October 2020

CAPES de Lettres modernes : la littérature médiévale à la trappe ?

La nouvelle a probablement fait plus de bruit que certains le pensaient dans cette période de pandémie. Un projet d’arrêté, visé par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, entend supprimer la littérature médiévale du programme du Capes de Lettres, les textes du programme étant choisis dans la période allant de la Renaissance à nos jours.


Une récente lettre ouverte (
ICI), rédigée par Anne Carlier et adressée à Blanquer, tire un signal d’alarme qui mérite, selon nous, de se faire entendre le plus largement possible. Professeur à la Sorbonne, Présidente de la Société internationale pour la Diachronie du Français, Membre de l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, Anne Carlier se dit consternée par la disparition de ce pan de « littérature nationale, qui a été une source d’inspiration pour les littératures de l’Occident au moyen âge ».

L’on ne s’étonnera que peu de ce projet, si l’on se souvient qu’en 2005, déjà, le Président de l’agrégation de Lettres Modernes, l’inspecteur général Le Guilloux, avait réduit de moitié le nombre de spécialistes de grammaire à l'oral de l'agrégation externe de Lettres modernes. Tout cela sans aucune concertation. L’affaire avait fait grand bruit alors et avait conduit à une
pétition.

Il y va donc d’une cohérence ministérielle. Mais que devons-nous en conclure ? Que nos étudiants d’agrégation sont incapables de lire et commenter Pierre Abélard ou le Roman de Renart ? La légende de Tristan et Iseut serait-elle devenue inabordable ? La chose est improbable. Ce qui est plus avéré, en revanche, c’est qu’une fois de plus, certains se permettent de décréter « ce qui n’est plus faisable ou pensable » par les étudiants et se croient ainsi autorisés à faire table rase du patrimoine qui est le nôtre. Cela n’est pas sérieux.

De quel orgueil faut-il donc souffrir pour en arriver — a priori — à ce mépris du « niveau » de l’étudiant ? De quelle autorité faut-il se prévaloir pour décider
unilatéralement que ce qui est assez bon pour les anciens ne l’est pas pour les plus jeunes ? Il nous apparaît au contraire que professer, c’est transmettre (et l'on sait combien la chose est difficile) ces savoirs et compétences qui, in fine, constituent le socle commun entre les générations.

Pour d’autres, clairement, professer signifie couper les ponts.


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Sierck-les-Bains : tous unis pour sauver la maison Berweiller

Urgences Patrimoine avait donné l'alerte grâce à un article dans notre Gazette du Patrimoine le 18 septembre, au lendemain de la publication de celui du journal L'Est Républicain, faisant état de la démolition prochaine de la maison Berweiller, située dans la commune de Sierck-Les-Bains (lire l'article ICI).

C'est cet article de
La Gazette du Patrimoine qui a retenu l'attention de nombreux habitants de la commune, et en particulier de Joseph Nousse, fervent défenseur de Sierck et figure locale. Ce sont plus de trois cents personnes qui ont alors partagé sa publication sur les réseaux sociaux et, immédiatement après, un comité de sauvegarde a été créé afin d'éviter la démolition de l'édifice érigé en 1664.

L'affaire a dépassé largement les frontières de la commune et toutes les grandes associations se sont jointes au comité de sauvegarde pour essayer de trouver des solutions rapides et surtout pérennes, afin d'offrir un avenir à l'édifice.


La solution idéale serait, comme nous l'avons déjà évoqué, de trouver un repreneur sérieux, en capacité de réaliser les travaux d'urgence afin de lever au plus tôt l'état de péril. Un groupement d'entrepreneurs luxembourgeois s'est fait connaître et a rencontré Madame la Maire le 20 octobre dernier. Nous ignorons encore quelle sera l'issue de cette rencontre, mais nous l'espérons tous heureuse.

En attendant, un courrier co-signé par l'ensemble des acteurs impliqués dans cette sauvegarde a été envoyé à Madame la Ministre de la Culture afin d'appuyer une demande de protection de l'édifice.

Voici son contenu :

À l'attention de Madame Roselyne Bachelot
Ministre de la Culture Ministère de la Culture
182 rue Saint-Honoré
75001Paris

Objet : Démolition de la maison Berweiller

Madame la Ministre,

Les membres des huit associations que nous représentons ont été surpris d'apprendre récemment le projet de démolition de la maison Berweiller, située au 4 rue de la Tour-de l'Horloge dans la commune de Sierck-les-Bains, en Moselle. Bien que non protégée au titre des Monuments historiques, cette maison datant de 1624 est repérée comme « Intérêt à signaler » sur la Base Mérimée (notice IA00037545). En effet, pour ses qualités architecturales et patrimoniales, la maison Berweiller compte parmi les édifices les plus remarquables de la commune et se trouve intégrée à son parcours historique.

Située à quelques mètres de l'église et du château, elle se situe également en abord d'un Monument historique. Par ses proportions effilées, sa façade en angle et les délicates modénatures de ses ouvertures avec sculptures et ornements à formes animales, cette maison est en mesure de tenir la comparaison avec bon nombres d'édifices civils protégés au titre des Monuments historiques à Metz et dans le département de la Moselle.

Elle constitue un des rares exemples d'habitation de drapiers du XVIIe siècle, encore conservés dans la région. Des problèmes structurels importants ont affecté l'édifice. Leur cause semble trouver son origine dans la rupture de l'équilibre général suite à la démolition de la maison voisine, après la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, et bien qu'impressionnants, ces désordres semblent aujourd'hui provisoirement atténués voire contenus grâce à trois tirants. Des témoins au plâtre mis en place en 1978 renseignent sur la faible évolutivité de ces désordres.

La maison est actuellement la propriété d'une famille en grande difficulté financière. Suite au récent décès de leur mère, les héritiers ont souhaité se séparer de la maison que la commune s'est proposée de racheter et de démolir, aidée par l'Etablissement Public Foncier de Lorraine.

Pour ce faire, un arrêté de péril a récemment été pris par la commune et ce, bien que les désordres soient contenus depuis plusieurs années. Comme vous le savez, la récente loi ELAN ôte tout pouvoir à l'Architecte des Bâtiments de France face à un arrêté de péril.

Seule l'action de la Conservation régionale des Monuments historiques, par la mise en instance de classement, peut désormais permettre d'envisager un sursis pour cet exceptionnel édifice.

Deux courriers ont été adressés le 5 octobre aux CRMH de Metz et de Châlons-en-Champagne et sont restés sans réponse… La démolition programmée de la maison Berweiller nous apparaît ainsi doublement injustifiée : tant d'un point de vue structurel que patrimonial. Cette démolition représenterait une perte patrimoniale inestimable pour la commune et le vide laissé par sa disparition tendrait à fragiliser l'organisation urbaine de Sierck-les-Bains. Qui plus est, si l'une des plus belles maisons de la commune peut être ainsi démolie, quel exemple cela renvoie-t-il aux Sierckois et plus largement aux citoyens français ?

Nous souhaitons également attirer votre attention sur l'aide fournie par l'EPFL, établissement public. Par ce courrier, nous souhaitons ainsi vous alerter sur la grande valeur de ce patrimoine et attirer votre attention sur le sacrifice que constituerait sa démolition.

C'est pourquoi, nous venons solliciter de votre part la mise en instance de classement portant sur la 4 rue de la Tour-de-l'Horloge afin de suspendre dans les plus brefs délais et durant un an ce projet de démolition. Une recherche de financements pourra également être menée en parallèle ; nous sommes déjà engagés dans ces démarches.

Nous vous remercions de l'attention et de la considération que vous voudrez bien porter à notre requête et vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de notre haute considération.


Alphonse Schneider Président de Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Jean-Yves Chauvet Président de Maisons Paysannes de Moselle
Béatrice Reimeringer Présidente de l'Association des Pierres et des Hommes pour la sauvegarde du patrimoine Sierckois
Joseph Nousse Comité de sauvegarde de la Maison Berweiller
Alexandra Sobczak-Romanski Présidente fondatrice d'Urgences Patrimoine
Joël Beck Président de la Société d'histoire et d'archéologie de la Lorraine
Christel de Wendel Déléguée départementale Vieilles Maisons Françaises Moselle
Jean-François Michel Délégué grand-Est Sites et Monuments SPPEF



Cette protection pourrait éviter la démolition, car, dans ce cas, l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France deviendrait obligatoire avant toute intervention. Les services de la culture ont été clairs, cette maison est considérée comme un patrimoine remarquable et la faire disparaître du paysage Sierckois serait une grave erreur. À l'heure actuelle, l'avis de l'ABF n'étant que consultatif, rien ne s'oppose à cette démolition.


Pourtant les avis sont unanimes. Ceux des habitants, ceux des défenseurs du patrimoine, mais également ceux des professionnels de l'architecture et du patrimoine.

C'est le cas notamment de Monsieur Philippe Tondon architecte, membre de la commission Urbanisme et Patrimoine de l'Académie Nationale de Metz, qui nous livre ici sa réflexion :

Sierck-les-Bains, Démolition des immeubles 2 et 4 rue de la Tour de l'Horloge,

« On achève bien le tissu urbain… en démolissant des maisons »

La pandémie n'arrête pas les démolisseurs ! Pourtant ces deux maisons du quartier de la Tour de l'Horloge à Sierck-les-Bains en ont déjà connu des épidémies. La commune a entrepris la rénovation du quartier de la Tour de l'Horloge, situé devant la porte du même nom, en contrebas de son château. Elle prévoit dans ce cadre la démolition de deux immeubles, le numéro 2 qui est un immeuble du XVIIIe siècle et le 4, la maison du drapier Berweiller construite en 1624 (voir extrait du N°26 Images du Patrimoine sur le canton de Sierck-les-Bains aux éditions Serpenoise, d'ailleurs cette photographie montre, dans les années 80, un bâtiment dans un état déjà assez proche de celui d'aujourd'hui).

Le programme de rénovation du quartier d'un budget de 2 M€ est financé par l'Europe, la Région, le Département et la Communauté de Communes, sous maîtrise d'ouvrage déléguée de l'EPFL.


Il prévoit la rénovation des espaces publics, avec entre autres l'aménagement du parvis de l'église de la Nativité. C'est dans ce cadre que la démolition des deux immeubles permettra, pensez donc ! la création d'un parking et probablement la mise en œuvre de cette pensée désuète du XIXe, consistant au dégagement des monuments. Comme il est écrit dans le bulletin municipal d'août dernier (en annexe 2 pages extraites de celui-ci) la municipalité a édité deux arrêtés de péril et elle a probablement engagé un permis de démolir, soumis entre autres à la D.R.A.C., par l'intermédiaire de l'U.D.A.P. le service de l'A.B.F.

Il est vrai que cette maison est déstabilisée depuis la démolition des constructions sur les trois parcelles qui se situaient entre celle-ci et l'église, d'où le décrochement de son pignon ouest. Mais il suffirait de reconstruire contre pour la maintenir. L'erreur venait déjà de cette première intervention sur le tissu.

L'origine de ce faubourg date du XIVe siècle, il s'organisait entre l'entrée de ville depuis Thionville, les berges de la Moselle et les évolutions de l'église. Elle était à l'origine une chapelle édifiée en 1236, à l'emplacement de l'actuelle sacristie, pour les Chevaliers de l'Ordre Teutoniques à l'initiative du Duc de Lorraine Mathieu II. Elle fut ensuite transformée en église paroissiale (deuxième quart du XVe siècle) à l'initiative de Arnold VI de Sierck.

Ces bâtiments sont et peuvent être préservés, surtout parce qu'ils font partie d'un tissu urbain caractéristique, cohérent et que la suppression d'une partie, aussi infime qu'elle puisse être, constitue un appauvrissement de la cohérence d'ensemble, pour la cité, comme pour ce faubourg du XIVe siècle.

Cette décision est d'autant plus surprenante que la maison du drapier arbore, contre sa porte caractéristique du XVIIe siècle, l'étiquette d'un circuit du patrimoine et pire encore, sur le Plan Local d'Urbanisme (en extrait également) elle est classée à juste titre en 2018 comme un « bâtiment remarquable », comme d'autres du centre de Sierck-les-Bains (étoile rouge sur le P.L.U.), au même titre que l'église. Si ce n'était le changement de Maire, cette incohérence serait juridiquement incompréhensible, mais plus encore avec l'aval timide et ennuyé des services de l'état (dans un périmètre de protection et au pied du château). Pour en terminer avec les contradictions, la communauté de communes des trois frontières a participé en 2017 à un programme du Cerema sur la revitalisation des centres bourgs, avec comme levier, le développement touristique par le patrimoine et la résorption de l'habitat indigne, notamment au travers de la création d'une Opération Programmée d'Amélioration de l'Habitat.



Nous ne comptons plus les témoignages de soutiens locaux et même nationaux qui s'opposent à la disparition de l'édifice.À ce sujet, si vous aussi vous souhaitez dire non à cette démolition, vous pouvez signer la pétition mise en ligne. Nous vous rappelons qu'il est inutile de faire un don au moment de la signature comme la plateforme vous invite à le faire.

Pour signer la pétition, cliquez
ICI.


Passés ces « détails techniques », ce qui nous donne de l'espoir dans ce combat contre ce que nous appelons le « déni de patrimoine », c'est d'avoir pu, chose hélas rare, se rassembler pour défendre une même cause. Nous savons pourtant tous que « l'union fait la force », mais mettre en application cette maxime n'est pas chose aisée. En revanche pour la maison Berweiller nous avons réussi à nous unir. Espérons que cela conduira à la survie de l'édifice — tel est notre souhait commun.

« Le Patrimoine ne peut pas lutter, ensemble nous pouvons ! »

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Crédits photographiques : Comité de sauvegarde de la maison Berweiller

Bergues : en route pour l'aventure !

Mardi 20 octobre, j’ai eu le plaisir de découvrir la très belle commune de Bergues. Invitée par la municipalité, je suis venue modestement apporter un regard extérieur et, je l’espère, objectif sur le patrimoine de ce que certains appellent « la belle endormie des Flandres ».


Pas si endormie que ça, car la multitude de commerces atteste d’un dynamisme incontestable. C’est bien connu, dans une ville qui dort le commerce est inexistant — ce qui n’est absolument pas le cas ici. C’est accompagnée de Marc Bourel, premier adjoint élu à la culture et au patrimoine, et de Patrick Descamps, directeur du musée, que j’ai pu apprécier la diversité et la qualité du patrimoine Berguois. Ses remparts, son célèbre beffroi, son étonnant Musée du Mont-de-Piété, les vestiges de l’ancienne Abbaye Saint-Winoc, ses canaux, ainsi que son bel Hôtel de Ville.


Même si Bergues a subi les assauts de la guerre et qu’une grande partie de l’architecture est celle de la « reconstruction », tout ici est très homogène à quelques rares exceptions près. J’ai également pu apprécier la propreté de cette commune qui ne laisse planer aucun doute sur la qualité du travail des employés municipaux et des services techniques. Peut-être que certains habitants ne partageront pas ma vision des choses, mais en comparaison avec beaucoup d’autres communes, Bergues est un modèle à suivre dans ce domaine, même si tout modèle est perfectible.


Mais soyons clairs. On ne m’a pas fait venir pour que je fasse la promotion de Bergues (mais si vous ne savez pas où passer un week-end, allez-y les yeux fermés), mais pour que j’apporte quelques idées quant à la valorisation du patrimoine local.

Il est évident qu’il va falloir très vite apporter les soins nécessaires à la sauvegarde de l’Hôtel de Ville. En termes de financement, il s’agit d’un projet coûteux pour une commune de moins de 4000 habitants. Tout comme pour la mise aux normes du Musée et la restauration des remparts. Parce que tous ces édifices sont protégés au titre des monuments historiques, ils pourront bénéficier d’aides et de subventions et il ne fait aucun doute que la municipalité les trouvera afin de ne pas trop fragiliser les finances de la commune. C’est peut-être aussi le moment de se faire entendre afin de bénéficier du plan relance patrimoine dans lequel 40 millions d’euros sont destinés au patrimoine protégé. Une petite candidature au loto du patrimoine serait peut-être une bonne chose. Quoi qu’il en soit, le patrimoine Berguois est entre de bonnes mains, car il y a une réelle volonté municipale d’agir en sa faveur et nous le savons tous : « lorsqu’il existe une volonté, il existe un chemin ». En parlant de chemin, j’ai découvert au bout de l’un d’entre eux, un endroit incroyable qui se nomme « les 3 bastions ». Une plaque de bronze rappelle qu’ici vingt personnes ont perdu la vie pendant la seconde guerre mondiale.


Si l’endroit dégage quelque chose à la fois d’étrange et de solennel, il est également un lieu de rassemblement de jeunes qui souhaitent être un peu isolés du reste de la ville. Certains « tags », comme on en trouve dans beaucoup de communes de France et d’un goût parfois contestable, n’offrent pas à ces murs chargés d’histoire la dignité qu’ils méritent. M’est alors venue l’idée de faire des trois Bastions, un vrai lieu de mémoire dont certaines parties pourraient très bien être recouvertes de fresques en hommage aux héros morts ici pour la France. Un lieu de mémoire ne doit pas être forcément un lieu figé, bien au contraire. Et ici, je pense sincèrement que l’on peut réunir passé et présent, tout en faisant vivre cette petite partie de la ville qui ne demande qu’à exister. Cette proposition a eu l’air de séduire mes interlocuteurs : nous verrons bien si les Berguois trouveront cela judicieux ou non.



Car, comme je l’ai dit avant ma visite, l’important pour le patrimoine, c’est qu’il soit porté non seulement par les élus, mais également par les habitants. Le patrimoine est un bien commun et il doit le rester, même si ce sont les élus qui ont la lourde charge de son entretien.


J’ai découvert également l’ancienne poudrière qui est à l’abandon. Mais en ce qui la concerne, le problème est en passe d’être résolu, car un appel à projet a été lancé et il ne fait nul doute que quelqu’un saura offrir à ce lieu une seconde vie, sans que cela ne coûte un centime d’argent public. Merci, Monsieur le Maire, d’avoir opté pour l’appel à projet plutôt que d’avoir fait un « appel à pelleteuses ».


L’ancien abattoir cherche lui aussi une nouvelle destination, mais ce charmant bâtiment du Centre-Ville trouvera sans doute une nouvelle destination rapidement. Là encore, il est fort probable que les habitants soient sollicités pour donner leur avis.


Quelques idées simples ont également retenu l’attention de mes « guides », mais il faut bien garder une petite part de « mystère ». D’ailleurs, j’en profite pour rappeler à certaines personnes qui se demandaient quelle était ma légitimité pour venir donner mon avis sur LEUR ville, qu’effectivement je n’en ai aucune, mais que parfois un regard extérieur permet de mettre l’accent sur des petites choses que l’on ne voit pas ou que l’on ne voit plus, simplement parce qu’elles sont familières. Donc, le regard de « l’étrangère » que je suis ne peut être que positif —du moins, c’est ainsi que je l’entends. Même si, je le répète encore une fois, je ne détiens pas la vérité absolue.

Enfin, je ne pouvais pas faire un compte rendu de ma visite sans évoquer une histoire qui m’a énormément touchée. Près des ruines de l’ancienne église Saint-Martin se trouvait un jardin en friche. Paulette et Yves habitaient juste en face et ont décidé, avec l’accord de la municipalité, de redonner vie à ce jardin oublié. Le résultat est magnifique. Ayant eu connaissance de cette histoire avant ma venue grâce à un Berguois amoureux de sa ville, j’ai souhaité absolument voir ce petit jardin dans lequel trône une statue de Saint Martin qui a hélas perdu sa tête pendant la guerre.


« Monsieur Yves » était devant sa porte. J’ai juste eu le temps de lui dire : « Bravo, ce que vous avez fait est juste magnifique ». Ce à quoi il a répondu : « oh ce n’est pas grand-chose ». Après être repartie, j’ai dit à Marc Bourel que j’avais pensé à une chose qui lui paraîtrait hors sujet, mais, comme « Madame Paulette » a été emportée par le Covid en début d’année, il serait peut-être bien de donner son prénom à ce petit jardin. Ma suggestion a donné lieu à un sourire et l’élu m’a répondu : « Ne vous inquiétez pas, c’est ce que nous avons prévu de faire, le jardin portera le nom de Paulette et d’Yves. » Il n’en fallait pas plus pour illuminer ma journée.

Certains diront que je m’éloigne un peu de la cause du patrimoine en relatant cette histoire, pourtant, le patrimoine sans la main de l’homme n’existerait pas et que serait l’homme sans le patrimoine ? Ce bien commun qui raconte notre histoire collective sera promis à un bel avenir si nous sommes nombreux à agir chaque jour en sa faveur, avec nos moyens, à notre niveau, comme l’ont fait Paulette et Yves par exemple. Certes, nous sommes bien loin des millions nécessaires à la restauration des édifices emblématiques de la commune, mais si chacun apporte sa pierre à l’édifice, aussi modeste soit-elle, alors je gage que des solutions seront trouvées.

Nous allons maintenant réfléchir à des actions concrètes à mener rapidement, en fonction des choix des élus et bien entendu de tous les Berguois.

Alexandra Sobczak-Romanski
Présidente d’Urgences Patrimoine
urgences.patrimoine@gmail.com



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Crédits photographiques : La Gazette du Patrimoine
Photo 1 : Le Beffroi
Photo 1bis : Les canaux
Photo 2 : Saint Winoc
Photo 3 : Plaque commémorative des 3 Bastions
Photo 4 : Vue générale des 3 Bastions
Photo 4 bis : Vue intérieure de 3 Bastions
Photo 5 : Poudrière
Photo 6 : Ancien abattoir
Photo 7 : Jardin « Yves et Paulette »
Photo 8 : Détail de la façade du Musée du Mont-de-Piété

Château de Saulxures-sur-Moselotte : un patrimoine à l’agonie

Il aura suffi d’un article de Vosges Matin pour ranimer sans doute une ultime fois la mémoire d’un château connu de tous, non pas pour son nom, mais pour ses particularités architecturales, notamment pour ses puissantes cariatides.


Commandé par Jean Thiébaut Géhin, un industriel du textile un brin mégalomane, et achevé en 1861 par sa veuve, moyennant une dépense de 2 millions de francs de l’époque, le château de Saulxures-sur-Moselotte, dessiné par l’architecte Charles Perron, était un formidable témoignage de l’âge d’or industriel. Parquet en marqueterie, larges cheminées en marbre de Carrare, escaliers somptueux, plafonds peints par Félix Haffner, sculptures multiples, tapisseries monumentales, rien n’avait été trop beau pour la construction de cet édifice de style Louis XV.



Les grilles, œuvres de Desforges, Brochon et des frères Festugière, étaient les copies de celles de la place Stanislas à Nancy. Elles s’ouvraient sur un perron flanqué de quatre splendides cariatides, œuvres du sculpteur Georges Clève, dont les copies sont conservées au Louvre. Pour agrémenter ce château, ses propriétaires avaient fait appel aux plus grands artistes français de l’époque.


Un arrêté de péril

Transmis aux générations suivantes, visité par Thiers et De Gaulle, le château a finalement été abandonné en 1972. « Les coûts de restauration et d’entretien étaient devenus faramineux », expliquait il y a quelques années son propriétaire, François Vandamme. Il y a bien eu quelques projets de reprise, mais aucun n’a abouti. Et aujourd’hui, le bâtiment, inscrit mais non classé, est définitivement irrécupérable. La toiture s’est écroulée, les plafonds aussi. Le froid, la pluie ont fait leur basse besogne. Les grilles ont disparu. Le pillage et le vandalisme ont pris le relais. Même les livres de l’imposante bibliothèque ont fini dans le camion benne d’une papeterie ! Il y a quelques années, face à cette dégradation, la mairie avait dû prendre un arrêté de péril, contraignant le propriétaire à fermer l’accès du site. Plus tard, la commission nationale des monuments historiques a donné son accord pour une démolition « sous réserve que les sculptures de Georges Clève soient préservées ». Depuis, rien ne se passe. La démolition est coûteuse et son propriétaire n’a manifestement pas envie de s’y consacrer. L’agonie du château pourrait donc durer encore quelques années.


L’heure n’est hélas plus aux lamentations, mais aux questions.

La première étant, peut-on encore sauver « l’insauvable » ? La toiture et les plafonds sont effondrés, la majorité des décors intérieurs ont été pillés. Pourtant, les fondations semblent encore vouloir résister.

Nous allons tenter l’action de la dernière chance, comme nous l’ont demandé les personnes qui nous ont contacté récemment.

Stéphane Bern s’était intéressé au château en 2017, mais visiblement cela n’a rien changé à la situation. Nous n’aurons vraisemblablement pas plus de succès que lui, mais notre engament envers le patrimoine nous conduit une fois de plus à tenter quelque chose.

En premier lieu, nous allons essayer de contacter l’association locale « Les amis du château de Saulxures-sur-Moselotte, qui sont sans doute les mieux placés pour évoquer le sort et l’état du château aujourd’hui, puis nous essaierons d’explorer l’aspect juridique du problème, car il existe encore quelques solutions de ce côté-là.


Nous déplorons cette situation qui hélas n’est pas isolée. Il existe sur l’ensemble du territoire des dizaines, voire des centaines d’édifices protégés au titre des monuments historiques dans cet état-là. Sans parler de ceux qui ne bénéficient d’aucune protection MH.

Souvent, les instances concernées restent sourdes aux appels désespérés des défenseurs du patrimoine et c’est bien là tout le problème. C’est bien là qu’il va falloir travailler à trouver des solutions notamment quand il s’agit comme ici, d’un patrimoine privé. Le patrimoine « public » n’est pas forcément mieux traité, comme nous pouvons le vérifier à Saint-Nazaire avec le Château de Porcé, ou Blendècques et le Château de Westhôve. La disparition de ces édifices est une perte inestimable pour l’art, l’architecture, le patrimoine ou si l’on résume : pour la culture en général.


« Il suffirait d’une loi, qu’on la fasse… »


Sources
Vosges Matin.

N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez nous aider dans cette ultime action : urgences.patrimoine@gmail.com

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Crédits photographiques : Anne Haxaire