux avec la Suisse et l’Allemagne toutes proches.

À suivre…


Crédits photographiques :  photos 1-3-4-5-7-8 : Hôtel du Tonneau d’Or ; photo 2 : Hôtel.com ; photo 6 : Est Républicain

Projet de démolition de l’église de La Ferrière-de-Flée : on se calme !

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L’annonce de la possible démolition de l’église de La-Ferrière-de-Flée est un peu le « buzz » de la semaine dans bon nombre de médias. Beaucoup d’entre eux font allusion à la démolition de la chapelle Saint-Joseph dans leurs articles, mais nous tenions à préciser que, si effectivement il est question de la démolition d’un édifice du XIXe, siècle « maudit » en termes d’architecture, la comparaison s’arrête là.

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C’est parce qu’Urgences Patrimoine a été la SEULE association à agir sans relâche contre la démolition de la chapelle Saint-Joseph à Lille, que nous nous estimons légitimes à contester la comparaison qui est faite. Afin de bien dissocier les choses et de prouver que les deux affaires sont différentes, voici un bref résumé en une image :

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Nous trouvons vraiment curieux cet emballement médiatique pour l’église de La-Ferrière-de-Flée, alors que, lorsque la chapelle Saint-Joseph à Lille vivait ses derniers instants, la majorité de médias étaient aux abonnés absents. Sans doute la peur de la toute puissante Université Catholique de Lille et de Martine Aubry, grande amie de notre ministre de la culture. Je rappelle que nous avons été condamnés à 1000 euros d’amende pour avoir osé nous opposer à la démolition totalement infondée de la chapelle. Oui, parce que dans notre beau pays de France, on condamne ceux qui se mobilisent pour sauver le patrimoine.
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Mais revenons au sujet qui nous occupe aujourd’hui.

Si effectivement la démolition de l’église Sainte Madeleine est une option envisagée par la commune, il est inutile de jeter les élus immédiatement dans la fausse aux lions. En effet, lorsqu’une petite commune est propriétaire de plusieurs édifices religieux, elle peine à trouver les budgets nécessaires à leur restauration. La seule chose que nous pouvons dénoncer pour le moment, c’est de ne pas avoir informé le Prêtre de la paroisse et qu’il ait découvert l’éventuel projet de démolition dans la presse.

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Si nous pouvons nous enorgueillir d’être passés maîtres dans l’art de « la Guerre aux démolisseurs », quand nous la faisons, c’est qu’il y a une volonté affirmée de détruire. Or, dans ce cas précis, rien n’est acté. Notre seule réelle inquiétude réside dans la désacralisation de l’édifice, mais soyons optimistes, c’est peut-être ça qui le sauvera.

Vous êtes très nombreux à nous avoir contacté afin que nous passions à l’action. Nous allons le faire, puisque la sauvegarde du patrimoine de nos territoires est notre priorité. Mais notre première action ne sera de nous insurger contre le Maire de la commune comme tout le monde trouve malin de le faire. Non, notre première action sera une action de médiation, car nous restons persuadés qu’à chaque problème, il y a une solution et que le dialogue peut résoudre bien des choses — quand celui-ci est rendu possible bien entendu.

Donc, pour le moment soyons optimistes et gardons espoir.

Si nous sommes optimistes, c’est parce que nous nous sommes déjà illustrés (dans l’ombre comme souvent) dans une affaire similaire en 2017.

Il faut rappeler les faits de cette dernière affaire :

Le maire de la commune de Jussy le Chaudrier, dans le Cher, avait alors acté en Conseil Municipal la démolition de l’église de la commune. C’est alors que notre délégué départemental, Jean-Claude Sauzéat, avait sollicité un rendez-vous pour essayer de surseoir à cette décision.

Le rendez-vous fut très difficile à obtenir, car le maire venait d’en découdre avec une association spécialiste du patrimoine religieux qui s’était montrée virulente à son égard. Après plus d’une heure de « négociations » notre valeureux délégué a réussi à nous obtenir un rendez-vous et c’est avec l’assistance d’Alexandre Bonnassieux, architecte du patrimoine et membre de notre équipe, que nous nous sommes rendus sur place.

Il nous aura fallu deux heures, deux petites heures pour inverser la tendance en expliquant au maire que la démolition n’était pas la seule option, simplement en lui démontrant qu’il était possible d’envisager de faire les travaux par tranches et que même dans une commune de 600 âmes, cela pourrait « coller » dans le budget.

Certains diront que c’est stupide, mais imaginez le maire d’une petite commune rurale face à un devis de restauration dont le montant total frôle, voire dépasse, le million d’euros.

Je reste persuadée que sans les conseils de professionnels avertis, beaucoup se seraient résignés à l’annonce de tels montants.

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À ce jour, l’église ne semble pas vraiment rétablie, mais elle est toujours debout. Saluons au passage l’intervention du Préfet peu après la nôtre (ça aide bien quand les Préfets sont sensibles au patrimoine), qui lui aussi avait pris position pour la réhabilitation. Aucun « buzz » médiatique après la décision de ne pas démolir, mais nous commençons à le savoir, quand « ça ne sent pas la mort », ça n’est pas vendeur.

Notons quand même que, dès l’annonce de la décision, le délégué de la Fondation du Patrimoine s’est précipité pour faire adhérer la commune, alors qu’en ce qui nous concerne, nous n’avions pas demandé un centime et, d’ailleurs, nous n’avions même pas eu droit à un merci. Peu importe, nous agissons pour sauver ce qui peut l’être et savoir l’église toujours en place est la plus importante des gratifications, même si, soyons réalistes, cela ne paye pas les frais.

Toujours est-il que nous allons dans un premier temps essayer de faire de même pour l’église Sainte-Madeleine afin d’essayer de trouver des solutions pour que ce bel édifice XIXe s’inscrive dans l’avenir.

J’entends déjà les commentaires de certains (même dans le « hautes sphères ») : elle est moche cette église, elle n’a aucun intérêt architectural….

Alors que les choses soient claires, personne n’est en droit de juger un édifice qui, 150 ans plus tôt, a été pensé, désiré et surtout édifié par des dizaines d’artisans. La beauté est subjective et ce n’est pas parce qu’un édifice est « modeste » qu’il est dénué d’intérêt.

Cela reviendrait à dire, que seules les personnes au physique avantageux auraient le droit d’être soignées et de vivre ? Alors évitons de porter des jugements trop hâtifs.

Enfin, je rappelle que se déchaîner sur les réseaux sociaux, sous les publications nombreuses évoquant cette affaire, ne sert strictement à rien et que si vous souhaitez réellement être utile à la cause du patrimoine, mobilisez-vous à nos côtés par le biais d’une adhésion.

Pour lutter contre les démolitions, nous avons besoin d’une armée de valeureux soldats, pas d’un public déchaîné.

« Le patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons. »

Alexandra Sobczak-Romanski
Présidente d’Urgences Patrimoine

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Crédits photographiques : photo 1 : Courrier de l’Ouest/Urgences Patrimoine ; photos 2-3-5-6 ; Urgences Patrimoine ; photo 4 : Le Courrier de l’Ouest

Alençon épisode V : « laisse béton ». Un médecin dit non au Bunker Basilique!

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Nous nous sommes jusqu’alors beaucoup préoccupés de l’aspect esthétique du projet, mais un peu moins de son utilité. Rappelons qu’initialement, dans l’extension qui fait débat, il devait y avoir un restaurant et des cases commerciales. Depuis, la mairie a revu sa copie et ce sont en théorie quatre cabinets médicaux et une grande salle d’accueil qui devraient voir le jour dans ce bâtiment.

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Le problème, que nous avons brièvement évoqué lors de notre rendez-vous avec les élus, c’est que les médecins qui avaient donné un accord de principe en 2018 pour venir dans ce pôle, ont soit pris leur retraite, soit ont trouvé une autre structure. Alors peut-être que les locaux proposés dans les bâtiments réhabilités trouveront preneurs, mais nous émettons des doutes quant à la nécessité de l’extension. Nous ne sommes pas les seuls à douter, puisqu’un médecin de la ville nous a contacté et a confirmé ce que nous sommes nombreux à penser. En attendant la commission qui devrait réunir tous les acteurs de ce projet, voici l’alerte du docteur Hervé Trassard :

Alençonnais, Alençonnaises réveillez-vous !

Alerte quant au projet médical en centre-ville.

La CUA et la mairie d’Alençon cherchent désespérément des médecins pour occuper « un magnifique bâtiment » que l’on nous promet en centre-ville, sur l’espace occupé par l’ancienne Providence, tout près de la non moins magnifique passerelle qui enjambe la Sarthe à cet endroit.

Il est vrai qu’il est urgent de construire un bâtiment, alors que beaucoup d’immeubles environnants sont inoccupés. L’idée est bonne : « un beau bâtiment futuriste » collé au cœur de la cité ancienne. Les médecins vont se précipiter !

Hélas j’ai bien peur qu’il reste vide comme les autres.

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Vous êtes tous conscients de la situation difficile que connaît la médecine dans notre ville. Nous y réfléchissons tous depuis des années. D’ailleurs, beaucoup de projets dignes de ce nom n’ont pas pu voir le jour à cause d’un défaut de ligne ou autre détail déplaisant « aux maîtres des permis de construire. »

Comme partout, et contrairement aux textes, les politiques se sont emparés du sujet : il faut faire des bâtiments neufs pour attirer le public quoi qu’il en coûte (le contribuable paie). L’expérience, en revanche, n’a pas l’air de payer. La situation des autres centres réalisés sur la commune n’inquiète pas.

Quant à la situation géographique du site, elle pose également question. On ne peut que se désoler de la déshérence du centre-ville. Pour ce qui est des personnes âgées qui voyaient ce centre comme une opportunité pour elles, n’oublions pas qu’elles sont en perte d’autonomie et réclament de plus en plus de visites à domicile. Pour les autres, la gare des bus est bien pratique, elle dessert St Germain, la ZUP, Courteille — en excluant les autres quartiers.

Le choix architectural interroge également : Ils ont de l’imagination nos architectes ! Cette imagination au pouvoir tourne le dos à des siècles d’Histoire et d’harmonie. Mr GAULARD, venez nous secourir, vous qui avez si bien restauré une partie du vieil Alençon.

Ont-ils perdu la tête ?

En tant que praticien exerçant à Alençon depuis 41 ans, je ne dirai qu’une seule chose : qu’Il est urgent d’aménager l’existant et surtout de renoncer aux chimères. Mr le Maire, faites-nous une ville jolie et prospère.

Abandonnez ce projet, cette verrue !!!

Docteur Hervé Trassard,
un médecin qui vous veut du bien.


En attendant la suite du feuilleton Alençon, merci de signer la pétition  ICI.



Crédits photographiques : La Société des Amis du Vieil Alençon

Alençon (épisode IV): une discussion à « béton rompu » et la création d’une commission

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À l’invitation du Maire de la commune, Monsieur Joacquim Pueyo, quatre associations de sauvegarde du patrimoine ont pu exposer leurs inquiétudes quant au projet d’extension de la maison médicale. Pour cette ouverture au dialogue, nous ne pouvons que féliciter et remercier Monsieur le Maire ainsi que les élus présents.

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Les Amis de la Société du Vieil Alençon, Histoire et Patrimoine de Damigny, Amis du Patrimoine de Cerisé et Urgences Patrimoine ont pu, tour à tour, faire part de leurs craintes et de leurs interrogations multiples :
  • projet ne s’intégrant pas dans le périmètre protégé
  • choix des matériaux
  • affichage du permis de construire
  • occupation avérée et officielle des praticiens
  • destination exacte de l’extension …
  • préjudice et impact sur le patrimoine remarquable local

Tous ces sujets ont été abordés de façon franche et directe, ce qui en soit fut déjà une très bonne chose. En revanche, deux points précis ont été évoqués de façon insistante par les élus :

1/ S’il faut revoir l’intégralité du projet, la maison médicale ne verrait pas le jour, et nous serions tenus responsables.

Pour rappel, jamais les défenseurs du patrimoine que nous sommes ont remis en cause la construction de la maison médicale. Nous savons qu’elle est attendue par de nombreux habitants et surtout par des personnes d’un certain âge et pour lesquelles cette infrastructure est très importante. Elle est également nécessaire dans le cadre de la redynamisation du Centre-ville et, de fait, elle reste donc un atout incontestable.

2/ Si des modifications étaient apportées, les principaux financeurs se désengageraient.

Nous n’imaginons pas une seule seconde que, pour un projet plus adapté et répondant aux exigences de tous, les principaux financeurs pourraient se désengageraient. Cet argument nous semble peu recevable.

Monsieur le Maire a toutefois pris une décision pleine de bon sens : celle d’organiser une commission où tous les acteurs de ce projet seraient présents, y compris, les défenseurs du patrimoine.
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Cela fait des années qu’Urgences Patrimoine demande que ce genre de commission soit mise en place, à partir du moment où un projet de démolition ou de construction doit entraîner des changements notables dans un secteur patrimonial cohérent.

Bien entendu, nous sommes conscients que la voix des associations de sauvegarde du patrimoine n’aura toujours qu’une valeur consultative, car nous ne pourrons jamais contredire les services de l’État, mais cette voix pourra peut-être éviter ce genre de situation. N’oublions pas qu’à travers nos constats, nous relayons bien souvent ceux de l’opinion publique et que, bon nombres de projets sont financés avec de l’argent des contribuables. Ce type de commission serait donc un moyen de représenter les citoyens lors de la présentation de projets qu’ils vont indirectement financer. En outre, elle serait moins lourde en terme d’organisation qu’une concertation publique, mais elle aurait du sens.

Puisque Monsieur Pueyo est prêt à organiser cette commission, nous pensons qu’elle pourrait être une commission « pilote » et que, si celle-ci s’avère constructive, alors elle pourra être dupliquée sur l’ensemble du territoire.

Elle pourrait être composée comme suit :
  • élus
  • représentants de la DRAC
  • ABF
  • architecte du projet
  • représentants des principaux financeurs
  • représentants des associations du patrimoine, locales
  • 1 représentant d’une association du patrimoine nationale (pour la neutralité du jugement)
  • représentants des associations de quartiers le cas échéant

C’est en substance la composition de la commission qui sera mise en place par Monsieur le Maire d’Alençon afin que tous les partis puissent échanger en toute objectivité avec un seul but : celui de l’intérêt général.

En conclusion, ce rendez-vous fut plein de promesses et nous sommes heureux de l’ouverture au dialogue et au débat, mais nous restons vigilants tant que le projet ne sera pas revu. C’est la raison pour laquelle la pétition doit rester en ligne et nous vous invitons à la signer, si cela n’est pas encore fait.

Notons que l’affichage du projet devant la basilique a été remplacé pour être moins « effrayant » que le précédent.

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Nous précisons également que la cérémonie de « pose de la première pierre n’aura pas lieu comme prévu le 10 mai, en partie bien évidemment pour des raisons sanitaires, mais également en raison de la possible révision du projet.

Nous profitons de cette publication pour demander aux professionnels du patrimoine de nous adresser leurs avis par mail, car ils ont été très nombreux à commenter nos précédents articles et nous souhaiterions éventuellement présenter des projets contradictoires lors de la commission.

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des propositions ou des suggestions : urgences.patrimoine@gmail.com

Nous espérons que la fin du « feuilleton Alençon » est proche, en tout cas, nous nous employons à cela.

À l’issue de cette réunion Monsieur Pueyo a confirmé cette volonté dans la presse locale. Lire l’article ICI.

SIGNEZ LA PETITION ICI.


Crédits photographiques : photos 1 et 3 : Société des Amis du Vieil Alençon/Urgences Patrimoine ; photo 2 : copie d’écran Orne Hebdo

Emmanuel Legeard: « Notre-Dame de Germigny-L'Exempt: un patrimoine à surveiller »

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Quand on connaît un sujet très à fond, on est généralement le plus mal placé pour en parler simplement. Et cependant, il arrive aussi qu’on soit le seul à pouvoir le faire, et qu’il faille donc se plier à cet exercice ingrat – car il est difficile et insatisfaisant – dès lors que des valeurs et des principes supérieurs sont en jeu, comme la défense et l’illustration du patrimoine. De fait, aussi effarant que cela puisse paraître, il est exact – ainsi que je vais immédiatement le prouver – que personne jusque-là n’avait jamais réellement travaillé sur Germigny, ce qui rend ce patrimoine éminemment vulnérable. Plus préoccupant encore : tout le monde semble s’autoriser à en glisser périodiquement un mot, alors que depuis cent ans, aucun historien ou historien de l’art – exception faite de Gilberte Vezin (vers 1949) et de Willbald Sauerländer (en 1965) – n’est jamais venu voir l’église en personne.

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« Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales » (W. Sauerländer)

Paradoxalement, ce sont les quelques lignes que Willibald Sauerländer, le grand spécialiste de l’art gothique, lui a octroyées il y a cinquante ans qui ont porté à la bonne connaissance de Notre-Dame le préjudice le plus dommageable. L’historienne Irene Plein, qui a consacré en 2006 un ouvrage remarqué à la cathédrale de Sens, explique ce phénomène déplorable avec une grande lucidité : c’est parce que les travaux de Sauerländer, considérés paresseusement comme des travaux d’autorité, ont procuré l’alibi littéraire qui dispense de visiter en personne les « petits et moyens édifices » « qu’au lieu de stimuler la recherche, comme il eût été souhaitable, ils l’ont complètement enrayée. » Et Irene Plein de conclure : « En dehors de quelques études monographiques sur Saint-Loup-de-Naud, Senlis et Auxerre, seules les recherches sur l'abbatiale de Saint-Denis et sur les cathédrales de Paris, Chartres et Reims se sont réellement poursuivies après 1970. » S’agit-il d’une vérité générale ? C’est en tout cas vrai de Germigny et les articles qui l’évoquent en donnent un exemple particulièrement significatif.

Toutefois, recopier aveuglément Sauerländer n’aurait évidemment pas suffi à totalement brouiller la vision correcte de Notre-Dame. Si son nom a été associé à la répétition sans fin d’erreurs grossières concernant l’église, ce n’est pas à lui qu’elles sont imputables, mais à la lecture fautive de ceux qui l’ont d’abord recopié de travers pour ensuite passer cinquante ans à se recopier entre eux sans jamais aller voir l’édifice ni visiblement relire (ou lire) Gotische Skulptur in Frankreich. On découvre ainsi avec effarement, dans des publications académiques, l’affirmation catégorique que des statues-colonnes « sculptées dans des drapés vigoureux évoquant la statuaire de Chartres » occupent les ébrasements du portail de Germigny, ou bien encore qu’il y aurait des consoles à Germigny représentant « des fleuves du paradis » et « des évangélistes ».

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En réalité, Sauerländer s’était contenté de notifier que, d’après une gravure datant du premier tiers du XIXe siècle (celle d’Achille Allier), des statues-colonnes avaient dû anciennement soutenir l’archivolte du portail. Or celles-ci, comme je l’ai prouvé, avaient déjà disparu en 1835. On est donc en droit de se demander par quel prodige il était possible en 1991 de décrire sur pièces le drapé des sculptures! Quant aux fleuves du paradis et aux évangélistes, ce que le savant allemand avait écrit, c’est qu’il existe à Germigny une console dont la figure présente une parenté stylistique avec celles de Saint-Pierre-le-Moûtier et d’une clef de voûte de Vézelay qui seraient des fleuves du paradis. Il n’a jamais prétendu que la figure germinoise était un fleuve du paradis. Et, de fait, ce n’en est pas un. Enfin, concernant le prétendu « évangéliste » – qui devient suivant la fantaisie de tel auteur, on ne sait pourquoi, « saint Matthieu », et là « des évangélistes » – Sauerländer s’est contenté de proposer une interprétation qu’il jugeait visiblement très fragile, en l’entourant de toutes sortes de précautions oratoires, et en lui assignant une typographie sans ambiguïté : parenthèses, point d’interrogation. Or nous avons, je crois, apporté les preuves irréfutables qu’il n’y a pas plus d’évangéliste que de fleuve du paradis à Germigny.

A cette source excellente, mais dramatiquement incomprise, que constitue Gotische Skulptur in Frankreich, il faut en ajouter une seconde, celle-ci d’entrée de jeu calamiteuse, mais qui contamine tout depuis 1904 – cent dix-sept ans! Il s’agit de Gabriel Fleury. Pour Fleury, Germigny-l'Exempt est dans la Nièvre, son tympan date du XIIe siècle, c’est une bulle du pape Eugène III de 1143 qui a placé Germigny sous l'autorité directe de l'archevêque de Bourges, un incendie a ravagé l’église en 1772 et le portail mesurerait "1 m 20 de largeur sur 1 m 68 de hauteur". On se demande avec le portillon de quel édicule notre auteur est allé confondre le portail de Notre-Dame. Pour comble de misère, Fleury ajoute foi à des commérages grotesques et suggère que les statues-colonnes de Notre-Dame auraient été volées par les habitants de Vereaux, la paroisse voisine. Quant à l’analyse iconographique, elle est consternante. Fleury ne voit au tympan qu’une adoration des mages, alors que le thème est celui de l’Incarnation, et il se montre incapable d’identifier jusqu’au motif de l’Annonciation ("on voit un ange et une femme debout tenant un livre"!) Que tout cela puisse encore se retrouver dans des thèses ou des articles d’histoire de l’art en plein XXIe siècle suscite, il faut l’avouer, un certain abattement. Rappelons en effet que Germigny-l’Exempt est dans le Cher, que le tympan est contemporain du quatrième concile de Latran (1215) et de la croisade contre les Albigeois, qu’il ne saurait y avoir eu de bulle du pape Eugène en 1143 puisque celui-ci ne sera pape que deux ans plus tard, que l’incendie a eu lieu en 1773, que le portail de la nef, mesuré par nous, s'ouvre sur une largeur de deux mètres et une hauteur de deux mètres soixante, et que Deshoulières a depuis longtemps réfuté la théorie du transfert des statues-colonnes de Germigny à Vereaux.

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Enfin, passons, de guerre lasse, sur cet historien de l’art qui est persuadé que Notre-Dame est une « cathédrale du nord de la France », sur cette chargée de mission à la Fondation du Patrimoine qui confond avec une belle insistance Germigny-l’Exempt et l’ « art déolois » du Grand Germigny dans l’Indre, ou sur cet architecte des Monuments Historiques qui a vu des « anges thuriféraires » à Germigny « représentant certainement des donateurs de la paroisse », alors qu’il n’y a pas d’anges thuriféraires à Germigny, et que les anges – inspirés de Laon – représentent les chœurs de l’ordinaire de la messe (c’est même écrit dessus). M’en ouvrant avec une certaine humeur à d’irréprochables spécialistes, comme l’expert pétrographe Philippe Blanc ou l’archéologue Gérard Coulon, j’obtiens la même réaction fataliste : « Eh oui, que voulez-vous, c’est comme ça, maintenant. » Cela permet également de comprendre pourquoi Willibald Sauerländer est amené à prononcer vers la fin de sa vie ce constat désolant : « Über Germigny hat man wirklich nur endlose Dummheiten geschrieben » (Sur Germigny, on n’a vraiment écrit que des sottises abyssales). La question qu’on est en droit de se poser, pour paraphraser Pierre Bonte dans la préface de mon livre, c’est comment, diable! personne ne s’est véritablement intéressé « aux multiples merveilles d’un semblable édifice » ? Car c’est un fait qui n’est pas discutable : rien n’a été écrit de valable en dehors de la notice succincte, quoique sérieuse et bien faite, de Sauerländer en 1970 et du travail publié par Mlle Gilberte Vezin en 1950 concernant la "formule hellénistique" des rois mages et le tympan de Germigny où elle est la seule, ce qui en dit long, à avoir décelé son élément le plus insolite : les trois deniers d’or.

Du colossal clocher-porche au portail de cathédrale miniature: cinq ans de recherches.

Ainsi, tout restait à faire, et cinq années ont été nécessaires pour mettre au jour l’essentiel. Sans aide, naturellement, sans subventions, naturellement aussi, et confronté à toutes sortes d’obstacles, mais avec la puissante compensation des encouragements d’un certain nombre d’historiens en vue qui ont fini par partager mon intérêt apparemment communicatif pour cette église unique. Mes travaux ont abouti à plusieurs conclusions que rien ni personne n’avait laissé entrevoir. D’abord concernant le clocher-porche, dont même Yves Esquieu, à qui je l’ai fait découvrir, m’a confié qu’il trouvait les proportions étonnantes – or on peut être sûr qu’Yves Esquieu ne s’étonne pas d’un rien. La datation de ce clocher massif, sa hauteur surprenante (trente-trois mètres) et sa raison d’être n’avaient jamais été examinées. La reconstitution des événements nous a permis de fixer un terminus post quem – celui du siège de Germigny par Louis VI le Gros en 1108 – et par comparaison une date d’achèvement très probable vers 1120-1125. L’événement du siège a certainement présidé au choix architectural de l’église. Louis VI, en effet, avait mis le siège devant la forteresse germinoise d’Aimon de Bourbon au nom de la paix de Dieu et pour montrer, explique Suger, que les « Capétiens ont les mains longues quand il s’agit de défendre les droits des pauvres et de l’Eglise ». En réalité, il est parfaitement évident aux spécialistes qu’en l’occurrence, Louis VI ne s’était armé de la juridiction ecclésiastique qu’avec l’ambition d’accroître le domaine capétien, de renforcer ses frontières et de vassaliser les Bourbons pour leur confier la surveillance de l’Auvergne. Ainsi, le clocher-porche, point de convergence des visées capétiennes et des idéaux de l'Eglise, serait là pour signaler que le village fortifié a été incorporé comme paroisse témoin dans la zone de rayonnement de la puissance capétienne et que Louis VI est le bras armé de la paix de Dieu. Car il ne faut pas perdre de vue ce fait capital : l’expédition de Germigny est la première excursion punitive d’un Capétien hors du domaine royal.

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Tous les éléments dont nous disposons vont dans ce sens. Déjà le chanoine Chenesseau, expert de l’abbaye de Saint-Benoît sur Loire et Marcel Aubert, l’un des plus grands historiens de l’art religieux français, pensaient pouvoir rapprocher, aux points de vue architectural et symbolique, les clochers-porches de Saint-Benoît et de Germigny-l'Exempt. Or on sait que l’architecture de Saint-Benoît se veut avant tout évocatrice du pouvoir capétien dont elle est l’émanation. Beaucoup plus récemment, Cécile Coulangeon a suggéré, de façon générale, que les clochers-porches jouent « un rôle de représentation lié à une volonté des Capétiens de s’affirmer au sein de leur domaine royal, en marquant visuellement et symboliquement leur territoire par l’intermédiaire de l’Église ». J’avais exprimé la même idée deux ans auparavant, en limitant mon propos au seul exemple de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt dont le clocher-porche opposait selon moi au donjon du seigneur-châtelain le symbole d’une instance supérieure confondant paix capétienne et paix de Dieu.

A l’époque du siège, en effet, le castrum de Germigny était la forteresse la plus puissante de tout le Bourbonnais, et son donjon carré affichait des proportions proprement colossales puisque j’ai établi, avec Philippe Chapu, qu’il mesurait entre 30 et 40 mètres de haut et 15 mètres de côté, avait des murs de 3 mètres d'épaisseur et occupait une surface de 225 mètres carrés. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait voulu un clocher qui ne soit pas inférieur en proportions au donjon du mauvais sire que la paix de Dieu avait ramené dans le droit chemin. Cette conviction, que j’ai acquise, d’un clocher-porche destiné à commémorer la puissance des Capétiens et à baliser leur rayon d’action est encore renforcée par le constat de Vincent Juhel et Catherine Vincent qui associent la dissémination des chapelles hautes dédiées à saint Michel aux opérations de la paix de Dieu. Car la chapelle haute de Notre-Dame, église qui fut placée sous le double patronage de la Vierge et de saint Michel du XIIe siècle jusque dans la première moitié du XXe, était très visiblement consacrée à l’archange guerrier. Enfin, comme l’a montré Pierre Pradel, autre grand historien de l’art et spécialiste du Bourbonnais: après leur vassalisation par les Capétiens, les Bourbons s’étaient fait les pionniers d’une architecture évocatrice de la puissance royale. Or l’aspect même du clocher de Notre-Dame, qui est visiblement une réplique de la tour sud de Souvigny, évoque assurément l’influence bourbonnaise. Cette observation, René Crozet la faisait déjà dans sa thèse de doctorat en 1932. Ainsi, c’est la volonté de célébrer la suzeraineté capétienne qui serait seule susceptible d’expliquer la puissance surprenante d’un clocher-porche d’église paroissiale, lequel apparaît aujourd’hui bien insolite, perdu comme il l’est au milieu de nulle part.

L’autre aspect exceptionnel de Notre-Dame de Germigny, c’est ce que j’ai appelé son « portail de cathédrale en miniature ». Exception faite de Willibald Sauerländer, qui a opéré le rapprochement entre le tympan de Notre-Dame de Germigny et celui du porche nord de la façade de Notre-Dame de Laon, personne n’a comparé Saint-Gilles du Gard, Notre-Dame de Laon et Notre-Dame de Germigny. Pourtant, les ressemblances sont saisissantes, à la fois du point de vue du style et de la composition. Cela suggère, par-delà l’évidence d’une filiation, la probabilité d’une signification partagée. Comme à Joris-Karl Huysmans dans son célèbre texte sur Notre-Dame de Paris, il me semble en effet indiscutable que le « même idiome iconographique » traduit ici une « unanimité de doctrine », et que les imagiers, interprètes de la pensée de l’Eglise, « n’eurent qu’à se conformer aux principes de la symbolique que leur indiquait le clergé. » Il serait trop long de détailler les résultats de cinq années de travail et impossible de développer en quelques lignes le « roman vrai » de Germigny à l’époque peut-être la plus importante du Moyen Age, celle d’Innocent III, du sac de Constantinople, de la croisade albigeoise et du quatrième concile de Latran. Nous renvoyons donc à notre article de février publié dans la revue internationale d’histoire de l’art médiéval De Medio Aevo, qui est disponible en ligne ou, mieux encore, au livre à paraître.

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Ici, nous nous contenterons de livrer quelques-unes de nos conclusions les plus utiles. Etablissons d’abord la fonction liturgique du narthex de Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, essentiellement associée au symbolisme de la « Semaine sainte », qui est la dernière semaine d'abnégation et de pénitence avant Pâques. Tout comme la façade de l’abbatiale Saint-Gilles du Gard est inspirée par l’arc de triomphe d’Orange, le narthex de Germigny est un écho à l’arc de triomphe antique qui accueille les processions – particulièrement lors de la cérémonie des Rameaux – dans un espace figurant le saint sépulcre avant que ne s’ouvre le portail intérieur donnant sur la nef, lequel symbolise l’accès, par le Christ ressuscité, à l’Eglise céleste. Cette fonction liturgique des narthex est indiquée par le Coutumier de Cluny. Elle dicte le sujet du tympan, plus tardif, ou du moins s’y prête plus qu’idéalement. On constate en effet que le motif emprunté au tympan du portail nord de Saint-Gilles du Gard s’harmonise à la perfection avec la fonction liturgique de l’avant-nef, puisqu’à Germigny comme à Saint-Gilles (et Laon) la vierge en majesté trône sous un dais architecturé représentant Jérusalem, et qu’à Saint-Gilles, le linteau du tympan prototype montre l’entrée de Jésus à Jérusalem le jour de la fête des Palmes.

Les rois mages du tympan prennent alors une signification tout à fait particulière inspirée par le contexte politique et religieux de l’époque. Répondant à la métaphore popularisée par Raimbaut de Vaqueiras, chantre de la quatrième croisade, il s’agit, pensons-nous, des chefs des nations croisées partis « comme Melchior et Gaspard », mais cette fois pour libérer le tombeau du Christ. Que cette image se soit imposée entre Saint-Gilles et Laon ou Germigny semble confirmé par la transformation des tiares orientales des Mages en couronnes médiévales et, à Germigny, par l’offrande inhabituelle des trois deniers du roi agenouillé au pied de la vierge en majesté, figure de l’Eglise triomphante, qui doit être comprise – c’est notre hypothèse – comme le cens recognitif prélevé sur les ennemis vaincus de l’Eglise par les capitaines croisés au bénéfice du Saint-Siège. Comme nous l’avons montré, ce symbolisme a visiblement été inspiré au commanditaire du portail, l’archevêque de Bourges Girard de Cros, par sa participation à la croisade contre les Albigeois. En effet, Simon de Montfort, qui avait pris la tête de la croisade albigeoise en 1209, avait levé un cens de trois deniers sur chaque foyer de la province « hérétique » reconquise en reconnaissance de l’autorité du pape. Dans le contexte de la cinquième croisade dont Innocent III annonce le départ au quatrième concile de Latran, les trois deniers deviennent trois deniers « d'or d'Arabie » qui rachètent les païens et leur « injure faite au Crucifié » par une oblation monétaire prouvant leur reconnaissance de l'Incarnation et de la divinité du Christ.

GERMINYPHOTO-6 Portail vers 1830. Gravure d'Aimé Chenavard, d'après les dessins de Claude-Henri Dufour. Collection Privée.
Notre-Dame de Germigny-l’Exempt, comme on le voit, n’est pas une église ordinaire. Et j’espère être parvenu à montrer, au terme de cinq ans de travail, qu’elle est même, par bien des aspects, extraordinaire. Vous pouvez aider, par un geste qui ne coûte rien, à renforcer la visibilité de ce monument en soutenant par un « J’AIME » la page Facebook que son comité de vigilance lui a consacrée ICI.

Ce comité, exclusivement dévoué à la défense et à l’illustration du patrimoine, est indépendant de toute politique et de tout aspect confessionnel. Pour une visite ou une conférence bénévole, n’hésitez pas à me contacter par message privé à cette adresse : https://paris-sorbonne.academia.edu/EmmanuelLegeard


Crédits photographiques : Emmanuel Legeard

Mamers : les portes de l’avenir s’ouvrent (enfin) pour le presbytère

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C’est toujours une grande joie pour nous d’annoncer la fin d’un combat. Même si la mobilisation pour sauver l’édifice est très antérieure à notre arrivée dans « l’affaire », cela fait tout de même trois ans que nous sommes entrés en « rébellion » aux côtés de la poignée de passionnés qui ne voulaient pas voir disparaître ce patrimoine remarquable — propriété du Centre Hospitalier Alençon/Mamers.

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Les travaux de démolitions ont même débuté il y a deux ans, mais la mobilisation citoyenne et surtout l’intervention de l’Architecte des Bâtiments de France ont permis de faire cesser le massacre. Malheureusement, l’édifice, privé de certaines fenêtres et dépouillé de ses boiseries, s’est beaucoup dégradé.

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Jusqu’à l’an passé, le Centre Hospitalier ne voulait pas céder le presbytère et envisageait toujours sa démolition afin de créer une extension pour le foyer des personnes âgées situé derrière. C’était sans compter sur la volonté de la commune et en particulier sur celle de Vincent Gomas, premier adjoint en charge de patrimoine, de trouver une issue favorable à cette affaire, permettant d’inscrire l’édifice dans l’avenir de Mamers.

Voici quelques lignes que l’élu nous a fait parvenir :

Après la mise en vente du Presbytère (et des 2 maisons attenantes), c'est évidemment un sentiment de soulagement et de satisfaction qui m'anime.

Ce dossier traînait en longueur depuis beaucoup trop longtemps, et j'ai tenu dès le début du mandat actuel à le prendre à bras-le-corps pour lui trouver une issue favorable dans les meilleurs délais.

Après des échanges fructueux et constructifs avec le Centre hospitalier Alençon-Mamers, son propriétaire, nous sommes parvenus, en une année, à obtenir un résultat qui était attendu de tous depuis très longtemps.

C'est donc aujourd'hui la fin d'un long feuilleton, qui aura malheureusement vu l'état de la bâtisse se détériorer à vitesse grand V, mais c'est également le début d'un nouveau chapitre qui, j'en suis persuadé, sera synonyme de renaissance grâce à des investisseurs qui lui permettront de retrouver son lustre.

Beaucoup a donc été fait, mais tout n'est pas terminé et nous devons demeurer vigilants quant aux projets qui seront proposés sur ce presbytère.

Je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui se sont fortement mobilisés dans ce dossier important pour la ville de Mamers.

Vincent GOMAS


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Tout est bien qui finit bien, du moins pour la fin de ce chapitre. En espérant maintenant que celui qui déboursera 40.000 euros pour l’achat du presbytère saura lui offrir l’avenir qu’il mérite et qu’il saura respecter son intégrité architecturale. Nul doute que la commune saura, comme le dit Vincent Gomas, rester vigilante quant au choix du repreneur.

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Frédéric Poupry, membre du collectif de sauvegarde, a tenu lui aussi à s’exprimer et nous fait ici un résumé de « l’affaire du presbytère de Mamers » :

Cela fait 8 ans que des personnes se mobilisent pour éviter la destruction d'un édifice emblématique de Mamers : l'ancien presbytère. Sans cette mobilisation, l'édifice ne serait actuellement plus qu'un souvenir. En effet, sa démolition fut à plusieurs reprises envisagée. Il y a 2 ans, il a échappé in-extremis aux pelleteuses grâce à la mobilisation de personnes attachées au patrimoine.

On peut regretter que l'intérieur fut saccagé, pillé de ses ornements d'époque (boiseries, portes, etc...) et laissé dans un total abandon depuis les années 90. Cela fait des années que nous demandons la mise en vente de cet édifice, puisque son propriétaire, le centre hospitalier Alençon-Mamers (CHIC) l'ayant abandonné, n'avait aucun projet de réhabilitation autre que de servir de réserve foncière.

Notre mobilisation a finalement abouti car l'ancien presbytère de Mamers vient d'être mis en vente !

Ce noble édifice est le fruit de l’ultime collaboration de l’architecte Paul LEBART (auteur de plusieurs édifices remarquables dans la région, dont le théâtre de Mamers) et de l’artiste Achille OUDINOT. Architecte, dessinateur, vitrailliste et peintre (maître de Berthe MORISOT), c’est à ce dernier que l’on doit l’ornementation de la façade. Cet édifice a pu voir le jour grâce à l’intervention de l’empereur Napoléon III.

Nous vous invitons à consulter l’étude réalisée à son sujet pour prendre connaissance de tout l’intérêt historique de cet édifice, lequel mériterait d’ailleurs une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISHM).

PDF de l'étude téléchargeable ICI.

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Nous espérons que le futur acquéreur puisse rénover comme il se doit le bâtiment, en particulier, qu’il restaure sa remarquable façade - soulignons que d’autres réalisation d’OUDINOT sont classées MH. Restituer les éléments sculptés disparus du dernier étage serait un plus envisageable.

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Rappelons aussi que l’intérieur est en mauvais état et est totalement pillé de ses éléments d’époque.

Cet état de fait peut être propice à plusieurs projets : habitat individuel ou collectif ; restitution d’une ornementation style « Second Empire » ou rénovation plus contemporaine. Les possibilités sont multiples...

L’essentiel étant avant tout que l’aspect extérieur, qui lui est dans l’essentiel préservé, soit mis en valeur.

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Je remercie toutes les personnes qui ont aidé au sauvetage de l’ancien presbytère.

En particulier :

Les membres du comité de sauvetage (Philippe CHEVREUL, Antoine GAZAI et Frédéric POUPRY) ;

Jean-David DESFORGES (président de l’association « Société des Amis du Vieil Alençon ») ;

Alexandra SOBCZAK-ROMANSKI, la dynamique présidente d’« Urgences Patrimoine » qui a permis un relai de notre cause au niveau national ;

Ceux qui nous ont rejoints sur le site le jour où la démolition a failli commencer.

Je remercie également le Maire de Mamers : Frédéric BEAUCHEF et son adjoint au patrimoine : Vincent GOMAS pour avoir plaidé notre cause auprès de la direction du CHIC.

Ainsi que toutes les nombreuses autres personnes qui nous ont soutenus, ainsi que la presse locale, pour avoir à plusieurs reprises, relayé la situation.

Concernant la mise en vente : Les informations sont dans le communiqué de presse
du lien suivant ICI.

Frédéric POUPRY

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Nous ne manquerons de faire quelques lignes une fois le projet de reprise confirmé afin de refermer définitivement le livre une fois ce dernier chapitre achevé.


Crédits photographiques : photos 1 et 3 : La Gazette du Patrimoine ; photos 2-4-5-6-7-8 : Collectif de sauvegarde du Presbytère de Mamers.

Alençon — épisode III : basilique et briques en vrac

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Voici donc le 3ème épisode de la « Saga Alençon ». Nous avons beaucoup évoqué dans nos précédents articles l’avis favorable de l’Architecte des Bâtiments de France sur lequel s’appuie la légitimité du projet. Pour vous permettre de vous faire un avis objectif, le voici : 

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Alors que le visuel trônant devant la Basilique ne rassure personne, on nous informe que Pôle de Santé Libéral Ambulatoire d’Alençon devrait être parementé de briques, comme nous vous le rapportions dernièrement. Cette annonce se veut source d’apaisement. Enfin, quand nous avons sous les yeux ce plan, briques ou pas briques, cela nous laisse quelque peu dubitatifs.
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Voici l’avis du président de la Société des Amis du Vieil Alençon :

Des briques, pourquoi pas ? On en trouve un peu dans le quartier pour les encadrements de baies dans certains bâtiments, mais cela reste plutôt anecdotique. Quand il y a des briques, elles sont aussi jointoyées. Les matériaux que l’on trouve dans la série des édifices proches du projet sont pour les maçonneries le granit d’Alençon et le calcaire de Montsort, pour les toits, les tuiles brun-rouge et les ardoises bleu-noir. Les murs sont couverts d’enduit à la chaux, et au pire, les moellons sont apparents noyés dans un ciment épais, gris ou noir, comme cela se pratiquait dans les années 1950-1960. Pour les constructions contemporaines, la règle semble exiger couvertures de zinc et bardages en bois.

Nous avons consulté le permis de construire. Il y est question de la réhabilitation de l’hôtel Bonet et des maisons voisines, intégrées au PSLA, ainsi que de l’extension. Ces notions de réhabilitation et d’extension doivent être éclairées par le contenu du permis de construire.

Ainsi, l’hôtel Bonet et les maisons voisines ne bénéficient d’aucune étude historique et architecturale. Ces bâtiments ne retrouveront aucun lustre. Des éléments pourraient être restituables : ils ne le seront jamais. Pas d’enduit à faux appareil, ou d’enduits aux clous qui font la spécificité de nos façades anciennes. Les murs resteront en moellons apparents et gros joints de ciment.

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Les briques dont on nous parle en ville et sur les réseaux sociaux sont l’ingrédient de l’architecte pour lier l’ancien au neuf. Ce sont des briques longues, peu épaisses, montées à joints vifs « pour rappeler » les murs de l’hôtel Bonet. Arrêt sur image : l’hôtel Bonet est en moellons et gros joints ciment. Comment de la brique à joints vifs peut rappeler du moellon et des gros joints ciment ? L’architecte parle bien de pierre sèche !

Le petit pavillon du XVIIIe siècle donnant sur le parc sera décoiffé de sa charpente et rehaussé avec ces fameuses briques. Un toit sera refait. Un projet graphique nous le montre avec une terrasse et cette bande de briques et des baies hors de proportion.

Le permis de construire présentent trois déclinaisons de briques appelées « panachage ». Ces parements, de différentes teintes, n’existeront qu’en ce lieu d’Alençon. Ce matériau n’a rien à voir avec ce que le public imagine depuis samedi. Ce ne sont pas des briques ordinaire, rouge ou rosée. Ce sont des barres jaunes, beiges, grises.

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En l’état, ce projet n’est pas acceptable.

Il aurait sa place dans le Périgord, assurément, mais à Alençon, il ne fonctionne pas. La construction de cette extension serait un précédent inquiétant pour la pérennité architecturale au cœur de notre ville. D’un autre côté, l’intervention minimaliste sur le bâti existant montre un désintérêt criant pour les architectures traditionnelles locales. La troncature du petit pavillon est pour sa part difficilement admissible, tant cet ensemble est emblématique de ces enchaînements de volumes et de cours qui font Alençon.

J.-D. Desforges,
Président de la Société des Amis du Vieil Alençon



Dans un article publié hier par le journal Ouest France, nous constatons que l’architecte confirme certains de nos doutes, en affirmant que sa construction ne GÊNERA PAS BEAUCOUP la visibilité.

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Lire l’article dans son intégralité ICI.

Nous ignorons où ce combat nous conduira, mais si au lieu de vouloir construire à tout prix pour laisser « sa marque » dans l’espace public, on réhabilitait l’existant, les polémiques n’auraient pas lieu d’être. Pourquoi ne pas avoir « inventé » un pôle santé dans ce bâtiment qui attend d’être fixé sur son avenir.

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À ce sujet, rappelons qu’Alençon bénéficie du dispositif « Action Cœur de Ville », avec les dotations qui vont avec. Ce dispositif accompagne les commune pour la redynamisation des centres anciens et oriente plutôt ses actions vers des réhabilitations du bâti ancien, plutôt que vers la prolifération des cubes de béton.

En attendant, la pétition a largement dépassé les 600 signatures et si ce n’est encore fait, merci de la signer ICI.

« Le Patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons. »


Crédits photographiques : photos 1-7 : Société des Amis du Vieil Alençon; photos 3-4-5 : Anthonin ZIEGLER Architecte ; photo 6 : Copie d’écran Ouest-France

L’Habitation Union, patrimoine martiniquais en cours de destruction

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Nous vous avions alertés il y a quelques jours quant à la démolition future de ce patrimoine remarquable de La Martinique. Aujourd’hui, c’est Sébastien Perrot-Minot, Docteur en archéologie précolombienne et préhistorique, qui dresse pour nous un état des lieux précis de la situation et qui confirme que cette démolition est une perte considérable pour le patrimoine de l’île. En espérant que les services de la culture réagiront à cet alarmant constat.

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Sébastien Perrot-Minnot est docteur en archéologie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialisé en archéologie précolombienne et préhistorique, il a conduit des recherches en Amérique Centrale, aux États-Unis et en Martinique. Actuellement, il est archéologue au bureau d’études Éveha et chargé de cours à l’Université des Antilles. Il est également chercheur associé au laboratoire AIHP GEODE (Université des Antilles) et au Centre d’Études Mexicaines et Centraméricaines (CEMCA, Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères), et membre du conseil scientifique de l’association Construire Notre Vivre-Ensemble (CNVE, Martinique). Par ailleurs, il exerce les fonctions de Consul Honoraire du Guatemala à Fort-de-France. Contact : sebastien.perrot-minnot@eveha.fr

HABUNPHOTO-PORTRAIT Photo Sébastien Perrot-Minnot
La commune de Sainte-Marie, sur la côte Nord Atlantique de la Martinique, est le théâtre d’une affaire bien triste pour tous ceux qui sont attachés au patrimoine culturel : le site de l’Habitation Union (qui n’est pas inscrit au titre des Monuments Historiques) est en train d’être détruit par un chantier de construction de logement sociaux. Pire, il n’a même pas fait l’objet d’opérations d’archéologie préventive, en raison de dysfonctionnements administratifs. Ce dossier mobilise actuellement différents acteurs du monde de la culture en Martinique, notamment le Service Régional de l’Archéologie (Direction des Affaires Culturelles), la Fondation du Patrimoine, l’association Construire Notre Vivre-Ensemble (CNVE) et l’opérateur d’archéologie Éveha. Et pour cause : l’Habitation Union est un lieu chargé d’histoire…

La côte est de la Martinique a été colonisée par les Français après l’invasion du territoire amérindien de la Capesterre, en 1658. L’Habitation Union, quant à elle, est mentionnée dans les sources historiques (du moins, celles que j’ai pu consulter jusqu’à présent) à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle apparaît sous le nom de « De Salles » sur la Carte géométrique et topographique de l'Isle Martinique de l’ingénieur du roi René Moreau du Temple (1770). De fait, elle était alors la propriété de la famille Dessalles.
HABUNPHOTO-2. Localisation de Sainte-Marie en Martinique
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Celle-ci a compté parmi ses membres plusieurs conseillers au Conseil souverain de la Martinique (une instance judiciaire et administrative), dont Pierre François Régis Dessalles, auteur des Annales du Conseil souveraine de la Martinique (1786). Le fils de ce dernier, Pierre Dessalles (1785-1857), a laissé un journal et une correspondance qui ont été édités par Henri de Frémont et Léo Elisabeth dans La Vie d'un colon à la Martinique au XIXe siècle (1980-1986), un précieux témoignage sur la société coloniale de l’époque. Ces écrits font largement référence à l’Habitation Union, sur les thèmes de la vie familiale, de l’activité économique, de la politique, des épidémies de fièvre jaune, des tensions sociales et des révoltes d’esclaves.

HABUNPHOTO-4. Carte Moreau du Temple
L’Habitation Union (ou « l’Union ») est devenue une des principales exploitations sucrières de Sainte-Marie. En 1880, elle a été acquise par l’homme d’affaires Eugène Eustache, propriétaire de l’usine du Galion. Mais la crise mondiale du sucre, qui a commencé en 1884 et duré une vingtaine d’années, a fortement affecté la vie économique et sociale dans la commune de Sainte-Marie. C’est dans ce contexte qu’a éclaté la grande grève martiniquaise de 1900, dans laquelle les ouvriers de l’Habitation Union ont pris une part importante. Cette grève a joué un rôle fondateur dans l’histoire du mouvement ouvrier en Martinique. En 1903, la propriété de l’Union a été vendue à la société anonyme de l’Usine Sainte-Marie.

HABUNPHOTO-5. Maison Habitation Union
Il est à noter que dans la mémoire collective, la tradition des courses de chevaux et de mulets de Sainte-Marie a été suscitée par des ouvriers de l’Union au début du XXème siècle.

Le patrimoine bâti qu’on peut voir sur la parcelle en cours d’aménagement de l’Habitation Union (maison de maître, cuisine, mur de clôture, mur de soutènement) semble dater essentiellement du XIXème siècle et du début du XXème siècle. D’autres constructions de l’ancienne habitation-sucrerie (possible purgerie, restes de murs, surfaces pavées) sont visibles dans les parcelles voisines. Autour de la maison de maître, Guillaume de Reynal, président de l’association CNVE, et moi avons pu observer, lors d’une visite effectuée le 27 avril dernier, un mobilier colonial varié : fragments de vaisselle et de divers récipients en céramique, faïence, tessons de bouteilles, briques, tuiles de Marseille, moellons, restes alimentaires…

Mais l’archéologie de l’Habitation Union n’est pas seulement coloniale. A la fin du XIXe siècle, un géreur de l’exploitation, Gustave Bordaz, a signalé la découverte, dans la plantation, de vestiges amérindiens en pierre (haches), en céramique et même en os. Ses trouvailles ont eu un certain retentissement. Elles ont incité l’archéologue américain Theodoor de Booy à se rendre à l’Union en 1916, alors qu’il réalisait une mission aux Petites Antilles pour le compte du Museum of the American Indian (Heye Foundation, New York) ; des artefacts précolombiens rapportés de l’Union par de Booy sont aujourd’hui conservés au National Museum of the American Indian (Smithsonian Institution, Washington).

HABUNPHOTO-6. Mobilier archéologique
Dans les années 1930- 1940, Eugène Revert, qui réalisait des travaux archéologiques en Martinique sous l’égide du Musée de l’Homme, s’est également intéressé aux vestiges amérindiens de l’Union. Ainsi, l’ancienne Habitation Union est un des premiers lieux de Martinique où des recherches ont été entreprises sur les vestiges amérindiens, et pourtant, curieusement, ce site précolombien ne figure pas sur les cartes archéologiques de l’île…

HABUNPHOTO-7. Haches précolombiennes Habitation Union
Le grand site amérindien de La Salle (dont le nom est également orthographié « Lasalle » ou encore « Lassalle ») se trouve à proximité, à l’est de la rivière de Sainte-Marie. Il a été fouillé dans les années 1930 et 1940 par le père Jean-Baptiste Delawarde, Eugène Revert, le père Robert Pinchon et le docteur Robert Rose-Rosette, et dans les années 1970 par J. P. Duprat, O. Pinel de la Taule, J. P. Aubert et Mario Mattioni. Le gisement a été reconnu sur une vingtaine d’hectares, dans le bourg de Sainte-Marie et l’Habitation La Salle ; il a livré un abondant mobilier céramique et lithique de la culture saladoïde ancienne (100 avant J.-C.-350 après J.-C.). Malheureusement, il n’a jamais fait l’objet d’une publication détaillée.

On le voit, l’Habitation Union revêt une grande importance historique, archéologique voire anthropologique. Une opération archéologique dédiée au site, toujours possible à ce stade, pourrait permettre de mieux documenter les origines et le développement de l’exploitation, certains événements décrits par Pierre Dessalles, les relations sociales et la vie quotidienne dans une habitation-sucrerie à une époque marquée par des changements profonds, mais aussi l’occupation amérindienne, dont il faudrait définir les cadres géographique, chronologique et culturel.

Bibliographie sélective

Adelaïde-Merlan, Jacques
2000 Les origines du mouvement ouvrier en Martinique, 1870-1900. Karthala. Paris.

Bérard, Benoit
2004 Les premières occupations agricoles de l’arc antillais, migration et insularité : le cas de l’occupation saladoïde ancienne de la Martinique. British Archaeological Reports, IS 1299, Paris Monographs in American Archaeology, 15. Oxford.

Bordaz, Gustave
1897 « Sainte-Marie de la Martinique ». In : Dixième Bulletin, Société d’Histoire Naturelle d’Autun, 2ème partie : 20-33. Autun.

Eadie, Émile
1997 Émile Bougenot : sucre et industrialisation à la Martinique de 1860 à nos jours. Pierre-Jacquens Couta, éditeur. Fort-de-France.

Flandrina, Martine
1986 « Sainte-Marie ». In : Histoire des communes Antilles-Guyane (Jacques Adelaïde-Merlande, coord.), vol. 5 : 255-280. Pressplay. Paris.

Flohic, Jean-Luc (coord.)
2014 Le patrimoine des communes de la Martinique. Fondation Clément / Attique éditions. Paris (3e édition).

Frémont, Henri de et Léo Elisabeth (coords.)
1980-1986 La vie d'un colon à la Martinique au XIXe siècle. Journal de Pierre Dessalles (1785-1857). 4 tomes. Courbevoie.

Harcourt, Raoul d’
1952 « Collections archéologiques martiniquaises du Musée de l’Homme ». In : Journal de la Société des Américanistes, 41 (2) : 353-382.

Mousnier, Mireille et Brigitte Caille
1990 Atlas historique du patrimoine sucrier de la Martinique (XVIIe-XXe s). L’Harmattan. Paris.

Perrot-Minnot, Sébastien
2021 Éléments sur l’histoire et l’archéologie de l’Habitation Union (Sainte-Marie, Martinique). Note remise au Service Régional de l’Archéologie de Martinique (30/04/2021). Fort-de-France.

Petitjean-Roget, Jacques
1980 Le mémorial martiniquais, tome 1 : 1502-1685. Société des Éditions du Mémorial. Nouméa.

Rennard, Joseph
1951 La Martinique. Historique des paroisses, des origines à la Séparation. Société d’Edition Savoyarde. Thonon-les-Bains.

Revert, Eugène
1949 La Martinique. Étude géographique et humaine. Nouvelles Éditions Latines. Paris.

Ursulet, Laurent
2008 « Demeure dite Habitation Union ». Notice IVR02_20039723967NUCA, base Mérimée, Ministère de la Culture (fiche créée en 2005, actualisée en 2008).

Légendes des illustrations

1. L’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
2. Localisation de Sainte-Marie en Martinique. Fond de carte : d-maps.com
3. Localisation du site de l’Habitation Union. Carte : geoportail.gouv.fr
4. L’Habitation « De Salles » sur la Carte géométrique et topographique de l'Isle Martinique de René Moreau du Temple (1770). Source : gallica.bnf.fr
5. La maison de maître de l’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
6. Mobilier archéologique ramassé sur le site de l’Habitation Union, le 27 avril 2021. Photo : Sébastien Perrot-Minnot.
7. Haches précolombiennes de l’Habitation Union conservées au National Museum of the American Indian (Washington). Photo : National Museum of the American Indian / Smithsonian Institution.



Crédits photographiques : Sébastien Perrot-Minnot 

Alençon épisode II : béton, briques, et basilique

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Lors de notre précédent article, nous avions prévenu nos lecteurs que le nouveau feuilleton « Alençon » allait comporter de nombreux épisodes. Voici donc l’épisode 2, après le lancement de notre pétition pour dire « Non au Bunker Basilique Hôtel », mais également après l’intervention d’un administré de la commune qui se veut rassurant, en affirmant que le projet figurant sur la pancarte devant la Basilique n’est pas fidèle à la réalité.

Nous sommes tout de même très inquiets, car, alors que le permis vient seulement d’être affiché, nous apprenons que la première pierre de cet édifice contesté devrait être posée en grandes pompes le 10 mai prochain. Pourtant un délai de recours de deux mois est imposé à partir, non pas de la date de délivrance du permis de construire, mais bel et bien à partir du jour de l’affichage. Nous allons donc tenter d’élucider ce mystère.

En attendant, voici un état des lieux de la situation, dressé par le Président de la Société des Amis du Vieil Alençon :

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Ce 1er mai, Urgences Patrimoine et la Société des Amis du Vieil Alençon ont lancé une pétition pour demander une reconsidération du projet d’extension du Pôle de Santé Libéral Ambulatoire. C’est un franc succès : plus de 200 signataires en une journée, dont celle de Stéphane Bern, fer de lance de la défense du patrimoine.
 
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La problématique du bunker au chevet de la basilique est assez simple : il s’agit d’un apport dans un tissu urbain existant, constitué de multiples strates. L’archéologie a montré des vestiges de maisons appuyées contre la muraille de la ville, baignée par la rivière Sarthe, de la Poterne et de ses tours voisines. Lorsque l’Institution de la Providence a été vendue en 2012, la Ville et la Communauté Urbaine d’Alençon ont commencé à détruire un certain nombre d’édifices pour dégager ce vaste espace clos. Un diagnostic archéologique suivi de fouilles a validé ce qui était attendu dans le sous-sol.

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Lors de l’aménagement du nouveau parc, l’architecte paysagiste Laure Planchais a tenu compte de ces éléments du passé tout en créant de nouveaux liens avec, par exemple, la rive opposée et les rues étroites de la ville, ou la matérialisation des fortifications et de l’ancien bras de rivière avec différentes solutions. Le parc de la Providence se lit donc avec attention. On y évolue dans des éléments anciens et des éléments neufs. L’assimilation de cet espace privé à l’espace public a aussi permis d’adopter de nouveaux cônes de visibilité sur Notre-Dame, Saint-Pierre, la maison d’Ozé et tout cet environnement.

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L’œuvre de Laure Planchais a été récompensée. Dans le fascicule présentant les lauréats du Prix de l’Architecture et de l’Aménagement Normand 2018 (
téléchargeable ici), nous découvrons que l’architecte Antonin Ziegler, qui signe le projet d’extension du PSLA, est aussi présent.

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Son travail sur, ou plutôt à côté d’une maison y est décrit. La similarité entre ce projet et celui que nous discutons est flagrante. Le jury le décrit ainsi :

 "Le jury a aimé : L’extension ajoute une surprenante juxtaposition à une maison individuelle."

Il est intéressant de noter que l'appréciation comprend :

"Cette focalisation sur ce nouvel espace ainsi dévoilé crée un rapport qui tend à faire disparaître la présence de la maison existante."

Donc, le projet n'est pas conçu pour se fondre dans le paysage mais bien pour se poser, s’imposer. La relation entre le neuf est l’ancien ne se fait pas amicalement mais brutalise nos perceptions. Cette doctrine architecturale, intéressante et esthétique dans certains lieux, doit-elle valoir dans une ville qui vient d’être inscrite Site Patrimonial Remarquable ? Non. La copie est à revoir en raison simplement de cette nouvelle distinction dans un souci de cohérence.

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Aux dernières nouvelles, un administré proche du dossier a livré les informations suivantes : la vue du projet sur le panneau de présentation n’est pas la bonne, l’angle de vue non plus. Les parements seront en briques. Ce document a pourtant servi de base à la décision de la commission d’urbanisme de la CUA. Nous demandons donc à voir le vrai projet avec plusieurs points de vue, voire une vue 3D et avec le traitement définitif. On ne saurait être convaincu par un projet, et l’adopter, avec des documents non contractuels.
 
J.-D. Desforges,
Président de la Société des Amis du Vieil Alençon

Signer la pétition ICI.

Lire notre précédent article sur le sujet ICI.



Crédits photographiques : Société des Amis du Vieil Alençon

Législation funéraire et protection du patrimoine : la difficile cohabitation

Le patrimoine funéraire est un sujet qui intéresse de plus en plus de monde. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir agir concrètement pour ce patrimoine dont hélas beaucoup de témoins sont en déshérence totale dans la majorité de nos cimetières.

Grâce à cet article d'Alexandrine Espinasse, vous allez découvrir que la législation est telle qu’il est difficile, voire impossible, de s’impliquer dans la valorisation et la sauvegarde de ce patrimoine. Urgences Patrimoine souhaite depuis quelques temps sensibiliser et mobiliser les citoyens et les élus autour de cette problématique et souhaite mettre en place une commission réunissant les plus grands experts du sujet, afin de trouver des solutions permettant d’inscrire dans l’avenir ce précieux patrimoine, témoin de l’histoire et de la mémoire collective.

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C’est après un travail de terrain et de recherche en géographie au cimetière monumental de la Chartreuse de Bologne (Italie) mettant en avant les pratiques mémorielles, touristiques et patrimoniales de ce lieu, qu’Alexandrine Espinasse intègre le Service Funéraire de la Ville de Rennes en février 2020. Chargée de mission recensement et cartographie des trois cimetières rennais, elle a réalisé un travail essentiel à la valorisation de ce patrimoine culturel. Aujourd’hui consultante auprès des collectivités urbaines ou rurales, elle effectue des missions de mise en œuvre de plans de gestion patrimoniale et écologique des cimetières.

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Introduction

L'origine gréco-latine du mot cimetière, coemeterium, qui signifie « lieu pour dormir, dortoir » rappelle que c'est initialement un lieu de repos, d’inhumation des défunts, mais également un lieu de communion et d'échanges. D'échanges familiaux certes, mais aussi culturels, inhérents à la société.

Le cimetière tel qu’on le connaît aujourd’hui en France, c’est-à-dire un lieu à la périphérie des villes, clos de mur et laïque, nait avec l’Edit de Saint-Cloud (le décret du 23 prairial an XII) du 12 juin 1804, qui donne un cadre juridique à ces lieux et à la mort. Avant la fin du XVIIIe s., on enterrait à l’intérieur des églises ou aux abords, dans des terrains privés, ou bien dans les fameuses « fosses communes ». Ce décret marque le début des fosses individuelles, laissant place à l’architecture funéraire originale traversée notamment par le courant romantique de l’Europe du XIXe siècle. Le rapport à la mort évolue : on se promène au cimetière, on cherche à rendre hommage au défunt, mais aussi à montrer son statut au reste de la société via le monument funéraire.

La sécularisation lente de la société et les deux guerres mondiales inversent cette tendance de balade au cimetière, puisque la mort s’intériorise : les individus meurent à l’hôpital, seuls. L’industrialisation des monuments funéraires profite à l’uniformisation des lieux de sépulture.

Patrimoine familial évident, la sépulture est devenue au fil du temps, patrimoine culturel, de part notamment l’intérêt historique, artistique, architectural, paysager, etc. qu’elle présente. C’est aussi bien la qualité de la personne inhumée que le monument en lui-même qui peut être considéré patrimoine culturel funéraire.

Depuis une vingtaine d’années on assiste à un regain d’intérêt pour les cimetières, lieux de tourisme alternatif, mais aussi lieux de verdure, à l’instar du Père Lachaise et de ses quarante-deux hectares, poumon vert de Paris. Le cimetière est donc un espace public, ouvert tous les jours, le dimanche et les jours fériés et on peut y déambuler librement. Cependant la sépulture est privée : elle appartient aux propriétaires de la concession. L’articulation du public et du privé est difficile et ne facilite pas la préservation et la valorisation du patrimoine culturel funéraire. Cet article ambitionne de faire un état des lieux de la législation funéraire qui concerne le patrimoine.

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En effet, quels sont les moyens mis en place pour préserver le patrimoine, d’un point de vue légal ? Comment protéger le patrimoine quand les procédures peuvent s’avérer être longues ? Qu’est-il possible de faire et ne pas faire ?

Il s’agira dans un premier temps de passer en revue le cadre juridique global funéraire, pour ensuite appréhender le pan patrimonial et les mesures possibles en ce qui concerne l’inscription et le classement aux Monuments Historiques. Enfin, nous verrons en quoi la procédure de reprise d’une concession perpétuelle par la collectivité peut être un moyen concret de valorisation patrimoniale.

I. La législation générale encadrant les cimetières.

Avant d’insister sur le pan patrimonial de la législation funéraire française, il semble important de rappeler succinctement le cadre juridique global des cimetières.

L’Edit de Saint-Cloud marque une première forme de législation funéraire. Pour faire face aux préoccupations hygiénistes de l’époque et à la saturation des lieux d’inhumation à l’intérieur des villes, il est décidé de déplacer les cimetières à la périphérie et de les emmurer. C’est également le début de la fosse individuelle et de la concession privée. L’Ordonnance royale du 6 décembre 1843 étend ces principes « à toutes les communes du royaume », autrement dit, au monde rural. Il devient également possible d’acquérir une concession, c’est-à-dire de louer une parcelle pour une durée donnée (concession temporaire (cinq à quinze ans aujourd’hui), trentenaire ou perpétuelle), le tarif étant établi par la commune. La loi du 3 janvier 1924 donne la possibilité d’acquérir une concession centenaire, mesure qui sera abrogée par ordonnance du 5 janvier 1959. Celle du 24 février 1927 permet la création de concessions cinquantenaires. Toutes ces concessions peuvent être individuelles, familiales ou collectives.
Le cimetière est un espace en théorie religieusement neutre depuis 1881, c’est-à-dire qu’il ne doit pas y avoir de séparation entre les cultes en son sein. Dans les faits, certains cimetières proposent aujourd’hui des carrés confessionnels, créés au fil du temps.

Enfin, la dernière loi importante est celle du 19 décembre 2008 qui donne un statut juridique aux cendres, réglemente la création des sites cinéraires, etc. Aujourd’hui, le texte de référence utilisé par les collectivités au quotidien est le Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT).

La réglementation du funéraire ne s’est donc pas faite en un jour et concernant le patrimoine culturel des cimetières, l’articulation privé-public complique les démarches. Le cimetière est un lieu d’expression et d’hommage après la mort. Il est important de noter que le/la maire ne peut en aucun cas limiter la pose d’un monument pour des raisons esthétiques ou à cause d’emblèmes religieux. Il/elle peut seulement fixer les dimensions maximales d’un monument (Art. L2223-12-1 du CGCT) et se porte garante du « maintien de l’ordre et de la décence dans les cimetières » (Art. L2213-9 du CGCT). Autrement dit, il/elle ne peut directement intervenir que si un monument menace l’ordre public et la salubrité de l’endroit.

La notion d’esthétisme est donc à proscrire pour un monument funéraire. Cependant, un monument peut être considéré comme patrimoine par son intérêt artistique, architecturel, historique, etc. Quelles sont donc les mesures envisageables concernant leur protection ?

II. La protection du patrimoine funéraire : lois et mesures.

Un emplacement et son monument relèvent du privé, la concession se transmettant automatiquement et gratuitement de génération en génération. Imposer des conditions en matière de pose de monument peut s’avérer délicat en contexte de deuil pour les familles.

Il est possible qu’un monument face l’objet d’une inscription ou d’un classement aux Monuments Historiques grâce à la Loi du 31 décembre 1913. La protection se fait aux motifs que la sépulture est celle d’une personnalité publique, que le monument présente un intérêt artistique, architectural, historique, une qualité paysagère, etc. Le cimetière tout entier ou bien une zone spécifique peuvent être protégés. Ces mesures sont relatives au Code du Patrimoine.

a) Inscription et classement au titre des Monuments Historiques : les tombeaux individuels.

« À ce jour, environ 450 cimetières ou parties de cimetières, tombes et tombeaux, caveaux, mausolées, stèles, dalles funéraires et pierre tombales sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques »  (Réponse du ministère de la Culture à la question écrite de M. Alain Joyandet en ce qui concerne la sauvegarde du patrimoine funéraire en France. Publication dans le JO Sénat du 27/12/2018, page 6749. URL).
L’inscription

L’inscription au titre des Monuments Historiques se fait à l’échelle de la région, c’est-à-dire que la demande peut se faire par le propriétaire de la concession, la collectivité territoriale, le préfet, une association de défense du patrimoine, etc. Il n’y a pas besoin de l’accord du propriétaire. Un exemple récent d’inscription pour la qualité de la personne inhumée est la sépulture de Prosper Mérimée au cimetière du Grand Jas à Cannes, le 7 juin 2019 par arrêté préfectoral. On peut également citer la Chapelle Fournier au cimetière de Montmartre à Paris, inscrite en 2013, pour l’intérêt historico-artistique qu’elle présente.

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Figure 1 : Le tombeau de Prosper Mérimée, inscrit au titre des Monuments Historiques, cimetière du Grand Jas, Cannes. Source.

Le classement

Le classement se fait à l’échelle nationale. Un monument inscrit peut devenir classé sur proposition du préfet auprès du ministère de la Culture et après accord du propriétaire. Toutefois, du fait d’un grande quantité de propriétaires non identifiables (notamment quand les sépultures sont trop anciennes), la procédure de classement se fait rare. La Chapelle Potocka du cimetière de Montmartre à Paris, classée en 2014 est un très bon exemple de chapelle classée pour sa qualité artistique et architecturale.

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Figure 2 : La Chapelle de la Comtesse Potocka, classée en 2014, Cimetière de Montmartre, Paris. Source.

Dans les deux cas, celui de l’inscription ou du classement, le propriétaire a la responsabilité de la conservation de son monument inscrit ou classé. Il peut percevoir des aides de l’Etat dans le cadre de travaux de confortement, restauration, réhabilitation du monument. La maitrise d’œuvre est gratuite pour les monuments inscrits et les subventions n’excèdent pas 40% du coût total des travaux. En cas de classement, l’aide peut dépasser les 40%. Ces procédures sont évidemment encadrées, suivies par des professionnels et pour un monument classé, on fait appel à un architecte du patrimoine.

A noter que si le propriétaire ne respecte pas son engagement, peut être envisagée une procédure d’expropriation. Le ministre de la Culture peut exécuter d’office les travaux en faisant payer une partie des frais aux propriétaires.
Cette démarche reste tout de même difficile à mettre en place par le ministère de la Culture notamment, car elle repose sur des critères multiples et il faudrait protéger une quantité considérable de monuments, qui ont tous, à différente échelles, un intérêt patrimonial. C’est notamment pour ces raisons qu’est privilégiée la protection par zones du cimetière.

b) La préservation par zones d’un cimetière.

Il est possible d’inscrire ou de classer une zone spécifique d’un cimetière. Par exemple, une aire confessionnelle du cimetière, à l’instar de la partie orthodoxe du cimetière municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois, inscrite aux Monuments Historiques par arrêté du 31 janvier 2001. Peut également être inscrit un équipement funéraire comme le crématorium du Père Lachaise (17 janvier 1995) ou encore des lieux spécifiques d’un cimetière : le porche d’entrée, la mosquée et le carré militaire du cimetière musulman de Bobigny sont inscrits depuis le 25 janvier 2006.

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Figure 3 : Une vue de la partie orthodoxe du cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, inscrite aux Monuments Historiques. Source.

La protection au titre des sites d’un cimetière, qui se fait via le ministère de l’Ecologie et d’après le Code de l’Environnement permet la reconnaissance de la valeur du patrimoine écologique et végétal.

Autre mesure possible, celle des Sites Patrimoniaux Remarquables (SPR) depuis le 7 juillet 2016. Elle permet la protection en faveur du patrimoine urbain et paysager. Elle qualifie un ensemble et le protège. Après enquête publique et délibération du conseil municipal de la ville de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), un SPR a été décrété incluant le cimetière (9 octobre 2019).
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Figure 4 : Cartographie des différentes formes de protection cumulées au cimetière du Père Lachaise à Paris. Source : INVENTAIRE GÉNÉRAL…, DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), 2020, Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation, Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, page 240. Source.

III. Intervention directe de la collectivité : la procédure de reprise d’une concession perpétuelle.

L’inscription, le classement, la mise en place de zones protégées sont des mesures qui ont valeur à mettre en lumière des monuments. Ce sont des procédures longues et coûteuses pour les familles, et qui sont tout de même exceptionnelles.

La collectivité a possibilité de devenir propriétaire d’une sépulture laissée à l’abandon, dans le but de la conserver et de la valoriser si elle présente un intérêt patrimonial. Les conditions pour mettre en place cette procédure sont inscrites dans le Code Général des Collectivités Territoriales (Article R2223-12 et 13) :

- La concession doit être perpétuelle ;
- Trente années doivent s’être écoulées depuis l’acte de concession ;
- Il n’y a pas eu d’inhumation depuis au moins dix ans ;
- Le monument / emplacement doit présenter des signes d’abandon.

Il existe un vide juridique en ce qui concerne « l’état d’abandon ». Il est habituellement admis qu’une sépulture en état d’abandon présente des signes clairs de non-entretien, autrement dit, qu’elle n’est plus fleurie et/ou tombe en ruine. La circulaire numéro 62-188 du 22 mars 1962 précise que cet état se décèle par des signes extérieurs nuisibles au bon ordre et à la décence du cimetière. Par exemple, si une tombe est envahie par les ronces ou autre végétation sauvage, c’est en soit une bonne raison d’engager une procédure de reprise. Même si les ayants droits ne se font pas connaître légalement, une sépulture peut être entretenue par d’autres usagers.

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Figure 5 : Croix dressée qui a été mise en sécurité car elle manquait de s’effondrer. On peut voir que le reste du monument est enfoui. Cimetière du Nord, Rennes. Source : cliché personnel d’A. Espinasse, 2020.

Quand tous ces critères ont été validés, la collectivité doit contacter la famille (courriers, plaques sur monument, affichage en mairie, etc.) et opérer un procès-verbal de constat d’abandon. Le maire met ensuite en demeure les descendants de rétablir la concession en bon état d’entretien.

La procédure dure environ trois ans et demi : durée obligatoire pour que la famille se manifeste et décide d’entretenir la tombe. Dans le cas contraire, la collectivité devient propriétaire de la parcelle et dispose librement du monument (conservation, revente, réutilisation, etc.). Si elle décide de revendre l’emplacement, il faut que les restes mortels soient exhumés.

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Figure 6 : Emplacement en cours de reprise par la ville. Une plaque a été posée pour le signifier aux potentiels propriétaires. Cimetière du Nord, Rennes. Source : cliché personnel d’A. Espinasse, 2020.

Ce dispositif est la pratique la plus courante en ce qui concerne la préservation et la gestion du patrimoine culturel funéraire. Par exemple, au cimetière du Nord à Rennes, plus de deux cents emplacements ont été repris par la ville depuis 2016. Au final, une cinquantaine d’emplacements sans monuments vont être remis à la vente après exhumation des restes mortels, ce qui de fait, permettra de libérer de l’espace dans un cimetière arrivé à saturation. Pour les autres emplacements repris, il existe plusieurs possibilités :

- En présence d’une personnalité ou d’un monument ayant un intérêt patrimonial précis, la commune peut décider de la laisser sur place et valoriser, restaurer, etc. ;
- Si le monument est en mauvais état mais présente des parties intéressantes, ces dernières pourront être proposées à la vente aux usagers, à condition que ces éléments restent au sein des cimetières rennais (Ex : une croix ou un socle en granit) ;
- Le monument peut être mis en vente à l’euro symbolique ou aux enchères. La nouvelle famille aura alors l’obligation de restaurer le monument.
- La ville peut engager via sa régie une campagne globale de remise en état de monuments ciblés après accord des familles, par exemple.

Autre mesure envisageable en ce qui concerne la protection du patrimoine funéraire, c’est l’entretien d’une sépulture par la collectivité après donation ou une disposition testamentaire par la famille. La sépulture de Jean Leperdit au cimetière du Nord à Rennes est par exemple entretenue par le Service des Jardins, même si elle appartient toujours à la famille.

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Figure 7 : Sépulture de Jean Leperdit, entretenue par la Ville de Rennes au cimetière du Nord. Source.

A noter qu’un individu, une collectivité, une association ou autre institution qui n’a pas l’accord des ayants-droits ne peut entretenir un monument : on peut considérer cela comme profanation de sépulture d’un point de vue légal.

Conclusion

La préservation du patrimoine funéraire fait partie des préoccupations de certaines collectivités depuis quelques années seulement. Toutefois, jongler entre exploitation funéraire (inhumations, cérémonies, renouvellement des concessions, etc.) et protection patrimoniale semble encore très difficile en France. Les sensibilités différentes, la méconnaissance du sujet, mais surtout la lente mise en place d’un point de vue légal de procédures sont autant d’éléments qui poussent à renoncer à tout type d’intervention.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire, à notre échelle ?

En tant qu’usager et propriétaire d’une sépulture, on peut déjà entretenir cette dernière pour assurer la pérennité du matériau. Il ne s’agit pas de venir tous les jours frotter la pierre, mais simplement d’y penser et de suivre les indications précisées dans le « petit guide à l’usage des personnes souhaitant entretenir une sépulture » édité par le ministère de la Culture et de la communication et le Laboratoire de recherche des monuments historiques (lien ici.).

On peut aussi demander à sa commune si elle remet à la vente des monuments anciens. Cette opération présente les avantages suivants : protection du patrimoine local par la réutilisation, coût moindre pour un monument car achat d’occasion, impact environnemental moindre puisque les matériaux proviennent du même cimetière et ne sont pas importés. De plus, si vous êtes intéressés par un monument ancien pour votre future dernière demeure, baladez-vous dans les cimetières de votre commune et soyez à l’affut : certaines sépultures en procédure de reprise par la collectivité pourraient être mises en vente par la suite. Certains cimetières proposent la vente aux enchères ou encore la vente à l’euro symbolique de chapelles funéraires anciennes par exemple.

Enfin, il ne faut pas hésiter à visiter les cimetières quand vous voyagez. Ce sont des lieux faits pour les vivants et c’est le meilleur endroit pour connaître l’histoire locale, puisque toutes les personnalités sont en théorie enterrées au cimetière communal. Des visites guidées, des spectacles, des évènements divers peuvent être organisés par l’Office de Tourisme de la ville ou le service funéraire directement. D’ailleurs, à la fin mai est organisé le Printemps des cimetières dans différentes communes (pour plus d’informations : printempsdescimetieres.org ). C’est le moment de découvrir le patrimoine funéraire !

Contact :
Alexandrine.espinasse@gmail.com
LinkedIn : Alexandrine Espinasse

Sources

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ARIES Philippe, 1978, L’Homme devant la mort, Paris, Seuil, 642 p.

BERTRAND Régis, VOVELLE Michel, 1983, La ville des morts, Essai sur l’imaginaire urbain contemporain d’après les cimetières provençaux, Marseille, Centre national de la recherche scientifique, Éditions du CNRS, 209 p.

BERTRAND Régis, 1991, « Pour une étude géographique des cimetières de Marseille », Méditerranée, Marseille et l’aire métropolitaine hier et aujourd’hui, tome 73, p. 47-52.

CHEVRIER Marie-Hélène, 2016, « Pèlerinage, développement urbain et mondialisation : l’exemple de Lourdes », Géoconfluences. URL.

CHOAY Françoise, 2007, L’allégorie du patrimoine, Paris, La couleur des idées, Seuil, 272 p.

Code Général des Collectivités Territoriales. URL.

DALBAVIE Juliette, 2014, Entre patrimoine et mémoire collective, la tombe de Georges Brassens, Questions de communication, n°22. URL: http://questionsdecommunication.revues.org/6864

Équipe MIT, 2008, Tourismes 1, Lieux communs, Mappemonde, Belin, 320 p.

ESPINASSE Alexandrine, 2019, « Patrimoine et tourisme au cimetière monumental de la Chartreuse de Bologne », Géographie et cultures [En ligne], 110, mis en ligne le 27 novembre 2020. URL.

EYRAUD Céline, RIGOT Joseph, 2010, Vademecum - Construire le cimetière de demain, clés de gestion et de valorisation, Patrimoine Rhônalpin.

FAGNONI Édith (dir.), 2017, Les espaces du tourisme et des loisirs, Paris, Armand Colin, 480 p.

GIAMPOLI Michelangelo, Al di là dei limiti : Vita e trasgressione quotidiana al Père Lachaise a Parigi, thèse de doctorat, Università degli studi di Perugia et Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, février 2010.

HEINICH Nathalie, 2009, La fabrique du patrimoine, « de la cathédrale à la petite cuillère », Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 286 p.

INVENTAIRE GÉNÉRAL…, DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), 2020, Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valori­sation, Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, 365 p. (Documents & Méthodes). URL.

LASSERE Madeleine, 1997, « Le XIXe siècle et l’invention du tourisme funéraire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 44, n° 4, p. 601-616.

LAZZAROTTI Olivier, 2011, Patrimoine et tourisme, Histoires, lieux, acteurs, enjeux, Paris, Belin, 272 p.

LAZZAROTTI Olivier, 2013, « Patrimoine », in Jacques Lévy, Michel Lussault (dir.), Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés, Paris, Belin, p. 748-749.

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Pratique des opérations funéraires – Administration locale, 2018-2019, Editions WEKA.

« Protection au titre des « Monuments historiques » », Aides et démarches, Ministère de la Culture. URL.

« Protection au titre des monuments historiques du tombeau de Prosper Mérimée à Cannes », publié le 13.08.2019, Communiqué de presse, Ministère de la Culture. URL.

PROUST Alexandra, 28.07.2020, « Patrimoine et fiscalité. Quelle est la différence entre un bien classé et un bien inscrit ? », Le Figaro Propriétés. URL.

« Qu'est-ce qu'une concession funéraire ? », 28.09.2020, Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre). URL.


Crédits photographiques photos 1 et 3 : La Gazette du Patrimoine