Ne pas sauver les pierres, est-ce sauver les hommes ?


En ces temps troublés, nous assistons à un déferlement de haine sur les réseaux sociaux, à partir du moment où les causes défendues ne sont pas en rapport avec le corona virus.

Nombreux sont ceux qui crient à l’indécence, à l’ignominie et qui voudraient voir pendus haut et court ceux qui ont décidé de continuer à s’investir dans la cause qui est la leur.

Nous, les « sauveurs de mémoire », respectons tous ceux qui œuvrent pour le bien des hommes et qui s’exposent au péril de leur propre vie un peu plus chaque jour. Nous admirons tous les acteurs qui jouent un rôle déterminant pour sauver nos vies et mais également ceux qui nous permettent de vivre au quotidien. Nous les admirons, parce que nous sommes conscients que, sans eux, les choses seraient bien pires et nous les admirons d’autant plus que nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, impuissants, parce que notre fonction dans la société n’est pas en rapport avec les urgences du moment.

Nous sommes donc contraints d’assister passivement à leur héroïsme. La seule chose que nous pouvons faire pour les aider, c’est de rester chez nous. Mais rester chez nous ne signifie pas rester inactif.

Nous avons donc fait le choix de continuer à faire ce que nous savons faire, mais en culpabilisant.

« Les hommes pourront reconstruire des châteaux, mais les châteaux ne sauveront pas des hommes ». Cette phrase nous a été adressée, mais elle nous semble totalement hors-sujet. Car les hommes qui essaient de sauver des châteaux ne peuvent rien faire pour sauver les hommes. Faut-il les condamner pour autant ?

Nous avons lu aussi : « Monsieur Bern n’a qu’à donner l’argent qu’il récolte pour le patrimoine au personnel soignant. » De l’argent, il en faut pour tout et il n’y en a jamais assez. Mais nous n’en avons pas demandé. Seulement, le simple fait de parler d’autre chose que de virus est visiblement une atteinte au respect du personnel de santé.

Alors pour nous « déculpabiliser », ce matin, nous avons interrogé deux médecins, dont un qui est probablement touché par le virus.

À la question « trouvez-vous indécent de continuer nos actions en faveur du patrimoine, pendant que vous êtes submergés de travail ? » Voici leurs réponses.

Docteur Olivier K :

« Moi ça ne me choque pas du tout. La vie ne s’arrête pas, parce qu’il y a le corona. »

Docteur Henry M, médecin urgentiste :

« La vie ne s’arrête pas aux hôpitaux, bien heureusement, et il est indispensable de maintenir ses activités propres lorsqu’elles sont autorisées. Aussi, je ne vois vraiment pas ce que l’on peut reprocher à ceux qui défendent le patrimoine. Il faut qu’ils continuent leur engagement comme ils l’ont toujours fait, avec passion et dévouement. Les atrabilaires et autres pisse-menus de la première heure seraient bien plus inspirés de fermer leur g... Mais hélas, on ne peut rien contre la bêtise humaine... »

Parce que nous sommes vivants, il est important de continuer à faire ce que nous savons faire et quand nous avons la chance de pouvoir encore le faire.

Alors ne soyez pas vindicatifs avec ceux qui n’évoquent pas le corona virus et la maladie en permanence. D’ailleurs s’ils n’en parlent pas, c’est surtout parce qu’ils n’en ont pas la compétence. En revanche, ils ont peut-être celle de donner un avenir à des édifices qui seront source de travail pour des artisans qui sont aujourd’hui confinés chez eux, souvent sans ressources, et qui seront heureux de se remettre à l’œuvre dès que cela sera rendu possible.

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