March 2021

Béziers : quel avenir pour la villa « Rey » et son parc ?


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La villa « Rey » et son parc sont caractéristiques de leur époque de construction où la démonstration du statut de notable et de la richesse de ses propriétaires est faite grâce à son architecture, ses décors et son jardin. L’édifice est construit en maçonnerie de pierres et de briques, composé de plusieurs volumes à terrasses (style quasi balnéaire) et implanté « à la française » dans l’axe de sa parcelle avec un imposant parterre jardiné, aujourd’hui entouré d’arbres vénérables. 

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On peut donc affirmer que la villa « Rey » fait partie des réalisations architecturales de prestige de Béziers, témoignant de l’époque brillante que la ville a connue au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

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Le 30 décembre 2020, un Permis de Construire (PC 34032 20 T0252), au nom de Combier Frédéric et SASU Angelotti Promotion, a été déposé en mairie. Il prévoit la « démolition et la construction de deux bâtiments de 40 logements répartis dans les deux bâtiments » au 1er avenue Enseigne Albertini. Actuellement, le PC n’est pas encore validé et donc il n’est pas consultable. La villa Rey et son parc se retrouvent t’ils menacés ? À partir de ces éléments, nous pouvons définir 2 hypothèses : soit la division parcellaire crée un terrain où seront construits les 2 immeubles et un autre pour la villa ; soit les 2 parcelles correspondent aux 2 immeubles et la villa disparaît.

D'après la page Facebook de la ville de Béziers, la villa serait conservée. Mais plusieurs questions se posent alors. Que va devenir cette villa ? Sera-t-elle rénovée et par qui ? Dans quel but ? Les abords de l'édifice et les arbres seront-ils préservés ? Le parc restera-t-il visible depuis la place du temple, lui qui offre une respiration urbaine, un point de vue paysager et un îlot de fraîcheur, rendu de plus en plus essentiel dans le contexte du réchauffement climatique ? Les perspectives seront-elles conservées ? Pourquoi construire un si grand nombre de logements sur une parcelle si restreinte étant donné le caractère unique de ce lieu ?

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Ces inquiétudes sont légitimes au vu des multiples défigurations qu'a subi ce quartier depuis des années : destruction de la caserne militaire contre l’avis de la population, construction en cours de l'immeuble Gazechim qui enclave déjà le secteur, la villa « Pallot », de la même époque, qui a elle aussi failli disparaître sur l'avenue Duguesclin. De plus, en déclassant le parc qui était un « espace boisé protégé », celui-ci se retrouve donc à la merci des promoteurs.

En outre, en 2017, un précédent projet envisageait déjà la destruction de la villa et du parc ! L’UDAP, Unité Départementale de l’Architecture et du Patrimoine, était intervenue afin de donner un avis simple à son encontre. Il précisait dans sa conclusion :

« L’évolution du contexte urbain n’a pas encore gommé le caractère initial, qu’il pourrait convenir, non pas forcément de conserver tout à fait tel quel mais dont il faut s’inspirer pour toute évolution de la parcelle : d’une part par la valeur historique et architecturale de la villa Rey, d’autre part par la respiration urbaine que le parc représente à l’échelle du quartier. La transformation radicale par une opération immobilière dont le seul but réside dans sa rentabilité́ reviendrait à nier la politique urbaine actuelle de la ville de Béziers, ajouterait de la banalité́ et empêcherait de croire à un futur désirable dans la ville existante ».

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Nous espérons que celui-ci sera lu et privilégié dans ce cas présent. En tout cas, c’est ce qu’annonce le nouveau PLU qui est en cours de révision. Nous faisons appel au maire de la ville, Robert Ménard, pour qu’il soit un ardent défenseur de sa protection.

Lien vers la pétition : https://www.change.org/villarey-beziers

Association pour la Protection du Patrimoine Biterrois
Le 11 mars 2021


Crédits photographiques : APPB

Offrons un avenir au patrimoine de Tende


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Nous vous l’avions annoncé il y a quelques semaines, nous accompagnons dans le cadre de notre opération « Solidarité Patrimoine », la sauvegarde et la restauration des fontaines de la commune de Tende — commune qui, rappelons-le, porte toujours les stigmates de la tempête Alex et qui a bien besoin du soutien de tous.

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C’est une jeune femme de 23 ans qui est à l’origine de ce projet et nous ne pouvions que nous associer à elle, ainsi qu’à l’association SOS Patrimoine Tende. Dès l’annonce de l’opération dans la presse locale, le succès a été au rendez-vous, puisqu’un mécène s’est fait connaître immédiatement. C’est la raison pour laquelle trois édifices de notre liste ont déjà un parrain.

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Mais soyez rassurés, il en reste beaucoup d’autres qui attendent patiemment celles et ceux qui seront en mesure de leur assurer un avenir. Les montants étant relativement élevés, nous pensons que ce seront des entreprises qui parraineront ces fontaines et ces lavoirs, mais les particuliers sont évidemment les bienvenus. Dans un cas comme dans un autre, les dons peuvent se faire dans le cadre de la défiscalisation.

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Afin que tout le monde puisse participer et apporter « sa pierre à l’édifice », nous avons décidé de réserver une fontaine dans le cadre d’une souscription collective. Vous aurez ainsi la possibilité de faire un geste, aussi modeste soit-il, et ainsi assurer l’avenir de cette belle fontaine qui n’attend plus que vous. Là encore, votre don s’inscrit dans le cadre de la défiscalisation et un reçu fiscal vous sera délivré automatiquement par la plateforme Helloasso. Nous rappelons qu’au moment du paiement la plateforme vous propose de faire un don supplémentaire pour son fonctionnement et que cette action n’est en aucun cas obligatoire. Si vous ne souhaitez pas y contribuer, il suffit de cliquer sur « modifier ».

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Vous souhaitez participer ?

Pour le parrainage des fontaines et lavoirs, merci de nous contactez par mail : contact@solidaritepatrimoine.fr

Vous souhaitez faire un don pour notre projet collectif ? Cliquez sur le lien ICI.

Pour tout renseignement complémentaire n’hésitez pas à nous contacter : urgences.patrimoine@gmail.com

Télécharger le document de l’opération de parrainage ICI.


Sauver l’église Saint-Martin de Vernas : un rêve devenu réalité !


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Vernas, petit village de 300 âmes, situé tout près de la cité médiévale de Crémieu, au nord du département de l’Isère, se distingue par son patrimoine, avec ses belles maisons en pierres, sa chapelle, ses deux châteaux, et son ancienne église. Une église élevée sur un promontoire dans un cadre bucolique, vraisemblablement à l’emplacement d’un premier édifice.

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C’est donc entre 1840 et 1844 que l’église Saint-Martin, deuxième église paroissiale de Vernas, est construite sur un terrain appartenant alors à Eugène Dauphin de Verna, commanditaire. Demeure toujours dans l’édifice, le caveau familial de ladite famille.

Le clocher carré est accolé au milieu du chevet. La nef et les chapelles latérales sont voûtées d'arêtes, et le chœur voûté en cul-de-four. En 1844, la cloche est fondue par Burdin ainé, fondeur à Lyon.

Un siècle plus tard, en 1946, l’église est désaffectée. Dès lors, le monument est livré à Dame nature et le temps fait son œuvre… En 1965, son toit commence à s’effondrer et en 1990 c’est au tour du clocher. Ces vestiges font aujourd’hui partie intégrante du paysage, mais qu’en sera-t-il dans quelques années ?

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Il était donc urgent pour plusieurs passionnés du patrimoine, élus locaux et habitants de se mobiliser pour sauver ce patrimoine en péril. En 2020, la réflexion pour un projet de sauvegarde puis de restauration est lancée. Eglise privée et désacralisée, elle est cédée par les descendants actuels de la famille Dauphin de Verna pour un euro symbolique à la commune. Pour concrétiser ce projet, est née le 6 mars 2021, l’association ANREV (Association Nouvelle de Restauration de l’Eglise de Vernas). Petit clin d’œil avec l’acronyme : ANREV effet miroir du nom du village VERNA.

Les membres de la toute nouvelle association sont conscients du défi qui les attend, un travail sur plusieurs années mais c’est avant tout une belle aventure humaine qui s’annonce : restaurer pour transmettre des valeurs et faire vivre un patrimoine local avec la perspective finale d’un lieu culturel ouvert aux habitants et visiteurs de passage. Un projet qui se veut aussi fédérateur et structurant au-delà de la commune, à l’échelle d’un territoire, celui des Balcons du Dauphiné sur lequel se trouve Vernas.

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La restauration de l’église engagera des travaux de maçonnerie, taille de pierres, charpente, couverture. Pour ce faire, ce seront les matériaux locaux qui seront privilégiés issus de la filière pierre, bois et lauzes. On estime le besoin à 70 m3 de chêne de pays pour la charpente, et 500 m2 de lauzes locales pour la couverture. A cela s’ajoutera la pierre de pays pour la consolidation des façades. Ce projet prendra la forme d’un chantier école, un chantier de transmission des savoirs faire. L’association a mis en place un collège d’experts "bénévoles" à visées scientifiques pour lever doutes et questionnements autour de la restauration de l’édifice, éviter les erreurs du passé.

Mais au préalable, il va falloir d’abord se consacrer à la sécurisation du site, à son débroussaillage et au nettoyage de ses abords, une première étape pour 2021.

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Le projet vous intéresse ? Alors n’hésitez pas, rejoignez-nous, apportez vous aussi votre pierre à l’édifice !

Contact Association ANREV
Siège : Mairie de Vernas, Grande Rue – 38 460 VERNAS
anrev.vernas@gmail.com
https://www.facebook.com/anrevernas



Crédits photographiques: Association ANREV

Arras : le projet de réhabilitation de l’Abbaye fait débat


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Si, en tant que défenseurs du patrimoine, nous sommes très souvent favorables aux projets de réhabilitations, certains sont plus épineux que d’autres. C’est le cas de la réhabilitation de l’Abbaye de Saint-Vaast qui semble encore très floue. Nous publions donc ici l’article du collectif de sauvegarde local qui alerte, non pas sur le fond, car bien évidemment l’Abbaye a besoin de soins urgents, mais sur la forme.

Cela nous rappelle la récente affaire du Domaine de l’Abbaye de Pontigny que la Région Bourgogne Franche-Comté a cédé à un groupe hôtelier sans grande transparence, ni concertation publique.
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Saint-Vaast, catéchiste de Clovis, roi des francs, fit construire une chapelle à l'endroit où, plus tard, guidés par Saint Géry et Saint Benoît, des moines décidèrent d'y implanter leur abbaye.

L'abbaye Saint-Vaast d'Arras est à l'origine un monastère bénédictin fondé au VIIe siècle. Un phare culturel, religieux et économique jusqu'au XVIIIe siècle, autour duquel se construira le village de Nemetacum puis la ville d'Arras.

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Tour à tour église, monastère, église abbatiale, cathédrale, le lieu abrite aujourd’hui notre musée des beaux-arts. Le bâtiment en lui-même est l’un des plus importants de notre ville. Notre patrimoine est ce socle commun que nous partageons avec tous les arrageois, avec tous les français. Malheureusement ce patrimoine est en danger.

Le maire d'Arras, Frédéric Leturque, la mairie, la communauté urbaine d'Arras et tous les organismes concernés ont validé un projet d'envergure. Véritable projet pilote pour certains, abomination pour d'autres. Un accord a été convenu entre nos représentants et un grand groupe hôtelier américain : Marriott International.

Marriott International est une société par actions dont l'actif majoritaire est constitué par les établissements hôteliers. Leur chiffre d'affaires s'élève à plus de 15 milliards de dollars américains, annuellement.

L’investisseur privé, choisi en toute opacité — qui n’est ni un mécène, ni un philanthrope — arriverait-il avec son projet clé en main d’hôtel de luxe pour réaliser une obscure opération financière et profiter de l’argent public ? C’est la question que nous sommes nombreux à nous poser au sein de l’association de sauvegarde de Saint Vaast.

Le projet est le suivant : installer un hôtel et un restaurant de luxe dans l'abbaye Saint-Vaast, plus précisément sur 10.000m2, ce qui constitue quasiment la moitié de la superficie de notre lieu. L'autre partie est occupée par le musée des beaux-arts et notre médiathèque municipale et il n'existe aucune séparation entre les deux parties actuellement.

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Les défenseurs du projet avancent l'état vétuste d'une grande partie de l'abbaye. Effectivement, le coût de rénovation de l'intégralité du bâtiment est estimé à 60 millions d'euros par l'équipe du maître d'œuvre du projet. 20 millions seront apportés par la mairie, quant aux 40 millions restants, c'est le groupe Marriott International qui financera. Dans les faits, les choses ne sont jamais aussi simples et la mairie et la communauté urbaine font tout pour rendre le dossier le plus opaque possible. Tellement opaque qu'après plus d'un an, personne ne sait dire en quoi consiste exactement ce projet de rénovation et d'installation d'un hôtel et d'un restaurant de luxe, car l'un ne va pas sans l'autre.

Notre musée des beaux-arts ne serait pas « vétuste » si les pouvoirs publics l'avaient entretenu régulièrement lors des dernières décennies. Notre musée ne serait pas à moitié vide si les réserves n'avaient pas été externalisées au fil du temps. Notre musée a été vendu au m2 à un partenaire privé pour son état critique. Ceux qui l'ont vendu et ceux qui en avaient la charge sont les mêmes personnes.
Une association, créée récemment, « Les amis de l'abbaye Saint-Vaast », a lancé une pétition pour avertir les pouvoirs publics du point de vue d'une partie grandissante des riverains et des arrageois. Une opposition légale existe et, politiquement, tant la droite que la gauche radicale se sont exprimés contre le projet de la mairie et de la communauté urbaine.

Voici le lien pour signer cette pétition contre le projet d'hôtel et restaurant de luxe dans l'abbaye d'Arras
ICI.

La majorité des habitants que vous interrogerez seront contre ce projet, et malheureusement une part encore importante de la population n'est pas au courant de ce qui se trame au-delà de cette grande cour pavée, derrière ces façades à l'histoire plus que millénaire.

Les travaux doivent commencer dans le courant de l'été 2021 et si l'hôtel de luxe doit prendre la moitié de la superficie de l'abbaye, quelle place prendra le restaurant ? Où se fera l'entrée ? Les travaux impacteront-ils le trafic du musée et de la médiathèque ? les travaux rendant le parking inaccessible, le centre-ville risque d'être engorgé pendant des mois. Ce ne sont là que quelques-unes des questions que nous nous posons tous.

Nous comprenons, en dépit de laborieuses précautions oratoires, que la finalité du projet se révèle être bel et bien un complexe hôtelier utilisant le pôle culturel comme prétexte et faire-valoir.
Au-delà des considérations matérielles, certains ont peur de voir notre patrimoine, notre histoire, notre ville disparaître au nom de la spéculation et de la standardisation.

Nous souhaitons qu'au minimum la mairie, la CUA et le groupe Marriott international présentent leur projet intégral, clairement et simplement à tous les arrageois et artésiens, qu'un referendum d'initiative local soit tenu à Arras et que les citoyens puissent s'exprimer sur un bien qui leur appartient encore mais qui menace leur médiathèque, leur musée des beaux-arts, leur abbaye.

Félix d'Artois

Nous vous conseillons également la lecture de l’article d’Anne-Sophie Hourdeaux pour Lille Actu ICI.

Regarder la vidéo du projet : https://youtu.be/-0e2x0Kamxo


Crédits photographiques : photo 1 :Philippe Frutier/ Lille Actu ; photos 2 et 3 : Maes Architectes Urbanistes

Château de Westhove : 1 euro pour un avenir


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Situé à Blendecques, à quelques kilomètres de Saint-Omer, le château de Westhove attend désormais celui ou celle qui saura lui donner un avenir.

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Il y a trois ans, André Bideaux, président de l’association « L’élan de Westhove », nous appelait à l’aide pour sauver l’édifice d’une possible démolition, sa réhabilitation étant trop coûteuse pour la commune. Mais sans l’appui de l’État et des collectivités locales, difficile de trouver la manne financière nécessaire à sa restauration. Nous avions évoqué alors la possibilité d’une vente, qui nous semblait être une alternative judicieuse afin d’éviter la démolition.

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Après des mois sans solution, la commune s’est dirigée vers cette option, non sans avoir essayé, notamment avec l’aide de la DRAC, de trouver d’autres alternatives. Hélas, la DRAC n’a jamais répondu aux sollicitations de Monsieur Ben Amor, maire de Blendecques.

Ce dernier, lassé par les tergiversations des uns et des autres et sans solution à la clé, s’est donc résigné à céder le château pour l’euro symbolique à un repreneur sérieux. Nous nous réjouissons de cette décision, car il y a vraiment urgence.

L’édifice a été érigé en 1900 par un riche industriel local. L’intérieur, qui hélas est aujourd’hui dans un état préoccupant, était paré de riches décors en stuc, dont il reste encore quelques vestiges. Les moindres détails décoratifs attestaient de l’opulence de son riche propriétaire. Seuls les plafonds peints nous rappellent la richesse des ornements.

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Si la mise hors d’air et hors d’eau semble raisonnable en termes de prix, la réhabilitation intérieure représentera un budget colossal.

Le château de Westhove est inscrit au titre des Monuments Historiques — ce qui en théorie, permet d’accéder à des subventions de la DRAC, mais il faudra tout de même avoir une solide trésorerie pour se lancer dans l’aventure.

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C’est d’ailleurs pour cette raison que Monsieur le Maire nous a sollicité. En effet, fin 2020, un repreneur providentiel s’était fait connaître. Il avait même commencé à débroussailler et à faire quelques petits travaux sommaires, mais les choses se sont arrêtées là. Le repreneur souhaitait acquérir de nombreuses parcelles de terrain supplémentaires, que la commune n’était pas en mesure de céder — notamment, les deux terrains de foot situés à proximité immédiate, ce qui aurait privé les habitants de ces précieuses infrastructures sportives. De plus, les capacités financières du repreneur semblaient insuffisantes et, surtout, sa méconnaissance de la restauration du patrimoine et des obligations à la fois techniques et financières ont stoppé net le projet de vente. Nous sommes les premiers à le regretter, mais nous insistons sur le fait que l’on ne rachète pas un tel édifice comme on achète sa baguette de pain le matin.

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Le château est vendu avec une parcelle d’environ 8000 m2, et il sera impossible d’essayer d’en obtenir plus. Ce qui nous conduit à penser que le projet de réhabilitation conviendra plus à un entrepreneur ou un promoteur qu’à un particulier qui souhaiterait y habiter. Mais tous les projets sont recevables à partir du moment où l’édifice est respecté dans son ensemble et que la réhabilitation se fait dans un délai raisonnable ce qui nécessite de fait, un capital financier important.

Car s’offrir un tel bien pour 1 euro semble séduisant, mais il n’est pas question d’envisager une quelconque vente sans un solide projet.C’est la raison pour laquelle Urgences Patrimoine sera en charge de la sélection des projets. Il sera inutile de contacter la mairie, monsieur le Maire nous ayant délégué tout pouvoir pour retenir les projets les plus viables.

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Cela représente une très grosse responsabilité et un énorme défi, car si nous ne trouvons pas de repreneur en capacité d’offrir un avenir au château de Westhove, alors il sera démoli. Mais nous restons persuadés que, comme nous l’avons déjà fait dans les Hautes-Alpes pour une maison médiévale à Orpierre, nous trouverons l’acquéreur providentiel et fiable.

Merci de bien vouloir réfléchir avant de nous contacter pour de plus amples renseignements, car nous avons déjà un travail colossal à réaliser pour la sauvegarde du patrimoine sur l’ensemble du territoire. Nous ne répondrons qu’aux personnes qui ont un projet réaliste.

Et, comme il est de coutume de dire, « Pas sérieux s’abstenir ».

Nous remercions monsieur le Maire pour sa confiance, ainsi que les élus qui nous accompagnent dans ce projet. Merci également à Stéphane Bern qui nous a apporté son soutien au moment où nous envisagions encore de trouver une solution pour que Blendecques reste propriétaire de l’édifice. Il vient de nous assurer de son soutien dans ce projet de vente.

Nous contacter : urgences.patrimoine@gmail.com

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Crédits photographiques : photos 1-2-3-4 : André Bideaux ; photos 5-6-7 : Jean-Paul Darques

Le 46 rue des Trois Frères, témoin d’un Montmartre en danger


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Montmartre est sans conteste l’un des quartiers les plus aimés de la capitale, tant des Parisiens que des visiteurs du monde entier, et son attractivité repose très largement sur son patrimoine architectural, et la physionomie unique de ses rues.

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On pourrait supposer que la Mairie de Paris aurait à cœur de protéger ce patrimoine, qu’elle projette d’ailleurs de faire inscrire au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Malheureusement, les actions de l’équipe municipale en place démontrent précisément l’inverse.

La Ville de Paris a ainsi accordé un permis de construire à la RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris) pour un projet de démolition-reconstruction de l’immeuble montmartrois de la fin du XIXe siècle situé au 46 rue des Trois Frères, dans le 18ème arrondissement de Paris.

Le projet consiste à raser ce bâtiment bas de 2 étages, caractéristique de l’habitat ancien du quartier, pour construire à sa place un immeuble de 5 étages en béton, deux fois plus haut, et s’avançant sur la cour pour la réduire de moitié.

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Non content de détruire ce bâtiment historique, ce projet conduirait à la perte d’une “dent creuse”, qui crée pourtant la silhouette caractéristique des rues de Montmartre, et de la rue des Trois Frères en particulier.

À travers ce permis de construire, la Mairie de Paris exprime son total mépris pour l’avis de la Commission du Vieux Paris, qui a été consultée sur ce projet, et s’y est opposée sans équivoque :

“La Commission s’oppose à la perte de ce bâtiment très simple, caractéristique de l’habitat ancien du quartier et dont l’échelle basse marque le paysage architectural de la rue.”

L’immeuble du 46 rue des Trois Frères a en effet été construit en 1881 par l’architecte Thominot, pour les héritiers de la famille Braund, et présente toutes les caractéristiques de l’habitat faubourien, avec son toit de tuiles, ses façades enduites et ses bandeaux filants qui soulignent les niveaux sur rue. Les fenêtres côté rue présentent encore leurs garde-corps d’origine.

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C’est donc un marqueur historique de la fin du XIXe siècle, qu’il faut à tout prix conserver.

Le bâtiment nécessite une réhabilitation intérieure, personne ne le nie, mais celle-ci n’a jamais été sérieusement envisagée par la Ville de Paris, qui n’a été en mesure de produire aucune étude de faisabilité – alors même que la conservation du patrimoine fait officiellement partie des engagements de Paris, à travers son Plan Action Climat de 2017 et son Pacte de la Construction parisienne de 2021.

Les riverains sont nombreux à s’élever contre ce projet : la pétition qu’ils ont lancée réunit à ce jour plus de 5,800 signataires.

Ils se sont constitués en collectif et ont multiplié les recours : auprès du Tribunal administratif d’abord, pour tenter de faire annuler le permis de construire, et en interpellant les élus de l’équipe municipale, trouvant des soutiens dans l’opposition qui se mobilisent eux aussi pour préserver le patrimoine.

Mais l’exécutif refuse toujours de revoir le projet, et persiste à privilégier le béton et la densification, sans égard pour le patrimoine unique du quartier.

Ce qui se joue autour de ce bâtiment est capital pour l’avenir de Montmartre. Si la municipalité n’est pas capable de reconnaître la valeur des témoins architecturaux du quartier, même simples, et les détruit dès que c’est possible pour bétonner et densifier toujours plus, il ne restera bientôt plus rien du patrimoine architectural de Montmartre.

Collectif de sauvegarde du 46 rue des Trois Frères.

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Crédits photographiques : Collectif de sauvegarde du 46 rue des Trois Frères

Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation


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Nous avons déjà publié ce précieux document. Toutefois, comme suite à l’article publié hier, nous le mettons à nouveau en ligne.

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Pour tous les passionnés et les amateurs de patrimoine funéraire, mais également les associations et les collectivités territoriales, ce riche document, mis en ligne par le Ministère de la Culture, vous sera d’une aide précieuse et apportera des réponses à vos questions.

« La mission de l’Inventaire général du patrimoine culturel publie un nouveau volume de la collection Documents & Méthodes, fruit d’une collaboration avec la cellule Patrimoine du service des Cimetières de la Ville de Paris. […] Vocabulaire, décryptage des symboles et de l’ornementation funéraire, analyse des formes, exemples d’études de cimetières, protections patrimoniales et tentatives de plans de gestion, expériences de valorisation des bâtiments et des tombeaux, transformations en jardin public à l’occasion du passage au zéro phyto… sont autant de sujets abordés dans ce manuel. Sa vocation est d’apporter aux professionnels du patrimoine, comme aux gestionnaires des collectivités territoriales, aux associations locales, comme aux étudiants, des outils pour mieux comprendre ce patrimoine et lui permettre de trouver sa juste place parmi les marqueurs du territoire. »

DUHAU Isabelle, GROUD Guénola (dir.), Cimetières et patrimoine funéraire. Étude, protection, valorisation. Paris, Ministère de la Culture, direction générale des Patrimoines, 2020, 365 p. (Documents & Méthodes, ISSN 1150-1383 ; 12). ISBN : 978-2-11-162044-5.

Télécharger le document PDF en cliquant ICI.


Crédits photographiques : Ministère de la culture.

Quel avenir pour le patrimoine funéraire ? Une étudiante Normande s’interroge.


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Même si depuis quelques années le patrimoine funéraire connaît un regain d’intérêt, le constat alarmant d’Anaïs Poitou pose des questions.
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Anaïs Poitou est étudiante en Master Patrimoine à l'université de Rouen. Suite à sa Licence d’Histoire, elle a choisi le domaine patrimonial pour élargir son champ d’étude ; et plus particulièrement le patrimoine funéraire pour lequel elle porte un grand intérêt.

Aller dans un cimetière, c’est marcher entre les tombes dans le silence et dans le respect. Parfois, c’est pour rendre visite à un être cher. D’autres fois, c’est pour admirer certaines pierres tombales dans le calme. Pour le visiteur qui passe, les pierres tombales témoignent d'une absence, mais pour les proches des défunts, cette absence fait partie de la mémoire et de l’affect. Au cœur des cimetières, c’est avant tout l’absence du monde des vivants que l’on remarque.

Tout comme l’architecture des villes, l’architecture funéraire n’a pas cessé d’évoluer depuis de nombreux siècles, que ce soit pour les grandes élévations monumentales ou encore pour les pierres tombales. Les manières de procéder aux adieux avec le défunt ont aussi évolué : si l’inhumation fut longuement favorisée en France avec la religion chrétienne, la crémation semble aujourd’hui la surpasser en nombre depuis quelques décennies. Ce changement apporte de nombreuses modifications au cœur des cimetières car les colombariums remplacent les tombes et accueillent des cendres et non des corps : le paysage funéraire que nous connaissons est en pleine mutation. Par leur histoire mais aussi en raison de leur place au cœur de notre passé, les cimetières font partie de notre patrimoine, et chacun d’entre eux, peu importe la région ou même le pays, reflète l’histoire de nos ancêtres encore visibles dans le paysage de ces lieux.

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Une allée bien entretenue du Père Lachaise

On compte un certain nombre d'élévations funéraires entourées de clôtures en pierre ou en métal. Ces clôtures se situent autour des concessions pour en démarquer le territoire mais aussi pour éviter qu'on ne marche dessus. Nous pouvons aussi retrouver les nombreuses croix chrétiennes servant à situer une tombe et à témoigner de sa condition religieuse. Les élévations funéraires peuvent être très basses à l’horizontale, des pierres tombales simples composées d’un unique monolithe recouvrant le défunt, avec une stèle servant à reconnaître l’emplacement du caveau. Certaines stèles peuvent être très hautes, voire surélevées par de hautes décorations comme une croix, ce qui est rarement le cas pour les plus modestes. La plupart des décorations funéraires datant du XIXe siècle suivent d’ailleurs un courant décoratif se rapprochant de l’Antiquité, comme on peut le voir avec les urnes ou encore avec les obélisques que l’on peut trouver sur certaines pierres tombales.

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Tombe à l'abandon du cimetière monumental de Rouen, où l'on devine une ancienne protection sous forme de verrière.

Si les formes diffèrent selon les régions, c’est aussi le cas pour les matériaux qui ne sont jamais les mêmes : on privilégie par exemple le grès en Alsace, alors qu’en Bretagne on utilise du granit. De nombreux cimetières furent transformés en cimetières-parcs afin d’accueillir les proches dans un cadre plus agréable, avec des arbustes, arbres et plantations mis en valeur. Mais aujourd’hui, on remarque que, pour la plupart, ces plantations misent en place au XIXe et XXe siècles ont disparu du fait de leur non-entretien. Aujourd’hui, très peu d’entre-elles restent visibles.

Le paysage naturel et minéral que nous connaissons dans nos cimetières fait partie de nos vies, mais il y eut un certain bouleversement au XIXe siècle. On trouve associés des tombeaux temporaires et d’autres qui perdureront, des petits tombeaux comme des tombeaux monumentaux : ils font partie du paysage depuis leur mise en place. Aujourd’hui, la concession perpétuelle tend à disparaître en raison du manque d’entretien et de l’effondrement de bien des tombes. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une industrie funéraire s’est mise en place et on trouve généralement dans les parties les plus récentes de nos cimetières une sorte de « style » funéraire avec une simple dalle et une pierre tombale, souvent diversifiée par la couleur de la pierre. Au chapitre de la personnalisation, les pierres tombales ne sont plus vraiment gravées avec de longues épitaphes individualisées, car on y appose désormais de petits objets en marbre ou du mobilier funéraire rappelant la mémoire du défunt. L’apparition des columbariums mais aussi des jardins du souvenir au XIXe apporte une modification aux cimetières, suite à la légalisation de la crémation. Néanmoins, de nombreuses tombes du passé furent relevées pour abandon ou encore pour délabrement, ce qui explique qu’on en trouve de moins en moins — même dans le cas de concessions dites perpétuelles.

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Plusieurs monuments funéraires monumentaux au cimetière du Père Lachaise

Aujourd’hui, de moins en moins de monde se déplace au cimetière pour aller rendre hommage aux défunts, excepté peut-être lors de la Toussaint. Les pratiques ont énormément changé, car au XIXe et au XXe siècles, il était courant de rendre hommage à ses proches en se rendant régulièrement au cimetière. De nos jours, les élévations funéraires semblent aujourd’hui suivre une norme — celle de l’industrie funéraire.

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Partie contemporaine du cimetière Saint-Louis d'Evreux

J’ai toujours aimé me rendre dans les cimetières afin d’y passer du temps et observer les tombes, leurs évolutions et les bribes d’histoire que l’on peut observer sur ces « dernières demeures. » Depuis quelques années, je mène des recherches concernant mes ancêtres dans le cadre de la généalogie et les cimetières se trouvent au cœur de mes découvertes, dans la majeure partie des cas. L’année dernière, j’ai passé un long moment à me perdre dans le cimetière monumental de Rouen sans y croiser aucun visiteur et j’ai trouvé cela dommage : ce cimetière est l’un des rares espaces verts de la ville de Rouen.

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L'un des quelques caveaux « ouverts » du cimetière Saint-Louis d’Evreux

Je me suis toujours intéressée aux cimetières et au patrimoine funéraire. C’est un patrimoine que je trouve sous-estimé et très souvent en mauvais état ; un patrimoine qui a besoin d’être entretenu et rénové. J’ai toujours apprécié de me balader dans les cimetières, que ce soit en France ou ailleurs car ils nous permettent d’en découvrir beaucoup sur une culture, une région ou un pays. Mais au cours de mes nombreuses balades qui se concentrent principalement autour des cimetières normands, j’ai fait un constat alarmant : de très nombreuses tombes sont dans un état d’abandon total et certaines d’entre elles sont même au bord de l’affaissement ou de l’écroulement. Ma dernière visite au cimetière d’Evreux, pour aller fleurir les tombes, s’est d’ailleurs révélée être une désagréable surprise : j’y ai trouvé de nombreux caveaux pratiquement ouverts dans la partie la plus ancienne du cimetière.

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Tombe en bon état d'un point de vue extérieur, mais complètement affaissée et ouverte au cimetière monumental de Rouen

Les concessions à perpétuité misent en place au XIXe siècle avaient pour but de conserver leurs places ad vita aeternam. Mais, depuis plusieurs décennies, leur état d’abandon pousse les administrations des cimetières à les relever, afin de libérer leurs places pour de nouvelles concessions. Cette manière de faire est immorale vis-à-vis du défunt qui a payé sa place pour « passer sa mort » à l’endroit de son choix. Mais si ces sépultures sont aujourd’hui menacées, c’est parce que bien souvent les familles ont disparu, ou bien les descendants ont déménagé et ont oublié qu’ils avaient des ancêtres dans tel ou tel cimetière. Ces abandons, qu’ils soient volontaires ou non, sont une catastrophe pour les cimetières, car certaines tombes se retrouvent alors dans un état déplorable. Si certains secteurs sont visités régulièrement dans les parties les plus récentes des cimetières, d’autres comme les plus anciennes sont souvent abandonnés. En effet, de nombreux cimetières ont été agrandis avec le temps et sont devenus de véritables pôles de biodiversité où la nature a repris ses droits en recouvrant les tombes de racines et de mousse dans les secteurs les plus anciens. Si cela est une preuve que la nature reste toujours maîtresse des lieux, il est triste de voir la dégradation de tombes de cette manière pour cause de non entretien, car il suffit parfois d’un bon décapage pour qu’une tombe soit comme neuve.

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Une partie du cimetière monumental à Rouen totalement à l'abandon

Malheureusement, pour la grande majorité des cas, mes différentes visites me prouvent que notre patrimoine funéraire tombe en ruine. Le non-entretien et l’abandon de nombreuses tombes depuis des décennies est de plus en plus visible, que ce soit pour les tombes des illustres comme pour les tombes d’inconnus. Si la nature ajoute parfois un caractère romantique à quelques pierres tombales, la mousse ne fait que détériorer et fragiliser la pierre. Certaines inscriptions sur les dalles comme sur les pierres tombales sont devenus illisibles avec le temps. Dans le cadre de la généalogie, c’est parfois un véritable calvaire pour les recherches. Ce constat alarmant concerne tous les cimetières, qu’ils soient petits ou grands ou qu’ils se situent dans les villes comme dans les campagnes. Même les grands cimetières labellisés Cimetière Remarquable d’Europe tels que ceux de Paris, de Lyon, de Rennes ou de Rouen, mériteraient un regain d’intérêt qui pourrait leur être salvateur, notamment le cimetière monumental de Rouen.
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Une tombe moussue du cimetière monumental de Rouen


Crédits photographiques : Anaïs Poitou

Les objets disparus de l'Elysée

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La Présidence de la République, ce sont 77.370 tapis, meubles, pendules, déposés à des fins de décorations ou usuelles par différentes institutions (le Centre national des arts plastiques, la Manufacture nationale de Sèvres, le Mobilier national, le Service des musées de France, le Musée national de la marine ou le Service historique de la Défense), dans diverses résidences (le palais de l’Elysée bien sûr, mais également trois bâtiments de la rue de l’Elysée, l'hôtel de Marigny, le palais de l'Alma, le pavillon de la Lanterne et le fort de Brégançon).

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Mais ce sont aussi, selon la Commission de récolement des dépôts d'œuvres d'art (CRDOA), 57.165 biens recherchés depuis le XIXe siècle, parmi lesquels l'Oiseau bleu de François-Xavier Lalanne ou une chaise Empire Jacob-Desmalter en acajou verni. Soit un taux de disparition de 73,82 %.

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Alertée de cette inquiétante disparition du patrimoine mobilier mis à la disposition de la présidence de la République, la Ministre de la Culture était interrogée par la députée Marie-France Lorho sur les mesures mises en place par le gouvernement pour éviter les dilapidations et appropriations frauduleuses et pour retrouver les biens volatilisés.

Dans une réponse publiée au Journal Officiel le 16 février 2021, la Ministre de la Culture a tenu à rappeler que 92% des dépôts manquants correspondaient à des pièces de services de table fournies par la Manufacture de Sèvres et qui ont fini brisées. C’est ainsi plus de 1,6 tonne de porcelaines qui a été retournée par la présidence à la Manufacture de Sèvres entre 1960 et 2009.

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Quant aux moyens déployés par le gouvernement, ils se déclineraient suivant plusieurs axes :
  • les opérations de récolement, en plein essor
  • l’arrêt des dépôts de biens dont les conditions de conservation sont insuffisantes
  • la multiplication des plaintes et signalements visant les biens manquants

Néanmoins, selon la synthèse publiée par la CRDOA le 19 juillet 2019, seulement 15 biens ont fait l’objet d’un dépôt de plainte et, sur 57.165 biens recherchés, ce sont 56.211 biens pour lesquelles les suites doivent encore être déterminées.

Faut-il s’en réjouir, la CRDOA rapporte que le taux de disparition « se compare favorablement » avec celui des autres grandes institutions telles que les services du Premier ministre, le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État ou encore le ministère de la Justice…

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Crédits photographiques : photo 1 : L’internaute/Cécile Debise; photo 2 : Artsper.com; photo 3 : Expertissime

Un espoir pour les bains-douches de la rue Muller à Montmartre

Jeudi 11 mars, lors du Conseil de Paris, les élus à l’unanimité ont demandé que le projet immobilier soit révisé. Pour une fois, la valeur patrimoniale du lieu fait partie du trio de tête des arguments et nous en sommes très heureux. Une première victoire pour les riverains opposés au projet, ainsi que pour le laboratoire Cyclope qui occupe les bains-douches de la rue Muller depuis 1998 et dont l’activité est menacée puisque, dans le projet du promoteur, les bains-douches doivent être démolis.

Unanimité des élus

Suppressions d'emplois, hyperdensification, casse du patrimoine : chacun s'accorde sur ces points. Emmanuel Grégoire (PS), premier adjoint d'Anne Hidalgo, en tête : « Ce projet est inopportun et mérite d'être retravaillé ». « Cependant, souligne Rudolphe Granier (Changer Paris, Républicains, Centristes et Indépendants...) , je ne suis pas confiant. Il reste une véritable ambiguïté. Je crains que le « dieu béton » dirige désormais le XVIIIe à la place de son maire, Eric Lejoindre ». [Source
Le Parisien]

Le promoteur n’a pas l’air d’être ouvert au dialogue, car d’après lui, ces bains n’ont aucune valeur patrimoniale ou historique. Pourtant, ne lui en déplaise, ils font partie de l’âme du quartier. Alors oui, effectivement, cet édifice ne date pas du XVIIIe siècle. Et alors ? Pourquoi ne pourrait-on pas être « jeune » et patrimonial ?

Cette photographie, transmise par la petite fille du photographe François Gabriel, habitant rue Muller au pied des escaliers qui mènent directement au Sacré coeur, parle d’elle-même. Elle a été prise entre 1939 et 1959 et nous rappelle que ce quartier a une âme, une histoire et qu’il est « patrimonial » dans son ensemble


Une chose est certaine, dénigrer avec un tel acharnement ce lieu ne peut que déplaire à la majorité d’entre nous. Voici un extrait de l’article du
Figaro du 10 mars dans lequel le promoteur livre ses arguments :

« Pour le promoteur Pierre-Philippe Caneri, cette question patrimoniale n’a pas lieu d’être. Lors d’une réunion le 24 février avec élus et habitants, celui-ci a décrit l’intérieur du bâtiment comme « totalement sordide », « ignoble », « vraiment très laid » ou encore « dégueulasse ». Et de marteler que ces locaux n’ont « aucun intérêt historique et aucun intérêt architectural ».


Maintenant que la mobilisation est forte, l’inquiétude des riverains et des élus tombe sous le sens, et en creusant un peu on s’aperçoit que de nombreuses zones d’ombres restent à éclaircir.

Élus et riverains s’inquiètent enfin de la fiabilité de l’homme d’affaires Pierre-Philippe Caneri. Lequel aurait, selon ses détracteurs, liquidé plusieurs sociétés par le passé. Olivier Menez craint que l’histoire ne se répète, citant l’exemple d’un immeuble du quartier, rue Feutrier, au début des années 2000. « Le promoteur a fait faillite, des fissures sont apparues à cause de cette construction mais les copropriétaires n’ont jamais pu obtenir de dommages et intérêts. Si ça nous arrive, qui va payer ? », interroge-t-il. « La mairie avait demandé de créer des parkings en sous-sol. C’est ça qui a déstabilisé le bâti. Nous, on ne va creuser que 80 m² de cave », réfute le promoteur. « M. Menez joue sur les peurs », déplore-t-il, tout en précisant qu’il en est à sa sixième opération immobilière de ce type.


« Je ne comprends pas pourquoi on me fait ce procès politique en sorcellerie. On se croirait au Komintern en 1917 » (Pierre-Philippe Caneri, patron de la société G4CMU SAS)

Autre élément notable : selon les données gouvernementales d’Etalab, la parcelle a été achetée en août 2019 pour 2,6 millions d’euros, soit 2763 euros le mètre carré. Un montant « étrangement bas », d’après les détracteurs du projet. « À ce prix-là, la mairie aurait dû préempter et revendre avec la nouvelle sécurité du PLU, ou pour faire du logement social », ose l’écologiste Émile Meunier. Lui parle d’un promoteur « cow-boy », venu pour « faire un coup ». L’intéressé récuse formellement ces accusations, disant être un entrepreneur familial. « J’ai acheté à un propriétaire richissime de la rue, sans permis de construire. Il a essayé de vendre pendant deux ans à ce prix-là, sans y parvenir. Moi, j’ai mis l’argent sur la table. Un cow-boy aurait signé une promesse de vente et aurait fait traîner en cas de permis refusé pour acheter moins cher », tranche-t-il. Pour tenter de faire tout annuler, le gérant du laboratoire a déposé un recours gracieux auprès de la direction de l’urbanisme. Sans réponse de la part de la ville, un recours au tribunal administratif restera possible. Mais pas de quoi effrayer Pierre-Philippe Caneri. « Je vais perdre un an, mais je vais gagner », promet-il. » [Source : Le Figaro]

Nous pensons très sincèrement que ce monsieur est aveuglé par le pouvoir de l’argent et nous sommes rassurés de constater que pour une fois, ce pouvoir est contré.

Nous espérons qu’il y aura également une enquête quant au prix d’achat des immeubles, car moins de 3000 euros le m2 à Montmartre nous semble tout à fait irrationnel.


En revanche, une inquiétude vient noircir le tableau de cette première victoire : le permis de construire accordé par la ville est toujours valide, et nous regrettons qu’avant la signature de ce permis, il n’y ait pas eu d’enquête approfondie, d’autant que le permis en question a tout de même été refusé deux fois avant d’être accordé le 24 décembre dernier. Alors quel sera réellement l’avenir des bains-douches ?


Crédits photographiques : photo 1 : François Gabriel ; photos 2-3-4 : Collectif.

Un projet de décharge au pays de Madame de Pompadour

Christophe Guillouet, membre de la Société des Amis du Musée de Dreux et du collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 », nous raconte leur combat contre un projet de décharge menaçant un site patrimonial remarquable à Crécy-Couvé, près de Dreux.

C'était un beau samedi après-midi, pendant le weekend des Journées du Patrimoine. Nous étions allés rendre visite pour la première fois à une amie au moulin de la Bellassière, situé à quelques kilomètres de Dreux, ville dans laquelle nous venions de nous installer. Nous avions découvert ce jour-là un de ces jolis recoins qu'offre la vallée de la Blaise à quelques kilomètres à peine du centre-ville. Marie-Mercédès nous avait fait partager avec passion et gourmandise les charmes de son « jardin des six sens » et nous avions découvert un lieu étonnant, ce moulin atypique dont les origines remontent au XIe siècle, au cœur d'un site charmant où histoire, nature et patrimoine se conjuguent merveilleusement pour le plus grand bonheur des randonneurs, amateurs de vieilles pierres, petits et grands. Nous nous étions dits que c'est un site que l'agglomération devait chérir, protéger et mettre en valeur pour changer son image, injustement négative à notre goût, et stimuler son attractivité.

Malheureusement, ce qui devrait être et aurait dû demeurer un sanctuaire est aujourd'hui menacé. C'est avec incrédulité d'abord, avec consternation ensuite, que nous avons appris il y a quelques mois la présentation d'un projet de décharge dans une ancienne carrière en plein cœur de la vallée, à quelques mètres à peine des habitations, de plusieurs monuments historiques, de la faune et la flore relativement préservées depuis plusieurs décennies. Imaginez un peu : 14 hectares de poussières et de déchets, 23 ans d'allées et venues incessantes de camions déversant leurs gravats et, peut-être pire encore, un risque important de pollution de l'eau courante pour l'ensemble du pays drouais. Autant dire que ce lieu idyllique pourrait bientôt devenir un véritable cauchemar.

Mais avant d’en arriver là et de vous raconter notre combat et la manière dont vous pouvez nous aider, je voudrais vous donner les deux principales raisons pour lesquelles Crécy est pour nous un lieu si unique et si vital à préserver pour l’agglomération de Dreux.

Un témoignage singulier de l'histoire locale et nationale

Crécy, c'est tout d'abord un lieu où se conjuguent merveilleusement nature et histoire, cette dernière ayant depuis des siècles façonné le paysage et apprivoisé cette nature. Cette histoire, en tout cas ce qu'on en connaît, remonte au XIe siècle, où un château est mentionné sur les bords de la Blaise. Celui-ci est détruit par les anglais, puis reconstruit et certains éléments en sont encore visibles aujourd'hui. C'est surtout au XVIIIe siècle que le site connaît un développement spectaculaire. Dans les années 1730, le marquis de Crécy, Louis-Alexandre Verjus, fils d'un important conseiller d'Etat et diplomate du règne de Louis XIV, entreprend des travaux extrêmement ambitieux : démolition du « château vieux », creusement d'un canal sur plus de trois kilomètres, terrassements, achats de terrains... le tout en vue d'y faire construire un nouveau château et d'y aménager un domaine.

Il est finalement contraint de revendre le tout à Louis XV en 1746 qui l'offre à sa favorite, la célèbre marquise de Pompadour (1721-1764). Celle-ci va marquer profondément les lieux de son empreinte. Elle y fait faire d'importants agrandissements et de nouveaux aménagements. Louis XV y séjourne 23 fois entre 1746 et 1755.


Vue du château de Crécy au XVIIIe siècle


François Boucher (1703-1770). Portrait de la marquise de Pompadour. Huile sur toile (1756). Munich, Alte Pinakothek. (CC BY-SA)

Parmi les travaux les plus notables, on compte par exemple au sud l'ajout d'une façade factice au moulin afin de mettre en valeur la perspective. Le lieu sert, dans ces années Pompadour, de buanderie et, en hiver, d'orangerie. Autre réalisation majeure : une étonnante machine hydraulique conçue par Antoine Deparcieux (1703-1786) en 1751. Celle-ci permet alors l'élévation de 50 mètres des eaux de la Blaise afin d'alimenter le château, les jardins ainsi qu'une partie du village.


Moulin de la Bellassière (inscrit au titre des MH)


Site de l’ancienne machine hydraulique de Crécy (inscrit au titre des MH)

Cet âge d'or du domaine de Crécy prend fin en 1755, les visites du roi se raréfiant et les moyens qu'il dispense pour son entretien diminuant fortement. Le domaine est revendu en 1757 au duc de Penthièvre puis en 1775 au prince de Montmorency. A la révolution, le château est saisi puis revendu à un négociant et spéculateur américain, Daniel Parker, qui le démonte et en revend plus ou moins séparément les éléments. Des planchers, boiseries ou cheminées encore visibles aujourd'hui dans des maisons anciennes de Dreux proviennent de Crécy.

La mise en valeur d’un atout majeur pour la région drouaise

Mais Crécy c’est aussi un lieu bien vivant, où le présent dialogue encore avec le passé, ainsi qu’un potentiel de développement important pour le futur. En effet, si le château et ses dépendances ont aujourd'hui presque complètement disparus, il en subsiste encore des objets ou œuvres d'art qui en évoquent la splendeur passée. Le musée de Dreux, à quelques kilomètres de là, conserve deux copies en biscuit issues de la manufacture de Vincennes d'une batteuse de beurre par Christophe-Gabriel Allegrain et d'une laitière par Etienne Maurice Falconet. Les originaux, fruits d'une commande de Madame de Pompadour, ornaient sa laiterie en compagnie d'œuvres de Faste et Coustou. On peut aussi observer depuis 2018 au musée de Sceaux de superbes cartons de tapisserie peints par François Boucher et destinés à garnir une série de sièges pour Crécy. Madame de Pompadour les avait commandés à la manufacture des Gobelins.


Batteuse de beurre d’après Christophe-Gabriel Allegrain (1710-1795). Biscuit. Musée d’art et histoire de Dreux


François Boucher (1703-1770) et atelier. Scènes pastorales dans des encadrements rocaille. Cartons destinés aux dossiers de sièges commandés par Madame de Pompadour pour l’ameublement du château de Crécy en 1751. Musée du Domaine départemental de Sceaux (acquis en 2018)

Quant à l'ensemble du domaine, il en subsiste aujourd'hui des traces importantes avec pas moins de huit monuments inscrits au titre de monuments historiques en 1992 et 1993 : le bailliage de justice, l'église Saint-Eloi-Saint-Jean-Baptiste (dont une partie était classée dès 1908), la glacière, l'hôpital Saint-Jean, la machine hydraulique, le moulin de la Bellassière, le pont de la Bellassière et la propriété dite « la Terrasse ». Cette volonté des pouvoirs publics de protéger l'ensemble d'un site d'intérêt historique et patrimonial est confirmée par la création d'une zone protégée (ZPPAUP) en 1999, devenue un Site Patrimonial Remarquable (SPR) en 2017.

Plus récemment encore, certains monuments ont fait l'objet de travaux de rénovation et d'initiatives visant à les ouvrir au plus grand nombre, comme par exemple au moulin de la Bellassière. Les propriétaires y ont fondé en 2003 l'association CORDD, Centre d'Observation et de Réflexion pour le Développement Durable, cherchant à favoriser l'accès à la culture, notamment pour les enfants et les personnes handicapées. Quant à l'église, en état de péril, elle fait actuellement l'objet d'une rénovation avec la mission Stéphane Bern qui l'a retenue avec 120 autres monuments pour l'édition 2019 du Loto du patrimoine. Enfin, l’Agglomération du Pays de Dreux après avoir acquis en 2008 le site de l’ancienne fonderie de Saulnières, village voisin de Crécy-Couvé, a entrepris en 2014 des travaux de décontamination du sol avec le soutien de l’ADEME. Le tout s’est accompagné d’une mise en valeur du patrimoine industriel et paysager et la création d’un jardin public.


Animation au « jardin des six sens » du moulin de la Bellassière par l’association CORDD


Eglise Saint-Eloi-Saint-Jean-Baptiste (inscrite au titre des MH) (CC BY-SA)

Ces investissements pourraient être poursuivis afin de mettre encore davantage en valeur ce coin de la vallée de la Blaise, et pas seulement sur le plan purement patrimonial. Le lieu présente aussi en effet un intérêt écologique certain. Alors qu'à quelques kilomètres de là, c'est plutôt le triomphe de la « France moche », celle des entrées de ville mornes, du béton et de l'uniformité, on a là ce qui pourrait devenir un poumon, une respiration au cœur de l’agglomération, avec des espèces protégées qui s'y nourrissent et s'y reproduisent, mais aussi deux sentiers de randonnée qui ne demandent qu'à être mis en valeur.


Pont de la Bellassière (inscrit au titre des MH) (CC BY-SA)


Vue sur la Blaise près du moulin de la Bellassière

La menace

C'est hélas un projet de tout autre nature qui a été présenté par un propriétaire et a fait l'objet d'une consultation publique qui s'est achevée le 12 octobre dernier. Ce dernier souhaite en effet transformer son terrain en une décharge de stockage de matériaux de construction, dits inertes. Ce qu'il promet pour l'ensemble des riverains, voire au-delà, est un véritable cauchemar.

Les menaces sont de deux ordres. Tout d’abord, sur le plan esthétique : avec une surface de 14 hectares, l'impact visuel sera très important sur les paysages et impliquera plusieurs covisibilités avec les édifices inscrits. Il faut d'ailleurs noter que le dossier présenté omet la présence de deux de ces monuments à moins de 500 mètres du site, qui empiète donc sur une zone protégée.

D’autre part, le dossier minimise délibérément les nuisances occasionnées : pendant 23 ans, du lundi au vendredi, des camions viendront via une étroite route de campagne déverser les déchets, avec un tri très relatif, et ce à raison d’environ 100 tonnes par jour. Poussières potentiellement toxiques, bruits de camions et de chutes de gravats seront désormais le quotidien des promeneurs et des riverains, dont certaines de leurs maisons sont à une cinquantaine de mètres, et bien sûr de la faune et de la flore, dont on imagine mal que tout cela soit sans effet sur elles.


Vue depuis approximativement la limite du terrain délimitant le projet de décharge. On aperçoit à moins de 500 mètres le moulin de la Bellassière.

Autant donc dire que ce projet, expression d'un intérêt particulier, va totalement à contre-courant de tous les efforts accomplis depuis plusieurs années pour développer les atouts de cette vallée et servir l'intérêt général. Mais il y a autre chose, de plus insidieux et peut-être de plus dangereux encore, une menace qui dépasse largement le périmètre des communes de l'ancien domaine de Crécy. En effet, ce terrain est une ancienne carrière à silex, fermée en 1999 sur décision préfectorale, dont le sol est décapé et où la nappe phréatique affleure. Les déchets seront donc en contact immédiat avec une des principales sources en eau courante de l’ensemble de l'agglomération. Dit autrement, une pollution potentielle majeure menace la qualité de l'eau du robinet de tout le pays drouais !

Notre combat

Associations et riverains ont décidé de passer à l'action et de créer le collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 ». Il a pour but de défendre la qualité de la vie dans les villages de la vallée de la Blaise face à ce projet. Concrètement, il s’agit d'informer et sensibiliser la population via les réseaux sociaux ou la distribution de tracts, de constituer une force d'opposition politique par le lancement d'une pétition, l'envoi de courriers ou l'interpellation des élus.

Certains lecteurs seront sans doute sceptiques sur nos chances de succès, mais nous ne sommes pas du genre à capituler en rase campagne. Et qu’ils se détrompent : certains de ces combats a priori perdus d'avance ont parfois produit des miracles, y compris lorsque le rapport de force pouvait paraître plus défavorable encore. Récemment, la Préfète d’Eure-et-Loir a rejeté un projet d'implantation d'éoliennes menaçant de défigurer un site rendu mondialement célèbre par Marcel Proust, autour d'Illiers-Combray, et a retenu dans son arrêté la notion de « paysage littéraire ». Rien n'est définitif, la société présentant le projet pouvant encore faire appel, mais nul doute que la mobilisation citoyenne et l'appui de certains élus ont contribué à cette victoire, fût-elle provisoire.

Notre collectif vient d’ailleurs de remporter une première bataille avec la transformation de la consultation publique initiale en enquête publique, afin d’évaluer plus précisément l’impact des nuisances. Toutefois le combat continue : après avoir alerté riverains et pouvoirs publics, il va nous falloir maintenant démontrer l’aberration d’un tel projet pour l’intérêt commun.

« Marche propre » et mobilisation du collectif contre le projet le 4 octobre 2020

Vous pouvez nous aider et très simplement, par exemple en signant notre pétition et en vous abonnant à notre page Facebook ce qui nous donnera davantage de poids et vous permettra de rester informé de l'évolution du dossier. Si vous êtes dans la région de Dreux, nous vous invitons à également interpeller directement vos élus.

Je suis pour ma part profondément convaincu que les enjeux vont bien au-delà du pays drouais. La multiplication de ces contestations locales peut faire infuser la question du petit patrimoine de proximité dans le débat public national et permettre de contester l'idéologie dominante selon laquelle il serait un obstacle au développement économique. Je considère, au contraire, qu’il est un atout dans un monde devenu si incertain où on parle de plus en plus de télétravail et de recherche d’espace. Le temps et l'argent que l'on mobilise pour sa mise en valeur devraient être vus, non comme des charges, mais comme des investissements de long terme.

Alors rejoignez-nous et saisissez-vous de la défense de votre cadre de vie. Et ne croyez pas que cette bataille pour Crécy n'est pas la vôtre : nous n'aurions certainement jamais imaginé nous lancer dans un tel combat il y a seulement quelques mois. Notre quartier, nos lieux de promenade préférés, notre centre-ville ancien n'ont rien d'immuable et nous avons tous un rôle à jouer dans leur préservation et leur développement. Comme le dit Stéphane Bern, « le patrimoine c’est notre pétrole ».

La pétition est
ICI.
La page FB du collectif.

Le collectif « Non à la décharge de Saulnières 28 » :
  • Centre d'Observation et de Réflexion pour le Développement Durable (CORDD)
  • Urgences Patrimoine
  • Association de sauvegarde du cadre de vie et de l'environnement de Garnay (ASCVEG)
  • Vivre dans le pays drouais demain et après-demain (VPDDA)
  • François Fillon
  • Crécy d’Hier et d’Aujourd’hui
  • Le Ressourc' Eure
  • Vivre en vallée d'Avre et respecter l'environnement (VIVAVRE)
  • Le journal FAKIR
  • Christophe Guillouet
  • Vallée Royale de l'Eure
  • Fédération Environnement Eure-et-Loir (FEEL) : FNAUT CVL – Saint Prest Environnement – Blaise Vallée Durable - La Presle – Jouons collectif A154 – AVERN - Confédération paysanne 28
  • Citoyens pour le climat 28
  • Centre équestre La Houssine

L’auteur tient à remercier Marie-Mercédès Ghenassia, présidente de la Société des Amis du Musée de Dreux et membre du collectif, pour son aide dans la rédaction de ce texte.


Crédits photographiques : Christophe Guillouet

Guillaume Lechevalier-Boissel : quand la passion de l’orgue devient art

Rencontre avec le talentueux Guillaume Lechevalier-Boissel. Après avoir découvert les œuvres de ce jeune passionné, nous avons souhaité vous les faire partager.


La Gazette du Patrimoine: Qui êtes vous Guillaume et quel est votre parcours?

Guillaume Lechevalier-Boissel: J’ai 23 ans. Je suis originaire de la Basse-Normandie plus précisément dans le département de la Manche dans la ville de Valognes (ville de 6750 habitants). La ville de Valognes est surnommée depuis toujours le « Versailles Normand , en partie du fait qu’il y ait beaucoup d’hôtels particuliers du XVIIe et XVIII siècles.

Après mon Brevet des collèges, je me suis volontairement orienté vers un Bac Professionnel (Technicien d’Études du Bâtiment, option A, Étude et Économie de la construction), je souhaitais une formation plus concrète sur un thème précis. La formule proposée par le lycée général est parfois trop abstraite pour un jeune. Alors, je me suis dirigé vers les métiers du bâtiment.

En 2013, le secteur du bâtiment tournait au ralenti, les chantiers d’envergure étaient peu nombreux, il ne fallait pas se tromper. Il y avait beaucoup plus de garanties d’embauche pour ceux qui s’orientaient vers des formations telles qu’économiste ou encore métreur. Pour cause, ce métier n’est pas très vendeur mais, contrairement au métier d’architecte, celui-ci n’est pas bouché.

En effet, être architecte de nos jours, c’est beaucoup plus compliqué, la concurrence est forte. Aujourd’hui, il y a environ 35 000 architectes en France contre 3 500 Avant-Guerre. En 2016, J’obtiens deux diplômes : un Brevet d’études professionnelles ainsi qu’un Bac Professionnel. Après avoir étudié le « Gros œuvre » pendant ces 3 ans de bac pro, je me suis orienté vers le « Second œuvre » en faisant un Brevet de Technicien Supérieur, option Études et réalisation d’agencement. C’est une formation très prenante qui demande beaucoup d’investissement personnel. On nous forme d’avantage sur le dessin industriel, l’économie, les matériaux, les métiers du bois et ses dérivés, gestion d’entreprise, styles architecturaux. Le métier d’agenceur est bien plus vaste que celui d’un architecte d’intérieur, il ne s’agit pas de choisir la couleur des rideaux ou d’un fauteuil mais de concevoir techniquement et esthétiquement des structures faites sur-mesure, mobiliers, menuiseries d’intérieurs/d’extérieurs, sols, plafonds, devantures de magasins, cloisons etc.

En 2018, pour achever mon parcours, j’ai choisi de faire une licence « complémentaire » en Infographie Multimédia à l’école Brassard de Caen. Cette école supérieure propose d’excellentes formations dans le domaine de la communication publicitaire, du dessin artistique sur ordinateur, impressions, web designer, motion design. Les débouchés peuvent être nombreux, vous pouvez travailler en entreprise, en collectivité, en association ou en freelance.

La Gazette du Patrimoine: Vous exercez un art très particulier? Comment vous est venue cette envie de dessiner des orgues ?

Guillaume Chevallier-Boissel : Étant très jeune, je ne dessinais pas des orgues mais plutôt la nature, les maisons, j’aimais observer ce qui m’entourait ! Bien que je fréquentais rarement les églises, à l’âge de 15 ans j’ai eu l’envie de jouer d’un instrument de musique. Encore aujourd’hui je ne l’explique pas, mais l’idée de jouer de l’orgue m’est venue ! Je ne connaissais pas vraiment cet instrument. Simplement je le trouvais fascinant, une de mes grands-mères en jouait. Il y a 10 000 orgues en France: quand j’ai joué la première fois sur un orgue à tuyaux, je me suis dit « un orgue joué, un orgue dessiné » !

Le dessin d’orgue N°1 est né en 2012. A ce jour, j’ai joué sur 129 orgues en France et à l’étranger. Il est arrivé un temps où les dessins ne pouvaient pas suivre cette cadence, alors rapidement, je me suis mis à dessiner les orgues qui me plaisaient bien. En postant mes dessins sur les réseaux sociaux, certains amateurs d’orgues ont eu l’envie d’en posséder un chez eux. Aujourd’hui, j’ai réalisé 77 dessins d’orgues à la main et 20 sur logiciel informatique.


La Gazette du Patrimoine: Depuis combien de temps en avez-vous fait un métier parallèlement à vos études ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Parallèlement à mes études, j’ai pris la décision de créer ma micro-entreprise durant la fin de l’été 2018. Les commandes devenaient de plus en plus nombreuses, cela devenait du sérieux. J’ai orienté mon entreprise vers le dessin d’orgue (ma spécialité fondatrice), des projets d’orgues à construire, affiches, illustrations, mise en page et rédaction de documents associatifs ou culturels puis créations de logos.

La Gazette du Patrimoine : Vous êtes très doué en informatique, alors pourquoi faites-vous l’essentiel de vos dessins à main levée ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Aux yeux des gens, le dessin fait sur logiciel informatique est encore mal défini voire parfois dénigré injustement. Il faut savoir que ce n’est pas simple de dessiner sur ordinateur, bien au contraire. Cela demande beaucoup de technique. Pour réaliser une illustration, il faut dans la majeure partie des cas la dessiner à main levée, voire faire plusieurs essais puis scanner et reconstruire l’illustration avec l’aide d’un logiciel. Cela demande des heures de travail. Au bout du compte, vous êtes quand-même le créateur de l’image, ce n’est pas un robot qui dessine à votre place. Pour ce qui est de mes dessins d’orgues réalisés informatiquement, il est dit que cela perd de son charme, trop précis, pas d’accidents de traits. Évidemment, avec l’ordinateur, on peut zoomer de très près et rentrer beaucoup plus dans les détails. Bilan, le dessin fait sur logiciel donne une image impersonnelle pour le public (disparition de la « patte » de l’artiste), ce n’est pas vendeur. Bien que cela n’ait pas tout son charme, j’ai beaucoup de plaisir à dessiner sur ordinateur, l’illustration informatique aura toute sa place parmi mes travaux mais d’une manière différente.

La Gazette du Patrimoine : Créez-vous des prototypes ou vous ne dessinez que des modèles existants ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Principalement des modèles existants pour ce qui est des dessins artistiques. La demande est forte. Les prototypes existent également mais ils ne sont pas révélés au public pour le moment. Je collabore depuis peu avec une manufacture d’orgues. Je conçois des silhouettes d’instruments neufs, contemporains. Ayant été formé en économie de la construction, je sais approximativement combien coûte un trait sur le papier pour le transformer en main d’œuvre et matériaux à la construction. En effet, il faut adapter son trait en fonction du budget accordé tout en étant astucieux, économique et original. Je veux de l’inédit, je ne crée pas de répliques d’instruments plus anciens. La nostalgie stylistique, il faut la garder pour les restaurations et non pas pour les nouvelles constructions.

La Gazette du Patrimoine : On a dû vous poser cent fois cette question, mais jouez-vous de cet instrument ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : L’orgue c’est comme les pompiers ! Il y a des pompiers professionnels et des pompiers volontaires. En ce qui me concerne, l’orgue est un pur loisir, j’en joue de temps en temps en tant qu’amateur. Ce qui m’intéresse ce n’est pas spécialement de le jouer mais de regarder sa conception, l’historique de l’instrument, l’entretien, l’histoire du constructeur, faire le lien avec son époque jusqu’à aujourd’hui. Car, l’orgue ce n’est pas qu’un instrument de musique, c’est aussi une œuvre d’art, un meuble, une architecture, une machine, une esthétique musicale. On parle réellement de patrimoine vivant.

La Gazette du Patrimoine : Vous êtes très jeune. Les gens ne sont pas surpris par votre âge quand ils vous passent commandes ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : C’est une bonne question, je n’ai pas eu de retour vis à vis de cela. L'habit ne fait pas le moine.

La Gazette du Patrimoine : À ce sujet, qui sont vos clients ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Mes clients sont des particuliers principalement amateurs d’orgues ou professionnels dans ce domaine mais il y a aussi des associations, des festivals, des mairies et des entreprises.

La Gazette du Patrimoine : À l’heure où nous vivons une période un peu compliquée en général et pour le patrimoine en particulier, pensez-vous que le dessin d’orgue peut être un vrai métier d’avenir, surtout à l’ère du numérique ?

Guillaume Lechevalier Boissel : L’orgue est à lui tout seul, un véritable parc patrimonial en France, c’est l’affaire de tous de le sauvegarder. Il faut savoir que la grande majorité des orgues appartiennent aux collectivités, villes et à l’État pour ceux qui sont classés Monuments Historiques. L’autre partie des instruments appartiennent aux paroisses. Le dessin d’orgue est un outil conceptuel ou artistique mais il sera surtout une arme de défense afin de mettre en valeur ce patrimoine. Il y a énormément d’associations autour de l’orgue pour le faire vivre, à travers des concerts, animations, tourisme, leur histoire, réseaux sociaux, Youtube. Il n’y pas de secret : s’il n’y a pas d’initiatives collectives ou individuelles, c’est comme cela que le patrimoine part en poussières. Il faut veiller sur l’objet ou le bâtiment par des présences, et créer des associations. Il faut des jeunes, des moteurs pour convaincre les collectivités, et pour mettre en valeur ce patrimoine. Il faut aussi des gens qui ont plus d’expérience dans la vie professionnelle ou associative, confronter les générations, les volontaires peuvent être simplement des mélomanes voulant s’investir dans une association. Mes journées sont généreusement remplies mais je tiens vraiment à garder du temps pour me consacrer au patrimoine. On a toujours du temps pour ça !


La Gazette du Patrimoine : Y a t-il un orgue précis que vous affectionnez particulièrement ? Si oui, pour quelle raison ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Beaucoup de gens pourraient dire qu’ils préfèrent les grandes orgues de Notre-Dame de Paris. En ce qui me concerne, je ne vais pas fantasmer sur des grands instruments « stars » comme on peut trouver si facilement dans la capitale. L’orgue que j’affectionne peut se trouver dans les campagnes, dans une petite église de village. J’aime les instruments de taille modeste qui ne sont pas du tout connus. La province regorge de merveilles ! Ce sont eux qui devraient être au premier plan. J’affectionne plus particulièrement les orgues sortis des ateliers « Louis Debierre », facteur d’orgue à Nantes, mais aussi ses successeurs comme George Gloton ou bien encore Joseph Beuchet. Il y a également les orgues de Pierre Ménard, grandioses !

La Gazette du Patrimoine : Vous n’avez pas encore beaucoup de recul pour répondre à cette question, mais quel est jusqu’alors votre plus beau souvenir professionnel ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Le plus récent, la commande de la Ville de Versailles. Pendant un mois et demi, j’ai réalisé en dessin à la main les 19 orgues de la ville (hors conservatoire). Cela représente 152 heures de travail ! J’ai été reçu par Monsieur le Maire François de Mazières pour un entretien d'une heure autour de mes œuvres en présence du directeur des services de communication et des partenariats de la ville. Versailles est une ville d’art et d’histoire par son passé mais aussi par son présent. Ils ont réellement compris ce que représente le patrimoine aux yeux des gens ! La culture y a toute sa place, c’est une ville exemplaire qui ne rayonne pas uniquement par son passé mais aussi avec les nouvelles générations d’artistes.


La Gazette du Patrimoine : Et le pire ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Tout travail mérite salaire. Quand vous allez chez le boulanger pour lui acheter une baguette de pain, vous réglez aussitôt ! Non pas 4 mois plus tard. Beaucoup d’entreprises sont confrontées à ce problème, les retards de payement peuvent être vraiment irrespectueux face à un travail accompli en temps et en heures.

La Gazette du Patrimoine : Envisagez-vous de dessiner d’autres instruments ou souhaitez-vous rester fidèle aux orgues ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Je n’envisage pas de le faire. Je préfère me concentrer réellement sur un instrument que j’affectionne plutôt que de m’éparpiller. L’orgue mérite d’être connu auprès du grand public, les autres instruments avantagés comme la guitare ou le piano n’ont pas vraiment besoin de cela.

La Gazette du Patrimoine : Quels sont vos projets dans les deux ou trois ans qui viennent ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Je viens de terminer mes études. Ma micro-entreprise reste plus ou moins une activité secondaire, il faut désormais que je me trouve un travail fixe dans les prochains mois ! En ce qui concerne mes futurs projets artistiques, nul ne le sait pour le moment, le temps nous le dira.

La Gazette du Patrimoine : Comment vous présentez-vous ? Comme un artiste ou comme un dessinateur d’orgues ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Je me présente surtout comme un artiste et un designer. Mon premier savoir-faire reste bel-et-bien la reproduction d’orgues existants. Cependant, j'exerce une large créativité dans l’illustration et dans la conception stylistique.

La Gazette du Patrimoine : Puisqu’en France on aime bien parler d’argent, pouvez-vous nous dire combien coûte un de vos dessins et combien d’heures vous faut-il pour réaliser un modèle.

Guillaume Lechevalier-Boissel : Pour un dessin d’orgue réalisé à la main, il me faut entre 6 heures et 19 heures. Cela dépend du modèle choisi par le client, il y a des petits, des moyens et de grands instruments. Je facture entre 105 et 500 euros. Cela comprend le temps passé, le niveau de difficulté, l’usage du matériel nécessaire mais aussi le conditionnement. J’ai une nomenclature imposée sur chaque dessin. Ils sont tous au format A4, sur papiers à grain, feutres professionnels à base d’alcool. Je n’intègre pas l’édifice sur la représentation, l’orgue y est volontairement dessiné seul. Chaque dessin sont signés et numérotés.

La Gazette du Patrimoine : D’ailleurs, en parlant de modèle : Vous faites comme un portraitiste qui va passer des heures devant son modèle vivant, ou une simple photo vous suffit ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Je ne fais pas comme le portraitiste, le choix s’est rapidement tourné vers la photo. Il me faut généralement trois photos pour réaliser un orgue. Cependant ma demande est très codifiée, il me faut des points précis. Comme énoncé précédemment, je dessine les orgues en deux dimensions (2D). A partir des photos, je dois faire plusieurs calculs pour obtenir les bonnes proportions, cela demande beaucoup de préparation avant de commencer le premier trait. Les dessins en 2D me plaisent vraiment, cela sollicite de la précision. La 2D n’existe pas dans la réalité, elle permet ainsi d’apporter une vue inédite, qui, auparavant, a pré-existé sur un plan industriel. Ma méthode est très technique, il ne s’agit pas de recopier ou de repasser par-dessus une photo !

La Gazette du Patrimoine : Quel est votre plus grand rêve professionnel, votre quête du Graal ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Les rêves sont nombreux ! Je pourrai passer ma vie professionnelle à dessiner les orgues de la France même si cela me demande énormément d’énergie. Je pourrais en faire un ouvrage assez extraordinaire en fin de carrière. Un de mes plus grands rêves serait de créer une nouvelle manufacture d’orgue dans le département de la Manche ! La dernière qui a existé s’est éteinte à la fin du XIXe siècle. Elle se situait dans la ville de Coutances où elle avait bonne réputation. Le facteur d’orgue Pierre Ménard, de Coutances, avait une relation privilégiée avec le célèbre facteur d’orgue Aristide Cavaillé-Coll, constructeur des grandes orgues de Saint-Sulpice, de la Cathédrale Notre-Dame à Paris mais également l’Abbaye aux Hommes à Caen, Cathédrale de Lisieux, Saint-Denis etc. Pour construire une nouvelle manufacture, il faudrait un jeune (déjà salarié dans une manufacture) voulant s’installer après avoir été diplômé du Centre National de Formation d'Apprentis Facteurs d'Orgues à Eschau. Il faut également des menuisiers. Posséder une manufacture permettrait de bien entretenir le patrimoine local avec un rayon d’action qui pourrait s’étendre à deux ou trois régions environnante. Une manière de faire revivre l’artisanat de l’orgue et de fortement sensibiliser sur ce patrimoine.


La Gazette du Patrimoine : Dans 20 ans, vous vous imaginez comment ?

Guillaume Lechevalier-Boissel : Je ne peux vous le dire mais j’avance sereinement, je suis très optimiste ! Je crois sincèrement que l’art aura toujours toute sa place dans notre société. A l’heure où nous arrivons à l’apogée du numérique, il y aura un retour aux choses simples, aux vraies valeurs ! Avançons dans la confiance.

La Gazette du Patrimoine : Une citation ou un proverbe qui vous définit ?

Guillaume Lechevalier Boissel : Deux citations :

« Rester soi-même dans un monde qui tente constamment de te changer est le plus grand accomplissement » — Ralph Waldo Emerson

« Agissez comme s’il était impossible d’échouer » — Winston Churchill

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Crédits photographiques : Guillaume Lechevalier-Boissel

Saint-Saulge : péril en la demeure

Encore une affaire désespérante pour laquelle Urgences Patrimoine s’engage.

Nous sommes à Saint-Saulge, un charmant village du département de la Nièvre.


Il y a une vingtaine d’année Slim Deramchi fait l’acquisition d’une maison dont personne ne veut et qui s’écroule — son idée étant de la restaurer et de la faire revivre. Cette maison se nomme « La Chalbotterie » et date probablement du XIVe siècle. De nombreux éléments architecturaux remarquables sont encore présents sur l’édifice.

Il entreprend des travaux dans la partie principale, pendant plusieurs années, mais les aléas de la vie font que les travaux de la seconde partie sont sensiblement ralentis entre 2009 et 2019.

Par précaution, et afin d’éviter la mise en danger d’autrui, la charpente extrêmement fragile est enlevée en 2019 et, malheureusement, le bâti n’est plus hors d’air et hors d’eau. Mais il résiste bien, notamment grâce aux consolidations mise en œuvre par le propriétaire sur la structure.


Certes, le propriétaire aurait préféré faire les choses plus rapidement, mais nous savons tous que, dans la vie, on fait comme on peut et pas toujours comme on veut. En tout cas, cette maison il y tient et souhaite vraiment lui redonner vie.

Seulement, il y a quelques semaines, le Maire de la commune a frappé la maison d’un arrêté de péril et a fait installer en début d'année, une palissade métallique pour condamner son accès. Pourtant, la dangerosité n’est absolument pas avérée, cet arrêté de péril nous semble totalement abusif.

En fait, il y a une explication toute simple à cette procédure. Monsieur le Maire trouve sans doute ce témoin remarquable du patrimoine trop « encombrant » et verrait bien pour lui succéder une « placette » et un joli parking ; il est vrai que, c’est bien connu, dans un village de 732 habitants, le stationnement est impossible.

Quoi qu’il en soit, après avoir vaguement parlé d'un éventuel rachat pour une somme dérisoire au propriétaire des lieux qui n'a pas voulu l'accepter, la seule idée que Monsieur le Maire semble avoir trouvé pour aller jusqu’au bout de son projet, c’est cet arrêté de péril, avec démolition à la clé et à la charge du propriétaire bien entendu.

Monsieur Yann Loreau, expert indépendant a établi un rapport afin de prouver que l’édifice ne présentait aucun risque majeur pour les personnes. Il préconise néanmoins une mise hors d’air et hors d’eau dans des délais raisonnables.


Monsieur Deramchi, le propriétaire, souhaite donc réaliser ces travaux dans les meilleurs délais, comme prévu dans sa demande préalable de travaux accordée en 2019 et toujours en cours, sans avoir à supporter d'obstacle supplémentaire comme cette palissade inutile, posée sans réels justificatifs et qui empêche toute intervention depuis l'extérieur de la bâtisse.


De notre côté nous allons tout mettre en œuvre pour confirmer la non-dangerosité des lieux et surtout essayer de faire comprendre aux élus que cette maison est un marqueur patrimonial important de la commune et que le détruire serait détruire une part d’histoire de Saint-Saulge.


À ce sujet, voici une petite niche présente sur le façade Sud de la maison qui figure sur la fiche Wikipédia de Saint-Saulge comme
exemple d’architecture remarquable ICI.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l’avancée de ce dossier.


Crédits photographiques : photos 1-4-5 : Slim Deramchi; photos 2-3 : Yann Loreau

« Mais que va-t-on nous laisser ? »*

*Réaction spontanée d’une roubaisienne face aux démolitions.

Ces derniers mois dans la métropole lilloise, les démolitions vont bon train ! Nous voyons disparaître les derniers représentants de l’épopée industrielle fondatrice de la métropole : châteaux de l’industrie, habitat ouvrier et bourgeois, lieux de culte.

Les exemples ne manquent pas : nombreuses usines détruites à Tourcoing, ancien couvent à Roubaix, chapelle à Lille, éradication définitive de la Lainière à Wattrelos, sites industriels reconvertis par le vide à Houplines, Quesnoy/Deûle,..

Le cas de l’ancienne usine François Masurel Frères (FMF) à Tourcoing est particulièrement représentatif. C’est un site emblématique fondé au XIXe par l’une des grandes dynasties textiles de la métropole, situé dans la zone industrielle des Francs.


Véritable ville dans la ville, l’usine comporte des édifices de styles différents, marquant les différentes étapes de l’histoire de l’entreprise et le déploiement de son activité : des bâtiments à étages de type Manchester, des ateliers sous sheds dont l’atelier de bonneterie à la remarquable façade moderniste des années 40, ruelles, etc… Avec les éléments qui l’entourent (château et église construits par les patrons, usines voisines, habitat ouvrier), l’ensemble constitue un ensemble remarquable et qui permet de comprendre comment la ville s’est bâtie lors de la 1ère révolution industrielle.

Malheureusement, seuls deux ridicules fragments de bâtiments en front à rue sont conservés, la perspective spectaculaire de la façade moderniste est brisée, les impressionnants « châteaux » de briques en cœur d’îlots disparus !


Les arguments avancés pour justifier ces destructions sont les besoins en habitations et bureaux. Il semble en effet que la métropole ait besoin de 6 000 logements neufs par an sur 6 ans (selon le dernier PLH). La politique qui préside en matière de construction est que, pour éviter l’étalement urbain et l’artificialisation de nos campagnes, on doit reconstruire la ville sur elle-même, en investissant le foncier disponible.


Mais comment ne pas s’interroger ?

  • Pourquoi la métropole, avant de détruire et reconstruire, ne puise-t-elle pas dans les 40000 logements vacants ou dégradés présents sur son territoire 
  • Pourquoi, elle qui se prétend engagée dans la démarche de transition écologique, ne prend-elle pas en compte l’impact environnemental qu’implique la construction de neuf, à savoir 40 à 80 fois plus de matériaux consommés que les réhabilitations ?
  • Pourquoi le recours systématique aux friches industrielles comme gisement naturel de foncier s’accompagne-t-il systématiquement de destruction, sans interrogation préalable sur l’éventualité d’une réhabilitation ?


Pourtant, ces villes savent aussi jouer parfois la carte de l’identité patrimoniale : labellisation ville d’art et d’histoire, recours partiels à des protections (SPR, ISMH, classement), conservation d’un fragment (souvent en façade) servant d’alibi, autant d’outils qui deviennent vite inopérants dès lors que les enjeux financiers prévalent.

Convaincus comme bien d’autres des atouts du patrimoine tant dans l’affirmation de l’identité forte de nos cités que dans la préservation d’une qualité de vie revendiquée souvent à tort pour les constructions récentes, nous rappelons aussi combien la préservation et la réutilisation de bâti patrimonial constitue un atout dans les démarches de transition écologique.



Nous ne voulons pas que nos villes, marquées par une histoire industrielle singulière durant plus de 150 ans, tournent le dos à ce passé glorieux en perdant leur caractère et en devenant de banales banlieues à immeubles. Les promoteurs ont-ils toujours le dernier mot ?

Swan Cazaux, Olivier Muzellec
Association le Non-Lieu


Crédits photographiques : Association Le Non-Lieu

Cancale : Chapelle Saint-Pierre de Vaujoyeux, chronique d’une démolition annoncée

Alors que nous venons à peine « d’enterrer » la chapelle Saint-Joseph à Lille, voici un nouveau combat contre la démolition d’un édifice religieux. Décidemment, sale temps pour les chapelles en 2021 !


Situé dans le centre historique de Cancale, le manoir de Vaujoyeux va trouver une seconde vie dans un projet immobilier. Il sera réhabilité en appartements — ce qui, a priori, ne nous semble pas une hérésie puisque nous militons plutôt pour « qu’importe la réhabilitation pourvu qu’elle évite la démolition ».


Donc nous devrions être heureux de ce projet mené par le géant Bouygues.

Sauf que cette réhabilitation va se faire au détriment d’un autre édifice présent dans l’enceinte du manoir. La chapelle Saint-Pierre ne doit pas être au goût du promoteur, puisqu’elle est purement et simplement rayée du projet. À la place, il est prévu d’y construire deux maisons individuelles.


Comme si de nos jours, les architectes n’avaient pas assez d’imagination pour intégrer l’édifice au projet, en le réhabilitant en maison d’habitation. Il existe bel et bien une clientèle pour des biens « atypiques » et nous pensons sincèrement que la chapelle aurait pu trouver preneur une fois rendue « fonctionnelle ».

Hélas, les choses n’ont pas été pensées ainsi. Donc la chapelle sera livrée aux pelleteuses.

Pourtant, en 2019, dans un article de Ouest France, le maire de Cancale affirmait que le site serait réhabilité dans le plus grand respect du patrimoine.

Extrait du journal Ouest France du 19/12/2019 :

Le Manoir Hamon Vaujoyeux réhabilité

Le 4 décembre, le conseil d’administration du centre communal d’action social, propriétaire du manoir Hamon Vaujoyeux, a approuvé la cession du bâtiment et de son jardin à l’Établissement public foncier de Bretagne, dans le cadre de la requalification du site de l’ancien hôpital. Les associations qui l’occupent seront localisées dans le futur pôle culturel et social et dans l’équipement public, Le Part’Age, qui sera situé dans la ZAC des Prés Bosgers, dont le permis de construire a été accordé.

Cette cession permettra de constituer une offre de logements renouvelée et de garantir la pérennité de ce, bâtiment patrimonial, élément architectural majeur du centre historique de Cancale. Le maire, a apporté les précisions suivantes : « Cette cession nous permet d’avoir une maîtrise municipale totale sur l’avenir de ce bâtiment du XIXe siècle très dégradé et en partie désaffecté, situé dans un périmètre qui le met sous protection des monuments historiques. Il n’a jamais été envisagé de le démolir mais bien de le réhabiliter. » Délibération approuvée avec une voix contre et une abstention.

On notera donc que la chapelle est dans un périmètre protégé MH. Ce qui signifie que l’Architecte des Bâtiments de France doit émettre un avis favorable avant toute— avis favorable délivré le 29 janvier 2021, date d’affichage du permis de construire. On remarquera que L’ABF ne donne aucune indication concernant l’édifice, mais uniquement des préconisations pour les constructions futures.

Encore une fois, comme nous l’avons vécu il y a peu pour la chapelle Saint-Joseph, c’est cet avis conforme qui signe l’arrêt de mort de ce patrimoine édifié en 1860 et en parfaite cohérence avec le patrimoine environnant.

Ce que nous trouvons également déplorable, c’est que la ville ait bénéficié d’une subvention de 1.000.000 euros dans le cadre du plan « Action Cœur de Ville ». Nous pensions que ce plan avait pour vocation d’encourager les communes à réhabiliter le patrimoine et non pas à le démolir. Là encore, le maire se félicite de ce projet de réhabilitation et affirme une totale transparence. À noter que, d’après nos sources, la démolition de la chapelle n’a jamais été ouvertement évoquée lors des réunions publiques. D’où un certain étonnement de la part des habitants aujourd’hui.

Surtout que dans l’extrait d’article qui suit, il est indiqué, au sujet de la chapelle, que c’est un édifice sans intérêt qui date des années 1969.
Il y a juste une erreur d’un siècle, afin de faire passer l’annonce de la démolition comme un acte mineur, à partir du moment où l’on conserve le manoir.

ARTICLE
Ouest France 10/02/2020 :

Un pilotage participatif fructueux et transparent

Le projet global de réaménagement et de renouveau urbain, Cancale centralité, a été initié dès le transfert de l’hôpital, en 2014.

« Une convention a été immédiatement signée avec l’Établissement public foncier de Bretagne (EPF), pour réaliser la cession de l’ancien hôpital et de la maison de retraite du manoir Hamon-Vaujoyeux, et des terrains annexes. Il n’y a jamais eu de négociation directe entre la Ville et quelque opérateur que ce soit. Aucun profit privé ne sera dégagé sur cette opération, car nous avons constamment gardé la maîtrise publique, explique le maire de Cancale (Ille-et-Vilaine) , Pierre-Yves Mahieu. Nous avons voulu, de surcroît, privilégier une conception participative et de co-construction. De 2017 à 2019, les échanges permanents entre le cabinet d’architecte-urbaniste, l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), l’association des riverains et les utilisateurs des équipements publics concernés (école de musique, épicerie solidaire, autres), et la consultation par enquête sur les besoins des seniors ont permis d’améliorer ce programme, salué par les partenaires financiers et récompensé par l’attribution d’une subvention de 1 000 000 €, dans le cadre de Cœur de ville, piloté par le ministère de la Cohésion sociale. »

Pierre-Yves Mahieu rappelle aussi que la population a été constamment informée par la presse, les éditions de la ville (Le plat gousset et Cancale Magazine) ou son site.

« La transparence est totale et notre action n’a eu de cesse que de veiller à l’intérêt général, pour un Cancale de demain, alliant préservation du patrimoine, nouveaux logements, renforcement du lien social, revitalisation du tissu économique, davantage d’espaces verts et de liaisons douces. »

La chapelle de la discorde

Datant des années 1960 (sic), la chapelle n’a aucune valeur architecturale et n’est pas inscrite au patrimoine de la commune. Intégrée au fonctionnement de l’hospice (sis au manoir) pour les religieuses, puis lieu de recueillement de l’hôpital, elle est devenue lieu de stockage pour l’épicerie solidaire. « Nous porterons évidemment une attention particulière à ce que les statues, vitraux et autres artefacts de la chapelle démolie soient conservés et réutilisés pour garder la mémoire du lieu », précise Maude Korsec, conseillère déléguée à l’urbanisme.

On nous parle donc de transparence totale, nous émettons quelques doutes.

Quoi qu’il en soit, de nombreux internautes nous ont alerté dès qu’ils ont eu connaissance du projet de démolition il y a quelques semaines. Le permis de démolir étant affiché depuis le 29 janvier 2021, nous sommes encore dans les délais de recours pour contester le permis de construire.


Malheureusement, nous ne pouvons envisager de contester seuls ce permis. Et c’est la raison pour laquelle nous aurions besoin de quelques riverains courageux et/ où d’une association locale ou départementale ayant intérêt à agir.

N’hésitez pas à nous contacter par mail si vous souhaitez vous joindre à nous pour ce recours à cette adresse : urgences.patrimoine@gmail.com

Nous avons également besoin de photographies de l’intérieur de la chapelle, alors n’hésitez pas à nous les communiquer.

Cette nouvelle guerre aux démolisseurs, nous pourrons espérer la gagner si la mobilisation locale est importante. L’avenir de ce patrimoine est donc entre les mains de tous ceux qui aiment et respectent les témoins de leur histoire collective.


Une pétition a été mise en ligne il y a quelques semaines et
nous vous invitons à la signer et à la partager ICI.

Enfin, n’oubliez pas que pour faire entendre la voix du patrimoine il faut que nous soyons nombreux, alors n’hésitez pas à rejoindre Urgences Patrimoine par le biais d’une adhésion annuelle d’un montant de 9 euros.
Cliquez ICI.

« Le patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons. »


Crédits photographiques : VG/Urgences Patrimoine

Sombre avenir pour les bains-douches de la rue Muller et le laboratoire Cyclope

Alors qu’un vaste projet immobilier au cœur de Montmartre inquiète les habitants, un patrimoine remarquable du quartier se trouve menacé de démolition, dans l’indifférence générale des services de la culture. Ce qui nous surprend d’autant plus que ce patrimoine abrite un laboratoire photographique de renommée internationale.


Voici les informations transmises par le collectif :

Les anciens bains douches de la rue Muller dans le 18ème arrondissement de Paris sont menacés de destruction. Un promoteur immobilier a prévu de détruire les 400m2 de l’ancien site pour y bâtir à la place un immeuble de 4 étages pour en faire ses bureaux et trois lofts à usage privé.

Ces bains douches accueillent depuis 1998, le Laboratoire Photographique CYCLOPE à la réputation internationale et l’un des derniers tireurs de photos argentiques et numériques de Paris. Le laboratoire travaille avec des institutions telles que le MUCEM à Marseille et une dizaine de FRAC (Fond Régionaux d’Art Contemporain), des galeries d’art aussi prestigieuses que Kamel Mennour, et des artistes du monde entier : Bettina Rheims, Jean-Marie Perrier, Jan Houllevigue, Gérard Rancinan (Star mondiale de la photographie), Marie Bovo, Olivier Monge, Per Barclay( Norvège). Vick Muniz (Brasil) Galerie Xipas Estefania Peñafiel (Ecuador), Galerie Les Filles du Calvaire, Allain Bublex, Galerie Valois, ORLAN, Joachim Bonnemaison. Pour ne citer qu’eux.


Le permis de construire a été accordé et la date limite pour le dépôt d’un recours est fixée au 12 mars. L’actuel occupant, Gonzalo Castillo, le directeur du laboratoire photographique est menacé d’expulsion. Les anciens bains ont été vendus avec lui en tant que locataire.

Nous (un ensemble de voisins du laboratoire) sommes en train de faire des recherches d’informations précises sur l’historique des bains dont on trouve encore des traces vivantes comme en témoignent les photographies ci-jointes.


Nous avons très peu de temps pour empêcher cette destruction. Nous avons découvert la semaine dernière lors d'une visio-réunion enregistrée avec Mario Gonzalez, adjoint au maire du 18ème arrondissement, et le promoteur immobilier, que la mairie ignorait totalement l’existence des bains. Le Permis de construire a été déjà refusé deux fois auparavant en raison de la dangerosité des travaux, le site se trouvant sur ses fameuses carrières de gypse, avec des trous dans le sol extrêmement profonds. Les habitants du cœur d’îlot sont très inquiets des conséquences que pourraient avoir ces travaux sur leurs habitations (effondrement, fissures).  

Voici en complément de cette alerte du collectif de riverains, une note qui nous inquiète, puisque visiblement Le département Histoire et Archéologie et La Commission du Vieux Paris ne sont absolument pas sensibles au caractère patrimonial et culturel des bains-douches. Le jugement est rendu par rapport à l’immeuble dans son ensemble sans mentionner ni tenir compte des bains.

Nous sommes également surpris que cet avis soit rendu sans aucune visite préalable des lieux.


Le DHAAP a reçu en novembre dernier une consultation de la part de la direction de l’Urbanisme sur le PC 075 118 19 V0053. Le service a classé le dossier sans suite le 02/02/2020. Il est à noter que la Commission du Vieux Paris s’est réunie pour la dernière fois en février 2020, avant d’être mise en sommeil le temps des élections municipales. Elle vient de reprendre ses activités à la fin du mois de janvier 2021. Pour ce qui concerne les raisons de cette non opposition de la part du DHAAP, qui a poursuivi l’instruction des permis de construire en l’absence de Commission, il a été jugé que cette adresse présentait un très faible degré d’authenticité. Les bâtiments concernés ne pouvaient justifier une opposition au projet de restructuration et de surélévation. Transformés en bureaux de longue date, les locaux ont perdu l’essentiel – si ce n’est l’ensemble - des éléments liés à leur ancienne affectation. La verrière ne semble pas présenter un intérêt patrimonial particulier, et les skydomes qui l’entourent témoignent de rénovations lourdes menées au fil du temps.

C’est sur la base de ces éléments que le DHAAP a décidé de classer le dossier. Il est certain que le projet de constructions neuves impactera les immeubles voisins, mais ce sont là des considérations qui n’entrent que très secondairement dans les critères de sélection des dossiers à enjeux patrimoniaux. Les premiers de ces critères étant bien entendu l’ancienneté du bâti, son authenticité, son intérêt architectural et historique.

Nous vous remercions pour votre signalement et les informations contenues dans votre message. Nous ne manquerons pas de suivre avec intérêt l’évolution de ce dossier, et les possibles modifications que le projet pourrait connaître suite aux recours des riverains.
 
Outre la disparition des Bains, il est important de s’interroger au sujet de l’avenir de Cyclope et de son Directeur Gonzalo Castillo. Son expulsion compromettrait sa prestigieuse activité et son savoir-faire inégalé.


À propos de Cyclope :

Créé en 1998 à Montmartre, Cyclope est rapidement devenu une référence dans le monde de la photographie, et sa renommée aujourd’hui a largement dépassé les limites géographiques de la France. Installé dans les locaux d’un ancien Bains-Douches des années trente le laboratoire se dédie plus particulièrement au tirage d’exposition, qu’il s’agisse du Noir et Blanc, C-print, Ilfochrome ou bien du procédé Pigmentaire.

L’ambition de Cyclope est d’offrir aux photographes et artistes plasticiens ce qu’ils ne trouvent plus ailleurs : du temps pour expérimenter et réfléchir à leur travail, un dialogue direct avec des tireurs parmi les meilleurs, un lieu où chacun peut voir et juger ses tirages dans l’intimité et le calme et, enfin, une réelle maîtrise du tirage argentique et de sa conservation.

Cyclope n’est pas pour autant figé dans une technique ou une époque et c’est ainsi qu’en 2004 un service numérique a été créé ; l‘équipe Cyclope entend de cette façon pérenniser le savoir-faire en tirage traditionnel et évoluer avec son temps. Cette démarche a fait de Cyclope le lieu de prédilection des photographes les plus prestigieux et exigeants, et plus largement, de tous les passionnés et amateurs d’images.


Malgré les difficultés liées à la crise que le monde de la culture traverse, Gonzalo Castillo tient bon, mais cette expulsion qui rend l’avenir de Cyclope plus qu’incertain ne le rassure guère.

Dans cette triste affaire si les recours sont rejetés, ce sont certes des pierres qui seront jetées à terre, mais également une part de l’excellence de la culture française.


Bien évidemment, Urgences Patrimoine a répondu présente aux sollicitations des riverains et mettra tout en œuvre pour les accompagner dans l’ensemble de leurs démarches pour la sauvegarde des Bains-douches de la rue Muller et du laboratoire Cyclope.

En attendant, merci de bien vouloir signer la pétition lancée il y a quelques semaines par le collectif 
ICI.


Crédits photographiques : droits réservés

Ils l'ont fait: l'orgue des fous


Né à Saint-Malo en 1991, Eric Cordé montre très tôt de fortes dispositions pour le domaine artistique et plus particulièrement pour la Musique. Il entre au Conservatoire Claude Debussy de St-Malo à l'âge de 4 ans, en débutant par le chant choral. Après avoir étudié le Cornet durant 3 ans avec Philippe Leman (élève de Maurice André), il entre dans la classe d'orgue du Conservatoire de Saint-Malo à l'âge de 9 ans, classe alors dirigée par Cécile Collin-Paris (élève d'André Fleury). Il y obtient son CEM avec mention Très Bien en 2013. Très tôt attiré par l'Improvisation, il cultive cet art en autodidacte, tout en ayant reçu les conseils de Loïc Mallié (titulaire de la Trinité à Paris, élève d'Olivier Messiaen). Ayant très à cœur de mettre en avant les musiques des XXe et XXIe siècles, il consacre une grande partie de ses programmes autour de ce répertoire, il est aussi dédicataire d'œuvres composées par Julien Bret, Jean-Charles Gandrille et Christopher Gibert. Organiste titulaire de l'église Anglicane Saint-Bartholomew de Dinard depuis 2015, il est également organiste de la Cathédrale de Dol de Bretagne depuis 2011. Soucieux de parfaire ses connaissances en facture d'orgue, il effectue des stages, notamment auprès de Alfred Poeschl et Michel Formentelli, devenant ainsi un collaborateur régulier de ce dernier. Par ce biais, il eut l'occasion de participer à des chantiers sur des orgues historiques tels que ceux d'Arbois (Jura), Cuers (Var), Chiaravalle (Italie), mais également sur l'installation du grand instrument de Samoëns (Haute-Savoie).

Il est l'un des très rares organistes Français à pratiquer l'Orgue de Cinéma. Il a dirigé la parution d'un CD autour d'enregistrements historiques de l'orgue et de l'orchestre du Gaumont-Palace de Paris (Rendez-vous au Gaumont-Palace, aux éditions Hortus), et travaille actuellement à l'édition d'un livre sur l'histoire de cet orgue, dont il est un des spécialistes. Il a codirigé en 2015 la rédaction d'un livre sur l'organiste de cinéma et facteur d'orgue Marc-Etienne (Marc Etienne, organiste de cinéma, Société Archéologique de Béziers, 2015). Il a rédigé également plusieurs articles autour de l'Orgue de cinéma pour des revues spécialisées françaises et étrangères. En parallèle de ses activités musicales, il a obtenu une Licence et une Maîtrise d'Histoire de l'Art (dont le sujet était Les Buffets d'Orgues en Bretagne au XVIIe et XVIIIe siècle), à l'Université de Rennes 2. Il est actuellement professeur d'Education Musicale dans les collèges de Dol-de-Bretagne, Plouër-sur-Rance et Combourg.

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Il y a quatre ans, presque jour pour jour débutait l'un des projets les plus étonnants que j'ai pu connaître. Il y a quatre ans, je m'embarquais dans un projet patrimonial et musical, sans véritablement me rendre compte de ce qu'allait me réserver cette longue aventure.

Tout cela débute en l'année 2016, grâce à un simple message d'un contact anglais m'informant de la cession gracieuse d'un petit orgue anglais. Un de plus parmi d'autres, tant cela est monnaie courante sur le territoire Britannique. Les opérations immobilières favorisent bien plus les barres d'immeubles que le vieux patrimoine religieux, et les démolitions (ou réhabilitation) d'églises et de chapelles se font à un rythme effréné en Angleterre, d'où la cession gratuite ou à peu de frais de très nombreux orgues à tuyaux.



Cette information, aurait très bien pu passer à l'as dans ma mémoire, si je n'avais pas appris l'endroit où se trouvait l'instrument et les conditions de cessions de l'orgue. Trois mots attiseront ma curiosité : SEVERALLS HOSPITAL COLCHESTER

L'un des plus fameux hôpitaux psychiatriques abandonnés d'Angleterre, situé dans le Comté d'Essex. L'information est suffisante pour hanter mon esprit et me décider à prendre plus d'informations sur le sujet.

(Chapelle sur l'extrême gauche)

Le Severalls Hospital, cet immense campus psychiatrique, est condamné à la démolition. Seuls quelques bâtiments seront conservés, mais la chapelle doit disparaître, malgré de nombreuses tractations sur la place pour la sauver.

En guise de souvenirs, le sauvetage de 3 éléments de la chapelle sont proposés à qui souhaite les démonter : les 3 beaux vitraux colorés du chœur, la cloche et enfin l'orgue. La seule condition de la cession gratuite de ces éléments est de les évacuer de la chapelle avant la démolition prévue pour Décembre 2016/Janvier 2017. Après quelques informations prises auprès des personnes responsables et une visite préalable sur place, le coup de cœur est total. D plus l'orgue est totalement disponible, car je suis finalement la seule personne à s'être manifestée.

C'est ainsi que je me suis lancé dans cette aventure de sauvetage (la première de mon parcours). Encore fallait-il trouver l'endroit adéquat pour le réinstaller, car sauver et démonter un orgue est une noble chose, mais le remonter ailleurs est une autre affaire !

C'est alors qu'un heureux concours de circonstances (ou, devrais-je dire, la destinée) me fit rencontrer une récente association (Orgues Rive Gauche) qui souhaitait enrichir le parc instrumental des orgues de la Rive Gauche de la Rance (arrondissement de Dinard, en Côte d'Emeraude). J'ai alors proposé l'idée du sauvetage de ce petit orgue, ce qui a soulevé immédiatement l'enthousiasme. Très vite, j'ai suggéré l'installation de l'instrument en l'église Saint-Clément de La Richardais (cette charmante petite ville en bord de Rance, à proximité de la fameuse usine marémotrice, plus connue sous le nom de Barrage de la Rance).

Cette église est connue pour sa riche décoration de l'après guerre. En témoignent ces grandes peintures murales que nous devons à Xavier de Langlais (1906-1979), artiste connu pour son appartenance au mouvement des Seiz Breur, ou ces vitraux du maître-verrier Max Ingrand (1908-1969). Cette ample église, dépourvue d'orgue depuis son origine, semblait être l'écrin idéal pour le petit orgue anglais de Colchester. L'idée était d'autant plus séduisante que cette église et cette ville sont intimement liées à un grand musicien et organiste breton, nommé Jean Langlais (1907-1991). Ce musicien Breton, né à La Fontenelle, gardera toute sa vie un fort attachement à sa Bretagne natale, et malgré ses multiples activités de professeur et de concertiste qui le conduiront de par le monde, il passera tout ses étés dans cette toute petite maison qu'il possédait au cœur du bourg de La Richardais. L'occasion était donc belle, à la fois d'enrichir le parc instrumental et de rendre hommage à ce grand organiste aveugle. Restait à proposer le projet à la Mairie de La Richardais et à Monsieur le Maire, Pierre Contin, qui fut immédiatement séduit par l'idée et qui donna son feu vert.

Depuis quelques années, la Bretagne connaît un enrichissement de son patrimoine organistique grâce au sauvetage de plusieurs de ces instruments venus d'Angleterre. Certains critiqueront peut-être cette politique de sauvetage et « d'envahissement » d'orgues anglaises dans le département. A mon humble avis, il est plus intéressant de sauver et proposer un bel instrument de qualité à une paroisse bretonne, plutôt que de le vouer à la benne à ordure. Ce dernier mot est violent, mais tel est le cas de nombreux instruments anglais. D'autant que chaque orgue a son histoire et son charme, et comme une véritable personne, il peut devenir fort attachant. Il arrive même, parfois, que l'on peine à appréhender pleinement un orgue, tant celui-ci peut garder jalousement ses secrets. L'orgue de Colchester ne fait pas exception à la règle : je dirais même qu'il la sublime ! Jamais un orgue ne fut autant retors à se dévoiler et à se laisser faire.



La grande chapelle du Severalls Hospital, tout comme la grande majorité des bâtiments du campus, fut construite entre les années 1910 et 1913, dans un style tout à fait Édouardien. Malgré la taille de l'édifice, digne d'une grande église de centre-ville, nous avons affaire ici à un petit orgue dont les origines sont encore bien floues, si bien que, pour le moment je n'ai pu rassembler que quelques pans de son histoire. Une date et un nom sont avérés : 25 Mai 1935, Cédric Arnold.

Cette date précise, cachée sur le cadre intérieur du clavier, permet d'affirmer des travaux assez conséquents par Cédric Arnold (facteur d'orgue basé à Thaxted, Essex). Mais qu'en est-il de sa date de construction ? 1935 ? Rien n'est moins sûr. Un premier coup d'œil sur l'orgue avant démontage, puis l'analyse lors-même du démontage, permettent de retirer la paternité pleine et entière de l'orgue au facteur d'orgue de Thaxted, bien que celui-ci ait allègrement apposé son nom à plusieurs endroits (2 cartouches au niveau de la console, graffiti à l'arrière du pupitre).


Plusieurs éléments de construction et de conception, confirmés par le facteur d'orgue Roger Pulham et John Norman, conduisent à penser que cet instrument pourrait être dû à la grande manufacture Hill Norman and Beard. Quant à la date de construction de certains éléments, il est fort possible que ce soit aux alentours des 1916, c'est-à-dire dans les toutes premières années de cette grande manufacture, aujourd'hui disparue. Il est envisageable que Cédric Arnold ait pu récupéré un orgue dans une autre église, pour le « remodeler » en 1935 et ainsi le proposer à la chapelle du Severalls Hospital de Colchester. Il y laissa en tout cas sa marque au niveau technique et instrumental. C'est évident lorsqu'on compare cet orgue à d'autres orgues de sa production. L'on peut conclure, ainsi, que la console du clavier est clairement de sa main. L'autre hypothèse pourrait être qu’Arnold récupéra plusieurs éléments épars d'orgues (peut-être en piochant dans son stock d'atelier ?) — certains provenant de chez Hill, Norman and Beard — pour l'inclure dans un nouvel instrument. La question reste ouverte.



Mais alors, l'orgue était-il présent dès 1913 dans la chapelle de l'hôpital ? Ou bien a-t-il été installé en 1935 par Arnold ? La découverte récente de quelques informations laisserait entendre qu'il n'y eut aucun instrument dans la chapelle jusqu'en 1935, bien qu'un plan daté de 1913, estampillé par les architectes Frank Whitmore et William Town, indique clairement l'emplacement d'un orgue dans l'alcôve du bas-côté Sud du chœur, exactement au même endroit où se trouvait l'instrument actuel.

Une autre date, découverte sur la première touche du clavier, indique aussi une intervention en 1952, sans plus de précisions sur sa nature ni sur l'auteur. Encore une autre énigme. Qu'en est-il aussi de ces deux émouvants graffitis, savamment cachés à l'intérieur du pédalier, dévoilant les noms de « Colin and Fred, 1972 » ? Etait-ces des facteurs d'orgues ou bien des patients de l'hôpital ayant participé à des opérations de nettoyage de l'instrument ? Une énième énigme s'ajoute à la liste.

Toujours est-il que ce petit orgue fit son service régulier dans la chapelle et ce jusque dans les années 1980 environ, pour ensuite tomber progressivement dans l'oubli. Il est bien difficile de trouver des témoins locaux quant à l'utilisation de l'instrument à la grande époque de l'hôpital. Trouver des organistes témoins est une tâche encore plus ardue. Mais, grâce au facteur d'orgue Roger Pulham, un organiste se manifesta, Michael Colleer. Celui-ci a joué sur cet instrument dans les années 1940, et il en conserve un très beau souvenir, en particulier grâce à la belle acoustique de la chapelle qui magnifiait l'harmonie de l'orgue.



En 1997, le grand hôpital psychiatrique Severalls ferme définitivement ses portes, mais la chapelle, elle, semble avoir perdu son usage premier bien des années auparavant. S'amorcent alors vingt longues années d'abandon, et le campus devient le terrain de jeu favori des chasseurs de fantômes et amateurs d'Urbex qui, à leur tour, céderont leur place aux engins de travaux.

Pour sauver à temps l'instrument et lui éviter une disparition inéluctable, il fallait donc agir vite et bien. Mais, passé l'enthousiasme des premiers instants, à l'heure de se lancer concrètement dans l'aventure, la liste des volontaires s'amenuisait au fil des coups de téléphones. Au final, l'équipe d'aventuriers-explorateurs se résumera à 2 volontaires : le facteur d'orgue Alfred Poeschl et votre serviteur. Fort heureusement, nous serons rejoints sur place par Roger Pulham, facteur d'orgue de son état, qui fit l'analyse préalable de l'instrument.

Après avoir débarqué à Portsmouth par le Ferry, 240 kilomètres nous attendaient, sans GPS, ni carte précise de la région de Colchester, au volant d'un camion de 7 mètres de long dans un pays où l'on roule à gauche. Nous n'étions qu'au début d'une aventure placée sous le signe des embûches et moult ennuis à répétition.

A notre arrivée sur le campus du vieil hôpital psychiatrique, nous vîmes que les travaux de démolition avaient déjà débuté : le grand parc et les immenses arbres avaient déjà en partie disparu. Les amas de gravats avaient pris le dessus, tandis que les chenilles des pelleteuses et les roues des camions bennes labouraient ce qui restait de végétation.

Pour compléter le tableau, il reste à évoquer la si fameuse pluie anglaise, qui acheva de rendre chaotique l'accès à la chapelle, en transformant ses abords en chemins boueux dignes du Camel Trophy. Mes chaussures rangers Caterpillar se souviendront encore longtemps de la boue anglaise.



Nous avions tablé sur trois jours intenses de démontage, mais c'était sans compter la perte de temps incommensurable lors des discussions préalables au niveau technique et légale avec les responsables du chantier de démolition, qui exigeaient le port du casque, chaussures de sécurité (que nous n'avions pas) et diverses injonctions très contraignantes concernant le démontage de l'orgue en lui-même. À plusieurs reprises, il nous est arrivé de nous demander si ces ingénieurs avaient vraiment conscience de ce que nous étions venu faire à Colchester !

L'orgue avait été, entre temps, bâché pour la circonstance et l'on se demande encore bien pourquoi, l'instrument ayant connu plus de 20 ans de poussière et d'abandon. Une logique anglaise qui nous dépassa totalement.

Nous étions loin, très loin de nous imaginer l'ampleur de la tâche, en dépit de la taille (faussement) réduite de l'instrument ! Malgré des conditions difficiles, dans le froid, l'obscurité et malgré une piètre lumière fournie par un petit groupe électrogène que nous avaient gracieusement prêté les démolisseurs (et que les gardiens des lieux prenaient un malin plaisir à éteindre durant la nuit), nous continuâmes à travailler. Le fait de se retrouver dans le noir total au beau milieu d'un hôpital psychiatrique abandonné est une sensation qu'il faut avoir connue pour bien comprendre le mot « effrayant ».

Bon an, mal an, les embûches s'enchaînant, le temps s'écoulant, la fatigue s'accumulant et des murmures venus de nulle part se glissant jusqu'à nos oreilles, nous progressâmes non pas vers la folie, mais bel et bien vers notre but ! Bien que nous eûmes la certitude d'être parfois face à des forces invisibles décidées à nous entraver la route (la façade de l'orgue faillit me tomber sur le crâne et nos téléphones portables se déchargeaient à une vitesse folle), nous arrivâmes à nos fins !



Après plus de vingt ans d'abandon, les détériorations étaient à craindre sur le petit orgue, mais nous fûmes très vite rassurés, car exceptée la disparition d'un grand et lourd panneau latéral en bois (on se demande bien comment les vandales ont pu s'en emparer et surtout aussi discrètement...), du cartouche en ivoire estampillé « Cédric Arnold » et des pommeaux de registres/jeux, le reste de l'instrument est en excellent état. Les tuyaux de façade ne sont même pas abîmés, ni salis par de quelconques fientes de volatiles. Nous avons affaire à un orgue robuste, solidement construit, avec une très belle qualité de tuyauterie, qui a elle seule méritait déjà d'être sauvée.

Nous n'avons malheureusement pas pu entendre l'instrument avant démontage. La turbine de l'orgue était pourtant belle et bien là, sa burette d'huile lui tenant encore fidèlement compagnie, mais que faire sans électricité ? Les vieilles pompes manuelles, du temps révolu des souffleurs d'orgues, ayant disparues depuis bien longtemps ! Malgré tout, en soufflant à la bouche dans plusieurs des tuyaux des différents rangs qui le composent, nous avons pu avoir une petite idée de sa voix, et nous gardons encore en mémoire l'ample sonorité des tuyaux de l'Open Diapason de façade, remplissant merveilleusement l'antique chapelle ou encore la sonorité tendue de la Gamba 8 ou la puissance du Principal 4 (ces termes fort abstraits qualifient différentes sonorités que l'on peu obtenir sur cet orgue).



L'aide et la vigueur de quelques ouvriers du chantier ne furent pas de trop dans l'ultime phase du démontage, pour soulever et déplacer l'élément le plus lourd de l'instrument et le plus essentiel (que l'on nomme le « sommier », là où sont positionnés de façon très ordonnée tous les tuyaux de l'orgue).

Le camion n'étant pas assez grand, et donc au final littéralement rempli comme un œuf, nous avons dû nous résoudre à laisser sur place quelques éléments de boiserie de l'instrument, une décision difficile mais inéluctable. Toutefois, les éléments restés derrière nous sont ceux qu'un menuisier peut aisément recréer.


De droite à gauche : 1er : Roger Pulham ; 2ème : Alfred Poeschl ; 3ème : Eric Cordé


Le 9 Novembre 2016 marque la date d'arrivée de l'instrument sur les terres bretonnes. Tout crasseux et épuisés que nous étions et grâce à une équipe locale très motivée incluant monsieur le Maire, nous remisâmes tous les éléments de l'instrument dans la seconde sacristie de l'église.

C'est alors que débuta la seconde phase du projet : celle de la restauration et de la réinstallation de l'instrument dans l'église de La Richardais. J'eus malheureusement la tristesse de perdre le contrôle du projet, une personne s'étant considérée comme plus compétente pour gérer la suite. Certaines générations ont énormément de mal à faire confiance aux jeunes...

Ma recommandation pour que l'orgue trouve place dans le chœur de l'église sera ainsi catégoriquement rejetée par certaines instances, alors même que son emplacement y était tout indiqué, pour des raisons de sonorité. Il fut donc décrété que l'instrument serait placé le plus au fond possible du transept Sud, l'une des pires situations acoustiques pour un orgue ; mais l'emplacement était optimal pour éviter toute gêne.


Par chance, je pus m'investir dans la restauration de l'instrument grâce à Alfred Poeschl qui eut la charge de ces travaux. Conscient du lien affectif que j'avais avec cet instrument et de notre expérience commune du démontage, nous travaillâmes en tandem, Poeschl allant jusqu'à me qualifier de « mémoire de l'instrument ». Il est vrai que les nombreuses photographies et croquis que j'ai réalisés lors du démontage nous aidèrent à remonter l'instrument de la façon la plus méthodique qui soit, malgré des pressions pour que les choses aillent le plus vite possible.

Il fallut attendre 4 ans, avant de pouvoir réinstaller l'instrument dans l'église. Quatre longues années sans pouvoir entendre l'instrument. Un travail minutieux, géré financièrement par l'Association Orgue Rive Gauche, avec la collaboration efficace et motivée de la Mairie de La Richardais, a permis à l'instrument de pouvoir enfin résonner dans l'édifice.

Étonnement : l'orgue s'intègre très bien au lieu et nous donne presque l'impression qu'il a toujours été là. Et c'est peut-être la meilleure des récompenses. Les nouveaux éléments de boiserie ont été soigneusement réalisés par le menuisier Michel Legendre, grand amateur d'orgues, qui donna bénévolement de son temps et de son savoir-faire pour confectionner ces boiseries dans le même esprit que les anciens éléments.




Au cours de la dernière phase de restauration, qui est celle de l'harmonisation, moment où l'on donne la voix à chacun des 494 tuyaux de l'instrument, il fallut s'armer de patience pour donner la meilleure tessiture possible à ces vénérables rescapés. Au fur et à mesure, nos craintes quant à la sous-dimension du son de l'instrument par rapport à l'édifice disparurent face à l'excellente qualité des tuyaux et l'aspect très chantant de chacun des 8 registres sonores de l'instrument. Son emplacement défavorable en fond de transept est contrebalancé par une admirable harmonie. Le beau diamètre de chacun des tuyaux fait fi de cet obstacle acoustique pour notre plus grand bonheur. Nous sommes loin des sonorités agressives de certains orgues actuels. Bien au contraire, nous sommes face ici à un instrument dont la sonorité tend vers l'amplitude, le soyeux. Ses origines anglaises en font le parfait instrument pour accompagner les chants, les chœurs et autres musiciens solistes.

Il reste à souhaiter à cet instrument une longue vie en ce lieu et nous espérons qu’il ravira un grand nombre de musiciens. Que ses sonorités tout comme son histoire puissent toucher d'autre gens et d'autre musiciens. D'ici 25 ou 30 ans, lorsqu'un nettoyage général de l'instrument se révèlera nécessaire (comme c'est le cas pour tous les orgues), peut-être serai-je là pour voir les nouvelles générations s'affairer autour de ce vieux compagnon.

Eric cordé





Qu'il me soit permis ici de remercier ceux qui m'aidèrent d'une façon ou d'une autre dans ce projet: Gérard Cochennec qui fut d'un soutien indéfectible ; sa présence bienveillante sur toute la durée du projet fut d'un grand réconfort. Roger Pulham qui nous facilita grandement la tâche en Angleterre, tant au niveau technique qu'administratif ; qu’il me soit permis de lui exprimer ici toute ma reconnaissance et ma gratitude. Monsieur et Madame Robin et Jackie Twinn, qui, très gentiment et gracieusement, nous hébergèrent lors de notre séjour à Colchester. Mes vifs remerciements vont aussi à mon ami John Leeming pour son aide lors de ma première visite à Colchester. Et, enfin, un grand merci à Marie-Jo Lemaire, sacristaine de l'église de La Richardais, pour son extrême disponibilité et son affectueuse bienveillance lors de nos multiples travaux dans l'église. Je tiens à saluer également la mémoire du Révérend Gareth Randall (1949-2018), prêtre de l'église Anglicane Saint-Bartholomew de Dinard, qui le plus amicalement du monde me fit bénéficier de ses relations et contacts à Colchester.


Crédits photographiques : Éric Cordé

Les Jeunes s’engagent : Aurélie Benedetto s’engage pour le patrimoine de Tende

Alors que l’arrière-pays Niçois est encore en partie coupé du monde, une jeune fille originaire de Tende a décidé d’agir pour le patrimoine de son village en pensant « au monde d’après ». Certains verront là une démarche prématurée, alors que les défenseurs du patrimoine y verront un geste symbolique et plein d’avenir. D’autant plus symbolique qu’il est initié par une très jeune personne.

Ce sera donc un plaisir et un honneur pour Urgences Patrimoine d’accompagner Aurélie Bénedetto dans ses projets de restaurations et de réhabilitations du patrimoine de Tende, notamment à travers notre opération Solidarité Patrimoine.

Aurélie Bénedetto est une jeune étudiante en master d’Histoire originaire de Tende et souhaitant aujourd’hui mettre sur pied un projet visant à sauver son village victime de la tempête Alex du 2 octobre 2020. En sauvant le patrimoine de Tende, elle espère insuffler un nouvel élan touristique susceptible d’attirer les visiteurs dans son village et ainsi faire reprendre l’économie particulièrement mise à mal depuis quelques années dans la haute Roya. Aurélie nous présente son action :



Alors que les discussions concernant l’avenir de la vallée de la Roya s’accélèrent un peu plus chaque jour, cinq mois après la catastrophe du 2 octobre 2020, la situation sur place n’a pas évolué de la même façon pour tous les villages de cette vallée « encaissée ».

Alors que le village de Breil-sur-Roya trouve une échappatoire vers la méditerranée par le Col de Brouis, le reste des villages de la vallée reste soumis à des convois ayant lieu trois fois par jour, pour aller se ravitailler autant que faire se peut sur le littoral.

Malgré ces convois, la situation est loin d’être revenue à la normale pour tous les villages de la vallée, le hameau de Casterino étant encore à ce jour pratiquement coupé du monde. Alors que la ligne de chemin de fer Cuneo-Nice (initialement vouée à disparaître car jugée trop peu rentable aux yeux de ses exploitants) semblait être devenue la meilleure voie d’accès vers cette vallée sinistrée, voilà qu’un glissement de terrain, lié aux fortes intempéries d’octobre, menace d’emporter le pont de Fontan, crucial pour le passage du train dans la vallée.


Le tunnel du col de Tende, vieux de 138 ans, est l’autre grande victime de cette catastrophe et renforce d’autant plus la condition d’enclavement des villages de Vievola et Tende. Cet important axe routier, où passait il y a seulement quelques mois des milliers d’automobilistes italiens descendant sur la Côte d’Azur, ne se résume aujourd’hui qu’à une gigantesque gravière ayant d’ailleurs avalée une majeure partie du hameau de Vievola.

Si cette catastrophe semble poser énormément de questionnements quant à la remise en place d’un accès terrestre jusqu’à ces villages de la haute Roya, la grande interrogation de la continuité et de la relance économique de ces villages sera primordiale dans les mois et années à venir.



Étant une enfant du pays, j’ai passé l’intégralité de mon enfance à Tende, village dans lequel ma famille y était établie depuis 1919, date à laquelle mon arrière-grand-père décida d’ouvrir sa propre boulangerie. Comme beaucoup de personnes du village, j’ai grandi entourée de ce patrimoine, de ces traditions et de ce folklore dont je n’ai compris la singularité qu’en grandissant. Mes études d’Histoire m’ont également poussé dans cette direction et m’ont amené à m’interroger sur le potentiel touristique de ce village si particulier.

L'histoire de Tende prend racine au dernier quart du 1er siècle avant J.C, lors de la conquête de la Gaule Cisalpine par Auguste. Le nom de « Tende » provient d'ailleurs très probablement du terme italien « Tenda » signifiant « tente », faisant donc allusion au campement établi par les troupes romaines à cette époque-là. Alors que le village appartient au comté de Vintimille depuis le XIe siècle, en 1261 Guillaume-Pierre I de Vintimille épouse Eudoxie Lascaris, sœur de l'empereur grec d'Orient, Jean IV Lascaris, donnant ainsi les Lascaris de Vintimille. Cette alliance laisse des traces encore visibles aujourd'hui puisque c'est grâce à elle que le village arbore sur son étendard l'aigle à deux têtes du grand Empire Byzantin. De ce mariage naît Béatrice Lascaris (1370-1418), héroïne éponyme de l'opéra de Bellini 
Béatrice de Tende retraçant sa vie. En 1574, la maison de Savoie acquiert le village et le garde jusqu'en 1861 où Victor-Emmanuel de Savoie devient Roi d'Italie. Tende devient donc une bourgade italienne à ce moment-là. Finalement, le village ne sera rattaché à la France qu'en 1947 par le traité de Paris avec les communes de la Brigue et de Saint-Dalmas, faisant de cet espace le dernier à intégrer la République Française. De tout temps, Tende a été un lieu de passage important puisque la vallée de la Roya relie le Piémont italien à la Ligurie. Ancienne Route du Sel, aujourd'hui la vallée de la Roya représente un axe européen majeur reliant l'Italie du Nord au Sud de la France. 

Par ce bref résumé historique, il est facile de comprendre toute la portée et l’importance que doit avoir le tourisme dans un lieu aussi chargé d’histoire. Il serait d’ailleurs compliqué de faire une liste des monuments s’y trouvant tant elle serait longue entre le réseau des fontaines et lavoirs, la Collégiale, les chapelles des pénitents ou encore les ruines de l’ancien château.



Bien que pour certains mon projet de relance économique par le biais du tourisme puisse paraitre prématuré, je pense au contraire qu’il tombe à point nommé. Et pour cause : pour la première fois depuis des décennies, la France redécouvre que sur son territoire se trouve un petit espace transalpin nommé Tende, français que depuis 73 ans ! Quelle stupeur ! C’est aussi la première fois en 73 ans que mon village est autant médiatisé, certes pour de mauvaises raisons. Mais pour la première fois depuis si longtemps, nous nous sentons enfin entendus et vus. Pour la première fois aussi, nous découvrons toute l’ampleur du mot « solidarité » et le sentiment d’appartenir à une nation unie qui du fin fond de la Bretagne ou de l’Alsace fait parvenir jusqu’à nous une aide spontanée et désintéressée.

Même si la priorité absolue reste l’urgence humaine, je crois profondément en l’idée que penser l’avenir est un moyen important de garder espoir et de continuer à se battre. Les Tendasques se battent d’ailleurs au quotidien pour rester à Tende malgré les difficultés actuelles, le difficile accès à la côte ou encore la désertion des commerces dans le village. Malgré tout, ils restent parce qu’ils aiment pleinement Tende, parce que c’est chez eux. À mon tour, je veux apporter ma pierre à l’édifice et participer au « Tende de demain ».



Tende est déjà un village qui vit du tourisme, notamment celui de la vallée des Merveilles et du parc du Mercantour dans lequel nous nous situons. Cependant, je crois au potentiel du centre historique et médiéval du village. Si nous favorisons un tourisme au cœur même de Tende, c’est toute l’économie du village qui pourrait en bénéficier. En outre, aux vues de la conjoncture actuelle, la commune n’est plus en mesure d’assurer la reconstruction de ses infrastructures et encore moins de pourvoir à la rénovation de son patrimoine. C’est pourquoi, j’ai lancé dès le mois de novembre une cagnotte dans l’espoir de sauver mon village natal, cagnotte ayant récolté 1920 euros au total. Même si cette somme nous permettra de rénover quelques petits édifices, notamment la fontaine du Bourg Neuf ayant échappé de peu au torrent de la Roya, il tombe sous le sens que nous avons encore besoin d’aide pour remettre en état l’ensemble du patrimoine du village.


Souvent, j’entends les Tendasques dire que le patrimoine du village n’est pas mis en valeur et reconnu comme il devrait l’être. Par cette action, j’espère enfin pouvoir les voir fiers et heureux d’un village ayant retrouvé sa splendeur d’antan.

Crédits photographiques :
Photo 1 : 06only.fr
Photo 2-3-4-5 : Association SOS Patrimoine Tende

Emmenez-moi : le Conservatoire des anciens cépages de Saint-Pourçain


En 2020, Fabien Malavaud, un jeune homme de vingt-six ans, marié, un enfant, prend les rênes de la présidence du Conservatoire des Anciens Cépages de Saint-Pourçain. Originaire du département du Var, il s'est installé à Saint-Pourçain-sur-Sioule en 2019 après avoir exploité un domaine viticole à La-Londe-les-Maures près de Hyères sa ville d'origine.

Saint-Pourçain est un vignoble d'avenir d'après lui : "Authentique, à taille humaine, il reflète typiquement ce que les consommateurs recherchent de plus en plus, c'est à dire des vins de terroir, de qualité et au juste prix".

Fabien Malavaud a pour ambition de faire du Conservatoire des Anciens Cépages une vitrine pour le vignoble : "Mais une vitrine vivante !" insiste-t-il.

"Nous devons être plus visibles et mieux connus, la vente de La Cuvée du Conservatoire doit être développée car elle est un moyen de faire parler de nous".


En plein cœur du Bourbonnais, dans le département de l'Allier, le vignoble de Saint-Pourçain, l'un des plus vieux de France, est depuis 2009 reconnu en Appellation d'Origine Contrôlée.

En 1896, le phylloxera a gravement touché et ravagé le vignoble de Saint-Pourçain. Les viticulteurs ont dû replanter en greffant sur des porte-greffes résistants à cet insecte. Il a fallu rechercher de nombreuses espèces.

C'est l’histoire de ce vignoble qui a poussé les vignerons de cette province royale à créer un conservatoire, afin de préserver certaines variétés de vignes aujourd'hui disparues au profit de cépages plus courants et plus adaptés à la vinification.

Disparues, pas tout à fait, puisque c'est sous l'impulsion d'une poignée de passionnés de la vigne - vignerons et amateurs - et d'anciens viticulteurs, et grâce à l'appui des élus locaux, que le Conservatoire des Anciens Cépages de Saint-Pourçain a vu le jour en 1995. Il est situé dans les dépendances du Château de Chareil-Cintrat. Véritable jardin de ceps à flanc de coteau qui surplombe le château, le conservatoire préserve la mémoire du vignoble Saint-Pourcinois.

Les cépages qui composaient autrefois les vins de Saint-Pourçain sont cultivés sur un peu plus d'un hectare. Au total, quatorze variétés de plants de vignes offertes par les pépiniéristes et les vignerons locaux sont cultivées sur les coteaux de Chareil-Cintrat: Le Saint-Pierre-Doré, le Meslier-Saint-François, le Melon et le Romorantin sont les cépages les plus anciens. A ceux-ci s'ajoutent l'Aligoté, le Pinot-Chardonnay, le Sauvignon, les Pinots Gris et Blanc, les Gamay Lyonnais et Beaujolais, Gamay et Chaudenay et le Pinot Noir. Avec une mention particulière pour le Sacy appelé Tressallier, cépage blanc purement local encore très utilisé sur le vignoble et qui fait la fierté des vignerons.

L'association entretient aussi la mémoire des anciennes méthodes de culture : plantations à "pessiaux" (échalas) ou à "paillas" (treilles lattées), vendanges à "la bacholle", et anime dans l'une des dépendances du château un lieu d'échange et de convivialité.


Le fruit de cette récolte est valorisé chaque année avec La Cuvée du Conservatoire. Elaborée avec les cépages blancs, la première cuvée a vu le jour en 2007. Les vendanges sont exclusivement faites à la main et la récolte est vinifiée par un vigneron de Saint-Pourçain. La cuvée a un "gout d'autrefois" disent les connaisseurs. L'assemblage qui lui donne un goût unique et des arômes généreux et curieux se fait à la vendange et regroupe dix variétés d'anciens cépages blancs précieusement travaillés sur le coteau dominant le château. Tous les ans, la sortie de la cuvée a lieu le premier week-end de juin.

L'emplacement du Conservatoire des Anciens Cépages de Saint-Pourçain n'a pas été choisi au hasard ! En effet, il jouxte le Château de Chareil-Cintrat. Propriété des Monuments Nationaux, cet édifice du XVIème siècle classé Monument Historique, est ouvert aux visiteurs tout comme les parcelles de vignes du conservatoire.


Cette ancienne propriété de la famille de Bourbon présente un remarquable décor intérieur marqué par la seconde renaissance française : cheminées monumentales, peintures murales inspirées de l'Antique représentant des scènes mythologiques, astrologiques et un ensemble de grotesques unique en France par son ampleur et sa finesse d'exécution.

"Il est vraisemblable que le château de Chareil-Cintrat ait été à l’origine, une forteresse médiévale, appartenant aux sires de Bourbon, puis à une famille éponyme du lieu attestée dans les textes au XIVe siècle.

Au milieu du XVIe siècle, apparaît Claude Morin, Contrôleur Ordinaire des Guerres qui passe pour avoir été le commanditaire des grands travaux d’embellissement du château. Ceux-ci consistèrent non seulement en l’adjonction d’éléments décoratifs d’inspiration italienne comme les peintures, mais aussi en une restructuration de l’édifice avec un escalier central à quatre volées droites voûtées en berceau continu. Des cheminées richement décorées agrémentèrent les pièces du château.


L’ensemble de la décoration sculptée fut organisée selon un strict respect de l’étagement des ordres architecturaux, issu de l’époque gréco-romaine. Cette caractéristique fait du château de Chareil un monument de la seconde renaissance française.

En 1589, à la fin des guerres de Religion, les protestants assiégèrent l’édifice sans que le bâtiment en souffre.

En 1752, la propriété passa par mariage dans la famille Langlois de la Ramentière qui la conserva jusqu’en 1815, date à laquelle elle fut vendue à la famille Thonnier.
À la première guerre mondiale, les aciéries Schneider firent l’acquisition du monument mais ne l’occupèrent jamais.

En 1958, après plusieurs décennies d’abandon, l’édifice fut acquis par l’État et classé parmi les monuments historiques. De gros travaux de restauration commencèrent alors. Les architectes des Monuments historiques s’employèrent tout d’abord à rétablir la structure de l’édifice, avant de s’occuper dès 1973 de la restauration des peintures."



Renseignements sur : www.vins-saint-pourcain.com/conservatoire-des-anciens-cepages ou au près de l'Office de Tourisme Val-de-Sioule à Saint-Pourçain-sur-Sioule : 04 70 45 32 73

Visiter ce lieu et acheter son vin, c'est soutenir le patrimoine en alliant l'utile à l'agréable !


Source: www.chareil-cintrat.fr
Crédits photographiques :
Photo portrait : Fabien Malaveau
Photo 1-2-5 : Catherine Legrand
Photo 3 : David Bordes/Monuments Nationaux
Photo 4 : Allier Tourisme