Saint-Saturnin-de-Séchaud : vandalisme et vols, une liste trop longue


Victor Hugo qui fit la guerre aux démolisseurs serait bien consterné de nos jours. Je n'imagine pas son chagrin face à Notre-Dame, ravagée par les flammes. La cathédrale, qu'il sauva avec Viollet-le-Duc et Lassus, est un symbole, comme son combat. N'oublions jamais ces hommes, comme lui, comme Alexandre Lenoir et d'autres encore à qui l'on doit une prise de conscience patrimoniale puis l'élaboration d'un cadre législatif dans l'espoir de sauver ou à tout le moins de préserver les témoignages de notre grand passé. L'indignation de Hugo, le travail acharné des grands restaurateurs du XIXe siècle à nos jours sont nôtres. Notre combat pour le patrimoine, quel qu'il soit, n'est ni vain ni d'arrière-garde.


Non seulement, aujourd'hui, un nombre impressionnant d'églises nécessitent des restaurations, mais en plus certaines sont de plus en plus vandalisées voire pillées. De très beaux objets liturgiques, accumulés au fil des siècles, faisaient la gloire de l'église Saint-Saturnin-de-Séchaud à Port d'Envaux en Charente-Maritime, connue pour être une sorte de musée d'art religieux.

C'est le samedi 22 février 2020 que l'église a été profanée. Monsieur le Maire du village indique « qu'il y a eu effraction par une petite fenêtre qui donne sur la sacristie. Des objets de culte d'une grande valeur ont été dérobés, notamment dans une armoire, avec pratiquement l'intégralité du trésor emporté. Ils ont fracturé les tabernacles des autels pour en voler les calices ».


Le Père Feliho, curé de la paroisse, le maire et les villageois sont, bien sûr, sous le choc. De tels actes n'étaient plus arrivés depuis des dizaines d'années. Une messe de réparation sera célébrée le 2 mars à 18h30, l'église ayant été profanée.

Si vous pouvez vous y rendre, vous verrez surgir soudain, quittant Port-d'Envaux en direction du hameau de Saint-Saturnin-de-Séchaud, au bout de la ligne droite, l'aimable façade gothique flamboyant, œuvre délicate du XIXe siècle, de cette charmante église qui est tel un précieux écrin. L'abside, le chœur, le carré du transept à coupole sur trompes et les croisillons sont romans bien que très remaniés. On peut estimer que l'ensemble des vestiges romans actuellement visibles, dont les bras du transept font également partie, remonte aux premières décennies du XIIe siècle. Si une église antérieure a existé, il n'en reste rien.

On va du transept à la nef par des passages étroits comparables à ceux de l'Abbaye-aux-Dames de Saintes, de Geay et surtout à ceux du Berry. La nef possède des voûtes d'ogives du XIIIe siècle. Au chevet, des arcatures alternent avec les fenêtres. Sur la souche romane du clocher carré a été monté un étage gothique à baies trilobées. A l'aide d'une chambre de refuge à créneaux et meurtrières, l'église a été fortifiée au XVe siècle.


L'intérieur de l'église est un véritable musée d'art liturgique, notamment du XIXe siècle. Statues, candélabres, lustres, vitraux, autels sont des exemples parfaits de la magnifique production d'un temps où le style gothique avait été remis à l'honneur. Le mobilier de grande qualité, le bronze, les marbres, les peintures ont été employés avec justesse et créent une ambiance de solennité exceptionnelle. La chaire aux élégantes colonnettes de marbre de différents coloris fait l'admiration des visiteurs. La statue de Jeanne d'Arc, au-dessus, est particulièrement réussie. A l'entrée du chœur, vous pourrez voir le chapiteau des trois âges de la Vie, œuvre des frères Arnold, sculpteurs originaires de Saintes. La voûte du chœur présente, elle, une somptueuse décoration néo-classique à caissons peints en trompe-l’œil du plus bel effet.


Si vous vous déplacez , vous remarquerez aussi que le clocher est surmonté du drapeau français. Il date de la Seconde République (1848-1852), la commune étant une des rares à avoir conservé ce symbole de l'élan patriotique de cette époque.

Dans ce délicieux village, dont la devise est « 
Sol omnibus lucet » (le soleil brille pour tout le monde), vous ne manquerez pas la prévôté où l'on gardait les larrons reconnus coupables sur les villages alentour, la chaussée romaine (reconstruite au XIIe siècle, Saint-Louis l'aurait emprunté en 1242) immortalisée par Delacroix dans son tableau «La Bataille de Taillebourg» et le Fief de la Tour, maison forte du XIVe siècle, face à l'église. Pendant la Guerre de Cent Ans, y logeait le sénéchal anglais nommé par le Roi d'Angleterre et chargé de la justice.

Vous pouvez retrouver Saint-Martin-de-Séchaud dans mon livre
La Charente-Maritime pour les Curieux, aux Éditions Le Passage des Heures à Saint-Savinien.

François Hagnéré
Historien de l'art et de l'architecture
Rochefort, le 27 février 2020.

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Crédits photographiques  : François Hagnéré

Ancien Monoprix de Saint-Brieuc : « On fait quoi pour lui aujourd’hui ? »


Ce slogan de la marque Monoprix, « on fait quoi pour vous aujourd’hui », n’est pas vraiment d’actualité, puisque pour ce bâtiment emblématique de la ville, on ne peut plus rien faire.

Une histoire à moult rebondissements qui ne se termine pas vraiment bien.


Construit en 1880 il avait tout d’abord abrité un Grand Magasin de confection et, dans les années 50, c’est Monoprix qui avait pris place dans ce grand bâtiment du centre-ville.

Fermé en 2009 et racheté par le Crédit Agricole il était à l’abandon depuis.

En 2015, la banque avait présenté un projet immobilier comprenant une vingtaine de commerces et une vingtaine de logements, mais le permis de démolir avait été refusé suite au rapport délivré par l’Architecte des Bâtiments de France, l’édifice se situant dans un secteur protégé.

Ce projet n’ayant pas abouti, il a fallu de nombreuses concertations entre le propriétaire (le Crédit Agricole), la ville et l’ABF, pour arriver à l’hypothèse de l’installation d’une médiathèque, mais rien n’a été arrêté. La ville a envisagé un temps l’acquisition du bien pour 1 euro symbolique, mais cela n’a pas abouti non plus. Quoiqu’il en soit, le bâtiment s’étant fortement dégradé faute d’entretien, un arrêté de péril imminent a été déclaré et l’heure est désormais à la démolition et plus aux concertations.

Le permis de démolir a été accordé et nous en sommes aujourd’hui à la mise en place du calendrier du chantier de démolition.


Sauf que démolir un édifice de 1700 m2 en plein centre-ville n’est pas chose aisée, d’autant que l’Architecte des Bâtiments de France souhaite que les pierres de la façade soient conservées, ce qui induirait une « déconstruction » presque entièrement manuelle de cette partie du bâti. Mais cette méthode « douce » risque de ne pas être compatible avec un arrêté de péril
imminent, et il est fort probable que ce soit une fois encore les pelleteuses qui fassent le travail, au risque de fortement endommager les éléments à conserver.

Du côté des habitants de la ville, l’heure est aux souvenirs et nombreux regrettent cette démolition. « C’est un morceau de l’âme de Saint-Brieuc que l’on va détruire » disent certains. D’autres, qui qualifiaient l’édifice à l’abandon de « verrue », sont soulagés que les travaux soient enfin entrepris.

Quoiqu’il en soit, le Mon’op aura fait couler beaucoup d’encre, mais si le bâtiment avait été entretenu, sa démolition n’aurait jamais été d’actualité, et après 140 ans de bons et loyaux services, on aurait pu envisager un meilleur avenir pour lui.


Lire l’article du
Télégramme ici.

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Crédits photographiques Le Télégramme : Valentin Boudet et Benoît Tréhorel.

Julien Cohen et la chapelle Notre-Dame-de-Pitié à Nevers : une TRES belle affaire conclue !


Vous êtes très nombreux à nous envoyer
la vidéo (ici) de Monsieur Julien Cohen, célèbre marchand vedette de l’émission « Affaire Conclue » sur France 2.

Cette
vidéo visible sur les réseaux sociaux est un appel à « coups de main » en direction des artisans et autres bénévoles habiles pour la restauration de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, à Nevers, édifice datant du XVIIe siècle : « Toutes les bonnes volontés sont les biens venues (sic), peintres, plâtriers, maçons, électriciens et plombiers ou juste bons bricoleurs vous êtes tous les bienvenus. »

Jusque-là, tout est louable et ce n’est pas nous qui irons contre un projet de sauvegarde du patrimoine et la seconde vie d’un édifice abandonné.

Le seul souci, c’est que cette chapelle n’est pas un bien appartenant à la collectivité et pour laquelle Monsieur Cohen mettrait sa notoriété au service du bien public. Non, cette chapelle est sa propriété, puisqu’il l’a achetée en juillet 2019.

Si le projet d’ouverture d’une boutique ou, plutôt, d’une salle d’expertises, permet de donner une nouvelle destination à un lieu délaissé est séduisant, ce qui l’est moins est la façon dont M. Cohen souhaite réaliser les travaux de restauration.

Aux dernières nouvelles, il n’est pas dans le besoin — loin de là — et il n’est pas non plus à la tête d’une association ou fondation reconnue d’intérêt général ou d’utilité publique (mais nous imaginons qu’il va le devenir sous peu) et, pourtant, il fait appel à la générosité publique pour éviter de payer la restauration de l’édifice.

Et là, soudainement, tout le monde veut apporter son « geste à l’édifice », parce qu’il s’agit d’une personne publique et que donner son temps pour Julien Cohen, c’est mieux que d’œuvrer pour la petite chapelle de sa commune qui tombe de toute part. Évidemment, nous ne pouvons pas empêcher les gens de se faire « exploiter » par un millionnaire, mais nous ne pouvions pas ne pas nous exprimer sur ce sujet.

Nous sommes d’autant plus légitimes à le faire, que l’opération « Un Geste à l’Édifice » d’Urgences Patrimoine, qui consiste à faire intervenir des artisans bénévolement dans le cadre du mécénat de compétences, a maintes fois été la cible de critiques cinglantes de la part d’artisans criant à la concurrence déloyale, alors que dans notre cas, les patrimoines restaurés gracieusement sont des biens appartenant à la collectivité et pour lesquels il n’existe aucun budget.

M. Julien Cohen surfe sur la vague du « Patrimoine Business » où l’intérêt financier passe bien avant l’intérêt pour le patrimoine.

Autre élément à souligner et pas des moindres, l’édifice est protégé, depuis 2006, au titre des Monuments Historiques. Il faut donc tout d’abord une étude préalable réalisée par un architecte du patrimoine. Puis, il faut que la DRAC donne son accord pour le lancement des travaux.


Nous imaginons fort mal les services de la culture accepter que « n’importe qui » vienne restaurer un patrimoine protégé, à moins bien entendu qu’ils n’aient eux aussi cédé à l’appel des sirènes de la notoriété télévisuelle, mais nous n’y croyons pas.

Et soulignons ici que, parce que la chapelle est inscrite, elle bénéficie, de fait et de droit, de subventions publiques.

Vous n’êtes pas convaincu par nos propos et vous pensez que cela pourrait venir d’une quelconque jalousie de David face à Goliath ?

Alors imaginez que vous ayez besoin de faire restaurer une résidence secondaire ou votre future boutique, pensez-vous que nombreux seraient les artisans qui viendraient travailler gratuitement chez vous ? Que penseraient les artisans auxquels vous avez demandé des devis et qui apprendraient que vous faites faire des travaux « à l’œil » par d’autres artisans en mal de reconnaissance ? Enfin, une fois votre bien restauré, imaginez que vous le vendiez avec une très jolie plus-value, que penseraient les artisans et tous les bénévoles qui sont intervenus gracieusement ?

Tout simplement que vous vous êtes enrichi sur leur dos.

Et bien là, en l’espèce, nous assistons exactement à cela. Un propriétaire, qui a les moyens de faire restaurer un monument historique à destination d’une activité commerciale, le fait restaurer sans débourser un centime de main-d’œuvre. En droit, je suppose que cela a un nom.

En revanche, Si M. Julien Cohen fait appel à la générosité publique pour sa chapelle, mais qu’en contrepartie il reverse l’équivalent du montant des travaux pour un édifice en péril de la ville, alors là oui, nous ne pourrions que saluer son geste et, effectivement, le présenter comme le nouvel ambassadeur de la sauvegarde du patrimoine et nous faire presque oublier Stéphane Bern.

Sauf que si M. Bern nous lance des messages désespérés pour la sauvegarde du patrimoine en péril et fait appel à la générosité publique comme il l’a fait pour Notre-Dame, ou à travers son loto, au moins lui ne s’est jamais servi de sa notoriété pour faire restaurer « gratis » son patrimoine personnel.

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Lire l’article du
Journal du Centre.

Crédits photographiques : Le Journal du Centre et GOBEROT Daniel

Quand tombent les chapelles


La semaine dernière, vous êtes nombreux à avoir été indignés par la démolition de la chapelle Sainte-Thérèse à Scaër, dans le Finistère.

Malheureusement, cette démolition n’est pas un cas isolé, et bientôt démolir un édifice religieux sera relégué à la rubrique des « faits divers ».

Un peu partout sur notre territoire, des édifices semblables à la chapelle Sainte-Thérèse, attendent impuissants que les pelleteuses viennent mettre fin à leur lente agonie. Agonie résultant d’années d’abandon et de désintérêt et que l’absence d’entretien conduit un peu plus chaque jour vers la benne. Triste destin que celui de finir en gravats, quand on a été désiré et que l’on a pourtant parfaitement rempli sa mission pendant des décennies, voire des siècles.


Pourquoi détruire ce qu’on a eu tant de mal à construire ?

Parce que restaurer un édifice très endommagé coûte cher. Pourtant, un entretien régulier permettrait d’assurer l’avenir d’un édifice, mais depuis près de 50 ans, cet entretien n’est plus une priorité.

Secrètement sans doute, on se dit que cela peut attendre encore quelques années, et que quelqu’un, plus tard, entreprendra les travaux. Sauf que cette politique du « après moi le déluge », conduit inexorablement nos pierres vers leur fin. « Il est toujours plus tard qu’on le pense », c’est aussi valable pour le patrimoine.



Si bien souvent ce sont les maires qui sont responsables de ces démolitions, les Diocèses ne sont pas plus exemplaires. Il est évident que l’argent manque dans tous les cas, mais encore une fois, si le patrimoine était entretenu de façon régulière, les sommes à engager seraient moindres.

Ce qui nous surprend le plus, ce sont les discours qui accompagnent les projets de démolition. Comme lors de celle de la Chapelle Saint-Bernard à Clairmarais en 2017, où le représentant du Diocèse expliquait que « cette chapelle ne servait plus à rien, car les pèlerins qui venaient par milliers se recueillir à Clairmarais devant la grotte, venaient pour être au grand air et pas pour être enfermés dans une chapelle ».

Un regret peut-être ? Celui de ne pas avoir vendu la chapelle à la commune qui avait à un moment exprimé le souhait d’en faire l’acquisition.




Cette pauvre chapelle fut donc détruite. « Du passé faisons table rase », c’est bien connu.

D’ailleurs, profitons du souvenir de Clairmarais pour évoquer celui de la Chapelle Sainte-Thérèse et la Chapelle des Goëlands, toutes deux propriétés du Diocèse de Luçon et situées à Saint-Jean-de-Monts. L’une a fait place à une chapelle plus « moderne », l’autre a laissé sa place encore toute chaude à un lotissement.




Pour « s’excuser » de ce genre de pratique, le discours est toujours le même : « L’Église ce n’est pas le bâtiment, ce sont les fidèles ». Certes, mais pourtant, ces « bâtiments » ont bien été construits pour quelque chose relevant de l’éternel et du sacré, et certainement pas pour être des édifices éphémères.

Nous ignorons quel sera le prochain sur la liste à tomber, mais nous savons qu’hélas cela ne saurait tarder.

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Crédits photographiques 1 à 4 : La Voix du Nord ; 6 : Le Courrier Vendéen.

Adieu Maison Janssens...


La France n’a, hélas, pas le monopole des démolitions.
Dans quelques jours, cette maison située à Huy en Belgique, sera rasée pour faire place à un ensemble immobilier sans âme qui dénaturera un peu plus le quartier. La commune n’a pas souhaité l’acquérir pour la sauver, laissant la préférence au promoteur.



Malgré une mobilisation forte de L’association Historia, une pétition qui a réuni 1700 signatures et des appels à l’aide auprès des services de la Culture, il ne restera plus rien, ou presque, de cette demeure.

Seule maigre satisfaction, quelques éléments seront prélevés, pour « peut-être » être réutilisés un jour.

Historique :
La maison Janssens fut construite en 1903, elle est le véritable symbole et début de l’art nouveau dans la ville de Huy. Elle a été propriété de la famille Renard et Topet. Occupée par les troupes allemandes en mai 40, elle devient propriété de la célèbre famille Heine et Janssens en 1952. Elle se transmettra sur plusieurs générations, jusqu’à sa vente à un promoteur.


L’association Historia organise un ultime rassemblement pour dire « Non » à cette démolition le dimanche 1er mars.


Voici le communiqué du Président de l’association Historia, Virgil Declercq :

« Deux projets refusés, 1700 signatures contre la démolition, pose de bâches de protestation, enquête publique négative... Les actions n'ont pas manqué pour défendre cette maison située à Huy, avenue Godin Parnajon. Pourtant le Collège autorise la démolition pour le profit d'un promoteur et d'un architecte. Une maison récupérée une bouchée de pain qui va laisser place à des appartements qui coûteront les yeux de la tête... Le patrimoine hutois semble se résumer à ça aujourd'hui ?

Nous vous lançons un appel de détresse pour une dernière action de protestation devant la Maison Janssens. Rendez-vous le 1er mars à 10H00 devant la Maison Janssens, avenue Godin Parnajon. »

Lire l’article de
RTBF.BE ici.


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Crédits photographiques : Communauté Historia

Tels pères, tels fils

Il y a quelques jours, un énième acte de vandalisme a eu lieu dans une église du Nord, à Herlies. Comme nous le constatons assez souvent, ce sont des jeunes qui sont responsables des dégradations.

Sans doute désœuvrés, ils n’ont trouvé rien de mieux à faire que de tirer à la carabine à plomb dans les vitraux, dont un plus particulièrement.


Certains verront des provocations contre les chrétiens or, bien souvent ce sont des actes « gratuits » perpétrés par de très jeunes gens qui n’ont pas forcément la culture du patrimoine et encore moins du patrimoine religieux.


Posons-nous alors la question quant aux responsabilités qui conduisent à de tels comportements. Si le patrimoine en général et le patrimoine religieux en particulier étaient mieux entretenus et valorisés, alors nous observerions sans doute une baisse sensible de ces actes. Car quel exemple est donné à cette jeunesse désœuvrée ?

Des églises fermées car trop dégradées, des châteaux rasés pour construire des zones pavillonnaires, des ponts et autres « ouvrages d’art » démolis pour laisser place à des structures modernes, et ne parlons pas des cimetières qui parfois ressemblent à des champs de ruines.

Si l’on additionne tout cela, alors ne soyons pas étonnés du résultat. Un pays qui ne respecte pas son patrimoine, et encore moins ses morts, ne peut imposer qu’il soit respecté.


Alors si nous voulons faire cesser en partie ces actes de vandalisme « gratuits », il faut montrer l’exemple à nos jeunes et faire en sorte que le mot patrimoine puisse avoir du sens pour eux.

« Relevons nos pierres pour relever la tête », c’est une évidence. Et surtout éduquons pour ne pas avoir à rééduquer.

Lire l’article de La Voix du Nord ici.

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Crédits photographiques : photos 1 et 2 : La Voix du Nord ; photo 3 : Ouest France.

Premier geste pour l’Assomption de la Vierge




Première « apparition» pour cette
Assomption de la Vierge après la première étape de nettoyage réalisée par Sophie de Joussineau et Osanne Darantière. Les couleurs se révèlent et cela promet un beau résultat final pour ce tableau provenant d’une petite commune de l’Allier. Ce tableau a d’ailleurs un peu voyagé auparavant, car c’est une autre restauratrice en Touraine qui devait le restaurer, mais suite à des problèmes de santé, elle n’a pas pu offrir son geste.

Mais comme rien n’arrête Sophie et Osanne, c’est dans leur atelier parisien qu’il est venu se refaire une santé.


Bien entendu, une fois encore, cette œuvre est restaurée grâce à l’opération « Un Geste à l’Édifice » initiée par Urgences Patrimoine et la restauration est réalisée dans le cadre du mécénat de compétences.

Un grand merci à nos généreuses restauratrices qui offrent encore une fois leur contribution au petit patrimoine en péril de nos territoires.

À suivre…

Nous tenions à mettre en lumière une autre action de nos deux restauratrices. En effet, il y a un an exactement, elles partaient en Irak restaurer cette Madone grâce à SOS Chrétiens d’Orient.



Un souvenir extraordinaire pour elles. Elles ont aujourd’hui ont une pensée toute particulière pour 4 collaborateurs de l’association qui sont portés disparus depuis plusieurs semaines. Un grand bravo à ces deux femmes de cœur, dont le talent n’a d’égal que leur générosité.


Crédits photographiques : Sophie de Joussineau/Osanne Darantière

Sophie de Joussineau
Conservatrice-Restauratrice de tableaux et d'objets d'art polychromes
sophiedejoussineau.atelier@gmail.com
06 63 15 33 56

Osanne Darantière Restauratrice-conservatrice de tableaux 
et d'objets d'art polychromes
http://atelier-osanne.fr

Classé mais condamné ?

Il y a quelques mois, Urgences Patrimoine avait déjà relayé l’information, mais hélas la situation ne s’est pas améliorée. Le Saint-Yves, l’un des derniers bateaux lavoirs du territoire, se trouve toujours dans un état d’abandon manifeste et son avenir est de plus en plus compromis.


Classé au titre des monuments historiques depuis 1993, ni la ville de Laval qui en est la propriétaire, ni la DRAC, ne semblent se soucier du Saint-Yves. Le collectif de sauvegarde a pourtant à plusieurs reprises pris attache auprès des services de la culture et du patrimoine de la commune, mais malgré la promesse d’une étude pour une éventuelle restauration, aucune action n’a été engagée.

Nous savons tous qu’en période préélectorale il ne se passe pas grand-chose et nous en avons encore la preuve aujourd’hui. Pourtant, certains élus commencent à placer le patrimoine au cœur de leurs sujets de campagne, mais pas ici. Afin de sauver un édifice, il nous est arrivé de demander une mise sous protection d’urgence, mais dans ce cas précis, le Saint-Yves étant classé, il bénéficie déjà du niveau le plus important de protection au titre des monuments historiques, donc, il est difficile d’intenter quoi que ce soit à ce niveau. Nous allons cependant alerter le Préfet.


La ville a pourtant un certain attachement pour son patrimoine puisqu’elle lance les travaux de réhabilitation de l’ancien Crédit Foncier. Ce bâtiment des années 30, mais lui, non classé va retrouver une seconde vie en devenant un conservatoire départemental. Un beau projet, pour un budget de 27 millions d’euros, financé par l’État, la Région, le Département et la ville. Ne resterait-il pas quelques milliers d’euros pour restaurer le Saint-Yves, qui se dégrade un peu plus chaque jour, abandonné sur un terrain vague ?

La question qui pourrait être également posée est : Pourquoi ne pas le vendre, si la ville n’a pas de budget pour sa restauration ? Car plutôt que de le voir disparaître à tout jamais, faute de pouvoir le restaurer, il est évident qu’un nouveau propriétaire pourrait le faire revivre et lui offrir un avenir.

Nous espérons avoir quelques réponses dans les prochaines semaines, en étant conscients du fait qu’il faut désormais attendre l’échéance électorale. Mais combien de temps pourra encore attendre le Saint-Yves ? Certainement pas les prochaines élections municipales dans six ans.


Vous pouvez soutenir le collectif de sauvegarde en signant
la pétition ici.
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Crédits photographiques : Stéphane Bourderiou

Menace sur les mosaïques d’Isidore Odérico


Cela n’aura sans doute échappé à personne, car nombreux sont ceux qui ont relayé cette information, mais nous souhaitions tout de même insister sur un point important qui semble un peu sous-évalué dans cette affaire du Château Delisse.


« Le Château de la fromagerie Delisse », situé sur la commune de Montauban-de-Bretagne, a été construit par la famille Délisse au début du XXe siècle. Symbole de l’industrie florissante de l’époque, il est aujourd’hui la propriété du groupe Entremont. Ces derniers viennent d’annoncer leur intention de le démolir.

Pourquoi le démolir ? On invoque toujours les mêmes prétextes, à savoir, la sécurité. Or, avant qu’un édifice soit dangereux, il faut qu’il ne soit pas entretenu pendant une longue période. C’est sans doute ce qui a été le cas, et bien entendu, on se protège derrière un vague « c’est trop tard, on ne peut plus le restaurer à cause de son état.»

D’après la presse locale, la démolition ne serait pas imminente,
Rennes Infos Autrement parle même d’un délai de cinq ans. Sauf qu’il semblerait que le permis de démolir soit déjà déposé, et nous savons que la validité d’un permis est de trois ans, avec possibilité de prolongations de deux fois un an. Il nous semble curieux que la procédure soit déjà en cours, si ce n’est pour démolir que dans cinq ans.

Cependant, certains diront que des édifices comme celui-ci, il y en a pléthore, donc un de plus ou un de moins cela ne changera pas grand-chose. Mais le plus préoccupant dans cette « banale » histoire de démolition, c’est que l’édifice possède à l’intérieur des mosaïques remarquables du grand Isidore Odorico.




La direction d’Entremont semble affirmer que toutes les précautions seront prises afin que ce patrimoine remarquable soit sauvegardé et puisse trouver une nouvelle destination. Toutefois, par expérience, nous savons que, bien souvent, dans le feu de l’action, on « oublie » ce genre d’engagement et on détruit sans regret, comme nous l’avons vu récemment avec les céramiques de Bigot dans la « Villa Poulain » à Blois.

Souhaitons que ces trésors soient préservés et que leur future destination soit connue avant démontage, car, là encore, le risque de les voir remisés dans un entrepôt, puis « oubliés », est une éventualité à ne pas négliger.

Biographie :
Mosaïste rennais, Isidore Odorico (1893-1945) était d'origine italienne. Sa famille était arrivée fin XIXe en France, pour le chantier de l'opéra Garnier à Paris. Elle s'installe ensuite à Rennes où elle crée son atelier. Leur style italien (vénitien et romain) illustré par des tesselles de couleurs vives et dorées découpées dans le marbre, le granit ou la pâte de verre assurera leur succès. Après la première guerre mondiale, le fils Isidore Odorico, formé aux Beaux-arts à Rennes, reprend la direction de l'entreprise familiale.

Lire l’article du
Figaro.
Lire l’article de
Rennes Infos Autrement.

Historique :
https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/rennes-redecouvre-ses-mosaiques-odorico_3279449.html

Crédits photographiques : © Alain Amet - Musée de Bretagne

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Le pape démolit la chapelle


C’est le titre du Journal
Le Télégramme pour annoncer la fin de la chapelle Sainte Thérèse. Effectivement, comme l’écrivait Beaumarchais, il vaut mieux « se presser de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ».


Quoi qu’il en soit, la petite chapelle bretonne, située sur les terres des anciennes usines Bolloré à Scaër dans le département du Finistère, n’est plus.


Elle aura fait beaucoup parler d’elle, car déjà en 2007 il était question de la « déconstruire » pour la faire revivre ailleurs.

Il y a deux mois, cette fameuse « déconstruction » était toujours annoncée. Le clocher avait été démonté pour des raisons de sécurité, les vitraux déposés et les ardoises retirées.




Mais aujourd’hui, plus aucun doute, la chapelle n’a pas été déconstruite, elle a bel et bien été démolie. Une triste fin pour ce petit édifice, qui était originellement érigée à Coat-Quéau, dans la commune de Scrignac, et que René Bolloré avait acquise et faite reconstruite en 1926, dans l'enceinte des Papeteries de Cascadec.

À croire que l’intérêt pour le patrimoine du groupe Bolloré n’est plus le même qu’il y a 94 ans et nous ne pouvons que le déplorer.



En savoir plus :

https://www.letelegramme.fr/dossiers/travaux-a-la-chapelle-de-cascadec/le-pape-a-demoli-la-chapelle-saint-vincent-14-02-2020-12503661.php
https://www.letelegramme.fr/finistere/scaer/chapelle-de-cascadec-un-curieux-chantier-12-11-2019-12431286.php
https://www.letelegramme.fr/finistere/scaer/chapelle-de-cascadec-le-demontage-est-possible-19-11-2019-12437106.php

Crédits photographiques :
Photos 1 à 5 :
Le Télégramme
Photo 6 :
Ouest France